LIVRE DOUZIEME
Observations critiques sur quelques PARTIES du Traité de chimie de M. Thenard , de la 5.^ édition.
Si le fer et les autres métaux sont des corps plus simples que l'air et que Veau.
Texte. « Le fer est un corps simple ou un élé- » ment , parce que de quelque manière qu'il
» soit traite, on n'en extrait que du fer Il est
» démontré que l'air et l'eau , sont de véritables
i) composés Les chimistes reconnaissent 5i
» éiémens. L'hypothèse qui n'en admet que qua- » tre n'est plus soutenue que par ceux qui n'ont » fait aucune étude des sciences. » Torn. L pages I et 2.
Orservatiox. Ceux qui regardent les éiémens comme de grandes masses de malière , et non comme des principes qtii auraient servi à la formation de diverses substances, peuvent bien sans erreur admettre quatre éiémens. Mais les chimistes modernes ne se trompent-ils pas en reconnaissant 5i corps simples qu'ils appellent éiémens, parmi lesquels ils placent les métaux , après en avoir expulsé l'air et l'eau? Car enfin qu'entendent-ils par corps simples? Sont-ce les substances qui n'auraient que les bases seules? Mais alors il n'y aura ni éiémens ni corps simples , puisque toutes sont composées de bases entourées d'une
petite atmosphère ; et si cette atmosphère n'empêchait pas un corps d'être simple , l'air et l'eau seront aussi simples que les métaux. Toute la différence qui existera entre eux , c'est que ceux-ci ont l'ignigène pour l'enveloppe atmosphérique de leurs molécules-bases, et les autres l'oxigène et l'ignigène, ou l'oxigène seul. Or, j'ai démontré que cette dernière matière , ne passant point à travers les vaisseaux, pouvait être recueillie; tandis que l'ignigène ne saurait l'être, parce qu'il est d'abord soutiré par les molécules de lumière qui existent dans les pores de ces vaisseaux ; et puis absorbé par celles du fluide ambiant.
Quoique l'ignigène ne se laisse pas emprisonner comme l'oxigène , il ne s'échappe pas toujours , du moins entièrement , au travers des vaisseaux ; car il manifeste souvent sa présence en s'unissant à des substances qui en composent leurs atmosphères ; ce qui arrive surtout à l'eau qui se change en gaz hydrogêne , en cédant son oxigène à la matière métallique avec laquelle elle est en contact , et en lui enlevant en même temps de son ignigêne ; ce que nous prouverons par divers faits chimiques que nous fournira le Traité que nous examinons.
Mélange de soufre et de plomb.
Texte. « Faisant fondre dans un creuset 80 par- » ties de plomb et 20 parties de soufre, on ob- » tient un composé, dans les plus petits fragmens » duquel on trouve du plomb et du soufre. » Tom. 1. pag. 1.
Or.sERVATioN. Il ne paraît pas que les chimistes connaissent la raison de ce fait chimique ; puisque leurs idées sur les atomes sont inexactes , pour ne pas dire très-erronées. S'il faut moins de parties pesantes de soufre, car ici il doit s'agir
de poids , pour saturer une certaine quantité de plomb ; c'est que les molécules du soufre étant moins grosses et parlant plus légères que celles du plomb , seront aussi plus nombreuses que ces dernières dans un poids donné. Donc pour que ces diverses molécules, en confondant ensemble leurs atmosphères , s'accolent deux à deux , c'està-dire une de plomb à une de soufre , il faut que le poids absolu de la masse de plomb surpasse à proportion celui de la masse de soufre pour fournir un nombre égal de molécules.
Enfin le fait chimique dont il est ici question confirme à merveille ce que j'ai déjà dit que plus les corps étaient pesans, plus le diamètre de leurs molécules était communément considérable; et moins aussi existait-il de ces molécules dans un même volume : ce que les chimistes même les plus modernes n'ont pas connu encore.
Nota bene. Je pense que d'après leur poids spécifique, il ne faudrait pas 20 parties de soufre pour saturer complètement ces 80 parties de plomb. En effet, suivant M. Thenard , Tom. I. pages 241 et 409, le poids spécifique du soufre est 1,99, et celui du plomb 11 , 352. Donc
11,352 : 1,990 : : 80 : i47Tfji-
Fausse idée des chimistes sur la constitution des composés.
