‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 69 sur 84 · DES TERBES POLAIRES ET DES TERRES ALS'I RALES · texte numérisé non relu

DES TERBES POLAIRES ET DES TERRES ALS'I RALES

On appelle terres polaires arctiqv.es , celles qr.i sont vers le pôle arctique , tl terres polaires artrtarcliques ou australes , celles qui sont vers le pôle antarctique. Les anciens géographes appeiiiient «l'issi ces parties du globe monde inconnu^ parce qîi'en effet on en connaissait à peine les côtes. Les terres polaires arctiques sont : le Spitzberg , au N. de l'Ewrope , ainsi nommé à cause des monlagiifs dont il est rempli; la Nouvelle-Zemble ou Nouvelle-Terre^ au N. de l'Asie ; les terres polaires antarctiques sont ; la Terre-de-Feu ^ ile au S. de l'Amérique; les îles Sçifidwich; \2i Nouvelle-Zélande.

On appelle terres auslrçil^s^ plusieurs îles situées dans la grande mer du Sud , et dont on ne connaît guère que lescôles; ce sont : la Nouvelle-Guinée , qui se trouve vers l'équateur , à l'E, de l'Asie; ïa

592 AT. RÉGÉd'ÉRASTE,

'Nouvelle-Bretagne ^ au N. E. de la Nouvelle-Guinée ; [di Nouvelle-Hollande ^ qui , par son étendue, forme un véritable continent. Les principales îles de la mer du Sud , dans la partie du milieu , sont : la Nouvelle-Calédonie , les iles Otaïti , les îles Marquises , etc, etc.

Après ces notions générales de géographie , parcourons les annales de notre laation , dans une lecture rapide des principaux traits de son histoire. Les faits que je vais vous mettre sous les yeux, sont ceux qui doivent fixer votre attention , ou piquer votre curiosité , lorsque vous entreprendrez delà connaître plus en détail.

Xiye ENTRETIEN.

Tableau général de t Histoire de France , sous les rois de la première race.

Toutes ces Lelles provinces qui composent aujourd'hui le royaume de France, portaient autrefois le nom de Gaules. Une nation fort ancienne , et dont on ignore l'origine, était venue s'y établir, et s'était rendue fameuse long-temps avant la naissance de J.-C. Plus d'une fois les Gaulois avaient fait trembler les Romains dans Rome même ; mais enfin, Jules César les soumit, et fit des Gaules une province de l'empire.

Plus de quatre cents ans après la conquête des Gaules, et sous le règne d'Honorius, fils du grand Théodose , un peuple connu sous le nom de Francs, trop resserré dans les bornes étroites de la Franconie, contrée de fAllemagne, voulut chercher un établissement plus commode. Sous la conduire de leur roi Pharamond ^ les Francs abandonnèrent leurs marais et leurs bois, passèrent le Rhin , et se jetèrent dans les Gaules j mais ils ne purent fran-

ou l'ami de la jeunesse. 093

chir les limites de la Gaule Belgique , appele'e aujourd'hui les Pays-Bas ; et Pliaramond quitta la vie sans avoir eu de grands succès. Clodion^ son fils , conserva, augmenta même les pays dont son père s'e'lait emparé , malgré la valeur du fameux Aé~ tins , qui commandait les troupes romaines dans ces contrées. Mérovée , qui probablement était du sang des rois , mais non pas de la branche régnante, parvint au trône , et s'en montra di^ne par ses vertus guerrières. Ce prince est regardé comme le chef des souverains de la première race, qui, de son nom , sont appelés Mérovingiens. Il laissa la couronne à Childéric /, son fils, moins connu par ses actions, que parce qu'il donna le jour à Clovis , que l'on doit regarder comme le premier de nos rois, et le fondateur de la monarchie française.

481-493. Clovis n'avait que quinze ans lorsqu'il ceignit le diadème, et déjà il montrait tout ce qu'il devait être. Cinq ans après, il défiiit Syngrius ^ gouverneur pour les Romains dans la Gaule , et s empare de Soissons, qui devient le siège de la monarchie nouvelle. Bazin , roi de Tliuringe, est rendu tributaire; les pays entre la Somme, la Seine et l'Aisne sont soumis; Reims ouvre ses portes par la médiation de saint Rémi , soîi évêque. (49 0 1-e monarque français suspend ses conquêtes pour contracter une alliance digne de lui : il épouse Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Bourguignons , princesse que sa piélé plaça dans la suite au nombre des saints. Elle exhortait depuis longtemps son époux à renoncer au culte des idoles , et Clovis voulant régner sur des chrétiens, avait besoin de l'être lui-même. (49^) Engagé dans une guerre contre les Allemands, il promit à Clolilde que s'il revenait vainqueur , il embrasserait la religion chrétienne. Les deux armées se rencontrèrent à Tolbiac , près de Cologne. Le choc fut ter-

Sg.i ABRÉGÉ DÉRA5TE,

rible ; et Clovis, en danger, invoq-ia le vrai Dieu qui le fit vaincre. Au retour de son expéditian , fidèle à son vœii , il reçut le baptême des mains de saint Rémi, avec sa sœarel tiois miliedeses sujeJs. La conversion de Clovis ne rallentit n1~sôn ambition ni ses victoires. Après avoir subjugue le pays des Arnioricjues ou la Bretagne, et rendu la Bourgogne tributaire, en Soy, il gagna sur les Visigoths la célèbre bataille de Vouillé, près Poitiers, et tua de sa propre main Alaric, roi démette nation. Il ne fut pas aussi heureux contre Tliëodoric, roi des Gotlis. L'ayant attaque devant Arles, il en fut vaincu; et, pour la première fois, il se vit contraint de demander la paix. Clovis était féroce; l'infortune le rendit barbare; et on le vit souiller la gloire de son règne par des vexations et des cruautés, qu'il exerça même envers la ])lupart des princes de sa maison : on ne peut cependant lui refuser le titre de grand capitaine , de sage législateur et de politique adroit. Il mourut à Paris dont il avait fait sa capitale, après un règne de vingtquatre ans environ, pendant lequel il conquit toutes les Gaules, et chassa définitivement les Romains de cette heUe province.

