SA PENSÉE
Hello est, avant tout, un penseur. C'est là, dans ce domaine de l'esprit, qu'éclate en sa supériorité incontestable, en sa magnificence, la force de cette organisation essentiellement intellectuelle. Telle est même la puissance de la pensée dans Hello qu'elle absorbe, pour ainsi dire, toutes les sèves de cette riche nature, et semble faire autour d'elle, comme le chêne du poète, un vide superbe.
« Notre ami, m'écrivait Henri Lasserre, était, avant tout, un esprit, l'homme de ses livres. Sa vie consistait surtout en ses pensées, en ses entretiens, en les merveilleux jels de lumière dont il éclairait tout à coup la conversation, quand on s'entretenait avec lui. Mais les faits proprement dits tenaient peu de place en sa vie, et un corps manque à nos souvenirs. »
La vie extérieure est nulle dans Hello. La vie physique est mourante, nous l'avons vu. La vie
morale elle-même est un long cri de faiblesse, et, quand nous parlerons du style et de la littérature, nous verrons que cet homme qui n'eut aucune des souplesses et des patiences de la vie pratique, n'eut comme écrivain aucune des habiletés de la rhétorique ordinaire, — tout aussi incapable de s'assujettir à une règle classique que de supporter un mal de dents.
Hello n'est pas un littérateur, il est à peine un homme.
C'est un penseur.
Mais admirez ici la force de la pensée catholique et universelle. Parce qu'il est un penseur catholique et universel ; — ■ parce qu'il est un philosophe non pas partiel et séparé, non pas abstrait et mort comme les sophistes d'écoles, mais large, profond, vivant ; — parce qu'il est un philosophe dont la philosophie contient tout, et la foi, et la conviction, et l'art, et la vie, et la science, et tous les rayons et toutes les splendeurs intellectuelles et morales ; — parce qu'il pense la vérité totale et qu'il la pense avec son âme tout entière ; — par cela seul Hello, qui n'est pas un littérateur, est un écrivain de premier ordre, par cela seul Hello, qui est à peine un homme, est un sage, et son style et sa vie sont des modèles. Il a su écrire, il a su vivre, uniquement peut-être parce qu'il a su penser.
Je touche donc ici, ce me semble, au point culminant de mon sujet. De ce point qui est la Pensée et dont j'ai fait le centre de cet ouvrage parce qu'il est le cœur démon héros, sort et découle tout le reste : et les vertus de la vie et les qualités du style, comme d'un glacier coulent des fleuves. Y! homme et Y écrivain dans Hello sont en quelque sorte les deux versants du penseur.
Nous voici déjà en pleine philosophie, car Hello m'apparaît comme une incarnation vivante de la philosophie pleine, de cette coordination universelle que cherche le xixe siècle, sans le savoir. Il y a unité dans cette âme, et unité faite par le sommet, par la pensée. A une époque de confusion et de trouble, alors que les forces éparpillées vont trop souvent au hasard de leurs caprices, tirant chacune de sonsôté, rêvant pourtant de synthèse; — alors que, faute d'être unie à l'idée, l'art tombe dans le réalisme ; que, faute d'être unie à la conviction et à la foi, l'idée s'énerve dans le dilettantisme, dans le scepticisme; — alors que, destituées de lumière supérieure, la science se noie dans les détails de l'analyse athée, et la vie dans les complications des opportunismes de hasard ; — alors qu'on entrevoit cependant, alors qu'on appelle, à travers les brouillards du désir, la venue de l'immense unité: il est bon de montrer aux horizons de l'avenir, réalisée par avance, l'image de cette
unité glorieuse. Et, puisque l'esprit moderne est un esprit scientifique, il est bon que ce soit par l'intelligence, par la magnificence d'un front lumineux, que cette image éclate aux regards. Ce siècle veut voir, Hello est avant tout un être qui voit. C'est un œil ouvert, si beau qu'il éclaire tout l'homme, et jusqu'à la plume de l'écrivain, dont la splendeur est faite de ce rayon qui la dore.
