ELMIRE, BONVAL
BONVAI, (entrant.)
Ah! te voila; enfin, dis-moi, je t'en prie, où
tu t'es tenue depuis un quart d'heure que je te cherche partout,
ELMIRE
Eh, je n'ai pas bougé d'ici. Que me voulez-vous donc de si pressant ?
BONVAL
Mon enfant, je vieus de faire des réflexions scrieuses sur ton Compte et nous allons maintenant parler d’une affaire qui t'intéresse au plus haut dégré..
ELMIRE, (voulant partir)
Rappelez-vous, papa, que si je veux que ma toilette soit prête pour ce soir, je n'ai pas un instant à perdre.
BONVAL,
C’est très-bien. Mais as tu jamais songé qu'il peut y avoir quelque chose, en ce monde, de plus essentiel qu'une toilette ?
ELMIRE
Mon Dieu, non.
BONVAT..
Tu n'as jamais pensé à ton avenir.” ELMIRE.
Lorsqu'on est satisfait du présent, pourquoi s’ennuyer des soucis de l’avenir |
BONVAL
Pauvre enfant ! k ELMIRE.
Mais à propos de quoi tous ces préliminaires ? 4 BONVAL
Je t'ai dit tout à l'heure qu'il y a quelque chose de plus important pour une jeune fille que sa toilette.
Mais oui. Et qu'est-ce que c’est que ce quelque chose ?
BONVAL, (solennellement)
ns SC . Je quelque chose, mon enfant, ce n’est pas quelatenant 4 que chose.
aut dé- % ELMIRE, (riant)
Voilà qui est amusant, par exemple !
ma toi- 4 C'est quequ'’un.
instant ELMIRE.
Ab!
” + 4 de vÉé qu il B BONVAI Le] f: , .
> plus es- 4 C'est un mari.
E ELMIRE
4 Ha! Ha! Ha! un mari !
4 BONVAL
Oui, un mari. Est-ce que cela te parait si ridicule, un mari ?
ELMIRE
dt sta 1 Oh! non, Seulement, c’est drôle...
F BONVAL, 1 Quoi, un mari ?
1 ELMIRE, è Non, votre idée, ires ? È BONVAL, Tiens !
chose de 1 ELMIRE, (riant toujours) toilette. j Oui, c'est bien amusant, À BONVAL.
quelque 1 Je n’y vois rien de si amusant, moi ; c’est sérieux,
au contraire, très-sérieux.
ELMIRE
Sans doute, c’est sérieux ; maïs c’est: amusant À tout de même. (elle rit) F BONV AL.
Mais explique toi donc, méchante enfant gâtée, ou je vais conclure que tu as encore besoin de vieillir avant de songer...
ELMIRE
Oh, pardon, papa ! Je ne suis pas trop jeune pour songer au mariage... Et la preuve, c'est que nous allons parler sér ieusement de tout cela maintenant.
BON VAL
À la bonne heure. Mais il faut avouer que ton sérieux se fait un peu attendre.
ELMIRE
Il n’en sera que plus sérieux quand il arrivera. BONVAL.
C’est possible. Pourtant, je ne‘m'explique guère # la légèreté avec laquelle tu as accueilli les premicrs 4 mots de ce grave entretien qui doit peut-être déci- k der de ton avenir.
ELMIRE. k | Cela vous paraîtra moins étonnant qu and je vous aurai dit que je cherche depuis huit jours à 1border #
le sujet avec vous. 3
|| | BONVAL
Diable ! Est-ce possible ? Pourquoi ne parlais-tu | pas alors ? ’
amusant
gâtée, ou te] . . L] le vieillir
jeune pour que nous intenant.
arrivera.
jlique guère les premicrs Ltêtre décl-
Annd je vous rs à aborder
ne parlais-tu
C'est que, voyez-vous, il en coûte toujours de faire ces aveux-là.…
BONVAL
Hein ! Tu aimes donc quelqu'un ?
ELMIRE, (timide ct sérieuse) Oui, papa.
BONVAL, (à part)
Allons ! Allons! ça se complique. Pourvu que les choses n’en soient pas rendues trop loin ! (haut) Rappelle-toi, Elmire,.que le choix d’un époux est une affaire très-grave. Tu n’ignores pas cela, n’estce pas ?
ELMIRE, (toujours baissant la vue)
Non, papa.
BONVAL
Et lorsqu'une jeune personne est arrivée à l’âge de prendre un parti, sais-tu ce qu’elle doit faire, si elle est sage ?
