‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 72 sur 84 · PHILIPPE PREMIER · texte numérisé non relu

PHILIPPE PREMIER

jo6i. Le nouveau roi iVayant que huit a!i4,

i(i6 ABnÉGÉ d'éraste,

Baudouin , comte de Flandre, fut déclaré régent du royaume , et s'acquitta avec zèle de son emploi de tuteur. Il défit les Gascons qui voulaient se soulever, et mourut malheurensement trop lot ; car Philippe n'avait que quinze ans lorsqu'il gouverna par lui-même.

1071-1093. Ce prince ne prit aucune part aiîx grands ëvéueuiens de son règne : baitu dans quelques guerres, il chercha à oublier dans la débauche le malheur de ses armes. Guillaume, duc de Normandie, ayant faiL une descente en Angleterre, battit et tua Harold , son compétiteur, et s'empara de la couronne. Ce ne lui qu'après dix ans (,1e possession que Philippe s'avisa de troubler le no^ivcaii monarque , et d'exciter le fils de Guillaume à ibrcer son père à le rcconnaîlre dnc Je ?»ormandie. Guillaume, qui craignait avec raison l'ambition de ce fils , lui fit dire qu'?7 n' avait pas coutume de se dépouiller avant de se coucher. Une plaisanterie de Philippe sur le roi d'Angleferre fut la cause de la rivalité qui existe depuis ce temps entre les deux nations. Le roi Guillaume faisait diète à Rouen, pour se soulager de son embonpoint monstrueux. Philippe dit en plaisantant : quandle gros homme accotichera-t-il? Guillaunic, piqué de la raillerie , lui fit répondre que, quand i\ serait accouché, il irait faire ses rclevaiîîes à Sainte-Geneviève, avec dix mille lances, en guise de cierges. En effet, dès qu'il put monter ta cheval , il désola tout le Vexin français, força et brûla Mantes; mais il s'échauffa si fort dans l'allnque de cette place, qu'il mourut peu de temps après.

Dégoûté de sa femme Berthe ^ dont il avait eu quatre enfans, Philippe enlève Bertradc^ épouse du comte d'Anjou, et lui donne la main. Le pape Urbain II anathématise cette alliance scandaleuse. Philippe promet de renvoyer Bertrade , et, bien loin de tenir sa parole, la fait couronner reine de

ou l'ami de la jeunesse. 417 Fraiîce. Ce nouveau délit fut suivi d'une nouvelle excommunication. Déjà les grands et le peuple se préparaient à la révolte; pour la prévenir, Philippe associa au trône Louis, sou fils aîné, et lui remit les rênes du gouvernement. Ce jeune prince sut empêcher le bouleversement dont la monarchie était menacée. Philippe rompit enfin ses chaînes, et , au moyen d'une pénitence publique , obtint l'absolution de ses désordres.

1 108. Le voluptueux monarque meurt à Melun , à l'âge de cinquante-sept ans, après avoir été témoin de la première croisade , sans vouloir s'y I engager en aucune manière. Ce prince parut I d'autant plus méprisable à ses sujets , que ce siècle ; était plus fécond en héros; aussi l'autorité royale ; s'affaiblit-elle dans ses mains.

LOUIS T 1 , dit LE GROS.

I 1 109. Louis , que l'énormité de sa taille fit sur- I nommer le Gros, passa une partie de son règne à combattre de petits tyrans, ses vassaux. On vit un seigneur du Puisct, dans la Beauce, défendre avec opiniâtreté un fort dans lequel il s'était reni fermé. La prise de ce fort coûta à l'armée royale un grand nombre de soldats. ( 1110) Sous le rcgne de ce prince, commence cette haine implacable qui divise depuis si long-temps la France et l'Angleterre. On raconte que, dans une mêlée, un anglais saisit la bride de son cheval , en criant : le roi est pris. Sans s'étonner du péril; « Ne sais-tu pas, » lui dit-il , qu'on ne prend jamais le roi aux » échecs? » et à finstant il le renversa mort d'un coup d'épée. ( 1 ii5 ) Dans une seconde guerre contre le monarque anglais , Lonis obtient d'abord quelques succès; mais ensuite il est battuàBrenneville, et cette défaite ramène la paix entre les ideux princes. ( ii25) Malgré les traités, le roi ' * 18

4i'S ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

d'-Uigleferre vient à bout d'engager l'empereur à se jeter dans les étals de son rival. Le nouvel ennemi approche avec des troupes nombreuses ; mais toute ia France vole au secours de son roi. Deux cent mille hommes s'o})posent au prince allemand, qui n'ose se commettre contre des forces si redoutables, et qui laisse l'Anglais dans la nécessité de traiter encore une fois avec Louis.