Je disais tout à l'heure que le penseur dans Hello était si fort qu'il absorbait tout le reste ; mais remarquez-le bien : non pas pour tout détruire, mais pour tout vivifier. Ce n'est pas en vain que l'idée pleine et totale, vivante parce qu'elle n'est pas mutilée, s'est emparée de cet esprit. Du foyer intellectuel, elle éclaire la conscience, elle échauffe le cœur, elle anime tout de sa puissance. Prise dans le soleil, la lumière est en même temps la chaleur et le mouvement et la fécondation universelle. La haute science contient la morale et l'art, l'art de la vie et l'art du style. Car le vrai, au fond, n'est pas autre chose que le bien, n'est pas autre chose que le beau, et le philosophe complet serait l'homme universel.
Le vrai philosophe serait un saint ! Hello est un saint, — à sa manière. Plusieurs en ont douté, faute de s'être mis au point de vue. Hello n'a pas la sainteté de l'ermite ni celle du martyr, ni celle de l'obscur artisan qui se réjouit d'être inconnu : il
a la sainteté du penseur. Il ne peut en avoir d'autre. Or le penseur ne pense que pour parler. Helio n'a pas la sainteté du silence, il a la sainteté de la parole. La publicité est son premier devoir, lui que le zèle de la vérité dévore. Le penseur, s'il est grand et convaincu, est de la race des conquérants et des missionnaires. Et ne faut-il pas que le grand homme mange son pain, comme les autres ! mais c'est un pain formidable qui ne ressemble pas à celui des autres. « Les conquêtes, s'écrie Hello, entrent dans la substance du pain des grands hommes. L'Amérique était le pain de Christophe Colomb. »
Il lui fallait cela pour vivre, et pour être le saint que l'Eglise va canoniser.
Mais, quand on parle des philosophes, il semble que cette espèce n'ait aucun droit sur le monde, et que l'idée, bonne à charmer les loisirs des désœuvrés les plus délicats de l'aristocratie humaine — ou à les endormir, — n'ait pas plus de rapport pratique avec la réalité et l'histoire, avec la vie et le bonheur, qu'il n'y en a entre la chanson d'un oiseau et la direction des astres. C'est la thèse de Renan, dans une de ses pages les plus joviales, où ce dilettante de l'idée, posant en principe sa fantaisie personnelle, fait de la philosophie un jeu à l'usage des raffinés de l'intelligence. Il parle de sa philosophie. Non seulement, dit-il, il n'y
attache aucune importance, mais il espère bien qu'elle ne triomphera jamais, sans quoi, assuret-il, il ne se la permettrait pas. Écoutez, car c'est charmant de bêtise:
« On ne philosophe jamais plus librement que quand on sait que la philosophie ne tire pas à conséquence... Sonnez, cloches, s'écrie M. Renan (la cloche, c'est l'Eglise, c'est le christianisme), sonnez bien à votre aise. Plus vous sonnerez, plus je me permettrai de dire que votre gazouillement ne signifie rien de distinct. Si je craignais de vous faire taire, oh ! c'est alors que je deviendrais timide et discret. »
Sur quoi Ernest Hello fait les réflexions suivantes :
« Ainsi, vous l'entendez ; il parle à condition qu'on ne le croie pas, ou du moins qu'on ne le croie pas trop. 11 a besoin que les cloches sonnent. Il s'enhardit, parce qu'elles sonnent malgré ses discours. M. Renan a confiance dans la force invincible des choses qu'il attaque. Il se sent protégé par elles ; il est à leur ombre, sous leur protection, et, de cet abri tranquille qui lui est fait par elles, il se donne le plaisir de les attaquer sans courir le danger de les vaincre 1 . »
Après tout, Renan n'avait pas tort de ne point vouloir le triomphe de ses idées, et sa sainteté à lui ne pouvait consister à les répandre. Entre la gloire de Renan et le bonheur de l'humanité, il ne
1 Le dernier aveu de M. Renan [Courrier de Bruxelles, 25 février 1885.)
peut y avoir qu'un, rapport absolument négatif, s'il est permis de parler de gloire quand il s'agit d'une œuvre de destruction, et de destruction pour rire! De même que le style de Renan consiste à cacher sa pensée sous les habiletés de la phrase, à se contredire finement et, en fin de compte, à ne pas s'exprimer, je conçois qu'il ait mis l'honneur de sa vie à ne pas se croire lui-même, et son zèle à ne rien conquérir. Nous sommes là dans le domaine du néant, du néant fleuri et de la mort qui Camuse. Là tout est séparé, tout est contradictoire : la vie, la pensée, le style; tout cherche à se masquer, à s'atténuer, à s'anéantir avec grâce: l'Etre est absent, et l'Unité.