5ij. Après le décès de Clovis, ses quatre fils partagèrent ses étals : Thierril ïiilToï d'Auslrasie, dont Metz était la capitale ; Clodomir fut roi d'Orléans ; le royaume de Paris échut à Childêbert I ; Clotaire I eut Soissons. L'histoire de ces quatre princes ne préserte qu'une suite de guerres excitées par l'ambitioîs , ïa vengeance et'la haine , et un affreux tissu de cruautés plus atroces encore que celles dont Clovis leur avait donné l'exemple. Jamais on n'oubliera la l^arbarie que Childêbert et Clotaire exercèrent à l'égard des trois enfans de Clodomir, leur frère, qui venait d'être tué dans une bataille, et dont ils voulaient envahir les états. Ils les demandèrent à Clotilde, leur grand-mère ,

ou l'ami D-l: la jelt^esse. Sqd foar les l'aire couronner. Clotilde , ne soapçonniint rien, envoya ses petits-fils. A peine les eiireni-ils en leur pouvoir, que Clotaire les poignarda de sa propre main. Le troisième eut le bonheur d'échapper aux fureurs de ce prince inhumain. Il prit dan^ la suite l'habit monastique; c'est lui qui est connu . et honoré sous le nom de saint Cloutl.

5:'»8. Clotaire vit mourir tous ses frères, et la monarchie française fut lout entière réunie sou5 ses lois; mais ce fnt alors qu'il éprouva les plus vives amertumes. C hr anime ^ son liis l)ien aimé, lève l'étendard de la révolte, et force son père à lui livrer bataille. Le nouvel Absalon est vaincu, jt brûlé avec îoule sa famille dans une chaumière où il s'était réfugié. Clotaire, depuis ce funeste triomphe, vécut <lans une profonde tristesse, qui le précipita enlin dans le tombeau en 562. Son règne, qui fut de cinquante-un ans, n'offre que des adultères, des incestes, des meurtres, des liorreiirs.

Le royaume fut encore ]mrtagé , suivant la mauvaise politique de ces temps, entre les eni'ans du monarque défunt. Cavibcrt ha roi de Paris; Go?iîran , d'Orléans et de Bourgogne; Sigeberi /, d'Austrasie ; Chilpénc I ^ ào Soissons.

5G7. Chilpéric, le plus ambitieux, soupirait en ;lc;ll après l'héritage entier de ses pères. Frédé- -îjirle et Erunehaul , deux femmes alticres , mirent la haine entre les deux IVères. Frédégonde, maîtresse de Chilpéric , avait déjà, par ses intrigues , forcé le loi à s» séparer de sa première épouse, a!in d\iccuper sa place. Sigebert, roi d'Austrasie, vait épousé Bruneliaut, fille d'Athanagilde , roi des Visigoths, qui gouvernait l'Espagne. Bruneliaut avait une sœur fort belle, nommée Galsuin^e ; Chilpéric se sépaia en apparence de Frédégonde, et demanda Galsuinde en mariage ; il l'obtint. Peu de temps après ce mariage, on la trouva étranglée

dans son lit. Chilpéric parut un instant affecté dfe cette mort ; mais il ne tarda pas à reprendre Frédégonde, qu'on accusa de ce crime.

Trop ami des plaisirs, Caribert ruina sa santé, et mourut à la fleur de Tàge sans postérité. (568) Sigebert et Gontran se liguent pour venger la mort de Galsainde; Lienlôt un traité calme cetîe guerre naissante, et tandis que le premier est occupé contre les Arabes, Gontran, défait par les Lombards et les Saxons qui ravageaient la Bourgogne , les surprend elles faille en pièces dans une seconde bataille. (5-5) Bientôt Sigebert et Chilpéric se font une guerre cruelle. Le roi d'Austrasie a de grands avantages sur son frère; il l'assiège dans Tournai, où sa perte était inévitable, lorsque deux scélérats envoyés par Frédégonde , plongent à Sigebert un poignard dans le sein. Cette femme barbare, poursuivant sa vengeance sur la famille du roi d'Ausfrasie , fit arrêter Bruneliaut et son fils ; mais un serviteur fidèle sauva soji jeune maître, et le conduisit à Metz. Brunehaut fut reléguée à Rouen. C'est là que Mérovée vit sa tante, et en devint épris ; il l'épousa publiquement. A cette nouvelle , Frédégonde furieuse anime son époux contre son fils. Chilpéric vole à Rouen pour punir le jeune prince. Les deux époux se réfugient dans une église , et n'en sortent qu'avec l'assurance d'avoir la vie sauve. Mérovée est ordonné prêtre malgré lui, et Brunehaut renvoyée en Austrasie. (58o) Frédégonde avait juré la perte des enfans du premier lit de Chilpéric. Elle lait assassiner Mérovée, qui lui i'aisait encore ombrage. Clovis qui restait, eut le même sort. Enfin , ne trouvant plus d'autre victime à immoler que son époux, à qui sa fidélité était justement devenue suspecte, elle le fit poignarder en 584 , par Landri qu'elle aimait. Grégoire de Tours dit que Chilpéric fut le ^'éroll de son siècle.

