‹ Errata du Dictionnaire de l'Académie françaiseChapitre 9 sur 55 · XXII · texte numérisé non relu

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nonceront délicuescence, écuipolleni, oMicuité, sescuialtère^ ubicuitaire, uhicuiié; ceux qui ne le sont pas diront délikescence, ëkipollent, ohlikité, seskialtère, vhikitairejUbikité; il fallait donc indiquer la prononciation pour guider ou les uns ou les autres.

Ensuite, l'Académie n'a pas suivi de principe fixe. Tantôt elle donne la prononciation à chacun des mots d'une famille lors même qu'ils se suivent sans interruption, comme dixième et dixièmement; igné, ignicole, ignition; chlorate, chlore, chloriqtce, chlorose, chlorotique, chlorure ; — tantôt elle se borne à dire que la prononciation indiquée s'applique à un, deux, trois, quatre, etc., mots suivants, comme à deuxième, enivrer, domptable, équestre S ^tc, ou bien aux dérivés qui se trouvent après ou avant, comme à aiguillon et à damner; — mais quelquefois la prononciation marquée doit servir pour 10, 20, 30, ûO, et même 50 mots ; telle est celle qu'on a mise à banne (pour 10 mots), à illégal (pour ^Z),^ chrême pour aller jusqu'à chrysoprase inclusivement, ou jusqu'à chuchotement exclusivement, et non jnsqn'k chuchoter, comme elle le dit (pour 31); à irrachelable (pour 49), à immaculé (pour 50), etc; et ce n'est qu'à six mots seulement qu'elle a signalé la prononciation des adverbes terminés par emment : compétemment, concurremment, excellemment, innocemme?it, négligemment, sciemment (compétament, concurrament, excélament, inoçaman, néglijaman, daman) ; nulle part elle ne l'a fait pour ceux qui se terminent par amment.

Cette manière de procéder à de grands inconvénients pour ceux qui consultent le Dictionnaire de l'Académie : sans doute une longue habitude pourrait suppléer à un manque de clarté, tandis que rien ne peut suppléer au silence qu'elle garde trop souvent. Si de la prononciation indiquée pour annexe, endosse, gangrène, présupposer, symptomatique, etc. y on peut jusqu'à un certain point conclure quelle doit être celle des mots annexer, endosser, etc., se gangrener, etc., présupposition, symptôme, etc., il n'en est pas de même pour bien d'autres. A la vérité l'Académie nous dit qu'il faut prononcer licuéfaction et likéfier les mots liquéfaction et liquéfier ; nous savons par l'usage que gn doit être mouillé dans désignation, désigner, bien que le g soit dur dans désignatif; que le t de prophétique ne se prononce pas c comme dans prophétie; mais le g de stagnation doit-il être dur comme dans stagnante La syllabe gueil doit-elle se pronon-

1. Quelquefois l'Académie réunit, pour la prononciation, plusieurs mots où l'une des syllabes se prononce , à la vérité , de la même manière , mais qui cependant n'ont entre eux aucun rapport d'étymologie , ce qui peut induire en erreur ceux qui ne connaissent que le français. Ainsi en disant, à l'article Équestre : « L'U se prononce dans ce mot et dans les quatre suivants (équiangle, équidistant, équiiatéral, équilcUh-e) », elle donne à penser que ces cinq mots ont une commune origine, tandis que le premier vient de equus, cheval, et que dans les quatre autres les deux premières syllabes sont formées de œqwt»-, qui signifie Égal. II aurait donc été convenable d'indiquer la prononciation tout au moins à ÉQnssTRB et à Équianolv.

cer dans orgueilleux, s'enorgueillir, comme dans orgueil t Faut- il prononcer la première syllabe de q'ualeme comme celle de quaternaire f celle de quinaire, terme d'Antiquité, comme celle de quinaire, terme de Mathématiques? et celle de quiétude ne doit-elle pas être prononcée comme dans quiet, quiétisme, quiétiste ? Nous restons dans le doute à l'égard de quiétude; car si d'un côté l'Académie dit à l'article Quiet, « On prononce cui dans ce mot et dans les deux suivants (quiétisme, quiétiste) » , ce qui signifie qu'on doit dire kiétude, d'un autre côté les dictionnaires et l'usage disent de prononcer également cuiétude, et l'expérience nous a prouvé qu'il pourrait bien y avoir dans ce mot deux une faute typographique.

OMISSfOIVS

Le Complément du Dictionnaire de L'Académie présente sur le Dictionnaire même quelques articles aussi intéressants qu'instructifs dus à la plume de nos sommités littéraires, et qui ont paru dans divers journaux : le Moniteur, le Journal des Débats, le Constitutionnel, le Courrier et le Temps.

Dans l'article du Moniteur (signé A. Z.), Tauteur dit (page 8 du Complément) qu'il n'a pu découvrir pour quel motif l'Académie, qui admet les noms propres devenus appellatifs de Amphitryon, Dulcinée, Nestor, Stentor, etc., n'a pas fait de même pour les noms de Sosie et de don Quichotte, qui sont, dit-il, comme les corrélatifs obligés, les pendants lexicographiques de Amphitryon et Dulcinée, et dont la valeur appellative ne saurait être douteuse.