Mais dans Hello il n'en va pas ainsi. Ah! chez lui la pensée n'est plus un jeu. Ce qu'il pense, c'est ce dont il vit ; ce qu'il écrit, c'est ce qu'il pense. Et pourquoi pense-t-il? pourquoi écrit-il? Parce que cette pensée, qui est sa vie, est aussi la vie de l'humanité, parce qu'elle est la pensée qui civilise, la pensée qui sauve, exprimée avec magnificence pour les hommes du xixe siècle. Ah ! celle-là, qui est la pensée vraie, n'est pas une abstraction inutile, un amusement de l'esprit, et celui qui, la possédant, ouvre la main répand un trésor. Après Renan, écoutez Hello, et vous verrez que, si le sophiste est un jongleur, le philosophe a des droits à la conquête. Voici les deux premières
pages du chapitres la Lumière et la Foule dans les Plateaux de la Balance.
« Beaucoup d'hommes, en face des principes les plus élevés delà métaphysique, disent :
« Qu'importe ?
« Les théories transcendantes, qu'elles soient fausses ou qu'elles soient vraies, ne pénètrent pas les masses. Je veux faire le bien ; or je suis entouré d'hommes qui n'ont lu ni les grands philosophes de la vérité, ni les grands philosophes de l'erreur. Ce sont des jeux d'esprit qui ne mènent pas le monde. Donnez-nous des choses pratiques. »
« Dans l'opinion des hommes médiocres, les principes ne sont pas des choses pratiques.
« Je supplie ceux qui veulent faire le bien d'écouter ce que je vais leur dire : 1
« Toujours, et partout, ce sont les principes de la métaphysique la plus élevée qui gouvernent les masses les plus ignorantes de la métaphysique, non pas directement, il est vrai, mais indirectement. La vie privée des hommes, dans ses plus humbles détails, est la traduction de la métaphysique adoptée, et cette vie privée est d'autant plus mauvaise que la métaphysique de Terreur a plus généralement et plus longtemps prévalu. Tout homme qui agit, obéit, en agissant bien ou en agissant mal, a une théorie métaphysique très profonde, qu'il ignore presque toujours, mais que d'autres savent pour lui.
« Vous qui coudoyez les passants dans les rues, et qui dites : Qu'importe? en face des vérités sublimes, que vous croyez abstraites, vous ressemblez à un boulanger qui, au fond de son four, en remuant sa pâte, parlerait de la lumière et dirait: Que tri importe? On dirait,
à entendre les hommes, qu'entre les rayons du soleil et le pain qu'ils mangent Dieu n'a mis aucun rapport. Ils ne savent pas comment le blé mûrit. Ils oublient la lumière en se nourrissant d'elle. »
El, plus loin, parlant de la grande idée, de l'Idée catholique et universelle :
« Le monde est façonné par cette lumière qu'il reçoit et par cette chaleur qu'il sent, quelquefois sans vouloir et très souvent sans le savoir. Tous n'ont pas plongé dans les sublimes profondeurs de la philosophie catholique ; eh bien ! cependant, regardez le globe terrestre : c'est la proximité ou l'éloignement de cette lumière qui fait ou qui défait les civilisations ; les vérités admirables, que le vulgaire croit inutiles à sa vie pratique, protègent les corps comme les âmes ; les rayons qu'il croit lointains le gardent jour et nuit. L'orthodoxie catholique veille sur cette terre, et, quand l'orthodoxie est attaquée, la terre tremble, même sans savoir pourquoi.