ou L AMI DE LA JEUNESSE. ô^y

585. Ce prince ne laissait qu'un fils âgé de quatre mois , qui lui succéda sous îe nom de Clotaire II; Frédégonde , mère du jeune roi , sut regagner la faveur de Gontran , qui la déclara tutrice et régente des états de son fils. En vain quelques seigneurs , ennemis de cette princesse, voulurent placer la couronne sur la tcte de Gondebaud ^ que l'on croyait fjîs de Clotaire /, Cet aveiîturier fut trahi et tué par ceux qui favaient proclamé. (SgS) Le règne de Gontran fut long- et sans gloire. Il mourut à Chalons-sur-Saône , âgé de plus de soixante ans. Childebert II ^ fils de Sigehert, hérita de ses étals , et réunit ainsi le royaume d'Austrasie à celui de Bourgogne. Ce jeune prince voulut écraser Clotaire; mais le courage de la régente triompha de ses efforts , et Frédégonde victorieuse revint à Soissons , chargée de butin. Le monarque vaincu mourut quelques mois après, laissant ses royaumes à ses deux fils sous la régence de Brunehaut, leur aïeule. Thêodcbert 11^ faîne, fut couronné roi d'Austrasie ; Thierrill, le cadet, eut pour son partaoe le royaume de Bourgogne. Bientôt la guerre se rallume entre les deux cours d'Austrasie et de Soissons. Frédégonde s'empare de Paris, et t'ait triompher partout les drapeaux de Clotaire. Ce fut ce moment de gloire que le ciel choisit pour fenlever de ce monde : cette femme altière, vindicative et cruelle, mourut souillée de crimes, en 397, et fut inhumée auprès de Chilpéric , dans l'église de Saint-Germain-des-Prés, où fon voit encore son tombeau (i). (61 3) La paix reparut pendant quel-

(1) La barbare Frédégonde ne pouvait souffrir Rigunthe, sa fille; el leurs querelles étaient si violentes, qu'elles en venaient quelquefois jusqu'à se battre. Un jour la reine feignant de vouloir lui donner ce qui lui revenait des trésors de Chilpéric , son père , Rigunthe pencha la tête dans un des coffres qui les contenaient ; aussitôt sa mère le referma brusquement sur elle. C'e'tait une nouvelle victime immolée aux fureurs de cette femme impitoyable j si la princesse n'eût été promptement secourue.

S^S ABKÈGÈ D ' É R A S r E ,

que lenips; mnis enfin elle fut enlièremcnt bannie par les dissensious qui ainièrent l'un conlie l'autre les petits-liis de Bruneliaut. The'cdebert exile cette princesse, qui se léfugie auprès de Thierri, et l'excite à la vengeance. Lesdeux i'rères en viennent plusieurs fois aux mains. Thëodebert vaincu est massacré par les ordres de sa grand-mère, liiieiri , enflé de ce succès, tourne sesarmescontre Clotaire; mais il meurt à Melz d'une dyssenterie. CiotaJre,à son tour,devient usurpateur et féroce. Il fait mourir deux lils de Thierri, et raser le iroisièuie; un quatrième échappa, et ne reparut jamais. La fin trafique de Brunehaut mit le comble à ces atrocités ; après l'avoir abandonnée pendant trois jours aux supplices les plus cruels et les plus ignominieux, CloLaire la fit traîner sur les ronces et les cailloux pur un cheval indompté.

62S. Devenu seul maître de la monarchie française , Clûtaiie II se montra plus doux et plus modéré. Il dissipa des conjurations, s'occupa des lv;is et des prêtres, soumit les Gascons etles Saxons, et mourut regretîé des peuples, après avoir associé Dogobert, son fils aîné, à sa couronne. Heureux ce prince, s'il n'eût point affaibli son autorité en faveur des grands ! celle des maires du palais commença, sous son règne, à contrebalancer la puissance royale, et bientôt nous les verrons s'établir sar ses débris.

629. Dagohert I avait un frère nommé Charibert ; il fut contraint de lui donner en souveraineté une partie de l'Aquitaine, qui resta dans la maison de ce prince à titre de duché héréditaire , jusqu'à Louis d'Aimai^nac , duc de Nemours, tué à la bataille de Cérignoles, en i5o3, et qui fut le dernier de cette illustre famille. Dagobert fit d'abord fleurir les lois et le bon ordre; mais bientôt l'amour le précipita dai-.s les plus teriibles excès. Trois le ui mes à la fois, décorées du litre de reines, et une (bule de maîtresses ab&of baieiil «çfi revenus : il

ou l'ami de la JEU5ÎESSE. 399 vexa ses peuples, e> perdit leur estime. A l'exemple de son père , il donna pour roi aux Aiistrasiens son fils Si^ebert; voulant ensuite assurer à sou autre fils, Claris 11^ sa couronne après sa mort, il le déclarn, du consûQlement des grands du royaume, son successeur dans ses états de Bourgogne et de Nenstrie. Dagobert mourut peu de temps après ce partage, en 658, et l'ut le premier de nos rois inhumé à Saint-Denis ,. qu'il avait fondé. Malgré les scandales de sa conduite, il sut attirer à sa cour des hommes veriueux : on y remarqnait surtout Pépin de Landen , maire du p;dais; Dàdon, connu sons le nom de saint Ouen, rciférendaire, et saint E loi ^ qui i'ut grand trésorier.

639-654. Sigebertfut un saint roi. Dagobert II, son (ils, n'hérJe de sa couronne q^ie pour se la voir arracher par Grimoald , maire du palais, qui le relègue en Irlande, après lui avoir l'ait couper les cheveux. L'dmbiJieuxministre place son propre ï\\s sur le trône de ses maîtres, et publie parlout la mort du jeune Dagobert, pour lequel même il fait célébrer de niagniiîques funérailles. Mais les peuples se révoltent contre l'usurpateur, l'arrêtent avec le prétendu roi, et le conduisent à Cîovis, auquel ils se soumettent.