Pour expliquer le phénomène de la transparence et ce qui en dépend, Newton avait imaginé des molécules de plusieurs ordres. Les chimistes modernes ont embrassé la même opinion ; car , suivant M. Thenard , ils reconnaissent des atomes ou des molécules binaires, ternaires, etc. , pour former les corps composés ; mais ils se trompent. Les corps composés ne constituent pas plus que les corps simples des molécules de divers ordres;
car tous ont leurs molécules accolées les unes aux autres , comme des billes de diverses matières, qu on rassemblerait avec art dans un panier ou qu'on unirait ensemble avec un ciment. Ce en quoi ils diffèrent entre eux , c'est que dans les corps diaphanes , ces molécules sont rangées en droite ligne ; tandis que ce n'est plus de même dans les corps opaques. Enfin toutes sont entourées de particules atmosphériques qui, en nombre plus ou moins grand, servent à les unir sans changer leur figure propre qui est toujours arrondie ; ce qui ne saurait constituer plusieurs ordres de molécules.
^attraction moléculaire ou cohésion.
Texte. « Tous les corps tendent à se combiner. » Nous ne pouvons expliquer cette tendance gé- » nérale à la combinaison , qu'en admettant l'exis- » tence d'une force inhérente aux molécules ou » atomes de la matière. Cette force, quelle qu'en » soit la cause.... nous l'ignorons absolument.... » Tom. I. pag. 4"
Observation . L'aveu que fait ici M. Thenard est bien précieux; car il démontre, comme je l'ai déjà dit, que chimistes et physiciens ont méconnu l'existence et le mécanisme des petites atmosphères, auxquelles Dieu a donné la propriété de s'attirer mutuellement , et d'unir entre elles les molécules qu'elles entourent. Ils ne connaissent pas mieux les causes de l'élasticité , de la mollesse , de la fluidité , de la gazéité , qui dépendent également de ces atmosphères. J'en ai parlé assez amplement dans le cours de cet ouvrage.
Dissolution des sels.
Texte. « Comment se fait-il que le sel se dis- » solve dans l'eau?.... Pourquoi l'eau ne peut-elle
DES PHYSICiENS MODERNES. 355
» dissoudre qu'une certaine quantité de sel ? » Tom. I. pag. 9.
Observa-tiojv. La raison que M. Thenard donne de ces phénomènes n'est pas exacte. Si le sel se dissout dans l'eau, ce n'est point , comme le dit cet auteur, parce que la force de cohésion du sel est moins grande que son affinité pour Veau : et si l'eau n'en peut dissoudre qu'une certaine quantité , ce n'est pas non plus parce que, à mesure que l'eau dissout du sel , son action sur ce corps diminue probablement à cause de V éloignement des atomes.
L'affinité ne s'exerce point entre les molécules elles-mêmes, mais entre ces molécules et les atmosphères réciproques ; et ce sont les molécules salines qui enlèvent , à celles de l'eau , une petite portion de leurs particules atmosphériques. Qu'il y ait , par exemple, deux sortes de sels dont l'un enlève à chacune des aqueuses 4 ou 5 de ces particules, et l'autre une seule; certainement le premier se dissoudra en plus grande quantité que le second. La raison en est fort simple. Mais si le sel ne peut s'emparer d'aucune de ces particules atmosphériques , il demeurera au fond de l'eau sans se dissoudre, et l'on pourra dire alors que l'eau a plus de force pour retenir son oxigène, que n'en a le sel pour le lui enlever. Echauffe-t-on l'eau , ses molécules s'incorporent quelques particules ignigènes et abandonnent tout autant d'oxigène que s'approprient, pour se liquéfier, les molécules salines non encore dissoutes. L'eau vient-elle à perdre par le refroidissement cet ignigène acquis , elle reprendra à ces dernières molécules salines , l'oxigène qu'elle leur avait cédé ; ce qui les obligera de se précipiter. Il en arrive de même si le liquide s'évapore , car alors ce dernier enlève successivement tout l'oxigène prêté ; parce
qu'il en a besoin pour se changer en vapeur ou en fluide éhistique ; et tout le sel finit par se précipiter , si l'évaporation continue jusqu'à siccité (i).
Une dernière remarque à faire , c'est que les molécules salines dissoutes dans l'eau ne s'y trouvent pas accolées aux aqueuses , comme le sont les molécules de soufre à celles du plomb, ainsi que nous l'avons déjà vu. Et pourquoi? Parce que ces aqueuses ne peuvent pas abandonner aux salines autant d'oxigène qu'il leur en faudrait pour flotter en nombre égal aux premières ; et s'il est besoin, par exemple , de six ou huit molécules deau pour fournir l'oxigène à l'atmosphère de chaque molécule de sel, celle-ci se placera tout naturellement au milieu d'elles sans former cependant avec les cessionnaires une molécule isolée ou d'un autre ordre : ce qui n'empêchera pas que la moindre goutte du liquide ne paraisse salée, parce que cette goutte est composée d'iin très-grand nombre de molécules d'eau et de sel.