Dans le Courrier français (article signé B.), l'auteur, qui a sous les yeux une liste des omissions de l'Académie, dit (p. 16), que les « seuls » mots dont l'oubli lui paraît « le plus » à regretter sont : canalisation, confortable, calé facteur, fédéralisme, fertilisation, éditer, fashionable, capitaliser.

Nous sommes moins facile à contenter. A l'article Mentor , nous avons exprimé (p. 171-172) le regret de ne pas voir dans le Dictionnaire de l'Académie un certain nombre de noms propres devenus appellatifs, tels que Automédon, Cupidon, Esculape, etc.; et ci-après nous donnons une liste de quelques mots et de quelques locutions dont l'omission forme de véritables lacunes.

Nous demanderons, par exemple, pourquoi l'on ne trouve pas dans ce Dictionnaire plusieurs mots du nouveau système des poids et mesures : hectomètre, décastère et décistère, décigramme, centigramme, milligramme, et même myriagramme, qui, à la vérité, n'est plus usité aujourd'hui, înais qui l'était lors de la publication de cet ouvrage , puisque c'était le terme en usage avant que la loi du U juillet 1837 lui substituât Texpression «dix kilogrammes »• — Nous

pensons qu'à ces mots il faudrait nécessairement ajouter métrer, métrage, métré, qui ont remplacé toiser et toisé ^, s. m.

On est également surpris de ne pas y trouver, soit des mots qui semblent être les dériyés nécessaires de leurs primitifs : annexion, chatoiement, déblaiement, enraiement ; circonstanciel *, providenciel, torrentiel; correctionnellement, empiriquement, interrogativement ; ellipser, patronner (protéger), verglacer^, c/c.; — soit des mots que l'on serait tenté de regarder comme les primitifs naturels de ceux qu'a donnés l'Académie; tels sont les verbes ausculter, chamoiser, éructer, etc., dont les substantifs auscultation, chamoiserie, éructation, paraissent être les dérivés.

Mais ce qui surprend davantage encore, c'est de ne pas voir à leur rang alphabétique un certain nombre de mots qui sont employés ou dans les définitions ou dans les exemples du Dictionnaire : curule (statue), javelle (eau de), trentenaire (prescription), chiffonne (branche), nageurs (oiseaux), nulle (lettre), etc, etc., mots qui le plus souvent ne sont pas définis à la place où ils se trouvent, et dont par conséquent il est impossible de connaître la signification sans recourir à d'autres dictionnaires. Voy. Armoise*

Le Dictionnaire de l'Académie présente peu d'uniformité sous plusieurs rapports. Si certains articles ne laissent rien à désirer pour les définitions et les exemples, d'autres qui réclamaient les mêmes développements sont d'une sécheresse dont on ne peut se faire une idée. Nous ne citerons qu'un de ces contrastes: — «Barbarisme, s. m. Faute de langage qui consiste, soit à se servir de mots forgés ou altérés, comme, Un visage rébarbaratif, pour rébarbatif; Ils réduirent, pour Ils réduisirent; soit à donner un sens difl'érent de celui qu'ils ont reçu de l'usage, comme II a recouvert la vus, pour // a recouvré la vue; soit enfin à se servir de locutions choquantes et extraordinaires, comme Je m*en ai douté, pour Je m'en suis douté. Le barbarisme et le solécisme sont dettœ grands vices d'élocution. Faire un barbarisme. »> — A l'article Solécisme, l'Académie se borne à dire, pour le sens propre : « Solécisme, s. m. Faute contre la syntaxe. Faire un solécisme. Il y a un solécisme dans cette phrase. » Puis elle ajoute : « Il se dit quelquefois, figurément et par plaisanterie, d'une faute quelconque. Un solécisme en conduite. Il fait dans celte science d'étranges

1. A l'article Toisé nous lisons : « Il signifie, en Mathématiques, La science ou l'art de mesurer les surfaces ou les solides, et d'exprimer leur étendue ou leur volume en parties de certaines unités convenues : par exemple, en toises ou en mètrbs carrés, s'il s'agit de surfaces; cubes, s'il s'agit de volumes. » — Nous croyons qu'on ne se sert plus du mot toisé, surtout lorsqu'il s'agit de calculs en mètres. — Quant au mesurage des liquides et des matières sèches, nous pensons qu'aujourd'hui l'on doit employer les mots litiet; titrage, litre, s. m. — Dans un grand nombre d'exemples, l'Académie devra opérer la conversion des anciennes mesures en mesures nouvelles^

2. Circonstanciel était dans le dictionnaire de Qattel imprimé en 1803.

8. Verglacer se trouvait dans la promise édition du Dictionnaire de l'Académie ( 1094 ).

solécUmes. » Faire des solécismes dans une science, ne nous semble pas une expression heureuse.