660-673. Le règne de ce dernier n'eut rien de brillant. Il mourut à l'âge de vingt-un ans, laissant trois fils, dont le plus jeune, nommé ThieT" ri III ^ n'eut point alors départage. L'aîné, appelé Clotaire III, fût roi de Neustrie et de Bourgogne; et le second , qui portait le nom de Childéric II ^ eut l'Austrasie. Ces deux derniers furent confiés à la tutelle de la reine Batilde, leur mère, qui gouverna quelque temps avec beaucoup de prudence; mais bientôt, dégoûtée du monde et des grandeurs , elle se retira à Chelles, monastère qu'elle avait fondé. Ce fut une calamité pour Tétât, parce qu'elle laissa une libre carrière à l'aDa-

4oO ABRÉGÉ DÉ RASTE,

bition d'Ebroiii , maire du palais. Clotaire mourut jeune, sansenf.ns màîes. Thierri ITI, son frère, lui succéda par l'autorité du ministre. Les seigneurs, choqués Je cet acte arLitraire, se révoltent. Ebrom est exilé ; Thierri est renversé du trône , on lui cou}3e les cheveux ; et Chilpéric, roi d'Austrasie, est reconnu pour unique souverain; mais l'abus qu'il fit de sa puissance, hâta sa perte. Un seigneur non\mé Bodillon, lui ayant fait un jour quelques remontrances, fut battu de verges. Cet outrage excita sa vengeance; il assassina le roi, la reine et l'un de leurs fils, dans la forêt de Livri.

G74.-688. A cette nouvelle , Thierri sort de sou couvent, et reprend le diadème ; tandis que Da^obert II , qui était revenu d'Irlande , et à qui Chiipéric avait cédé une partie de l'Austrasie, se rend maître du reste de ce royaume. Ebroin reparaît, excite des révoltes, intimide Thierri, recouvre son ancienne puissance, et se venge sur tous ceux qu il soupçonnait d avoir pris part a sa disgrâce. La France indignée se contente de murmurer. L'Austrasie seule, que ha mort de Dagobert laissait sans maître, secoue le joug; et au lieu de reconnaître l'autorité de Thierri, elle se choisit pour duc Pepm, surnommé Héristel. Enfin, un seigneur qu'Ebroin poursuivait avec outrance, le prévient, lui fend la tète d'un coup dépée, et délivre fétat d'un bourreau , et son roi d'un tyran.

689-- 1 5. Thierri ne sut pas profiter de cette ^circonstance. Les mécontens se réunissaient en foule aux Austrasiens. Le monarque voulant, mais trop tard , arrêter cette retraite séditieuse, déclare la guerre au duc d'Austrasie : il est vaincu , et cette victoire soumet à Pépin toute ia France, qu'il rend heureuse , et dont il se fait aimer. Thierri mourut, et Pépin. continua de régner sous le nom de Clo^'is III ^ son fils ; de Childebert III ^

ou l'ami de la jeunesse. 4oï et enfin de Dagobert III. C'est du premier de ces trois princes c|iie commence le règne de ces rois j\omn\ésfainéans^ c'est-à-dire, qui ne firent rien de mémorable, parce que languissant sous l'autorite du maire du palais, ils n'avaient de roi que le nom , et n'osaient rien exécuter par eux-mêmes.

714. Pépin doQij)la tous les ennemis duroyaume^, dont il recula les limites, et termina sa glorieuse carrière, après une administration de vingi-sept ans. Il déclara en mourant Théodebalde ^ son petitfils, quoique enfant, maire du palais, sous la tutelle de sa veuve. Cette disposition déplut : on se révolta. Charles-Martel, fils naturel de Pépin, que la régente avait fait arrêter, s'échappa de sa prison^ et chercha un asile chez les Austrasiens, qui le reçurent avec transport, et le mirent à leur tête.

717-732. Charles, parvenu au comhle de la grandeur , n'employa sa puissance que pour '« ' ien des peuples et la gloire de la nation. Sous le règne de Thiéri IV , fils de Dagobert III , et successeur de Chilpéric II , il tailla en pièces plus de trois cent mille Sarrasins, qui, maîtres de l'Espagne, étaient venus, sons la conduite d'ALdérame, leur chef, essayer de soumettre la France à la loi de Mahomet. ( 737 ) Thierri étant mort, Charles- Martel continua de régner sous le titre de dnc des Français , sans se mettre en peine de nommer un nouveau roi. Il conserva celte autorité jusqu'à sa mort, qui arriva en 741. Avant d'expirer, il partagea , du consentement des seigneurs, l'empire français entre ses deux fils Carloman et Pepin-le-Bref.

742-748. Carloman ne gouverna que quatre années. Après avoir fait quelques établissemens utiles, et remporté plusieurs victoires, il abandonna ses états à Pépin, pour aller s'ensevelir dans une retraite, où il vécut et mourut très-sainte-

meiiL GepenciîirU les Français imirmiiraient depuis ]ong- - leraps dt' n'avoir point de monarque. Pépin , pourJes conltnler, leur en clonna un, qui we devait elre, comme ses prédécesseurs , <{ue le fantome de l'autorisé souveraine; c'était le /ils de ChilJéric If, qui fut appelé Childéric III. (749) Le duc des Français n'avait eu celte condescendance pour la nation, q'i'afin de gagner du leraps. Voulant réunir le tiire de roi a la puissance qu'il exerçait déjà , il eut soin de sonder les dispositions du pape Zacbarie , en lui faisant demander quel était le véritable roi , de celui qui n'en portait que le nom, ou de celni qui eu faisait les fonctions. Le pape ayant répondu de la manière que Pépin désirait , sa décisicn (ut reçue comme un oracle. Pépin fut proclamé roi (ySo) , et l'infortuné Childéric enfermé dans un monastère. Ainsi Unit la race des Mérovingiens, après trois cent treuletro!' «us de règne depuis Pharamond , et deux cent soixante-dix depuis Clovis. Les dissensions doinesliqt.ics et les guerres civiles ébranlèrent d'abord leur puissance; la di>soliîiion et la noncba-' lai-ce ccîievèrent de la renverser.