Hello revient fréquemment à cette synthèse de l'idée et du fait, de l'idéal et du réel, à cette valeur pratique de la haute Vérité pour l'amélioration humaine. Ecoutez encore (car on ne se lasse pas à citer Hello) l'auteur de Philosophie et Athéisme,
« On dit que la philosophie n'est pas une science pratique... Voilà l'erreur et voilà l'absurdité. »
Qui donc sera pratique, sinon la science du vrai ?
« Dieu est Vacte pur. Plus vous vous approchez de lui, plus vous êtes actif. La vie d'en bas, la vie sans
sagesse, la vie sans philosophie, la vie sans loi supérieure, la vie perdue dans le fait isolé, dans le caprice, dans le multiple, dans l'accident, c'est cette vie-là qui ri est pas pratique. C'est elle qui est un rêve; c'est elle qui est une illusion.
« Les hommes d'en bas qui accusent les hommes d'en haut, comme si ceux-ci étaient les rêveurs, ressemblent à des animaux qui diraient entre eux : Les hommes n'existent pas, car ils ont une âme raisonnable; la brute seule est quelque chose.
« Et ces animaux, contents d'eux-mêmes, regarderaient la vie de l'humanité comme un rêve, et celle des chiens comme une substance ] . »
On voit qu'Hello n'est pas un rêveur, et que, si la pensée l'absorbe, ce n'est pas pour l'isoler dans Légoïsme et l'indifférence, dans l'abstraction et le nuage, mais bien pour l'unir plus profondément, lui et ses semblables, à la raison et à la vie, à la sagesse et au bonheur.
« Un homme qui fait un livre, dit-il encore, qui a une imprimerie à son service, dispose d'une puissance incalculable. Nul n'a mesuré et ne mesurera jamais les actes intérieurs ou extérieurs qu'il provoque ou qu'il arrête. Or, demandez donc à un étranger, à un voyageur qui ne serait pas au fait des habitudes de la terre, qui ne connaîtrait pas la stupidité humaine, quel usage font, en général, de la force qui est dans leurs mains ceux qui portent ainsi la parole devant le monde.
« Imaginez sa réponse, et imaginez son étonnement
1 Philosophie et Athéisme, p. 4.
s'il ouvrait au hasard un livre et un journal. Mais quelles proportions prendrait, dites-moi, cet étonnement si l'auteur de ce livre ainsi ouvert ajoutait : « 11 est vrai que j'ai parlé pour ne rien dire ; mais c'est dans l'intention d'amuser mes lecteurs, car nous sommes tous convaincus que les choses insignifiantes, qui ne touchent en rien ni Dieu, ni l'homme, offrent seules de l'intérêt au public, et que la vérité est ennuyeuse. »
« De toutes les folies que le diable inspire, voici la plus digne de lui. La vérité est ennuyeuse. La vérité ! mais c'est elle qui est la béatitude ! La vérité ! mais c'est elle qui est le principe des extases ! C'est elle que toutes les splendeurs connues s'efforcent de symboliser. C'est elle dont les rayons lointains causent des transports inconnus.
cf C'est elle qui faisait fondre de bonheur, au centre du désert, l'intelligence glorieuse de saint Athanase exilé, pendant que ceux qui Pavaient envoyé là pour le punir s'ennuyaient à mourir dans leur palais !
« L'âme humaine est faite pour la pâture divine, dans le temps comme dans l'éternité. Il n'y a pas deux sources de bonheur, il n'y en a qu'une, mais elle ne tarira pas et tous peuvent y boire ! Avez-vous donc l'amour de l'ennui ? Adressez-vous au néant ; avezvous l'amour de la Vie, l'amour du Bonheur, l'amour de l'Amour. Adressez-vous à l'Etre*. »
Aussi le philosophe, le vrai philosophe, qui est l'homme de la Vérité et de l'Être, est-il aussi l'homme delà Vie, l'homme du Bonheur, l'homme de l'Amour, et sa mission d'intelligence est une mission de charité. C'est ainsi que la volonté et le
1 L'Homme, p. 31.
ERNlilST HELLO
cœur ne font qu'un avec la pensée dans Hello, et que sa parole est un acte, l'acte total de son être. Lisez les fameuses pages qu'il a écrites sur la charité intellectuelle, la plus noble de toutes et la plus rare, bien que la plus importante, la plus urgente des temps présents:
« La parole écrite est une immense charité, et sa diffusion, quand elle est bonne et belle est, par excellence, l'acte de charité au xixe siècle. Ce mot de charité a perdu, parmi nous, sa splendeur. Nous oublions beaucoup trop que charité veut dire grâce. Charité veut dire splendeur. Nul ne fait acte de charité s'il ne fait acte de beauté.