Pour ce qui concerne Thistoire naturelle, tantôt l'Académie fait connaître le nom scientifique et le noni vulgaire des animaux et des plantes, tantôt elle ne donne que Tun des deux. Exemples : Dans la Zoologie : « Crevette , s. f. Petite écrevisse de mer, qu'on . nomme dans quelques endroits Salicoque, et dans d'autres Chevrette. » — « Oursin, s. m. T. d'Hist nat. Nom d'un genre de zoophytes à coquille calcaire, hérissée d'épines mobiles. » Il aurait été bon d'ajouter le nom vulgaire Hérisson de mer, — Mais les termes vulgaires non accompagnés du nom scientifique sont assez nombreux ; cochon d'Inde, demoiselle, perce-oreille, serpent à sonnettes, ver luisant, etc^, manquent de leurs correspondants cobaie ou cobaye, libellule, for^ ficule, crotale, lampyre.

Dans la Botanique : « Ordntia, s. f. Plante de la famille des Cactiers... On la nomme vulgairement Raquette et Figuier d'Inde. » — - «Airelle, s. f. T. de Botan. Sous-arbrisseau à fleurs rougeâtres...» 11 aurait été convenable d'ajouter l'expression vulgaire Myrtille, car dans beaucoup de localités c'est la seule que l'on connaisse. — « Pied-d'alouette, Genre de plantes éperonnées... » Ici il fallait mettre le terme de Botanique Dauphinelle, ou plutôt Delphinium.

Pour les noms de professions et autres, elle néglige souvent d'indiquer le féminin. C'est même sous ce rapport qu'on trouve le moins de régularité. L'Académie, qui donne brasseuse, charbonnière, chaurdronnière, teinturière; caqueuse et encaqueuse, flûteme; mâcheuse, mangeuse, jeûneuse; finasseuse, fraudeuse, tricheuse; batailleuse, ergoteuse, vantarde, pendarde, etc., omet d'autres féminins au moins aussi utiles : chevrière, bimbelotière, bonnetière, quincaillière, miroitière, dégraisseuse, javeleuse, sarcleuse; écouteuse, fureteuse, persifleuse, etc. etc. — Mais il manque des féminins plus intéressants encore, tels que exatninatrice, inspectrice, monitrice, patronnesse (dame); gélive ( pierre J, houillère (formation, zone), etc. etc.

Dans la liste que nous donnons plus loin, nous avons indiqué comme verbes quelques mots pour lesquels l'Académie se borne à l'adjectif; elle met azuré, ée; camphré, ée; lézardé, ée; ver juté, ée; et cependant l'on dit : Azurer une étoffe, une pâte de papier ; Camphrer une potion, de l'eau- de-vie; Verjuter une sauce, des cer-^ Tieauœ, etc. ; Un seul hiver a suffi pour lézarder ces murailles.

Les spécialités qui se sont introduites dans le commerce et dans l'industrie ont fait créer des mots qui les représentent; il y a maintenant des culottiers et des culottières, des caleçonniers et des caleçonnières, des gile tiers et des giletières, des corse tiers et des corsetières, des colletiers et des colletières, des casquettiers et des casquettières (ou mieux, casquetiers, casque tièr es) , des guétriers, des chemisiers, des galonniers, des lullistes, des dentellières (ou mieux

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dentelières), etc., et tous ces noms devront nécessairement figurer dans le Dictionnaire de l'Académie, au même titre que rubanier, ière; passeme7itierj ière; ceinturier, gazier, cirier^j, etc.

Aujourd'hui Ton ne parle plus seulement d'agriculture et d'horticulture; on a créé de nouvelles branches scientifiques et industrielles : Y arboriculture^ qui se borne aux pépinières, et s'occupe plutôt des arbres fruitiers; — la silviculture, qui est particulière aux bois et aux forêts; — la viticulture, ou culture de la vigne. — Le mot culture s'applique également aux soins qu'on prend pour élever certains animaux; on dit apiculture pour signifier l'éducation des abeilles; — hirudinicultv/re, ... des sangsues; — ostriculture, ... des huîtres; — piscicvXture, ... des poissons; — sériciculture^, ... des vers à soie ; — et même galliniculture, pour les oiseaux de bassecour. — Ces diverses locutions et bien d'autres encore sont devenues familières à toutes les classes de la société , grâce aux journaux de toutes sortes, qui font pénétrer dans les masses des faits scientifiques ignorés il y a vingt ans; et l'Académie ne peut rester en arrière, sous peine 4e voir préférer à son Dictionnaire des ouvrages du même genre qui n'auraient pas pour eux l'autorité d'un corps savant, mais qui répondraient mieux aux besoins de la génération actuelle.

Dans notre liste nous n'avons abordé ni les termes scientifiques, ni les termes techniques des arts et métiers, ni la mythologie, ni la géographie; cela nous aurait mené trop loin. Nous nous sommes borné à quelques-uns des mots et des locutions dont l'absence étonne dans le Dictionnaire de l'Académie, et à quelques autres qui ont été créés ou empruntés à la langue anglaise depuis 1835.

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