XY*^ ENTRETIEN

Tableau gé/iëral de l'histoire de France , sens Us rois de la stconde race.

riiP

!>• j dit LE BREF.

751-754. Pépin se Ht sicrer à Soissons par saint Bonifiîce, légat du pape , t tarcbevéqne de iM-iiyence. Ensuite , le nouve;iu monarque cliassa les Sarrasins des provinces méridionales , où ils s'étaient maintenus, et dompta les Saxons, qtii ne supportaient qu'avec peine le joug de la France. (jjS)

OU" l'ami de la jeunesse. 4o3

Astolphe, roi des l^oiubards, s'était ren.la in;^.Urc de TexaJ'clKit de Ravcime, appartenant à l'empereur de Constantinople , et déjà il se préparait à subjuguer la ville de Rome. Le pape Etienne II vient en France implorer le secours de Pépin, qui passe deux l'ois les monts, reprend l'exarcliat, et force Astolphe à renoncer à ses prétentions. Eii- SLiile, regardant les villes cédées, comme une conquête dont il pouvait disposer, il en fit une donation solennelle à l'église romaine. Tels lurent los commencenjens de la domination temporelle des papes. Pépin, de retour en France, châtia les Saxons qui avaient insulté ses frontières, et réanlt l'Aquitaine à la couronne. (768) CeUe conquête fut le dernier événement mémorable de so;! règne. Il mourut de la fièvre à l'âge de cinquante-quatre ans , dont il avait régné dix-sept. —

Ce prince était petit, mais d'une force extraordinaire. Les seii^neurs l'ayant plaisanté sur là petitesse de sa taille, qui le fit surnommer le Bref ^ il ménagea une rencontre inattendue pour humilier leur arrogance. On avait dressé des lices daui l'abbaye de Ferrières. Un taureau indompté et un lion furieux y parurent pour se battre. Pépin demanda s'il y avait quelqu'un dans l'assemblée qui se sentît assez de courage pour aller séparer ces animaux. Celte proposition glaça d'elTroi les plus hardis. Aussi fot il tire son sabre, saut3 dans l'arène , va droit au lion, lui coupe la gorge, et, sans perdre de temps , décharge un si rurle coup sur. le taureau, q-.i'il lai abat la tête. Les seigneurs, moitié morts de frayeur, entendirent alors cette parole du monarque : TDavid n était pas plus grand que moi , et cependant il terrassa le ^cant Goliath:

L'adminIstrati(Ui de Pef)in fut dirigée par une sagesse si constante, que , dans la suite , pour donner la plus haute idée de quelqu'un , on disait en

4<34 ABPtÉGÉ d'ÉRASTE,

proverLe : il est prudent comme Pépin, On mit sur sa tomLe cette epit^phe : ci git Pépin ^ père de Charlemagne , comme s'il avait été encore plus grand par son iils rjue par lui-même.

CH ARL EMA G?iE.

767-773. Les deux fils de Pépin partagent seas états ; mais Lienlot la mort de Carloman rend Charlemagne , son frère , seul maître de la monarchie. Les premiers exploits du nouveau souverain furent contre les Gascons et les Saxons. Il trouva à la tête de ces derniers un homme digne de se mesurer avec lui, le fameux Wnikind. Il le Latlit dans trois batailles sanglantes, et désola son pays jusqu'à l'Elbe. (774) Didier^ roi des Lombards, venait d'envahir, sur le pape y^^ri'en /, l'exarchat de Ravenne. Le monarque français vole contre l'usurpateur, le fait prisonnier, lui ravit sa couronne, et renouvelle au pontife la donation du patrimoine de saint Pierre. En reconnaissance, Adrien lui confère le titre de patrice de Rome, et les Romains se soumettent a sa puissance. (778) Charles ensuite passe en Espagne pour rétablir Jbiianarabi dans Sarragosse, d'où la révolte l'avait chassé. Il assiège Pampeliine, et se rend maître du comté de Barcelone. Mais, à son retour, les Gascons battent^ dans la vallée de Roncevaux,rarrière-garde de son armée. Roland ^ que nos premiers romans ont rendu si célèbre , y perdit la vie. Witikind, qui , depuis trente-trois ans, luttait seul contre toutes les forces de la France, se soumet enfin à l'état et à la religion : les Saxons, dispersés pour la plupart dans la Suisse et dans la Flandre, communiquent leur esprit remuant à leurs nouveaux compatriotes.

802. L'illustre fils de Pépin, parvenu par son courage au comble de la gloire, venait de délivrer

ou l'ami de la jeunesse. 4o5 le pape Léon lîl d'une cruelle persécution, et il était encore à Rome , lorsque le souverain pontife, assuré des suffrages des Romains , lui offrit la dignité impériale , et le couronna empereur d'occident. Depuis long-temps Tunivers lui avait donné îe surnom de Graîid: il le méritait, soit par ses faits lié roïcjues, soit par ses conquêtes, soit par ses quidités personnelles, soit eidîn par l'étendue de ses domaines. Le calife Haroun-al-Raschid , le plus puissant prince de l'Orient , lui envoya des ambassadeurs, avec des présens magniliques, comme pour rendre hommage à sa vaste renom- Diée , et lui céda la souveraineté de la Terre-Sainte, ne se réservant que le titre de son lieutenant.

