LA PLAINTE D'HYAGNIS
Substance de Cybèle, ô branches, ô feuillages, Aériens berceaux des rossignols sauvages, L'ombre est déjà menue à vos faîtes rompus, Languissants vous pendez et votre vert n'est plus. Et moi je te ressemble^ automnale nature.
Mélancolique bois où viendra la froidure.
22 LA PLAINTE d'hYAGNIS
Je me souviens des jours que mon jeune printemps Ses brillantes couleurs remirait aux étangs, Que par le doux métier que je faisais paraître
Dessus les chalumeaux, Je contentais le cœur du laboureur champêtre
Courbé sur ses travaux.
Mais la Naïade amie, à ses bords que j'évite, Hélas I ne trouve plus l'empreinte de mes pieds, Car c'est le pâle buis que mon visage imite.
Et cette triste fleur des jaunes violiers.
LA PLAINTE d'HYAGNIS 2)
Chère flûte, roseaux où je gonflais ma joue, Délices de mes doigts, ma force et ma gaîté, Maintenant tu te plains : au vent qui le secoue Inutile rameau que la sève a quitté.
Astre brillant
Astre brillant, Phébé aux ailes étendues,
O flamme de la nuit qui croîs et diminues,
Favorise la route et les sombres forêts
Où mon ami errant porte ses pas discrets !
Dans la grotte au vain bruit dont l'entrée est tout lierre.
Sur la roche pointue aux chèvres familière,
Sur le lac, sur l'étang, sur leurs trancfuilles eaux.
Sur leurs bords émaillés où plaignent les roseaux,
Dans le cristal rompu des ruisselets obliques, Il aime à voir trembler tes feux mélancoliques.
L'injustice, la mort ne dépitent les sages ;
Aux yeux de la raison le mal le plus amer
N'est qu'une faible brise à travers les cordages
De la nef balancée au milieu de la mer.
Et mon ami sait bien que le vert ne couronne
La ramée toujours, mais ni toujours l'automne ;
Qye c'est deis jours heureux qu'il faut se souvenir;
Que même le malheur, comme humain, doit mourir.
Or le dessein plus fier, la plus docte pensée,
A la quenouille où est la Parque embesognée
Se prennent comme mouche aux toiles d'araignée !
O hélas I qui pourra que les étés arides
Ne viennent aux jardins sécher les fleurs rapides,
Que le funeste hiver, son haleine poussant,
Ne fasse du soleil un éclat languissant ;
Qye sous le tendre myrte à la rose mêlé
L'agréable plaisir n'aille d'un pas ailé,
Ou que le temps aussi, d'un vol plus prompt encore,
Sur nos têtes ne passe et ne les décolore !
Phébé, ô Cynthia, dès sa saison première, Mon ami fut épris de ta belle lumière ; Dans leur cercle observant tes visages divers, Sous ta douce influence il composait ses vers.
Par dessus Nîse, Eryx, Scyre et la sablonneuse
lolcos, le Tmolus et la grande Epidaure,
Et la verte Cydon, sa piété honore
Ce rocher de Latmos où tu fus amoureuse.
Puisque douleur le point et Tennui de tristesse, Ne l'abandonne pas, toi sa chère déesse :
Allège son souci, que dans son âme passe .
Cette éclatante paix qui règne sur ta face !
Alors ses chalumeaux, en leurs rustiques sons, Hardis surmonteront les antiques chansons Des cithares et luths, des poètes et pères Qyi les yeux ravissaient des monstres et Cerbères ;
ASTRE BRILLANT )l
Car de ton frère archer la prophétique rage
Qui agite les rains du pénéan feuillage,
Jamais enfant mortel ne la porta si forte
Comme mon ami doux dedans son cœur la porte.
A Maurice du Plessys
A MAURICE DU PLESSYS
Une même fureur n'agite tout poëte, Combien qui sont faconds ont la bouche muette ! La plupart sont chétifs et rampent bassement Aux arbrisseaux pareils ; quelques-uns seulement, De naturel bien né, sans ruses et sans peine, Passent incontinent cette commune voix :
Tel un chêne élevé qui par dessus le bois Elance dans l'azur sa cime aérienne.
}6 A MAURICE DU PLESSYS
Ami cher, si le dieu qui confond l'ignorance,
Phébus qui m'a nourri dès la première enfance,
M'a bien prophétisé que c'est du labeur tien
Que Permesse courra sur les françaises rives,
Et si tu es toujours amoureux du lien
Que forme le laurier avec ses tresses vives,
La sainte Poésie, et de jour et de nuit.
Soit en toi comme un feu qui dans un chaume bruit.
De l'aveugle qui dit le courage homicide De ce divin guerrier, fils de la Néréide, Du vieillard de Téos et du thébain Pindare, De ce magicien que Mantoue a vu naître,
A MAURICE DU PLBSSYS 37
De ce Toscan pensif qui au fond du Tartare
Suivit encor' vivant la trace de son maître,
De Ronsard qui Vendôme et la France décore,
De ce Sophocle, honneur de la Ferté-Milon,
De celui, bien appris, qui dedans la Champagne
Tira Pinde, Dodone et le sacré vallon,
Et du charmant Chénier dont deux fois je m'honore
Nouveau Mercure, ayant pour ta verge brillante
Un plectre harmonieux, assemble et guide encore
Les substances qui sont sur la Lyre volantes.
Proserpine