I 20 ERREURS ])£VOILL£S
les astres lançaient au loin avec une force étonnanîe, et qui se frayait un passage à travers les corps diaphanes , ne crut pas devoir attribuer le phénomène de la réflexion aux molécules de lumière dont il n'avait pas une juste idée; mais seulement aux molécules propres des corps non fluides élastiques, et il la faisait déjicndre, cette réflexion, d'une certaine force réptilsive, répandue uniformément sur toute la surface de ces corps, et dont l'action s'exerçait à une très-pelile distance, (i)
Newton n'avait imaginé celte action à petite distance , que pour pouvoir expliquer comment les ra3"ons étaient en grande partie renvoyés avant d'avoir atteint la surface réfléchissante. D'après ce que j'ai déjà dit , on voit combien son explication est fautive.
Outre cette dernière espèce de réflexion , ce géomètre en admettait une autre dans le verre, pour rendre raison de celle qui a lieu vers la seconde surface de ce corps placé dans l'air ou dans le vide, quand 1 inclinaison du rayon excède 4i degrés. 11 supposait donc que cette dernière réflexion était produite par l'attraction qu'exercerait sur les rayons de lumière , la seconde surface de ce corps (^2). Alors , suivant lui , ces rayons qui se présentaient sous un certain degré d'obliquité pour pénétrer un milieu plus rare, étant « plus » attirés à une certaine distance par les molécules » situées au-dessus d'eux que par celles qui sont « au dessous w, étaient contraints à infléchir leur mouvement et à repasser dans le verre (3). Il n'est pas nécessaire de dire que celte explication de
(a)IIaiiY,Traitr élrm df Physique, jN°*895ef 902 delà a^édif., et IS'°» io53 et 1060 de la 3*.
{1) Ibul. N"» 900 de la 2' édit. et io58 de la 3*. (3) Ibidem.
Newton , quoique adoptée avec éloge par les physiciens modernes , est tont-à-fait erronée : ce qu'on a déjà vu le prouve suffisamment.
On a encore remarqué que lorsque les rayons passent du verre dans le vide, il y en a moins de transmis que lorsque le passage s'effectue dans l'air ; et l'on a été également étonné de cette différence , parce qu'on a cru le vide dépourvu de toute matière; mais cela n'est pas ainsi : car dans un récipient qu'on a prétendu purgé d'air, le vide n'est point parfait; il y existe toujours des opaques et des lumineuses; mais ces diverses molécules v sont seulement en moindre nombre; et par la dilatation des atmosphères des lumineuses qui accumulent autour d'elles les particules ignigènes à proportion qu'on fait le vide, toute la capacité du récipient se trouve remplie comme auparavant. Le vide produit par la machine pneumatique ne doit être regardé que comme un air fort dilaté qui a encore des molécules opaques et des molécules de lumière (i); mais s'il y a moins de ces différentes molécules dans le vide, il y aura aussi moins de files des lumineuses ; et par conséquent moins de canaux pour servir de véhicule aux rayons qui sortent du corps vitreux. Donc dans l'incidence perpendiculaire, et même oblique, il y aura moins de rayons transmis.
Newton ne s'en est pas toujours tenu aux actions à distance pour y ramener les effets dus à la réflexion et à la réfraction '2^ , il a conjecturé que ces effets pourraient bien dépendre aussi de l'action d'une matière très-subtile répandue dans les corps dia-
(i) I\ota. S'il u'existait nas des Inmioeuses dans le prétendu vide de la machii-e pneumatique, il ny aurait plus ni réfraction, ni réflexion.
(a) Voy. Haùy, IS' 908 de la 2« édit et 1061 de la 3«.
phanes(i); et qui, devant être d'autant plu» dense que le corps serait plus rare , fermerait le passage au rayon qui chercherait à se porter vers les espaces où cette matière subtile aurait moins de densité.
Ces manières contradictoires d'expliquer la réflexion et la réfraction de la lumière prouvent que Newton n'avait pas d'idées fixes sur ces phénomènes ; et s'il voulait une matière fublile , que ne la cherchait-il dans les lumineuses et leurs petites atmosphères , dont les corpuscules surpassent en petitesse les molécules propres des corps ? D'ailleurs , je ne sais comment ce géomètre a pu croire que cette prétendue matière subtile devait être plus dense dans un fluide élastique que dans un corps solide; il me semble qu'il aurait dû conclure tout autrement.