801-81 3. Des que Charlemagne eut été proclamé empereur, Irène ^ impératrice d'Orient, voulut, dit-on, l'épouser pour réunir les deux monarcLies; mais une révolution soudaine cliassant du trône cette princesse, fit évanouir ses espérances. Le nouvel empereur, après avoir vaincu les Sarrasins , dompié les Saxons, conquis Titalie, la Ba- "vière, l'Autriche et la Hongrie, s'occupa d'assurer cette immense succession à sa postérité. Déjà , depuis long-temps, il avait fait Pej)in, l'un de ses fils, roi d'Italie; il donna l'Auslrasie à Lo:iis, et; Charles, son liîs aîné, fut fait dtic d'Aquitaine; mais la mort de Pépin et de Charles changea ses dispositions: il se décida à fiiire couronner Z-owii-, et à l'associer à l'empire. Il donna l'Italie à Bernard ^ fils naturel de Pépin.

La fin du règne de (.harlemagnc fut troublée par les courses des Normands, j)eui)Ies qui habitaient leDanemarck, la Suède et li Norwè;;e, pirates intrépides, qui pillaient et dévasluienl tout. Si^ malgré tovte ma puissance , disail Charlemagiie , ils insultent les côtes de mon eTJipire , que sera-ce après ma mort 7 II prévoyait déjà que ses lils ne pourraient conserver le vusle héritage qu'il leur

4c)6 ABK

aTait conquis. Une pleurésie termina sa longue et glorieuse cairière, le 28 janvier 81.' , dans la soixante-onzième année de son âge, ]i\ q^uaranleseptième de son règne, ei la quatorzième de son eii'.pire. Il fut inhnmé dans Té^ lise d'Aix-la-Chapelle , dont il avait i'ait la capitale de ses états.

Ce prince , toujours armé pour soumettre ses voisins et augmenter sa puissance, ne négligeait pas pour cela les affaires inléneures de sou royaume. Les ej^pédilions s'y faisaient pendant l'été et l'automne ; riiiver et îe printemj)s , il réglait les affaires de l'Eglise et de l'Etat. Un de ses plus beaux établissemens est celui des écoles pour er sei^ner la grammaire , rarilîjmétique cl le chant ecclésiastique. Le goût du prince pour les sciences aurait éclairé sa n.-;tion , dans un siècle moins rempli d'erreurs. Ses lois sur \ts matières , tant ecclésiastiques que civiles , sont admirables. Il gouverna sa maison avec la même sagesse que sou esupire , fit valoir ses domaines, et en tira de quoi répandre d'abondantes K'imones et soulager son peuple : en un mot , aussi étonnant par ses vertus que par SCS taîens , ses, bonnes-œuvres dans ious les genres lui ont mérité le nom de Saint , comme ses exploits lui ont fait donner le nom de Grand.

J. O L 1 s , dit LE D É B 0 MV A 1 R E.

81 5-822. Louis commença son règne par une faute , qui devint la principale source de ses mal- Leurs ; ce fut d'iissocier a sa puissance trois fils qu'il avait eus d'un premier mariair. Quelque temps après , sa seconde femme Judith , lui donna un fils, Char!es-]e-Chauve. Obligé de démembrer les étals de ses trois fils , Lothaire , Pepin et Louis, pour former un apanage à Charles , ils se révoltent et se liguent contre leur père; plusieurs évêques et abbés se joignent à eux ; mais Pepin et Louis s'étant réconciliés avec l'empereur,

ou L AMI DE LA JEUNESSE. 407

Lotîiaire est obligé de venir iii5])lorer son pardon , qui lui est accordé. Néanmoins, comme le plus criminel des trois princes, il fut déclm de son associalion à l'empire , et réduit à h» r|!ialité de roi d ilalie, que l'empereur avait con<^uise sur son neveu BernarvI qui avait aussi levé contre lui i'élendard delà révolte, et à qui même il avait lait crever les ycHX, pour le punir de sa rébellion. Lo'liaire irrité attira dans son camp Grégoire VII , sous prétexte de le faire médiateur entre le père et les t 11 fans , puis ensuite ce prince perlide fil courir le bruit que le pape était dans ses intérêts , et tout disposé à excommunier l'empereur. Il n'en fallut pas davantage pour oter à Louis tout ce qui lui restait de serviteurs lidèles. Sa déposition et féîection de Lo'haire furent prononcées par une assemblée tumu'tcusc des séditieux et des princi])aux chefs de l'armée. Le pape , extrêmement morliiié d'avoir , contre ses intentions , prêté son nom et son autorité cà un parti de fi-.ctieux , reprit le cliemin de B.orae. Le jeune Cliarlcs-le-Cfiauve , prétexte innocent de la guerre^ est mis dans un nio nastcre , ainsi que la reine JudiîL. Les évêques , ayant à leur têle Ebbon , archevêque de Reims , ])rélat impudique et brutal , condamnent l'empereur à la ])énitence publique; Louis s'y soumet , embrasse son fds persécuteur, se prosterne au pied de l'autel , sur un cilice , jette son épée, prend vin sac de pénitent , et se laisse conduire dans une cellule qu'on lui donne pour demeure. (855) Entre des ambitieux , li paix n'est pas de longue durée. Les deux frères de Lolhaire, choqués de sa hauteur et de sa tyrannie , se liguent contre lui , rétablissent leur père sur le trône ; et ce prince, oubliant les crimes de son fils , lui pardonne et lui rend même le royaume d'Italie.