ÆLMIRE, Elle doit consulter son cœur.
BONVAL
Point du tout. C’est à son père qu'il lui faut d'abord demander conseil.
ELMIRE
Mais il me semble.
BONVAL
Erreur de jeunesse que tout cela.
ELMIRE
Quoi ! n'est-il pas permis d'interroger ses propres sentiments dans un choix aussi important que celui d’un époux ?
BONVAL
Certainement. Et c’est précisément cette épreuve que recommande la sagesse ; mais en la faisant il faut s'appuyer sur l'expérience paternelle, guide infiniment plus sûr qu'un cœur de dix huit ans, toujours prêt à s'envoler au premier bruit d'amour.
ELMIRE
Mais, n'est-ce pas cela que je fais en ce moment, puisque j'ai cherché depuis huit jours l’occasion de vous...
BONVAL
Alors, c’est parfait, et nous ne nous entendions pas, voilà tout ;.. avant de prendre une décision, tu viens ..…,
Oh, quant à ma décision, elle t toute prise.
BONVAL
Comment! Tu as poussé l'imprudence jusqu'à contracter uu engagement sans m'en parler !... Voilà ce que c’est que les enfants d'aujourd'hui ! On prend d’abord son parti, puis l’on vient vous en donner avis, sous forme de consultation, en déclarant qu'il est irrévocable !... Ah ! je ne permettrai pas un pareil mépris de mes prérogatives de père, et dès aujourd'hui, entends-tu ? il faut signifier à ton
propres ue celui
je épreu- 1 faisant le, guide ans, toumour.
moment, çasion de
ntendions décision,
prise ra
ce jusqu'à rl... Voihui! On t vous en g en déclaermettral de père, et nifier à ton
jeune freluque qu’il ait à renoncer à ses poursuites, sinon. je le fais arrêter pour tentative de... de... de... d'enlèvement.
ELMIRE
Pour tentative d'enlèvement !…
mais de quoi, je vous en prie ?
BON VAL
Eh, de ma caisse, pableu ! Tu ne suis done pas que tous ces beaux fainéants qui t’entourent à chaque occasion pour te débiter milles sornettes insipides, n’en veulent qu'à ma fortune et qu'ils abusent de ta crédulité pour atteindre plus facilement l'ob- L jet de leurs convoitises !... C’est ainsi qu’une jeune fille s'expose lorsqu'elle a l'imprudence de se passer ) des avis paternels.
Mais de qui, {
ELMIRE
Mais je ne refuse pas vos avis, ce me semble, Vous me dites qu'une jeune fille, à mon âge, doit re- “inoncer aux frivolités de la jeunesse pour s'occuper sérieusement du choix d’un époux; j'obéis sans hésitation ; je vous fais même voir que j'ai couru audevant de vos désirs ;.… et vous me reprochez, après ccla, de mépriser vos conseils !.... Que voulez-vous “donc que je fasse de plus ?
BONV AL.
Ab ça! ne jouons pas sur les mots, s'il vous plaît, mademoiselle. Ce que je veux, le voici: D'abord, u vas donner congé, sans forme de procès, à ton bel tourdi...... |
ELMIRE,
Mais qui vous dit que...
BONV AL.
Silence! (Elmire fait une mouc) Puis, dans le choix de son successeur, tu te laisseras guider, ne t'en déplaise, par mon expérience. J'ai. depuis longtemps, jeté les yeux sur un jeune homme doué de toutes les qualités solides qui font le bonheur et la prospérité d’un ménage; des affaires l’appellent ici aujourd'hui même; je profiterai de l’occasion pour te le présenter, et je suis certain qu'il saura, dès un premier entretien, te faire oublier les folles amours que tu as si imprudemment contractées.
| ELMIRE
Jamais | BON VAL.
Hein! Que dis-tu là ?
ELMIRE, (avec fermeté)
Je dis que je ne l’épouscrai jamais.
Et tu oses me dire cela à ma face! Et tu crois que, parce que je t'ai laissé le champ libre dans le choix de tes colifichets et de tes plaisirs, je n’aurxi pas l'énergie de me faire obéir lorsqu'il s'agira de ton établissement !