Outre ces différentes manières d'expliquer la réflexion , Newton en a imaginé une autre encore plus singulière , et qui lui a été suggérée par cette manie , maintenant si à la mode , d'expliquer les phénomènes physiques par des notions tirées de l'algèbre. Ce savant, pour rendre raison de la réflexion qui, dans certaines circonstances, succède à la réfraction , avance que , comme dans l'algèbre les quantités négatives commencent où finissent les positives , de même , dans les effets physiques dont il s'agit ici , la force répulsive succède immédiatement à la force attractive (2).
Divers physiciens trop crédules et sans doute peu méditatifs , ont adopté cette explication de Newton , sans en soupçonner l'absurdité ; mais quelques autres aussi , quoique attachés aux principes du géomètre Anglais, n'ont pas pu s'empê-
( I ) Haùy , !N°' go3 de la '2* édit. et 1061 de la 3^. (2) Libes, Traité élém, de Pbyjique, tome III, p. 5y ; et Ilaûy, IS'** goa de la a* édit. et 1060 de U i*.
cher de la regarder comme bien peu suffisante , en avouant en même temps que le phénomène de la réflexion restait encore enveloppé d'une grande obscurité (ri. Je me flatte d'avoir répandu quelque clarté sur ces ténèbres de la science, en démontrant que la réflexion et la réfraction dépendaient uniquement de la manière dont les rayons pénétraient les lumineuses des corps réfringens et réfléchissans.
Dans tout ce que j'ai dit de la réfraction et de la réflexion , je n'ai considéré que les surfaces planes; mais cela convient également aux surfaces courbes des corps susceptibles de réfracter ou de réfléchir la lumière.
JSote pour l'intelligence de la Réflexion de la lumière , et des Figures 5 et 6 ^ ii et 12.
«a, Jig. 5, est la molécule de lumière de la seconde surface du verre , repoussée en dedans par la lumineuse de l'air, qui lui est opposée. bb est sa première position que j'ai ponctuée , et qui est sur la ligne horisontale CH. c est le rayon incident qui, après avoir traversé le corps vitreux, arrive dans la lumineuse aa sous un angle de plus de [\i degrés. Si cette molécule ne s'était pas dérangée, le rayon passerait par le point d qui est son premier point central ; mais ce point s'étant porté en e, à cause du changement de position , le rayon s'en trouve si éloigné qu'il ne peut plus y adhérer , et par conséquent il ne saurait s'y infléchir pour traverser cette lumineuse par son diamètre , par la raison que nous avons dites à l'article Réfraction. Ce rayon arrivé en d qui dans la nouvelle position de cette molécule est distant de son vrai point central actuel e , se
(i) Libes, juême ouvrage cité plus haut.
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trouve arrêté , et ne pouvant parcourir la corde de la lumineuse , il est repoussé du côté opposé et se porte vers le point/.' On voit qu'une plus grande incidence du rayon, telle qu'est^, Técarterait davantage du point central e, et le ferait parvenir vers h.
La nièraey?^. 5 servira pour rendre raison de la réflexion oblique opérée, soit par les lumineuses de l'air opposées aux opaques du corps réfléchissant , soit par celles tangentes de l'amalgame métallique du miroir.
aa 1 fig' 6 , désigne la première position de la lumineuse ^ , ei bb est sa seconde position dont ce est le noyau. On voit que le rayon d qui le touche y doit se réfracter comme il a été dit ; et que celui qui pourra se réfléchir ne sera qu'en dehors de ce noyau , comme on peut le remarquer à la ligne ponctuée e , qui représente ce dernier rayon réfléchi vers g. Mais si ce noyau , au lieu de demeurer dans sa deuxième position ce y se porte en/, parce qu'il sera plus fortement repoussé , il arrivera que le rayon d qui ne pouvait être réfléchi dans la deuxième position de la lumineuse, le sera dans la troisième; et par conséquent son incidence pourra être beaucoup moindre que celle du rayon e , comme il est facile de le voir par X-à figure.