112g. Philippe, fils aîné du roi, est couronné à Reims, par l'ordre de son père ; mais il ne survit pas long'-temps à son élévation. Le monarque ne s-e consola de sa perte, qu'en faisant sacrer son second fils Louis. Ce fut le pape lui-même qui le couronna douze jours après lu mort de Philippe. Les troubles de Piome avaient obligé le pontife à se retirer en France. ( 1107 ) Louis-le-Gros tomhe malade et meurt à l'âge d'environ soixante ans, dont il avait régné vingt-nenf.Ce monarque possédait toutes les vertus qui font le bon roi. Les princes devraient toujours avoir devant les yeux les dernières paroles qu'il dit à son successeur : « Soiii^enez-vous , mon fils , que la royauté ri est quune char s^e publique , dont vous rendrez compte à celui qui seid dispose des sceptres et des coïtrennes. »

L, G U 1 s VII, dit LE J E U ^ E.

Loui»-ie-Jeune employa les premières années de son règne à réprimer les enlrep/ises des vassaux de la couronne, et surtout de Thibaut , comte de Champagne, dont l'humeur séditieuse excitait sans cesse de nouveaux troubles. Le monarque poussa trop loin la vengeance. Ayant fait mettre le î'eu à féglise de Vitry, où périrent plus de treize cents personnes, il en éprouva de si violens remords , que, pour les calmer , il fît vœu d'aller ;\ la conquête de la Terre-Sainte. S t. -Bernard prêche

ou l'ami de la jeunesse. 419 la seconde croisade, et la véhémence de ses paroJes subjugue lous les cœurs.

1145-1 155. Le jeune prince ne relire d'aulres fruits de cette pieuse expédition , que d'aller visiter les lieux saints. Il revient en France , et trouve ses états sagement gouvernés par Suger , abbé de Saint-Denis, qu'il avait nommé régent pendant son absence. La conduite peu régulière de sa femme Eléonore, héritière de la Guienne et du Poitou, qui Tavait accompagné dans sa course aussi longue que malheureuse , fit faire à Louis une faute en politique, en faisant casser son mariag-e , et en épousant Constance , fille d'Alphonse , roi de Castiile. Cette princesse donne ses états et sa main à Henri Plantagenet, duc d'Anjou, qui, déjà maître de la Touraine, du Maine, de la Bretagne et de la Norn>andie, fut appelé, par droit de naissance , au trône d'Angleterre. C'est de là que date l'influence des rois anglais sur le continent.

1 180. Louis VII mourut à fàge de soixante ans,avec la réputation de roi pieux et de mauvais poli tique. Il est le premier de nos souverains qui se soit servi des fleurs de lis sur ses armes et sur son sceau. Due de ses lois défend le duel pour une dette qui n'excéderait pas cinq sous; donc, pour une dette de six sous , il était alors permis de s'égorger impunément.

PHILIPPE II, surnommé auguste.

1181. Philippe , à qui ses belles actions ont fait donner le surnom d'Auguste , avait été couronné quelques mois avant la mort de son père. Il n'avait que quinze ans lorsqu'il régna seul ; mais dans un âge si tendre , il annonçait déjà le caractère ferme el résolu qui le fit sortir de la foule des autres rois. ( 1184) La tranquillité de la France

420 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

fut trouLlée par un différend avec le comte de Flandre , dont il avait épousé la nièce ; mais il fut heureusement terminé par la sagesse du prince. Queique temps après, il fit la guerre à Henri II, roi d'Angleterre, auquel il enleva les villes d'Issoudun, de Tours, du Mans et d'autres places.

1187-1191. Telles étaient les occupations de Philippe , lorsque la funeste bataille de Tibériade fit perdre Jérusalem aux chrétiens de la Palestine. Pour arrêter les pro^^rès du fameux Saladin, sultan d'Egypte, Philippe prit la croix et s'embarqua avec Richard I , roi d'Angleterre. Le monarque français se distingua au siège d'Acre; mais, étant tombé malade peu de temps après, il revint en France , laissant Piichard faire des actions de bravoure, qui lui méritèrent le surnom de Cœur-de-Lion. A ce siège d'Acre , le seigneur de Coucj fut blessé mortellement. Etant aimé de la dame du Fayel , il charf^ea un de ses écuyers de porter après sa mort son cœur à cette dame. Le jaloux mari , qui soupçonnait de l'intelligence entre Coucy et sa femme, rencontra fécujer portant ce funeste présent. Il s'en saisit, fil apprêter ce cœur, jerordonna qu'on le servît à sa femme. Elle ne fut pas plutôt instruite de la barbarie de son époux , qu'elle jura de ne prendre jamais d'autre aliment, et se laissa mourir de faim.