ELMIRE
Mon père, vous ne me comprenez pas... Je suis bien inconséquente, bien capricieuse, peut-être ; mais 4 j'ai conservé, avec le doux souvenir de ma mère, 4 l'impression ineffaçable de ses affectueux conseils, et & je sais que l’obéissance est un devoir auquel un en- ! fant ne peut se soustraire impunément..……. |
BONVAL
; Que veux-tu donc me dire, alors ?
dans le ELMIRE. | aider, ne l à sente é . depuis | Je veux dire que, si vous l’exigez, il me faudra yme doué renoncer à l'espoir de devenir la femme de celui que nheur €t MS vous méprisez tant sans le connaître, mais en épouappellent ser un autre, oh, cela n’est pas possible !
Li er 4198 BONVAL.
r les “folles actées.
Et tu appelles cela de l’obéissance ?
ELMIRE
Encore une fois, mon père, vous ne me comprenez (pas. Jusqu'à cette heure, Je n'ai été, à vos yeux, qu'une enfant légère et folle, négligeant chaque jour les fantaisies de la veille pour courir à quelque “utilité nouvelle, oubliée aussitôt qu'obtenue. Ha- “Hbitué à me voir ainsi voltiger de caprice en caprice, “vous n'avez pas supposé qu'un sentiment durable “pût éclore en mon âme, et lorsque je vous révêle d'existence d’une passion que vous ne soupçonnicz as, 1l vous semble que je puisse l’étouffer avec la nême facilité que s’il s'agissait de varier mes amusers, se, ù Macnts ou de renoncer à un article de toilette. La il s'agira de “houffrance que j'éprouve à la seule pensée du sacrifi- “Æ que vous voulez m'imposer est une preuve que pus m'avez mal jugée et que, sous les dehors frivode l'enfant gâtée, palpite le cœur d’une femme !....
neté)
. Et tu crois libre dans le
an. Je suis ME ut-être ; mais % de ma mère, 4 Lux conseils, € auquel un cn-
BONVAL, (à part)
Oh! je le vois bien, maintenant, il est trop tard! ce faire, grand Dieu, que faire ! (haut) Mon cnnt, quelle imprudence tu as commise |
Oui, je le sais, j'ai été imprudente, coupable même, de m'aventurer, sans guide, sur les dangereux sentiers de l'amour! Mais, que voulez-vous, j'étais jeune, inconsidérée, sans expérience et sans conseils ; pendant que vous me laissiez à moi-même pour suivre l’entrainement des affaires, moi, je fuyais l’isolement; avide de distractions, je courais au gré de mes fantaisies sans me demander où j'allais... Sur mon chemin s’est présenté un jeune homme bon, loyal, sympathique, dont la parole réfléchie et la gaité sereine tranchait sur la frivolité de mon entourage ordinaire... Ce contraste même me plut.… Un sentiment inconnu ct irrésistible s'empara peu à peu de mon cœur, et lorsque je voulus m'en rendre compte... il était trop tard! Pardon, mon père, pardon d’avoir aimé sans votre permission |
BON VAL
Pauvre enfant... Octte révélation m'ouvre les yeux et me confond !... Je comprends, maintenant, toute l'étendue de la faute que j'ai commise à ton égard !... Livré tout entier aux enivrements de la spéculation, je croyais m'être acquitté de mes devoirs de père lorsque tes convoitises d’enfant et de jeune fille étaient satisfaites... Quelle fatale erreur et quel châtiment pour moi de voir en un instant tous mes rêves de bonheur s’évanouir pour faire place au plus cruel désappointement !
ELMIRE
Non, vos espérances ne seront pas déçues. Laissez moi vous le dire, laissez-moi vous le jurer, Edouard n’est pas indigne de votre confiance |
même, X senis jeunseils ; ur suil'isolegré de … Sur e bon, > et la on enplut.….
ra peu n renn, MON ion |
vre les tenant, e à ton s de la nes deit et de erreur instant r faire
Lais- jurer, e|
BONVAL
Edouard ! Tu dis qu'il s'appelle Edouard !
ELMIRE, (baissant la vue) Oui, mon père.......….
BONVAL
Et son nom de famille, dis vite !
ELMIRE, (baissant toujours les yeux) Edouard Durand...
BONVAL
Quoi, c'est Edouard! C’est mon Kdouard !....…. Mais certainement, petite sotte | ELMIRE, (joyeuse) Oh, papa, que je suis contente | BON VAT,
Et moi done, après cette épouvante que tu m'as donnée.
ELMIRE, (retrouvant sa gaité) Alors, tout va donc s'arranger à l'amiable.