Enfin , pour mieux faire comprendre comment les rayons , qui passent du verre pour entrer dans un fluide élastique , sont tous renvoyés quand leur inclinaison surpasse 4 1 degrés , on n'a qu'à prendre pour centre le point d de la/?^. 5 , et faire tourner sur ce point l'extrémité d'une très-petite règle mobile. Si cette règle est sur la ligne mabab^ le rayon dont elle tient la place sera perpendiculaire et passera par le centre de la lumineuse aa qui a quitté sa première position bb dont d était le
TIKS PHYSICIEXS MODERJJES. i 2:)
Jîoiiit central. Si l'on fait aller celte règle de m en i et en /, le rayon adhérant encore, raais de moins en moins, au noyau de la lumineuse , se réfractera , comme nous l'avons dit. Mais à proportion que la règle ira vers c et vers^, elle s'écartera de plus en plus du noyau et cessera enfin d'y adhérer. Or, le rayon qu'elle figure, ne pouvant plus être attiré par ce noyau , changera sa marche et se relèvera en se réfléchissant vers le côté opposé /'ou A, parce qu'il ne saurait décrire toute la corde de la lumineuse.
ïl'en serait de même si le rayon, au lieu d'aboutir au fond de la molécule de lumière, y?^. ^ et \i ^ parvenait seulement au-dessus de son noyau sans le toucher , comme on le voit en b , Jig- 1 1 , où le rayon va de a en Z» et se relève vers e; tandis que s'il en est tangent en allant de/en J, il est attiré par son point central , et y étant réfracté s'avance vers g. Or , cette réflexion dont nous parlons ici est celle qui a lieu principalement quand le rayon qui vient de l'air ou d'un fluide élastique arrive sur le verre avec une obliquité de plus de l\i degrés, comme on le voit encore, Jig, 3, où le rayon qui de q va dans la lumineuse M y ne pouvant adhérer au noyau de celle-ci à cause de son inclinaison , se relève au point z , au lieu de se diriger vers s ^ et se réfléchit vers ^; quoique dans ce cas même, il y ait, par la raison que j'ai dite ci-devant , plusieurs rayons transmis à travers le verre ; mais qui ne passeront point au-delà, parce qu'ils arriveront trop obliquement dans la lumineuse de la seconde surface, lorsque celle ci sera tangente d'un fluide élastique.
iSota bene. Qu'on n'oublie pas que la répulsion qui a lieu entre les molécules de lumière, provient de ce que leurs atmosphères tendent à se conserver expansibles, quoiqu'il existe entre elles une véri-
1^6 ERRECRS DÉVOILÉES
table attraction qni ne se manifeste cependant que dans leurs dernières couches ; et voilà pourquoi les lumineuses les plus mobiles , telles que celles des fluides élastiques, prennent, pour s'unir avec celles qui sont plus fixes dans les corps non polis, prennent , dis-je , les positions diverses que leur commandent ces dernières ; ce qui les empêche de réfléchir la clarté dune manière uniforme.
De la double Réfraction. — Phénomènes dépendans de cette réfraction. — Explication de ces phénomènes.
C'est à Erasme Barlholin que nous devons la première connaissance de la double réfraction. Ayant regardé par hasard l'image dune ligne au travers d'un cristal d'Islande, il remarqua avec surprise que cette image était double; et emporté par son enthousiasme , il s'imagina que le froid des pays du nord , bien loin d'affaiblir les rayons de la lumière, leur donnait au contraire une nouvelle énergie.
Ce cristal est une espèce de spath clair , transparent, rhomboïdal , auquel nos chimistes ont donné le nom de carbonate de chaux. Il se trouve principalement en Islande où Ton en rencontre de très-limpides. Cependant cette région nest pas la seule où Ion trouve de ces sortes de cristaux qui doublent les objets : les autres climats en fournissent également , quoique peut-être en moindre quantité.
Huyghens, Newton et quelques autres ont fait des observations toutes particulières sur les phénomènes que nous présente le cristal d'Islande , et ils ont remarqué qu'un faisceau de lumière, tombant perpendiculairement sur la base supérieure de ce cristal, ne peut pas le parcourir sans
se diviser en deux parties , dont l'une est sur le prolongement du rayon incident, tandis que l'autre s'en éloigne.
Si l'incidence du faisceau de lumière ou du rayon est oblique à la surface du cristal , il se divisera de même en deux rayons, dont l'un se réfractera en se rapprochant de la perpendiculaire, et l'autre s'éloignera du précédent.
Ainsi le premier de ces deux rayons souffre une réfraction régulière ou ordinaire , et l'autre une réfraction qui paraît irrégulière ou extraordinaire.
Si l'on pose l'un sur l'autre deux morceaux de €e cristal, en sorte que les surfaces de l'un soient exactement parallèles à celles de l'autre , ces rayons ne se partageront plus en entrant dans le second cristal ; et ils subiront dans celui-ci , comme dans le premier , l'un une réfraction ordinaire , et Tautre une réfraction extraordinaire ; et ces phénomènes n'éprouveront aucun changement , quelle que soit 1 inclinaison des surfaces ; pourvu que leurs plans considérés relativement à la réfraction perpendiculaire , continuent d'être exactement parallèles, quand même on laisserait un espace entre les deux morceaux.