1194. Philippe , de retour en France , et profitant de l'absence du roi Richard , s'empara d'E- ^ vreux et du Vexin. Le roi d'Angleterre finit ses jours dans finfortune, et fut tué au siège d'un château près de Limoges, dans l'espoir d'envahir un trésor qu'on disait y être caché. ( i2o3) Jean , surnommé SansTerre , successeur de Richard , commence son règne par un attentat bien indigne d'un souverain ; il fait assassiner Arthus, duc de Bretagne , pour s'emparer de ses états. Cité devant , la cour des pairs , le monarque anglais , qui , »

ou l'aish de la jeunesse. 4^1 comme duc de Normandie , était vassal de la couronne , refuse de comparaître. Il est déclaré coupable t!e la mort de son neveu, et condamné à perdre la lète. Ses terres situées en France sont confisquées au profit du roi, et , recueillant Jes fruits du crime de son rival, Philippe réunit à la couronne la Guienne, le Poitou, le Maine, la Touraine, l'Anjou et la Normandie.

i2r4. L'empereur d'Allemagne, le roi d'Angleterre et le comte de Flandre, jaloux de la supériorité du monarque français, réunirent leurs forces qui consistaient en deux cent mille hommes. Ils Tinrent attaquer Philippe aux champs de Bouvines entre Lille et Tournay. Le roi de France n'avait qu'une armée de cinquante mille hommes; mais les talens du chef et la bravoure des soldats l'emportèrent. La victoire fut complète. On tua trente mille Allemands, et Philippe revint en triomphe à Paris, traînant à sa suite le comte de Flandre prisonnier. Cette victoire , il est vrai , n'augmenta point les domaines du vainqueur; mais elle accrut beaucoup son autorité sur ses vassaux, ce qui valait bien des conquêtes.

i2i6. Philippe, vainqueur de l'Allemagne, possesseur de presque tous les états des Anglais en France, fut appelé au royaume d'Angleterre parles sujets du roi Jean , lassés de la domination tyrannique de ce monarque. Le roi de France engagea'» les Anglais à demander son fils Louis , pour roi ; celui-ci l'ait une descente en Angleterre, est couronné à Londres : Jean meurt de douleur. Sa mort éteignit le ressentiment des Anglais , qui , s'élant déclarés pour Henri III, son fils, forcèrent Louis à sortir d'Angleterre. (1224) Philippe-Auguste meurt à l'âge de cinquante-neuf ans. Ce prince réprima les brigandages des grands seigneurs, chassa les comédiens, ordonna des peines contre les blasphémateurs , fit paver les rues et les places publiques,

422 ABnÉGÉ d'éraste,

et réunit dans Fenceinte de Paris une partie des

Lourgs qui l'environnaient. Il chassa du royanuie les Juifs, qui depuis long-temps y exerçaient d'horribles friponneries ; et quoique pins porté à la colère qu'à la douceur, et à punir qu'à pardonner , il fut regretté de ses sujets comme un puiss^mt génie, et comme le père de la patrie.

LOUIS VIll, dit COEUR-nE-LlO>-.

1224. Louis , que sa Lravoure a fait surnommer Cœur-de-Lion ^ est le premier roi delà troisième race qui ne fut pas sacré du vivant de son père. Les Anglais ayant voulu reprendre la ?sormandi-e, il la défendit vaillamment, et leur prit même JSiort, Saint-Jean-d'Angely, le Limousin, lePérigord, le pays d'Aunis et plusieurs autres contrées. S'il eût continué son entreprise, il se serait emparé de Bordeaux et du reste de la Guyenne; mais il aima mieux prendre part à la guerre contre les Albigeois. Il mourut au château de Montpensier, en Auvergne , à l'âge de trente-neuf ans. On dit qu il fut empoisonné parle comte de Champagne : son corps fut apporté à Saint - Denis. Sa valeur, sa chasteté et ses vertus, ont rendu son nom immortel.

XYIIe ENTRETIEN.

Tableau général de f histoire de France , depuis le règne de Saint Louis , jusqu'à celui de François I.