BONVAL
Pourvu que le futur époux soit de notre avis. ELMIRE,
Ah, pour celui-là, par exemple, j'en réponds ; et puisque nous en sommes au chapitre des confidences,
permettez-moi d'exprimer le soupçon que la visite qu’il vous a annoncée me concerne beaucoup plus que vos ennuyeuses affaires d'argent.
BONVAL, (joyeux)
Oui dà ! C’est ainsique vous conspirez pour me prendre d’assaut dans mes propres retranchements ! Eh bien, soit ; j'attendrai l’ennemi de pied ferme, et si sa bonne fortune lui permet d'enlever le précieux trésor dont je suis le gardien aussi fidèle que... maladroit, franchement, je crois... qu'il en aura pour son compte.
ELMIRE
Mais vous ne savez pas les bonnes resolutions que j'ai prises ; comme je suis décidée à devenir une femume industrieuse, économe...
BONVAL
Oui, économe surtout; tu m'en as donné des preuves tout à l'heure.
ELMIRE
Mais c’est pour après notre mariage, bien entendu.
BONVAL
Pourquoi ne pas commencer un peu plus tôt ?
ELMIRE
Pour ne pas vous contrarier.
BONVAL
Me contrarier ! Le mot est plaisant, ELMIRE,
Mais oui; cela vous fait tant de plaisir de me donner de petits cadeaux.
à visite 1p plus
our me ments !| rme, et récieux >... IMira pour
ons que air une
né des
ien en-
ôt ?
de me
nee der re) De Re A
BONVAL
Il faut dire que c’est un plaisir dont tu me fais un peu abuser et que je n’envierai pas à mon futur gendre. Avec cela que nntre ami Edouard Durand est un brave garçon qui mérite bien une femme irréprochable.
ELMIRE
S'il ne manque que cela à son bonheur, je serai irréprochable.
BON VAL
Il a hérité des nobles qualités de son père, celuià. Par malheur toute la famille n’a pas aussi bien tourné.
ELMIRE
En effet, j'ai entendu parler d’un frère jumeau qui lui ressemble à s’y méprendre et qui s’est embarqué, il y a quelques années, avec toute sa part de la fortune paternelle, pour un voyage d'aventure. BONVAL.
Oui, c’est un mauvais sujet qui ne lui ressemble qu'au physique ct qui n’est pas digne du nom qu’il porte.
ELMIRE
Mais, savez-vous que je n'aime pas cela, moi, qu'ils se ressemblent tant ?
BON VAL
Et, pourquoi donc ?
ELMIRE
Parce que rien n'empêche l’autre de revenir un
beau jour.
RE RRRRRE op edS we.
BONVAI..
Je ne vois pas en quoi son retour pourrait t’affecter.
ELMIRE
Si j'allais commettre une méprise et... l’aimer à la place de son frère !
BONVAL
Allons donc! ŒEst-ce que c’est possible, une erreur comme celle-là ? D'ailleurs, il était, d’après les dernières nouvelles, rendu dans une ville quelconque de l’Indoustan, activement oceupé à dissiper les derniers débris de sa fortune.
ELMIRE,
Nous pouvons done nous livrer, sans appréhen-
sion, au bonheur qui nous attend tous ensemble.
Je l'espère, du moins ; mais admets donc, en
attendant, que tu m'as fait une terrible peur. ELMIRE.
Et vous donc ! avec votre grosse colère et vos faux airs de tyran, qui ne vous allaient pas du tout soit dit entre nous.
BONVAL
Oublions tout cela, ma bonne petite Elmire, et remercions le Bon Dieu de nous avoir permis d'arriver au même but par des voies si diérentes.
(Ils chantent ensemble) L'heure se coïncidence Qui nous favorise ainsi !
Admirons, en tout ceci, Le doigt de la Providence,
rrait t’af-
. l'aimer
ible, une t, d’après rille quel- À dissiper
appréhennble.
donc, en eur’.
t vos faux du tout,
Elmire, rmis d’arntes.
> gi
ELMIRE, (seule)
Songeant à mon intérêt Autant qu'à‘ceux de sa caisse, Pour ma future allégresse Mon père avait un projet.
Et, lorsque je me mutine Contre ce vœu paternel, C’est pour faire un choix formel bis De l'époux qu'il me destine. re
(Ensemble)
L'heureuse coïncidence, ete.
BON VAI
J'ai laissé son jeune cœur, Sans défiance et sans guide,
Suivre la pente rapide
Qui mêne droit au malheur.
Mais, loin de punir en elle
Mon trop coupable abandon,
Voilà que Dieu me fait don, bis Vraiment, d’un gendre modèle ! si