Lorsque les plans de ces deux cristaux sont perpendiculaires l'un à l'autre, le rayon qui provient de la réfraction ordinaire du premier cristal , se réfracte irrégulièrement dans le second , et réciproquement à Tégard de l'autre rayon. « Dans cette supposition, comme dans la précé- » dente , il n'y a que deux rayons ; mais dans tou- » tes les positions renfermées entre ces deux » limites , les rayons provenant de la réfraction » du premier cristal se partagent chacun en deux » autres dans le second ; ce qui produit quatre
» rayons éraergens ». Libes, Traité élém. de phys. ii,° 1 555. (i )
L'image provenant du rayon ordinaire semble toujours plus enfoncée au-dessous du cristal, que celle de Tautre rayon ; car si Ton regarde au travers d'un de ces rhomboïdes un cercle tracé sur un papier, on rem^irquera que , les deux images de ce cercle anticipant l'une sur l'autre , l'une d'elles parait un peu plus éloignée.
Enfin avec deux de ces cristaux superposés et mis sur un papier marqué d'ut> seul point d'encre, on ne voit d'abord que deux images, si les faces homologues des deux cristaux sont respectivement parallèles. Si ensuite on fait tourner lentement le cristal supérieur au-dessus de l'inférieur, on verra paraître deux nouvelles images , d'abord très-faibles, et puis un peu plus intenses, tandis que les deux premières images s'affaibliront par degré, et finiront par disparaître avant que le cristal ait fait un quart de révolution. Si l'on continue de le faire tourner , les mêmes effets se présenteront dans un ordre inverse. Si l'on achève la révolution du cristal supérieur, les phénomènes précédens reparaîtront en suivant de même une marche rétrograde ; mais parfois avec quelques exceptions quand le rayon visuel sera très-oblique, et qu'il prendra certaines positions; car alors on ne verra que deux images dans le cas où l'on devrait en voir quatre et réciproquement.
Les savans qui ont cherché à expliquer la cause de la double réfraction , l'ont fait chacun à leur manière et d'après les théories qu'ils avaient inventées
Huyghens qui croyait que la lumière se propageait par ondulations , prétendait que le rayon
(i) Voyez aussi Paulian, Brisson , Haiiy, etc.
DES PHYSICIENS MODERNES. liQ
lumineux en traversant un cristal d'Islande , y formait des ondulations de deux figures , dont l'une circulaire donnait naissance à la réfraction ordinaire , et l'autre elliptique produisait la réfraction extraordinaire.
Newton qui, d'après son système de l'émission de la lumière , s'imaginait que l'attraction exercée, suivant lui, par les corps diaphanes sur les molécules de ce prétendu fliiide , était la cause de la réfraction ordinaire, crut qu'il fallait que la réfraction extraordinaire fût produite par une autre force attractive particulière au cristal d'Islande ; car on a pu s'apercevoir que ce savant inventait de nouvelles causes selon qu'il en avait besoin.
Newton prétend donc que chaque rayon de lumière a quatre côtés , deux desquels ont la propriété de faire réfracter le rayon d'une manière extraordinaire , lorsque l'un des deux est tourné vers telle partie du cristal d'Islande.
D'après ce que j'ai déjà dit, on doit s'être convaincu que ces théories, qui se contredisent, sont réellement erronées. D'autres physiciens se sont encore exercés sur cette matière, mais ceux qui ont le plus approché du vrai sont Erasme, Bartholin, et La Hire ; celui-ci en concluant d'après ses observations , « que la réfraction des rayons » extraordinaires ou irréguliers devait être assi- » milée à celle des rayons ordinaires , excepté » que le plan auquel elle se rapportait avait une » position différente » ; (i) et l'autre en faisant dépendre le phénomène de la double réfraction de la disposition des pores au travers desquels le rayon de lumière était transmis.
En effet , c'est dans les pores des corps que se
(i) Vovez Haûy.