1227. Le monarque défunt laissait son trône à Tin prince âgé de onze ans -, Blanche de Castille , sa veuve, fut déclarée régente du royaunie. La minorité du jeune Louis IX fut occupée à soumettre les barons et les petits princes toujours en guerre entre

ou l'ami de la JEU>^ESSE. /jxS eux, et qui ne se réunissaient que pour bouleverser l'état : riiabile régente les fit rentrer clans Tordre, et accrut l'autorité de son fils. (i236) Louis est déclaré majeur à l'âge de vingt-un ans ; une administration sage l'avait mis en état de lever de fortes armées contre Henri III, roi d'Angleterre , et contre plusieurs autres vassaux de France, unis avec ce monarque. Il les battit deux fois, la première , à la journée de Taillebourg , en Poitou , en 1242; et la seconde, le lendemain à Saintes, où il remporta une victoire complète. Le prince anglais fut obligé de fuir devant lui, et de faire une paix désavantageuse ; quant au comte de la Marcîie et aux autres rebelles , ils rentrèrent dans le devoir et n'en sortirent plus. Dans les accès d'une maladie violente, Louis crut entendre une voix qui lui ordonnait de prendre la croix contre les infidèles : il fit vœu d'aller arracher les lieux saints d'entre lei mains des ennemis de la religion. La reine Blanche, sa mère , et Marguerite de Prq,vence , son épouse , le prièrent de différer jusqu'à ce qu'Jl fût entièrement rétabli ; mais le pieux monarque n'en fut que lus ardent à demander la croix. L'évêque de Paris a lui donna, fondant en larmes, comme s'il eût prévu les malheurs qui attendaient le roi dans la Terre Sainte. (1 248) Il mil deux années à faire ses préparatifs ; après quoi ^ laissant à sa mère le gouvernement du royaume, il partit accompagné de sa/'emme, de ses frères et de quantité de seigneurs.

i25o. Arrivé à Damiette , on résolut de faire le siège du grand Caire. Il fallait auparavant s'emparer de la ville de Massoure , où les Arabes s'étaient retranchés. L'imprudence du comte d'Artois , frère de Saint Louis, fil périr beaucoup de monde à ce siège, et le roi lui-même fut fait prisonnier avec tous les seigneurs de sa suite et la u^.eilleure partie de son armée. Il paya quatre cent mille livres

/ti/t ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

pour leur rançon , rendit Damiette pour la sienne , et accorda au sultan une trêve de dix ans. Poursuivant toujours son projet de délivrer Jérusalem, Louis conduisit les débris de son armée en Palestine, et y resta quatre ans. (i254) Cependant, ayant appris la mort de la reine Blanche , sa mère , il revint en France, reprit les rênes de son royaume, et s occupa de rendre sespeuples heureux. Le comte d Anjou, son frère , ayant eu un procès avec un de ses vassaux, le fit condamner. Le vassal en appela au roi, et le comte d'Anjou fit mettre ce gentilhomme en prison. Louis fit venir son frère , et lui dit : Croj-ez-vo2is qu'il doive y avoir plus d'un souverain en France , ou que vous soyez au-des" sus des lois ^ parce que vous êtes ^non frère? Il ordonna qu'on rendît la liberté au gentilhomme, fit plaider sa cause, et le comte d'Anjou fut condamné.

Saint Louis , non seulement se rendit Tarbitre de ses sujets , mais encore il fut le médiateur des autres rois. On aime à se représenter ce bon prince assis sous un chêne dans le bois de Vincennes , et entouré de sujets à qui il rendait la justice. Heureux si un laux zèle de religion ne l'eût pas entraîné une seconde fois sur les rives étrangères ! (1270) La seconde croisade ayant été résolue , il partit sur des vaisseaux Génois , et tourna ses armes contre la ville de Tunis, en Afrique. Il mourut devant cette place, le 20 août, d'une maladie contagieuse qui ravageait son armée. Dès qu'il en fut attaqué , il se fit étendre sur la cendre, et expira à l'âge de cinquante-cinq ans, avec la fermeté d'un anachorète et le courage d'un héros. On fit bouillir le corps du roi pour en détacher les chairs, que Charles d'Anjou fit embaumer, et qu'il emporta en Sicile. Philippe fil mettre les os dans un cercueil , et les porta en France, dans l'église de Saint-JDenis.

Saint Louis fut un des plus grands princes, et le plus beau modèle que l'histoire puisse offrir aux souverains qui veulent régner selon le cœur de Dieu , et pour le bonheur de leurs sujets,

PHILIPPE 111, dit LE HARDI.