Pourquoi l'eau ne dissout pas Vhuile.
Observa-Tioiv. m. Thenard , Tom. I. pag. lo , ainsi que les chimistes disent que cela provient de ce que l'affinité de ces deux liquides est extrêmement faible. Mais d'où procède l'affinité? C'est ce qu'ils ignorent. Or on a vu que lorsque les atmosphères qui entourent les bases ne sont pas
fiota C est par un semblable mécanisme que les métaux qu'on
dissout dans un acide, se précipiient les uns les autres. Ceux qui sont plu* avides d^-s particules atmosphériques de cet acide , les erdeveiit à ceux qui le sont moins, en leur cédant l'ignigène qni formait leur atmosphère. Ces derniers se séparent donc et tombent an fond du dissolvant , parce que la nouvelle atmosphère qu'ils ont prise n'a pas assez d étendue pour leur procnrer la légèreté qui leur serait indispensable pour flotter dans le liquide.
J)FS PnYSIClE>S 3I0UERKES. 35^
les mêmes, ou qu'il n'existe pas entre elles quelque analogie, elles ne peuvent point s'unir ensemble ; et par conséquent il n'y a pas alors d'affinité , quoique les bases soient de la même espèce; puisque j'ai déjà fait voir que la molécule- base de l'eau est la même que celle de l'huile : car ce dernier liquide peut redevenir eau, si en le brûlant on lui enlève son atmosphère très-ignigénée pour lui en donner une toute composée d'oxigène. Enfin dans le fait chimique dont nous parlons , on trouve une nouvelle preuve que celte affinité ou l'attraction moléculaire ne s'exerce point de molécule à molécule sans intermédiaire, mais par le moyen des petites atmosphères.
Si les acides ne contiennent que de Voxigène avec leur radical.
Les chimistes sont bien persuadés qu'il n'existe dans les acides que le radical ou la base avec l'oxigène ; cependant il s'y trouve autre chose sans qu'ils s'en doutent ; car il y a aussi de lignigene qui concourt, avec l'oxigène, à former l'atmosphère de cette base. En veut-on la preuve ? Prenons pour exemple l'acide sulfurique mêlé avec l'eau. Si le mélange se fait à la température ordinaire et en parties égales, il en résultera une chaleur de 84 degrés. Or d'où peut provenir cette chaleur , sinon de lignigene émis du mélange? Mais comme l'eau n'a que l'oxigène pour l'atmosphère de ses bases, cet ignigène est nécessairement fourni par les bases de l acide qui en laisse échapper une partie , en s'emparant d'une portion de 1 oxigène de l'eau. Tous les acides n'ont pas la même quantité d'ignigène , ils en ont plus ou moins , comme aussi ils possèdent plus ou moins d'oxigène ; et je n'ai pas besoin de dire que les acides dont la terminaison est en eux , et qu'on a
3l'»8 ERREURS DÉVOILÉES
reconnus avoir moins d'oxigène, ont plus d'ignigène que ceux qui se terminent en ique. Il faut remarquer aussi que cet ignigéne tient plus ou moins aux bases des différens acides , et par conséquent qu'il s'en dégage ou moins ou plus facilement.
Des corps ou des fluides impondérables. — Réflexion sur V ignorance volontaire et inexcusable de beaucoup de nos philosophes , touchant Vame et la Divinité.
Texte. « La qualité d'être impondérable rend » douteuse.... l'existence matérielle du calorique, » du fluide lumineux, du fluide électrique et du » fluide magnétique. » Tom. I, pag. 35.
Observation. Ce que dit ici \\. Tbenard démontre que les idées des chimistes sur ces sortes de matières ne sont pas exactes ; car si ces trois premières matières sont impondérables, c'est que nos moyens mécaniques sont trop bornés pour pouvoir en apprécier le poids dans toutes les occasions ; mais ce n'est pas une raison de nier leur existence qui se dévoile dans une infinité de cas. On a pu voir dans le cours de cet ouvrage que les molécules de lumière , obscures quand elles sont seules ou isolées, brillantes étant réunies, sont fixées dans les pores de tous les corps ; que le calorique ou ignigéne forme l'atmosphère de ces molécules de lumière ; et que le fluide électrique a pour bases ces mêmes lumineuses dont l'atmosphère n'est plus tout ignigéne , mais composée d'ignigène et d'oxigène. Quant au fluide magnétique , je n'en parlerai pas , parce que Je magnétisme n'a pas été l'objet de mes recherches; mais je dois dire cependant que le magnétisme animal me paraît une véritable chimère. Enfin le charbon dont l'atmosphère est composée d'igiii-
DES PHYSICIEA'S MODERI«IES. 359
gène qui est le calorique , et dont les bases sont des molécules oxigènes , prouve que la matière calorifique est dans certains cas pondérable.