856-84o. De nouveaux ré;;lemens du monarque excitent de nouvelles tempêtes. Louis se révolte

4o8 ABREGE D ERASTE,

encore ; l'empereur marche malgré lui pour le réprimer ; mais bientôt , succombant au chagriu qui le dévorait, il meurt auprès de Mayence , en disant : Je pardonne à Louis ; mais qiCil sache qiiil ni arrache la vie. Ainsi mourut Louis, justement nommé le Débonnaire : heureux si sa naissance ne l'eût condamné à porler le sceptre ! Il nu lui manqua aucune vertu , si ce n'est la vigueur et la fermeté ; ni aucune science , hormis 4jeile du pouvernement. Il avait ré^né vinot-six ans, et était dans ia soixanle-sixieme année de son âge. Son corps fut porté à Metz , et inhumé dans l'église de Saint-Arnoult.

CHARLES II, dit LE CHAUVE.

84i-847. Charles , qui avait succédé à la couronne de France, et Louis de Bavière s'unissent contre l'empereur Lotliaire , et gagnent la fameuse Lataille de Fontenai en Bourgogne, où périrent , dit-on, plus de cent mille Français. Lotliaire désespéré sVnfuit presque seul à Aixla-Chapelle, et lut contraint de se retirer dans ses étals d'Italie. Une autre guerre aussi sanghinte , aussi ruineuse pour l'état, vint ensuite occuper Charles-le-Chauve. Les INormands, qui avaient inquiété les côies de France du \ivant de Charlemagne , envahirent une partie de l'Espagne, de l'Angleterre et de la France. Le faible monarque leur opposa l'or au lieu du fer, et ces ménageniens indigi;es d'un roi qui aurait dû plutôt combattre que nîarchander , occasionèrent de nouvelles courses, et de plus fréquences déprédations.

87 '-877. Charles de\ int eiuperetir par la mort de Loth :!re et de son fils , décédés sans ])Oslérité. Le nouvel eujpereur voulant profiter delà mori de Louis-le-Germanique , son frère , pour ilécouiller les enfaus de ce priuce , est battu par Louis , l'un

ou l'ami de la jeunesse. 409

de ces enfans. Le jeune vainqueur ne donne aucun relâche à son oncle , (jui , pressé de toutes parts , repasse en Italie, et meurt à Brios, village du Mont-Ce'nis , empoisonné , dit-on , par le juifSédécias , son médecin et son favori. Il était dans la seconde année de son empire , la trente-huitième de son règne, et la cinquante-quatrième de sou â'^e. Incapable de gouverner , il ne sut ni se faire craindre, ni se i'aire aimer de ses sujets. Ce fut sous son règne que les gouvernemens , les duchés, les comtés, les marquisats devinrent héréditaires, et préparèrent à la France celte multitude de petits souverains , qui en furent pendant plusieurs siècles les tyrans. Telle est l'origine et l'époque des fiefs et de la féodalité.

Successeurs de Char le s-le- Chauve.

878. Louis II ^ surnommé le Bègue , à cause du défaut de sa langue , monta sur le trône de son père , et ne s'en montra pas plus digne. H fut contraint de démembrer une grande partie de son domaine en faveur de Boson , comte de Provence, et de plusieurs autres seigneurs mécontens. Il mourut ensuite à Compiègne , à l'âge d'environ trente-îrois ans, et après dix mois de règ^e.

879. Louis III et Carloman ^ fils de Louis-Ie- Bègue,lui succédèrent, et régnèrent trop peu. Les deux frères partagèrent le royaume de France , et vécurent dans la plus parfaite union. Louis marcha contre Boson , et s'opposa aux courses des KormaaJs qu'il vainquit dans le Yimeux , en 882. îl mourut sans enfans , le 4 àoùl suivant. Carloman, devenu seul roi de France, ne conserva que deux ans une couronne qu'il paraissait digne de porter : il mourut sans posiérité , en 884 , d'une blessure qu'un sanglier lui fit à la chasse.

Abrégé dÉraste, 18

4iO ABKÉGÉ d'ÉRASTE,

834. Le trône appartenait à Charles-îe-Simple , fils posllmrae de Louis-le-Bègue ; mais ce prince lî'ëtait encore qu'an enfant , et il fallait un lioinnie pour résister aux BarLaresqui ne cessaient d'inonder Ici France. On dojina donc la couronne à Charles surnommé le Gros ^ déjà empereur , proche parent du jeune Cliarles. Le non veau monarque vit sous ses lois j^resque autant d'états que Cliarlgmagne ; mais il était trop fiiible pour soutenir une si grande fortune : elle l'accabla.

886. Les Normands forment le siège de Paria, dont les habitans , commandés par le comte Eudes , se défendent avec une bravoure héroïque. Charles parait à la tête de ses troupes pour secourir ses fidèles sujets ; mais au lieu d'exterminer les Bar- Lares , il les engage à lever le blocus moyennant sept cents livres pesant d'argent , et leur permet de passer l'hiver dans la Bourgogne , qu'il abandonne à leur avidité. Ce honteux traité révolte tous les esprits : Charles est déposé , et meurt de chagrin et de misère peu de temps après sa disgrâce.

889-898. Les mêmes raisons qui avaient appelé Charles-le-Gros à la couronne, au préjudice de Charles-le-Simple , déterminèrent les Français à choisir pour maître Eudes , comte de Paris , qui venait de les défendre avec tant de gloire et de succès. Ce prince n'accepta la couronne que pour la conserver au jeune Charles. Il vainquit plusieurs fois les Normands , et voulait poursuivre ses avantages contre eux; mais il fut arrêté par les révoltes continuelles des principaux nobles , jaloux de sa gloire. Il mourut à la Fère ;, en Picardie, après dix ans de règne , laissant la couronne à Charlesle-Simple.