1271 . Philippe , à qui sa valeur au siège de Tunis mérita le nom de Hardi , fut proclamé roi de France , en Afrique, aussitôt après la mort de son père. Il conclut une trêve de dix ans avec les Sarrasins, rompit les fers de plusieurs milliers de caplifs, et acquit à la religion le privilège d'être librement prc'chée dans cette terre infidèle. Il vint ensuite se faire sacrer à Reims. La femme de ce prince avait été enlevée, en Afrique parla maladie pes'ilenlieîlt' qui avait privé la France de son bon roi. Après quatre années de veuvage , il épousa Muie , j'^-'e de Henri Vï , duc de Brabant. Le fils aîîié du ioi étant mort empoisonné, la nouvelle reine fc- acci.séc de ce crime par P. de la Brosse , qui de j.i;i] !e b^M'bicr de saiat Louis, était parvenu sous Pliilippeaux premiers emplois. La jeune reino fat reconnu:; iu locente, et qu elque temps après, son accus. itcnr fut pendu pour cause de trahison.

1282. Pendant que Philippe régnait sur la France , Charles d'Anjou , son oncle , roi de Naples et de Sicile, oubliant rexem[)le que son frère lui avait donné, surchargeait ses peuples d'impôts, ce qiji produisit une révolte , dite la conspiration des Vêpres Siciliennes ^ où périrent huit mille Français de l'un et de l'autre sexe. Jamais la vengeance ne se signala par des fureurs aussi barbares ; on vit les Siciliens éventrer des femmes enceintes soupçonnées d'avoir eu des faiblesses pour les Français : il n'en échappa qu'un seul. (i28j) Philippe , à cette nouvelle , jure de venger ses compatriotes, marche en personne contre Pierre, roi

d'Arragôn, auteur de cette exe'crable boucherie, et prend Gironne ; mais en revenant de cette expédition , il meurt à Perpignan d'une lièvre maligne, à l'âge de quarante-un ans. Les qualités aé ce prince furent la valeur, la bonté, la libéralité , Tamour de la justice et de la religion.

PHILIPPE 1 y , dit LE BEL.

1286. Philippe IV, déjà roi de Navarre, du chef de Jeanne son épouse, fui proclamé roi de France à Perpignan. Il cita au parlement de Paris Edouard I, roi d'Angleterre, pour rendre compte de quelques violences faites par les Anglais sur les côtes de Normandie. Ce prince n'ayant point com« paru, fut convaincu du crime de félonie, et la Guyenne lui fut enlevée eu 1295, ])ar Piaoul de Nesle, connétable de France. Le monarque anglais implora le secours de l'empereur, du duc de Bar, et du comte de Flandre, qui se liguèrent en vain contre le roi de France. Vainqueur à Furncs en 12g-, il perdit en i3o2 la bataille de Courtray ; mais la célèbre victoire de Mons-en-Puelle, gagnée le 20 août i5o4, fit oublier ces rerers. Plus de vingt-cinq mille Flamands restèrent sur la place. C'est en mémoire de cette journée que l'ut élevée, dans l'église de Notre-Dame de Paris, la statue équestre de Pliili])pe-le-Bel. Ce prince fit connaître la vigueur de son caracfère, en s'opposant aux entreprises du pape Boniface Vill sur les droits des monarques. Excommunié par ce pontife orgueilleux , il donne ordre à un officier nommé Nogaret de le conduire de force au futur concile , auquel le prince outragé en avait appelé; mais Boniface expire de rage et de d('pit , avant qu'on ait le temps de le convoquer.

1008. Ce fut aussi sous son règne que se termina îe fameux procès des templiers. Ces moines-soldats,

OTJ l'ami de la jeunesse. 427

qui avaient coraLaltu avec conrage dans la Palestine , furent accusés de s'être laissés corrompre par leurs riciiesses immenses, et d'avoir donné le scandale des mœurs les plus dissolues : les accusés lurent condamnés au feu , après avoir défendu leur cause devant une commission, créée par le pape Clément, et Philippe. Jacques de Molaj, grandmaître de cet ordre, et plusieurs autres, furent brûlés à Paris, dans une petite île, où depuis ou bâtit l:i place Dauphine. Montés sur l'échafaud , ils prirent Dieu à témoin de leur innocence; et le grand-maître, dit-on, s'écria : Clément , juge inique , je (ajourne a comparaître devant le tribunal du souverain juge ^ ainsi que Philippe ^ dans un an, La prédiction se trouva accomplie; Philippe et Clément moururent dans la même année.