JSota bene. Si nos physiciens , nos chimistes , nos savans enfin , malgré leurs études, leurs travaux et leurs nombreuses expériences , doutent encore de l'existence de ces substances matérielles qu'ils voient cependant, qu'ils sentent et qu'ils palpent même , est-il surprenant que , par un effet de leur orgueilleuse ignorance , quelques philosophes nient l'existence de Dieu et de 1 ame qu'ils ne sauraient voir ; ignorance qui est néanmoins sans excuse , parce que lame se fait connjiître par ses actes ; et que Dieu , cet être tout bon , tout juste , tout-puissant se manifeste à notre esprit et même à nos regards par les merveilles innombrables qu'il a répandues dans cet univers ?
De la Dilatation,
Texte. « Tous les corps que l'on expose à une » température supérieure à la leur se dilatent, à » moins qu'ils ne soient suffisamment compri- » mes , etc. » Tom. I , pag. 48.
Observatioiv. On attribue avec raison ce phénomène au calorique qui pénètre ces corps. Mais comment cette matière calorifique s'y place-t-elle, et par quel moyen opère-t-elle cette dilatation ? C'est ce que les savans n'ont pas encore entrevu , et c'est ce qu'il est facile d'expliquer d'après les principes que j'ai déjà fait connaître. Or, cette dilatation s'exerce par le mécanisme des atmosphères des opaques et des lumineuses. En effet, applique-t-on le calorique à un corps, il s'y insinue par l'entremise des lumineuses qui sont dans ses pores , et qui , le distribuant dans toute la masse , s'en servent pour étendre leurs petites
3Go ERREURS DÉVOILÉES
atmosphères. Si dans le même temps les opaques refusaient d'en recevoir à leur tour , ce corps acquerrait bien une température plus élevée ; mais il ne se dilaterait point, parce que la force répulsive des atmosphères des lumineuses ne pourrait vaincre l'attraction que celles des opaques exercent entre elles. Pour affaiblir cette force attractive, il faut donc que les opaques élargissent aussi un peu leur enveloppe atmosphérique ; et c'est ce qu'aux dépens de ce calorique elles font jusqu'à un certain point, et suivant les différentes espèces de substances. Voilà donc le corps solide dilaté; mais demeurera-t-il toujours compacte? Oui , si les opaques n'ont pas d'aptitude à acquérir plus de particules atmosphériques ; car alors le plus grand feu ne pourrait les liquéfier; témoin la silice qui par l'attraction de ses opaques sur-" monte constamment la répulsion exercée pnr les lumineuses. Donc pour que le corps pi^sse à l'état de liquide, il faut que les opaques aient leur atmosphère plus étendue que dans la compacité; et beaucoup plus , s'il doit devenir gazeux ; parce que l'attraction moléculaire s'affaiblit à proportion que les atmosphères des opaques s'agrandissent. Enfin une marche inverse aurait lieu, si le calorique était soustrait partiellement des corps. Ce que je dis ici d'un solide s'applique également aux liquides.
Ces diverses quantités de particules ignigènes que les opaques d'un corps chauffé prennent suivant les différentes espèces , donnent encore lieu à plus d'un phénomène. Les physiciens ont d'abord remarqué que « les solides se dilatent moins » en général que les liquides , et ceux-ci moins que » les gaz » ( r). Ensuite , que les solides et les liqui-
(i)Thenard , Tom. !, pag. /«S. »
des se dilatent tous inégalement (i); tandis que la dilatati<ni des gaz est uniforme , selon la remarqtje de MM. Dalton et Gay-Lussac (2).
On peut aisément rendre raison de ces faits. Car si les opaques d'un métal , par exemple, peuvent s'approprier plus de calorique que celles d'un autre corps métallique, le premier se dilatera un peu plus ; parce que l'action répulsive entre ses lumineuses et ses opaques se manifestera davantage ; ce qui a également lieu pour les différens liquides : mais la dilatation de ceux-ci sera plus sensible que celle des solides , parce que cette action dont nous parlons y est plus énergique, à cause que l'attraction entre les opaques se trouve beaucoup amoindrie. Enfin les gaz doivent se dilater uniformément , parce que celte attraction , étant à peu près totalement vaincue, il n'y a presque plus que les lumineuses qui influent sur cette dilatation à proportion du calorique accumulé ; car ce n'est que dans des cas rares , ou lorsque le gaz combustible , renfermé dans un vaisseau clos, ne peut plus obéir à la raréfaction, que les opaques du corps gazeux peuvent encore agrandir leur atmosphère déjà très-amplifiée.
