INTRODUCTION
Malgré tout ce qu'on a pu dire depuis cent soixante ans contre le Dictionnaire de TAcadémie , il est resté le seul régulateur de la langue française, tant pour la prononciation que pour l'orthographe et la signification des mots. On conçoit cependant que dans un travail de si longue haleine, il se soit glissé un certain nombre de fautes, qui ensuite ont pu passer dans d'autres ouvrages et par là induire en erreur un grand nombre de personnes. Il peut donc y avoir quelque utilité à relever une à une les Sïïtes~qm déparent ce Dictionnaire, en le suivant dans son ordre alphabétique.
Ces fautes sont de deux sortes : les unes, telles que les contradictions dans l'orthographe, le manque d'harmonie dans les définitions, sont inhérentes à l'ouvrage même et proviennent de différentes causes; les autres, et ce sont les plus saillantes, sont le résultat du travail matériel ou typographique, qui n'a pas été surveillé avec tout le soin désirable. Il en est quelques-unes pour lesquelles il est difficile de reconnaître à qui elles doivent être attribuées, et dans ce cas nous nous sommes permis de les mettre sur le compte de l'Académie, c'est-à-dire que nous ne les faisons pas figurer dans Verrata qui se trouve à l'article Typographie ; telle est cette inversion à l'article Ode DE : « Prendre le mariage par la queue. Avant le mariage, vivre maritalement ». Évidemment il faut lire ici, comme à l'article Roman : « Vivre maritalement avant le mariage » ; cependant il est possible que l'inversion qui se trouve à l'article Qdede soit le fait du compositeur. Mais il y a des transpositions de phrases qui ne peuvent être attribuées à l'Académie, ni même au premier compositeur : c'est, croyons-nous, le résultat d'additions faites après coup, et qui ont été mal placées par l'ouvrier qui a corrigé sur le plomb; telles sont celles qu'on voit aux articles Commejvcer, Godverner, Mais, etc. Le reproche qu'on peut adresser au membre de l'Académie chargé de surveiller l'impression , c'est de n'avoir pas vérifié les corrections jusqu'au dernier moment, et d'avoir donné le bon à tirer on plutôt à clicher sur des épreuves qui portaient encore des remaniements (changements, additions ou suppressions) à faire*.
1. n est des auteurs qui répugnent tellement à lire les épreuves de leurs ouvrages, qu'ils donnent leur bon à tirer ou à clicher sur des épreuves qui demandent encore plusieurs heures de remaniements. Souvent les renvois pour les additions à intercaler sont indiqués si peu clairement, que le compositeur reste indécis; et il commet des erreurs, surtout s'il • est distrait, si l'écriture est difficile à lire, ou si la matière traitée dans l'ouvrage est hors de
Quels que soient les coupables, pour ces fautes et pour les autres, nous allons passer en revue les principales de celles qu'on trouve dans le Dictionnaire de rAçadémie.
Fautes TYpy)GRAPji^'DES. Aux mots aspersoir, billon (terme d'AgricultU're^^wci7/ow/€ervl8ï^ on trouve le genre féminin ; — à ballot" tadeyCoilècHon, déchéance, préceinte, le masculin ; — à boulonner, expérimenter, verbe neutre; — à couler (fluer), verbe actif; — à mésavenir, s. fém.; — à simultanément, adj.; — à vivifiant, ante, adv.; — à fécale (matière), subst. fém.; — k gemme (sel, pierre), adj. masc; — à baiseur, euse, adj. pour subst.; — à opérateur, subst. pour subst. masc; et au contraire, on trouve, à payeur, euse, et ktoutinier, ère, s. m., et à inoculateur, trice, s. f. , au lieu de subst. seulement. — Aux mots déconsidéré, ée; paraphraseur, euse; parent, ente ; telliêre^ etc, les dénominations sont omises; — le participe causé, ée, est mis au verbe neutre comme au verbe actif; — défilé, ée, qui devait être au verbe actif, a été placé au verbe neutre.