Ce monarque fut le plus bel homme de son siècle. Né avec un cœur haut, un esprit vif, une àme ferme, une humeur libérale, il aurait pu être adoré de ses sujets ; mais il aliéna le cœur de son peuple en le surchargeant d'impôts, par les fréquentes altérations qu'il se permit dans les monnaies , par la puissance qu'il donna à ses ministres, et par sa sévérité. Il mourut à Fontainebleau en i3i4» Ce fut lui qui fixa la résidence du parlement à Paris : sous ses prédécesseurs, cette compagnie suivait le roi.

LOUIS X , dit HUTIN.

i3i4. Louis X, surnommé /7w^m, c'est-à-dire, mutin et querelleur, possédait déjà le trône de Navarre par Jeanne, sa mère , lorsqu'il monta sur celui de son père. Les troubles dont le royaume était agité, et le désir d'être couronné avec sa nouvelle épouse, Clémence, fdle du roi de Hongrie, qu'il attendait, lui firent différer son sacre pendant près d'un an. Influencé parles intrigues de *s©n oncle, Charles de Valois, il sacrifia à la haine

428 ABR ÉGÉ d' :Ê n ASTÉ ,

du peuple Engnerrand deMarigny, qui avait ëté ministre des finances sons Pliilippc-le-Bel , et il le fit pendre. Chai les de Valois, atteint d'une maladie incnraLle quelques années r.près, reconnut la main de Dieu qui le frappait, et pour réparer son injustice, fit élever un monument à Marigny. Louis X rappela les Juifs , que son père avait chassés , fît la guerre sans succès contre le comte de Flandre, et laissa accaMer son peuple d'impôts, sous le prétexte de cette guerre, il mourut le 8 juin i5i6, à vingt-six ans.

PHILIPPE V, dit LE LONG.

î3i6. La reine Clémence étant enceinte au moment de la mort de Louis Hutin, Philippe, frère du roi, gouverna en qunlité de régent; mais le fils que Clémence mit au monde étant mort presqu'en naissant , Philippe lut déclaré roi , à l'exclusion de Jeanne, reine de Navarre, fille de Louis. Ainsi que son aïeul, il altéra la monnaie, vendit les charges de judicalure, et même jusqu'à la noblesse. Il vendit aussi aux serfs de ses domaines la liberté; et les seigneurs suivirent son exemple. Il avait eu l'idée d'introduire en France des poids et des mesures uniformes ; mais il n'en put venir à bout. Sous son règne, les Juifs furent encore chassés une fois. Il mourut le 3 janvier i322 , à l'âge de

vinot-huit ans,

CHARLES IV, dit LE BEL.

i322. Philippe ne laissa point d'enfant mâle; la couronne passa sur la tête de Charles IV, son frère, qui y joignit celle de Navarre. Le premier acte que le nouveau roi fit de sa puissance, fut de sévir contre les financiers , presque tous venus de LoQibardie et d'Italie, pour piller la France. (i524) La guerre s'élève entre la France et l'Angleterre ;

ou l'ami de la jeunesse. 429

Cîiarles-le-Bel déclare Edouard II ennemi de l'état, et coupable de félonie; mais ce prince ayant envoyé en France son fils Edouard, pour rendre hommage de la Guienne, dont une partie était déjà tombée au pouvoir du comte de Valois , oncle de Charles , la paix fut rétablie entre les deux nations.

i32 8. Charles-le-Bel mourut, comme son prédécesseur, sans postérité, à Tà^e de soixantecjnatre ans. Avec lui finit la branche des Capétiens proprement dite : elle avait donné quinze rois à la France.

Deuxième branche des rois Capétiens , dite

PRA?i'CHE DES VALOIS.

PHILIPPE YI , dit DE VALOIS.

1.529. Edouard III, roi d'Angleterre, disputa à Pkilippe la couronne de France, comme étant fils d'Elisabeth de France, fille de PhIlippe-le-Bel ; mais en vertu de la loi salique (1), son droit ne fut pas reconnu , et Philippe régna. C'est depuis ce temps que les rois d'Angleterre se sont arrogés le titre de rois de France. Philippe se montra courageux, et gagna , près de Cassel , une bataille sur les Flamands, la première année de son règne. L'éclat de cette victoire fut marqué par un homrri'?;- solennel qu'Edouard vint rendre au roi de France à Amiens, genou en terre et tête nue.