Avant de finir cet article, je dois faire observer que, puisque le calorique se joint à l'atmosphère déjà existante des opaques , on doit en tenir compte quand on cherche à connaître la capacité d'un corps pour le calorique ; car par le refroidissement ces opaques abandonnent cet ignigéne acquis ; lequel , joint à celui dont les lumineuses se dessaisissent aussi , augmente la quantité de celui qu'on veut mesurer.
(i) Thenard , Tom. I , pages 42 et 43. (a) Ibid. page 48.
Cause de l'état des corps et de leur changement.
Texte. « Cette manière d'être des corps dépend » du rapport qui existe entre eux entre la force » de cohésion qui tend à unir leurs particules, » et la force répulsive du calorique qui tend à » les éloigner. » Tom. I, pag. 73.
Observation. On voit bien toujours que les chimistes ignorent absolument que cette cohésion et cette répulsion dépendent des atmosphères qui entourent les molécules des opaques et des lumineuses. D'ailleurs je ne vois pas qu'ils soupçonnent même l'existence de ces lumineuses existantes dans les pores de tous les corps pour y être la cause d'une foule de phénomènes.
M. Thenard parle encore ici d'atomes inlégrans et d'atomes constituans ; et selon lui , c'est entre les premiers que s'opère la fusion et surtout la gazéification ; et de plus , que si les atomes constituans d'un corps pouvaient être portés par le calorique à la distance qui constitue l'état liquide et surtout l'état gazeux , ce corps serait sans doute décomposé. Voyez page yS.
Cela n'est pas du tout exact, car;
i.° Il n'y a pas d'atomes intégrans, c'est-à-dire de particules formées , à l'instar d'un petit solide , par la réunion de plusieurs atomes constituans. Ceux-ci sont toujours distincts et entourés seulement de leurs petites atmosphères , ce qui ne saurait constituer des atomes intégrans, et encore moins plusieurs ordres de particules.
2.° 11 n'est pas vrai non plus que la décomposition d'un corps s'ensuivît d'une plus grande distance entre ses atomes constituans ; car cette décomposition ne s'opère que par le changement des atmosphères des bases , et non par leur plus grand éloignement.
DES PHYSICIKNS MODERjNES. 363
3.° La réunion en globules n'a lieu qu'à l'égard des lumineuses mises en liberté, et encore cette réunion est très-faible.
Quelques corps augmentent de volume par la fusion. Comment ?
Texte, a La plupart des corps en fondant aug- » mentent de volume. » Tom. 1 , pag. yS.
Observation. Le volume de ces corps n'est augmenté que parce que le calorique, affluant, dérange un peu leurs molécules de leur position primitive , par le mécanisme que j'ai déjà décrit. Or si ces corps se dilatent , ils acquerront une pesanteur spécifique moins grande; et cela suffira pour compenser le poids du calorique qui s'y est fixé , et empêcher en même temps qu'il ne puisse être apprécié.
Sur le calorique latent. — Réfutation de l'opinion de MM. Desormes et Clément.
M. Thenard nous dit, Tom. I , pag. 80 , que MM. Desormes et Clément regardent le calorique latent comme une hypothèse inutile. Ces Messieurs se trompent. Le calorique latent n'est pas une fiction, mais une réalité; et c'est celui dont les lumineuses ont besoin pour étendre leurs atmosphères selon la grandeur des pores qu'elles occupent et selon la température des corps qui les entourent. Quand ce calorique ou ignigène y est ainsi en équilibre, il devient tout-à fait insensible au thermomètre ; et c'est alors qu'on peut raisonnablement l'appeler latent, puisqu'il y est comme caché. L'ignigène qui forme l'atmosphère d'un grand nombre de corps , des métaux , par exemple , est encore un calorique latent ; mais qui est plus fixe que le premier. Le calorique est donc dans deux états dans ces sortes de corps.
Capacité de Veau pour le calorique.
Suivant M. Thenard et les nouveaux chimistes, la capacité de l'eau pour le calorique est un peu plus de neuf fois aussi considérable que celle du fer. Tom. I, pag. loo.
Cette quantité est un peu trop forte , parce qu'on n'a pas eu égard à l'ignigène que les opaques du fer s'approprient en s'échauffant , comme je lai fait voir à l'article Dilatation , et qui, abandonné lors du refroidissement à proportion que les lumineuses se dessaisissent de celui qu'elles avaient aussi acquis, augmente la quantité de la glace fondue qu'on a employée dans l'expérience. Lavoisier avait mieux rencontré en croyant que cette capacité de l'eau pour le calorique était à celle du fer à peu près comme 8 à r.