« Il est temps de restituer aux mots leur gloire, et le plus glorieux des mots, c'est le mot de charité.
« Dans ces temps où nous sommes, où les besoins humains semblent se faire plus criants, plus impérieux, plus déchirants, personne ne peut savoir combien le beau fait de bien.
« Il existe, au fond de beaucoup d'âmes, des faims et des soifs dévorantes qui appellentla parole écrite. Entre ces lecteurs avides et l'écrivain, avide aussi, il doit se faire un courant de charité sublime, car tous donnent et tous reçoivent. Le lecteur donne immensément à l'écrivain, et l'écrivain ne sait pas lui-même combien il reçoit de son lecteur...
« La parole est essentiellement nourrissante et désaltérante. Tout homme qui garde une parole de vie et ne la donne pas est un homme qui, dans une famine, garde du pain dans son grenier, sans le manger ni le donner.
« Quiconque aura contribué, d'une façon positive
ou négative, par l'acte ou la négligence, à désaltérer ou à ne pas désaltérer une âme, sera stupéfait en face des conséquences et des importances inouïes de sa détermination.
« Seigneur, dira-t-il, quand est-ce que vous avez eu soif, et que je ne vous ai pas donné à boire ? Et il sera confondu par ses souvenirs.
« Vous me direz peut-être que c'est là une façon bien haute de considérer la presse et ses devoirs, et les devoirs qu'on a envers elle ?
« Sans doute, elle est haute, puisqu'elle est vraie1. »
Les catholiques à l'heure actuelle ont à méditer ces paroles. Mais écoutons encore Hello, car nul n'a mieux compris la charité moderne par excellence.
« Cependant, me direz-vous, on s'occupe beaucoup d'œuvres de charité. On travaille beaucoup pour les pauvres.
« Sans doute, vous répondrai-je. On travaille beaucoup pour les pauvres officiels, pour ceux qui sont officiellement désignés et secourus comme pauvres. Ceux qui ont dans le monde une position de pauvres ne sont pas oubliés.
« Mais ce n'est pas de cela que je parle... Je parle de cette charité profonde et intérieure qui se dit en face d'une âme et d'une intelligence : Quels sont ses besoins, et que puis-je pour les satisfaire ?...
« La charité dont je parle, c'est cette charité intellectuelle et intelligente qui part de l'âme et va à l'âme.
1 Plateaux de la Balance, p. 378 et s.
« Pourquoi cette charité sublime est-elle négligée de quelques hommes consciencieux?...
<( Il faut aimer de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit...
a Aimer de tout son esprit, c'est deviner, là où elles sont, la faim et la soif de l'esprit, et aller au-devant d'elles...
« Aimer de tout son esprit, c'est aller au secours de l'esprit, partout où il vit, partout où il souffre { . »
Eh bien, la gloire d'Hello, qui malheureusement n'a pas joui de la réciproque, c'est précisément d'avoir aimé de tout son esprit, la Vérité d'abord, (qui, elle, le lui a rendu, je l'espère), les hommes ensuite, qui, je l'espère encore, le lui rendront un jour. La gloire c'est d'avoir compris avec profondeur les besoins supérieurs de notre époque. Sa douleur fut de n'avoir pu venir plus efficacement au secours de l'esprit contemporain.
Il a pratiqué magnifiquement la charité intellectuelle, la sainteté de la pensée.
Mais il est temps d'esquisser en ses grandes lignes cette philosophie moderne par excellence, la plus belle peut-être des aumônes faites à l'intelligence d'un siècle.
1 Plateaux de la Balance, p. 38S et s.