(i) Clovis rédigea la loi salique, dans laquelle le droit de succession à la couronue n est pas expressément réglée comme on le croit communément. Elle dit seulement que var rapport à la terre salique , Us femmes n'ont nulle part à rhéritage : ce qui ne regarde point la maison royale en particulier ; car on appel.ut terres sulicjues , toutes celles qu'on tenait du droit de conquête. La succession à la couronne n'a été allcct:'<- aux seuls inAles que par l'usage, qui est devenu une loi cjnstituùvc de l'état.

45o ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

pour le duché de Guienne ; cérémonie humiliante, à laquelle se prêtait difficilement la fierté des monarques britanniques.

i356. L'Angleterre commence contre la France cette malheureuse guerre qui dura, à diverses re^ prises, plus de cent ans. Les Flamands révoltés de nouveau, malgré les sermens et les traités, se rangèrent sous les drapeaux d'Edouard ; ils exigèrent seulement qu'il prît le tilre de roi de France , en conséquence de ses prétentions à la couronne. Les armes de Philippe eurent d'abord quelque succès; mais ces avantages ne compensèrent point la perte de la bataille navale de l'Ecluse, où la flotte française, qui portait quarante mille combattans, fut battue par celle d'Angleterre.

i3|5. La guerre recommence avec plus de chaleur que jamais. Les armées ennemies s'étant rencontrées près de Crécy , village du comté de Ponihieu , les Anglais , secondés par Varlillerie dont on fit alors usage pour la première fois, y remportèrent une victoire signalée. Edouard n'avait que quarante mille hommes, Philippe en avait près de cent mille ; mais l'armée du premier était aguerrie, et celle du second, mal disciplinée, était accablée de fatigue ; Philippe reçut deux blessures dans la mêlée, et malgré la perte de son sang, il combattait toujours. Onfutobligé de l'entraîner malgré lui : il était deux heures du malin. On le conduisit au château de Braje : l'ayant trouvé fermé , on fit appeler le châtelain, qui demanda ce qu'on voulait : Ouvrez-^ ouvrez^ répondit le roi; c est Infortune de la France. On trouva , parmi pl'is de trente mille morts, douze cents chevaliers et les seigneurs les plus considérables. La perte de Calais et de ])iusieurs autres places fut le triste fruit de cette défaite. Quelque temps auparavant, Edouard avait défié Philippe à un combat sing-ulier. Le roi de France le refusa , persuadé qu'un souverain ne

ou l'ami de la jeunesse. 45i flevail pas ccrmbattre contre un roi son vassal. Enfin, en i347, ^^ conclut une trêve de six mois, qui f'utprolongée à diverses reprises. Aux malheurs particuliers de la France, se joignit, l'anne'e suivante, une contagion universelle et sans exemple dans riîisloire : eUe parcourut successivement toutes les parties du monde connu. Philippe ne survécut pas long-temps à ces désastres : il mourut en i.joo, avec la réputation d'un prince brave, mais imprudent; bon, mais peu clairvoyant. Il venait de réunir le Dauphiné a la France. Humbert, le dernier prince de ce pays, ayant perdu ses enfans, léo;ua ses états à Philippe , avec la condition que le fils aine de nos rois s'appellerait Dauphin.

J E A > 11, dit LE B o >\

i35o. Encore un règne malheureux! Jean, fils de Philippe, montra de l'énergie et de la bravoure; mais plus soldat que politique, il hasarda trop sa personne. Il eut pour ennemi ce Gbarles-le- Mauvais, roi de Navarre, qui fit tant de mal à la France pendant les règnes de Jean et de Charles V. Quoiquil eût épousé une des filles du roi de France , il n'en poursuivit pus moins ses détestables projets. Il avait été fait prisonnier à la bataille de Crécy, et pour le malheur des Français, il obtint sa liberté.

i356. Depuis la bataille de Crécy et la prise de Calais, Edouard ne cessa de faire des courses en France. Le roi Jean, impatienté de Topiniâtreté de l'Anglais, lui fit proposer un combat singulier, qu'Edouard refusa. Le roi d'Angleterre laissa le commandement de son armée à son fils le prince de Galles, surnommé le prince Noir ^ à cause de la couleur de ses armes. Ce fut à ce prince que Jean livra cette luoeste bataille de Poitiers. Les Anglais

432 ^ABRÉGÉ d' ÉRAST2 ,

étant moins forts de vingt-deux mille Lommes , firent des propositions de paix qui furent refusées. Laraoe les emporta; ils combattirent en furieux et gagnèrent la bataille. Le prince de Galles fit tout ce qu'il put pour adoucir le chagrin du roi, son

Î)risonnier, qu'il mena d'abord à Bordeaux, et de à à Londres.