Source du calorique ; le calorique n'émane point du soleil, comme on le croit.
Texte. « Le calorique émane de deux sources; » i.° du soleil, 2.° des corps, etc. »
« Non-seulement le soleil lance des rayons de » lumière , mais il lance encore des rayons de » calorique. » Tom. I, pag. 1 15.
Observation. C'est là l'opinion de Newton , mais cela n'est point vrai. La lumière et le calorique ne viennent point du soleil ; ils sont répandus dans tout l'espace et dans tous les corps dont ils occupent les pores ; et le soleil n'a d'autre action sur ces corps que celle d'éclairer les lumineuses qu'ils renferment, et de les exciter par son vif éclat à s'approprier plus d'ignigène qu'auparavant pour étendre leurs petites atmosphères. Or , cet ignigène qui s'accumule ainsi aux dépens de celui du fluide ambiant , se trouve bientôt à un tel excès qu'il cherche à se répandre sur les autres corps
qui communiquent avec lui , et qui en ont une moindre quantité. Voyez ce que j'ai dit à ce sujet dans le cours de l'ouvrage.
Si le calorique et la lumière sont une modification d'un même fluide , comme on le dit.
M. Thenard , tom. I, pag. laS, dit qu'il adopte l'opinion qui suppose la lumière et le calorique dus à une moditication du même fluide. Cette opinion est erronée. Le calorique et la lumière ne sont pas identiques, et les physiciens qui les regardent comme deux substances distinctes ont bien rencontré. Voyez dans cet ouvrage ce que j'ai dit du calorique.
De r Électricité .
Texte. « L'on peut regarder le fluide électrique » comme étant composé de deux fluides différens; » savoir : de fluide vitré ou positif , et de fluide
» résineux ou négatif Sir Humphry Davy a
» conclu de ses expériences que le calorique » pourrait fort bien n'être composé que de ces
» deux fluides, et qu'on pourrait croire aussi
» que l'affitiité chimique ne dépend que de la M force électrique, r.yi)
OLSERVA.Tio>f. Ces trois opinions , qui sont trois contre-vérités, n'appartiennent pas, il est vrai, a M. Thenard ; mais de la manière qu'il les présente , il semble les adopter. La première appartient à Symmer, les deux autres à Davy; mais j'ai fait voira l'article -É'/ec^r/aVé, qu'il n'y avait qu'un seul fluide électrique, qui, disséminé .sur toutes les surfaces, pouvait tantôt en être expulsé, et tantôt y être accumulé en plus grande quantité. A l'article Calorique y j'ai démontré que ce calorique \ ' •^—^— - — — —
(l) Thenard, tom. I,p. 128, li^o et \l\(ï.
était non un composé, mais une matière distincte, destinée à former et l'atmosphère ordinaire des lumineuses contenues dans tous les pores , et souvent celle des opaques. Enfin au chapitre des Particules atmosphériques , et ailleurs , on a dû remarquer que l'affinité chimique dépendait des atmosphères réciproques des opaques , quand elles avaient entre elles quelque analogie , ou qu'elles pouvaient se confondre mutuellement. Donc l'affinité qui est souvent très-énergique ne provient point de la force électrique qui est toujours bien faible par rapport à l'union des corps.
Maintenant faisons quelques observations sur quelques phénomènes dépendans de l'électricité, et commençons par rapporter certains faits observés.
1° Suivant M. Thenard , tome I ^ page i43 , « l'hydrogène ne se combine presque avec aucun » métal , tandis que l'oxigène se combine avec
» tous , excepté l'or , le platine et quelquesaulres
» Par conséquent l'hydrogène se dégagera presque » toujours à l'état de gaz à l'extrémité du fil né- » gatif , et l'oxigène ne se dégagera à cet état , à » l'extrémité du fil positif, que dans le cas où l'on » emploiera des fils d'or ou de platine. »
2° On n'opère pas sensiblement la décomposition de l'eau pure, même au moyen d'une pile voltaïque très-forte, mais y ajoute-t-on une petite quantité de sel ou plutôt d'acide , elle acquiert sur-le-champ la propriété d'être décomposée avec beaucoup de rapidité. Oj
3° On doit se rappeler que nous avons dit que l'eau n'est pas , comme le prétendent les chimistes , composée d'oxigéne et d'hydrogène ; mais seulement de la base aqueuse avec une atmosphère
(i) Voyez aussi Thenard, tona. II, p. 5.
oxigène; que les bases du fluide électrique avaient au contraire une atmosphère mixte , c'est-à-dire formée d'ignigène et d'oxigène , laquelle peut , comme toutes les atmosphères semblables, abandonner, dans certains cas, plus ou moins de ces deux élémens atmosphériques (i) ; enfin que l'eau mêlée avec des sels ou des acides leur cédait une portion de son oxigène , en s'emparant d'une partie de leur ignigèue suivant les circonstances.