ï3o ERREURS DÉVOILÉES
trouvent les molécules de lumière qui transmettent la clarté. Si ces pores sont rangés en lignes droites , comme dans les corps diaphanes ordinaires , le rayon perpendiculaire ne sera point détourilé de son chemin. Si au contraire ces pores sont obliques ou inclinés à la surface sur laquelle tombe le rayon, celui-ci en pénétrant dans les lumineuses, contenues dans ces pores , suivra une route inclinée. Or c est ce qui arrive au rayon qui se partage dans le cristal dislande , et c est ce qui prouve que cette substance cristalline a alternativement plusieurs rangées de pores droits et plusieurs rangées de pores obliques. Les lumineuses qui y sont fixes auront donc les mêmes dispositions, et transmettront en conséquence le rayon incident qui n'est pas composé d une seule file de lumineuses éclairées , mais dun grand nombre de files , ce qu'il faut bien remarquer. Donc parmi ces files éclairées et perpendiculaires qui arrivent de l'atmosphère , celles qui parviendront sur les pores droits, traverseront le cristal sans se dévier ; et celles qui tomberont sur les pores obliques seront forcées de prendre une direction inclinée et de s'écarter des précédentes. Il en sera de même du rayon qui parviendrait obliquement sur le cristal ; la partie de ce rayon qui serait reçue par les pores inclinés paraîtrait toujours éloignée de celle que transmettraient les pores droits.
Maintenant que Ton pose l'un sur l'autre deux morceaux de cette substance cristalline ; tant que les rangées droites et obliques du morceau supérieur aboutiront aux rangées analogues de l'inférieur, l'œil ne verra jamais que deux images. Il en sera de même si les deux cristaux sont tellement disposés que les rangées droites de l'un communiquent exactement avec les obliques de
DES PHYSICIE.^S jronERXES. i3r
l'autre. La seule différence qui existera dans ce cas, c'est que les deux rayons changeront de fonction, c'est-à-dire que le rayon irrégulier, en arrivant sur les files droites , se dirigera comme un rayon régulier ; et que celui qui était régulier se comportera comme s il était irrégulier, quand il parcourra les files obliques. Pour voir quatre images, il faudra qu'une rangée droite et une rangée oblique des lumineuses du premier morceau coïncident chacune avec deux demi-rangées du second , dont lune soit droite et l'autre oblique. Alors chacun des deux rayons qui se sont séparés dans le premier cristal et qui ne sont pas réduits à une seule file , tombant sur ces deux rangées , différemment ordonnées , se divise de nouveau ainsi que dans le premier cristal. C'est donc à une sorte de défectuosité que le cristal d'Islande doit la propriété de doubler les objets. Ces rangées dont je parle ne sont pas composées d'une seule, mais de plusieurs lignes de pores , situées immédiatement les unes à coté des autres. De même un rayon de lumière est formé de plusieurs files de lumineuses éclairées; et le point marqué sur le papier , dont nous avons parlé, aboutit à plusieurs de ces files et de ces lignes , parce qu'en comparaison de la grosseur de ce point , elles sont extrêmement déliées. Or quand il s'est formé deux images par les deux cristaux superposés et qu'on fait tourner lentement le cristal supérieur, le rayon qui passe par les rangées de celui-ci se porte peu-à-peu sur d'autres rangées du cristal inférieur , distinctes des premières par leur direction. 11 arrive donc que les rangées directes , correspondant insensiblement avec des moitiés des rangées obliques, et les rangées obliques avec la moitié des rangées directes, composent deux nouvelles images, qui, d'abord
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faibles , deviennent de plus en plus intenses à proportion que , par le mouvement imprimé au cristal mobile, un plus grand nombre des lignes de ces demi-rangées sont éclairées ; tandis qu'un effet contraire a lieu à l'égard des deux autres images qui s'affaiblissent sensiblement et disparaissent tout-à-fait quand les rangées dont elles dépendaient ne communiquent plus avec le rayon : et si l'on admet que chaque demi-rangée se compose , par exemple , de dix lignes de pores, l'image aura plus de vivacité quand toutes ces lignes seront illuminées que lorsqu'il n'y en aura que six, et surtout que deux ou qu'une.