Aux verbes déjeuner, détonner, on trouve les participes déjeuné, ée; détonné, ^e^ qui sont de trop, puisque le participe de ces verbes neutres qui ne se conjuguent qu'avec l'auxiliaire avoir reste toujours invariable. — D'un autre côté, les participes sont omis à plusieurs verbes actifs tels que dégriser, estamper, plaisanter, etc., ou à des verbes pronominaux et réciproques tels que s'absenter, s'abstenir, se désister, s'écrier, s'emparer, se souvenir; s' entr' avertir, s'entr'égbrger, s'entre -quereller, etc., tandis qu'on en a mis à murmurer, marmonner, marmotter, pisser, etc.; se bastingtier, s'encasteler , s'engrumeler, s'entabler, etc.
DÉFINITIONS. On nous dit que Homocentrique est un terme û*Anatomie, au lieu ^^ Astronomie ; — que Mystique signifie Figure allégorique, au lieu de Figuré, allégorique; — que Rembourser des épigrammes, de mauvais compliments, des injures, des coups de poing, un soufflet, un coup dépée, etc.j c'est les recevoir; — que Retourner un habit, c'est le tourner dans un autre sens, comme on le ferait d'une rôtie, d'une côtelette, ou de foin qu'on veut faire sécher (Voy. Retourner); — que Tercer ou Terser signifie Donner un troisième labour, et Reterser , Donner un second labour ; — que quintupler, sextupler, septupler, décupler, centupler, c'est rendre cinq, six, sept, dix, cent fois plus grand; tandis que quintuple, sextuple, septuple, décuple, centuple, sont définis « qui vaut cinq, six, sept, dix,
sa portée. Le correcteur qui lit la dernière épreuve peut s'y tromper également , par l'une des trois causes que nous venons d'énoncer, et de là viennent des fautes que l'auteur déplore, mais qu'il ne doit imputer qu'à lui-même. Quelquefois, et cela n'est même pas très-rare, on croit voir que l'auteur a fait un lapsiis calami, et l'on voudrait le consulter ; mais il est à la . campagne, en province, en voyage; on est pressé de tirer pour avancer l'ouvrage, et l'on se décide à imprimer tel qaeL
cent fois autant, et non cinq, six, sept, dix, cent fois plus.-^n noos dit encore que 1' airain est un métal ( lisez : alliage) composé en grande partie de cuivre jadne (supprimez : jaune), mêlé avec du zinc... ; — que Goôi se prend quelquefois pour Oobdr. On sent ici un goût de renfermé (Voy. Goût); — on donne des définitions différentes à Gréeur et AoRéEUR ^ à Écourgeon et Escourgeon , qui doivent être synonymes. Etc. etc.
Exemples. Dans les exemples nous trouvons Des poissons vivipares; -^ Des bras (sorte de chandeliers), une coupe j un couvert, un flambeau de vermeil doré ; — La pièce d'un franc pèse un gramme ( lisez : CINQ grammes) ',—-11 ressemble aux anguilles (au lieu de à l'Anguille ou Languille) de Melun, il crie avant qu'on Vécorche; — Le glacier du Mont-Blanc est le plus remarquable de la Suisse. (Jusqu'en 1860, il fallait dire : de la Savoie ; maintenant le Mont-Blanc est en France.)
Contradictions et inconséquences. Les unes et les autres sont nombreuses, car on en trouve dans l'orthographe, dans le genre et dans les définitions. Pour celles-ci nous nous bornons aux citations présentées plus haut.— Quant au genre, nous mentionnerons Viorne, Losange, auxquels TAcadémie donne le genre féminin , tandis qu'aux articles Obier, Hhombe, elle dit : L'obier est un viorne. Le losange est un rhombe ; — ipnis Euphorbe, auquel elle donne le genre masculin , tandis qu'aux articles Ésule et Tithymale elle en fait un substantif féminin (Voy. Euphorbe); — Orge, qui, dit-elle, ne prend le genre masculin que dans les locutions orge mondé, orge perlé, bien qu'elle appelle Técourgeon de Vorge carré ; — et enfin la plante appelée hièble, à laquelle elle donne le genre masculin quand elle l'écrit YÈBLE, et le genre féminin à l'article Hièble.