Voyons actuellement comment se fait ce qu'on appelle la décomposition de l'eau par le fluide électrique.
Lorsque ce fluide circule dans la pile voltaïque, il suit son cours sans rien perdre de ses particules atmosphériques; mais s'il rencontre un conducteur interrompu, il se trouve isolé et à la merci des substances qui auront plus d'attraction que lui pour l'un ou l'autre de ces principes atmosphériques.
Si donc au sortir du fil positif le fluide électrique rencontre l'eau que l'acide a déjà acheminée à la décomposition en lui cédant une partie de son ignigèue pour l'oxigène qu'il lui a enlevé, qu'arrivera-t-il ? Ce fluide achèvera cette décoraposition déjà commencée , en fournissant aux aqueuses le surplus d'ignigène dont elles ont besoin pour passer à l'état élastique, et l'oxigène qu'elles abandonneront en dernier lieu , devenu libre , se portera en forme de bulles dans la cloche disposée pour le recevoir ; pourvu toutefois qu'il n'ait pas été absorbé par le métal du fil positif, ou par les corps soumis à l'expérience.
(i) Nota. Les chimistes ont remarqué que le jus de raisin, etc. ne fermentait point sans le con'act de l'air ou de l'oxigène, et qu'un courant voltaïque produisait le même effet, (Ai. Thenard, tom. IV, p. 319 ) Or, si le âuide électrique est capable de remplacer icirosigène,c'est une preuve qu'il en contient lui-même.
Les bases du fluide électrique qui ont été dépouillées par l'eau d'une portion de leur ignigène, en resteront-elles toujours privées ? INon : en s'élançant sur le fil négatif, elles le reprendront en l'enlevant aux lumineuses sises dans les pores de cette eau ; car ces lumineuses sont comme des canaux qui continuellement alimentés par une eau vive donnent abondamment ce liquide à ceux qui communiquent avec eux et qui en ont moins.
Le fluide électrique a donc cédé de son ignigène à l'aqueuse dont l'attraction pour ce principe était plus forte ; mais si sur son passage il trouve une matière qui ait plus d'affinité pour l'oxigène , cette matière le lui enlèvera en lui laissant l'ignigène; c'est ce qu'on peut voir par une expérience faite par Priestley , et qui a été répétée plusieurs fois avec succès.
Ce physicien fit passer une étincelle à travers un cylindre de cristal rempli en partie de teinture de totirnesol et en partie d'air atmosphérique , et il observa que la couleur de cette teinture se changea en rouge, et que l'air, quoique sain auparavant , était devenu délétère.
Dans cette expérience le tournesol a pris de l'oxigène et l'air de l'ignigène. Cet oxigène a été fourni par le fluide électrique à la teinture de tournesol qui a abandonné de son ignigène dont la molécule aérienne s'est emparée en lâchant une portion de son oxigène qui, devenu libre , s'est porté sur les molécules électriques pour reformer leur atmosphère. D'après ces deux expériences qui pourront servir à en expliquer beaucoup d'autres, on voit que le fluide électrique se dessaisit partiellement et momentanément tantôt de l'oxigène et tantôt de l'ignigène.
Mais d'où vient que l'oxigène et même l'acide d'un sel se rend au pôle positif, et l'ignigène ainsi
DES PUYSICIKNS MODERNES. 869
que le métal et l'alcali au pôle négatif? Ce que j'ai dit ailleurs des phénomènes électriques doit avoir déjà donné la solution de celui ci.
En effet , j'ai fait voir que les substances électrisées se repoussaient mutuellement lorsqu'elles avaient réleclriciié positive , et que celles qui l'avaient négative attiraient les premières ou en étaient attirées. Or , les métaux , les alcalis et l'ignigène sont ordinairement dans le premier cas , et les acides ainsi que l'oxigène dans le second. Donc quand la pile voltaïque est eu activité , les acides et l'oxigène doivent se rendre au pôle positif; et les alcalis, l'ignigène et les substances métalliques au pôle négatif.