1557. La prison du roi fut, dans Paris, le signal delà guerre civile. Le Daupbin, déclaré régent du rovaume , le vil presque entièrement révolté contre lui. Il fut obligé de rappeler ce même roi de Navarre qu'il avait fait emprisonner; c'était déchaîner son ennemi. Le Navarrois n'arrive à Paris que pour attiser le feu de la discorde. Marcel, prévôt des marcliands, à la lêle d'une faction de paysans, appelée la Jacquerie, fait massacrer Robert de Cîermont, maréchal de Normandie, et Jean de Conflans, maréclial de Champagne , en présence et dans la chambre du Dauphin. Le régent trouva le moven de s'échapper en Champagne ; la générosité de ses habilans anima d'autres provinces. Déjà il avait investi Paris, lorsque Marcel, craignant d'être puni de tous ses crimes, voulut y meltre le comble en livrant la ville aux Anglais; mais il lut assommé d'un coup (le hache par un brave capitaine nommé Maillard. Dès lors le Dauphin rentra dans sa capitale, et les factieux se soumirent. Dans ces convulsions de l'élat , Charles de Navarre aspirait à la couronne. Le Dauphin et lui se font une guerre sanglante , qui ne finit que par une paix simulée.

1Ô60. Enfin le roi Jean sort de la prison de Londres, el convient de donner pour sa rançon environ trois millions d'écus d'or, le Poitou, la Saintonge , l'Agénois , lePérigord, le Limousin, \i Quercy , l'An^onmais et le Roiiergue. Jean compta six cent mille écus d'or pour le premier piiement; mais ne pouvant fournir au reste de la somme stipulée, il relourna se luelUe en ôta^e à

ou l' A Î^I I DE L A. J E U K E S S E. 455

Londres, et y mourut en i563, à quaranle-frois ans. Ce prince pouvait efrc un preux chevalier; iuais il manquait de génie et de discernement. Impatient et fantasque, il ne parlait que trop souvent avec humeur au soldat. Il y a long-temps , dit-il un jour, quoii ne voit plus de Rolands parmi les Français. — On y verrait encore des Rolands^ lui répondit un vieux capitaine, s'ils avaient un CJiarlcmagne à leur tête. On aime à répéter cette maxime de ce prince : Qiie si la justice et la bonne foi étaient bannies du reste du monde , il faudrait encore les retroui^er dans la bouche et dans le cœur des rois.

CHARLES V, dit LE SAGE.

i565. Le dauphin Charles succéda sans contradiction à son père, et s'efforça de retirer la France de la désolation et de l'épuisement où l'avait jetée l'imprudence de son prédécesseur. Il remédia à tout par ses négociateurs et ses généraux. Le fameux Bertrand Duguesclin toinba, dans le Maine et dans l'Anjou , sur les quartiers des troupes anglaises , et les défit toutes les unes après les autres. Peu à peu, toutes les provinces cédées à l'Angleterre rentrèrent sous l'obéissancede la France. Il ne resta plus aux Anglais que Bordeaux , Calais , Cherbourg , Bayonne , et quelques forteresses. Bertrand Duguesclm avait déjà signalé son courage en Espagne. Il avait chassé du royaume de Castille Pierre-le-Criiel , meurtrier de sa femme , et avait placé sur le trône un bâtard , frère de ce roi. Par lu valeur et les succès constans de ce grand capitaine , Charles réunit à sa couronne tous les anciens domaines qui en avaient é'é détachés.

Charles V mourut en 1Ô80, à l'âge de qua- ,ranle-trois ans. Les historiens attribuent sa mort à un poison lent que le roi de .Navarre lui avait Abrégé d'Éraste. ig

454 abri':gé d'éraste,

fail; donner. Depuis Saint Louis , on n'avait pas va sur le trône un iuonarc£iie aussi bon. Tséannioins , jamais ])riiice ne se laissa moins gouverner par ses courlis;ins. Les taleiis eurent en lui un ])rolecteur zélé; i] aimait les livres, il encourageait les auteurs. Il vint à 1 ont de rassembler neuf cents volumes qu'il ajouta aux vingt que son père lui avait laissés. C'est à son règne que commence la chaîne de nos poêles français. Après sa mort , il fut transféré à Saint-Denis, dans un tombeau qu'il avait fait construire , et au pied duquel il avait fait placer le corps de Tillustre Duguesdin.

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