Mais c'est l'orthographe qui nous fournit le plus de matériaux. — Dans le verbe Asseoir, l'Académie ne met Ve qu'à l'infinitif ; elle écrit j'assois, j'assoyais, j'assoirai, j'assoirais, assoyant; dans le verbe Surseoir, elle met l'e à l'infinitif, au futur et au conditionnel (surseoir, je surseoirai, je surseoirais) ^ et le supprime aux autres temps (je sursois, je sursoyais, sursoyant). — Elle écrit abattement^ abatteur, abattoir, abattures, avec deux t; abatage, abatée, abatis, avec un seul;— battre, abattre, combattre, débattre, s'ébattre, ai\ec deux t; elle n'en met qu'un kembatre, embatage (Voy. Battre).-— Elle écrit avec deux r, charrette, charretier, charrier, charroi, charron, charrue, et les dérivés, auxquels on pourrait ajouter carriole et carrosse; mais chariot n'en prend qu'une ; — au contraire, courrier, courrière, ont deux r, par exception à coitrant, courante, coureur, courir et tous les composés de ce verbe : accourir, concourir, parcourir, recourir, secourir, etc. — Elle écrit un zéphyr avec Vy et sans e à la fin, et Zéphire, le Zéphire, avec un t simple et un e final ; — desquamation
avec une seule m, conformément à Tétymologie, et sqtiamfneux avec deux m; — des dames- jeannes,- des saints-germains, sans majuscules et avec des s finales ; dans les reines-Claude, Claude prend la majuscule et reste au singulier ; pour les poires de Messire Jean, il faut écrire Messire et Jean avec des majuscules, les laisser au singulier, et supprimer le tiret qu'on met à dam^s- jeannes, à sainis-germmns et à reines-Claude, etc. etc. ; — elle donne la marque du pluriel à les duos, les, trios, mais elle écrit les solo sans s finale. Voyez aussi les articles Amande, Contre-basse, Gris , Majuscule , etc.
Aux Contradictions et inconséquences on pourrait ajouter quelques lignes qui auraient pour titre Distractions. C'est en effet, ce nous semble, à des distractions qu'il faut attribuer l'orthographe de l'adjectif douceâtre, dont le ce au lieu du ç [douçàtre] nous ramène au temps où l'on écrivait nous commenceons, nous commenceasmes; — celle de recez, dont le z, qui aurait été en harmonie, il y a cent quarante ans, avec agrez, congrez, procez, succez, etc., ne peut être maintenu aujourd'hui qu'on écrit agrès, congrès, procès, succès; — celle de tutelle, curatelle, qui, à la vérité, peut être attribuée au respect pour les habitudes du barreau, aussi bien que celle de préflœ (au lieu de préfixe), mais qu'on doit maintenant rendre conforme à l'étymologie , et à l'analogie de ces mots avec parentèle, clientèle, cautèle, loquèle, etc., comme l'Académie l'a fait en 1835 pour fidèle et modèle, qu'elle écrivait précédemment fidelle, modelle.
C'est probablement une cause semblable qui a fait omettre à l'Académie les mots iconolâtrie et zoolâtre, quoiqu'elle ait donné iconolâtre et roolâtrie ; — qui lui a fait dire^ à l'article B, que les mots abbé, rabbin., sabbat, et leurs dérivés, sont en français les seuls mots où le b se redouble, bien qu'elle ait admis gobbe, gibbeux, gibbosité, qui prennent également deux b; — et encore, que repartir, répliquer, etc., qui est un verbe actif, se conjugue comme partir, verbe neutre qui prend généralement l'auxiliaire être * ; — que vermoulu est le participe de vermouler; ce qui autoriserait à dire que moulu est le participe de mouler, ou tissu le participe de tisser, etc. etc.
Les accents ne présentent pas moins d'anomalies. L'Académie écrit novissimÉ et optimÈ; — sÈve, grtve, trtve; — soutènement, ttnement, entre ttne ment ; — ftve, alltgre, règlement, et ftverole, allègrement, réglementer, dérèglement, etc. ; — elle emploie l'accent grave pour les mots recèlement, dégrèvement, allèchement, et met l'accent aigu dans affrètement, complètement (substantif et adverbe), dessèchement, rengrénement ; bien que les uns et les autres soient dans les mêmes conditions, c'est-à-dire que la pénultième syllabe des verbes auxquels
1. Pour être dans le vrai, il aurait fallu dire que repartir « se conjugue comme partir