Les physiciens ont observé que plusieurs autres cristaux avaient aussi le pouvoir de doubler les objets, et j'ai reconnu moi-même que certains carreaux de verre défectueux jouissaient de la même propriété. Il y a quelques années qu'occupé à la rédaction de cet article , je considérais par hasard à travers un carreau de mes fenêtres , lequel avait une espèce de soufflure, un objet éloigné dans la rue, et je vis que cet objet paraissait double , étant vu par l'endroit défectueux. J'avais quatre images , quand , au lieu d'un seul , c'étaient deux objets peu écartés que j'observais. Mais si l'écartement était un peu plus considérable , je n'en apercevais que trois. Si cet objet était un cercle , un disque ou le bassin d'une balance , je remarquais aisément que les deux images se croisaient , et l'une était vue , surtout vers le croisement , dans une position inférieure à celle de l'autre. En variant la position de l'œil d'une certaine manière, je pouvais même apercevoir quatre images d'un seul objet, mais très-peu écartées, et deux desquelles étaient d une teinte pliis légère. Certainement ce sont bien là à peii près les mêmes phénomènes que nous présentent un ou deux
DES PHÏ&ICIENS MODERKES. 1 33
cristaux d'Islande. Au reste ce n'est pas là la seule occasion que j'ai eue d'observer cette multiplication d'images au travers d'un carreau de verre. Cela m'est arrivé une seconde fois dans une autre maison que j'habitai dans la suite, et qui avait encore un de ces carreaux défectueux; mais il fallait toujours que les objets fussent assez éloignés pour que le phénomène eût lieu ; parce que la défectuosité de ces carreaux n'était pas tout-àfait du même genre que celle du cristal d'Islande.
Prétendue Polarisation du soi - disant fluide lumineux.
Newton a pris un tel ascendant sur l'esprit de la plupart des physiciens modernes , qu'ils mettent tout en œuvre pour faire prévaloir ses idées, même les plus singulières ; telle est celle qui après avoir aplati de quatre côtés les rayons de la lumière , pour en faire des espèces de prismes quadrangulaires , infiniment déliés , leur donne deu\' sortes de pôles , sur deux desquels le carbonate de chaux ou cristal dislande exercerait une action toute particulière; action qui, comme je l'ai dit , n'est due qu'à une sorte d'imperfection inhérente à ce cristal , lequel , ayant des pores droits et des pores obliques , ne permet pas à la lumière de le pénétrer d'une manière uniforme.
Ce fut pour constater cette prétendue polarisation de ce qu'on appelle improprement fluide lumineux , que M. Malus entreprit une suite d'expériences qui ne prouvent autre chose , sinon que le rayon de lumière , suivant les circonstances, se réfléchit plutôt sous un tel angle que sous un autre. Car toutes ces expériences ne pourront jamais changer les molécules de lumière , bien arrondies et fixes dans les pores de toutes les
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substances , en un vrai fluide isolé dont les molécules seraient carrées , et qui coulerait au travers des corps, tel qu'un fleuve débordé qu'on verrait traverser une forêt qu'il aurait inondée ; car le rayon ou la clarté n'étant qu'une manière d'exister des molécules lumineuses qui occupent tous les pores , ne saurait avoir d'autre mouvement que celui des corps qui contiennent ces molécules. Ainsi toutes ces expériences, quoique intéressantes et bien faites , deviennent en quelque sorte défectueuses , étant appliquées à une fausse théorie.
Nota bene. D'après la Notice que M. Arago a fait insérer dans l'Annuaire de cette année sur la prétendue polarisation de la lumière , sur ce qu'on nomme ses interférences, et sur les cbangemens de couleur qu'elle subit dans certains cas , on voit qu'il ne connaît pas plus que sts devanciers la nature de la lumière, et les causes toutes simples de sa coloration. Mais ce qu'il y a de singulier, c'est que Newton s'était contenté de donner au rayon quatre pôles , et que M. Arago lui en accorde des milliers. Comme je n'ai ni l'espace ni le temps d'entrer ici dans de grands détails , parce que ce n'est qu'au moment qu'on allait mettre sous presse mon dernier article, qu'on m'a communiqué cette Notice, je suis obligé de renvoyer le lecteur à ce que j'ai déjà dit et à ce que je dirai dans la suite au sujet de la lumière; et si on le lit avec attention , on verra que tous ces phénomènes dont on est ébahi , ne proviennent que de la manière dont la clarté parvient sur les lumineuses renfermées dans les pores des corps. Quant aux interférences , qui exigeraient de ma part un long article , elles dépendent du changement de position latérale des lumineuses de l'air , qui communiquent avec le corps éclairé, lequel empêche qu'elles ne soient éclairées par la même file de lumière qu'auparavant , mais seulement par sa voisine. Alors la clarté ne pouvant plus se réfléchir se réfracte dans ces lumineuses en prenant une telle direction qu'elle devient comme perdue pour l'observateur , surtout s il y a au delà de ce corps une matière qui l'absorbe. Ainsi l'endroit qui était éclairé par la réflexion ne peut plus l'être.
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