899. Charles /// , trop digne de son surnom , ne manquait pas de courage; mais il n'avait ni. prudence ni génie ■ aussi son règne n'olîre-t-il que

ou l'ami de la jeunesse. 4ii des revers. (911) Les Normands s'étal>lirent enfin dans le loyaiiine. Deux fois vainqueur en An^'leîerre , jRollon , leur chef, se jette sur la France , prend Pxouen et fortifie cette ville. Delà, étendant ses conquêtes , il devient si redoutable, que Charles lui offre sa fille , avec le pays que depuis on 2i^^ç\i\ Norma7idie, Il demande seulement qiie Piollon se fasse Chrétien, et se reconnaisse son vassal. Le prince normand y consent ; mnis il exige encore la Bretagne , qu'il finit par obtenir. Un de ses officiers vient en son nom rendre hommage au roi, et après lui avoir Laisé les pieds, suivant l'usage, il renverse , en se relevant, le monarque du haut de son trône. On se contente de rire de cette insolence : on éiait trop faible pour la punir. Rollon devint législateur aprcs avoir été conquérant : sous son règne , on ne vit aucun vol dans ses domaines , et ses bracelets d'or restèrent long-temps suspendus à un arbre , s<ins c£ue personne osât y toucher.

922. La race de Charleraagne disparaît presque tout -entière; l'Italie et l'Empire prissent dans d'autres maisons; Charles-le-Simple n'a pas la force do soutenir les droits de sa naissance. Ce faible monari que se donne un ministre ou plutôt un maître qui I l'obsède : il s'appelai t Haganon, homme d'une orij gine obscure , mais habile et courageux. Robert , duc de France , frère du dernier roi Eudes , en vient à une révolte déclarée, et prend la couronne. Il est tué à la bataille de Soissons ; mais Huguesle-Grand, son fils, défait Charles, qui est pris et enfermé au château de Péronne , où il mourut. Le vainqueur refuse la couronne et la cède à son beau-frère Raoul , duc de Bourgogne , qui l'accepte.

024. Raoul, pour se maintenir sur le trône, fut obligé de faire des concessions considérables aux. seigneurs , espèce de petits tyrans qui couvraient

4i2 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

alors la surface du royaume; mais plus il leur donnait de lorces, plus il s'affaiblissait, et le moment approchait où le roi de France allait devenir le moins riche des seigneurs , ses vassaux. Quoiqu'on eût cédé la Normandie à Rollon , cela n'empêchait pas les îs'ormands de ravager encore le reste de la France. Tout le règne de Fiaoul se passa au ii>i1ieii de ces révoltes renaissantes; et l'état se trouva à sa mort presque dans la même situation , c'est-à-dire , fort affaibli. Le règne de ce j)rince fut de douze ans et demi.

906. Hugues-le-Gra?id ^ comte de Paris , duc de France et de Bourgogne , pouvait monter sur le trône ; mais il aima mieux y placer Louis JK^ fils de Charles-le-Simple , surnommé ^ Outremer^ parce que sa mère l'avait emmené en Angleterre pendant les troubles. Le jeune roi voulut régner par lui-même ; l'empereur Othon se déclara pour lui , et les rebelles rentrèrent dans le devoir.

940-954. Louis veut envahir la Normandie , de concert avec Hugues, et promet à ce seigneur d'en partager avec lui Ja conquête. Mais il manque à ses engagemens : la guerre- s'allume entre les sujets et le monarque, et ne cesse que par la médiation de l'empereur. Trois ans après , Louis meurt d'une chute de cheval. (905) Il avait eu la précaution d'associer au diadème Lothaire , son Cls aîné. Hugues le lui laissa ceindre , prc-j tégea le jeune prince , et régna sous son nom/ Il mourut en 956 , et laissa ses domaines et son autorité à Hugues son fils , surnommé Capet ^ ou de la grosseur de sa tête, ou plutôt ù cause de sa prudeiîce et de sa fermeté.

964. Pxespecté dans ses états, Lothaire parvint à contenir dans le devoir les seigneurs, et à reprendre' sur eux une partie de l'autorité ; il formait peut-i être de j>Ius grands projets , lorsqu'il mourut , en 986 5 âgé d'environ (juuranie-cinq ans; monarq^ue

ou l'ami de la jeunesse. 4i^

digne d'éloges pour sa bravoure, son activité , sa vigilance. ( 987 ) Louis V, son fils , lui succéda, et ne régna qu'un an. On le surnomma le Fainéant , parce que la courte durée de sa domination ne lui donna pas le temps de l'illustrer; car d'ailleurs jamais surnom, ne convint moins qu'à un tel prince ; avec lui expira la r«ce des rois Carlovingiens , ainsi nommée de Charlc magne , le plus illustre des princes de cette famille , qui avaient régné deux cent trente-six ans. Après la mort de LoTiis V, le royaume appartenait de droit à Charles ^ son oncle , duc de Lorraine, et fils de Louis d'Outremer ; mais ce prince s'étant renda odieux aux Français, Hugues- Capet ^ le plus puissant seigneur de France, fut placé sur le trône de Giovis et de Glia rie magne , et devint chef de la race des rois appelés de sou nom. Capétiens.

Sur la fin de la première race, les maires du palais disposaient de tout sous le nom d'un roi qui ne faisait et ne pouvait rien : sur la fin de la seconde, les grands seigneurs, devenus plus puissans que le souverain , n'étaient plus ses sujets que de nom, et n'obéissaient à ses ordres qu'autant qu'ils les trouvaient conformes à leurs intérêts ou -à 1-ear caprice.

Xyi« ENTRETIEN.

Tableau général de Ihistoire de France , depuis le règne de Hugues Capet^ chef des rois de la troisième race , jusqu'à celui de Saint-Louis.

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