Si l'on attache un fil de fer très-fin à l'extrémité de l'un des fils de laiton ou de platine adaptés aux pôles d'une très-forte batterie qu'on met ensuite en action , ce fil de fer , selon que l'a observé M. Thenard, tom. I , p. i39 , brûle rapidement dans l'air ou dans le gaz oxigène, et rougit seulement dans le gaz azote. Dans ce cas l'ignigène du fluide électrique se portant sur le fil de fer dont la masse est très-petite relativement à l'affluence de ce fluide, suffit pour étendre l'atmosphère de ses ferrugineuses et de ses lumineuses; et par conséquent pour disposer les premières à la décomposition , si elles trouvent l'oxigène dont elles ont alors besoin; au lieu que si cet oxigène leur manque ou qu'il ne soit qu'en très- petite quantité et adhérant fortement à ses bases, comme dans le gaz azote, le métal ne pourra que s'échauffer et rougir, et non brûler. Enfin un fil d'or, placé dans l'air, s'oxide et se réduit en une poussière violette quand on y fait passer au travers une forte décharge électrique; parce que le fluide électrique agrandit l'atmosphère des bases de ce fil aux dépens de son propre ignigèue ; ce qui les
SjO ERREURS I>JÉV0ILÉE9
met dans le cas de pouvoir se décomposer et de prendre l'oxigène aux molécules aériennes en s'oxidant.
C'est encore par un semblable mécanisme qu'une lame d'or s'inscruste entre deux verres en recevant la décharge d'une forte batterie électrique , avec cette différence que l'oxigène , qui oxide la feuille d'or, n'est pas fourni par l'air, mais par les molécules du verre ; car celles-ci ont une atmosphère mixte dont les principes ne sont pas toujours entièrement fixes. Le fluide électrique a cédé l'ignigène à la base du verre qui a abandonné à l'or de son oxigène; et l'ignigène dont l'or s'est dessaisi , dans ce cas , s'est porté sur les lumineuses électriques pour leur restituer celui que les molécules du verre leur avaient enlevé.
Cet ignigène libre, dont nous parlons, enflamme la poudre à canon et l'alcohol , quand l'étincelle électrique s'élance ou éclate au milieu d'eux; ce qui n'aurait plus lieu si le fluide électrique suivait Tin conducteur non - interrompu , parce qu'alors il n'y aurait point de dégagement d'ignigène , supposé que le conducteur fût d'une grosseur suffisante.
Réfraction.
La réfraction n'est point , comme le dit M. Thenard, tom. I, p. iiS , un effet de l'attraction, à distance , de la lumière pour les corps. C'est là proprement l'opinion de Newton que les chimistes et les physiciens ont adoptée , sans autre examen , sur la foi du savant Anglais. Voyez ci-devant mon article Réfraction.
DES PHYSICIENS MODERNES. 3'Jl
Métaux , Hydrogène , et Eau. — Fait chimique que selon nos chimistes on ne peut expliquer que difficilement dans la décomposition de l'Eau , etc.
OiV trouve dans cent endroits du Traité de CJiimie àe M.Thenard , que l'eau nommée actuellement oxide d'hydrogène est un véritable composé , mais que le gaz hydrogène , les métaux et quelques autres substances sont des corps simples. Ce n'est pas seulement cet auteur, mais tous les chimistes modernes qui , s'étant copiés les uns les autres , affirment positivement que ces opinions sont des vérités incontestables ; et ils traiteraient d'ignorans et d'idiots ceux qui refuseraient d'adhérer à leur sentiment. Cependant tout ce qu'on a déjà vu dans le cours de cet ouvrage prouve évidemment que ces opinions admises et soutenues par ces savans, sont autant d'erreurs manifestes.
Hé quoi! dfront nos chimistes, n'avons-nous pas décomposé l'eau en deux principes par le moyen de la chaleur et du fer ou de quelque autre métal ? N'avons-nous pas montré que ce liquide abandonnant son oxigène au métal , le changeait en oxide , tandis que son hydrogène ou principe inflammable s'échappait à l'état de gaz ? N'avons-nous pas reformé de l'eau en unissant cet hydrogène à l'oxigène ? L'analyse et la synthèse ont donc prouvé que nous avons dit vrai.
Toutes ces expériences qu'on cite sont fort belles et font preuve d'un génie artiste et inventif , mais les conséquences qu'on en tire sont tout-à-fait erronées, parce qu'on n'a pas considéré sous toutes leurs faces les phénomènes invoqués; qu'on n'a pas plus tenu compte de l'ignigène ou
du calorique dégagé dans la réforraalion de l'eau, que s'il u'existait pas ; enfin qu'on n'a pas cherché à se rendre raison d'un fait observé inopinément dans le cours des travaux chimiques , et qu'on aurait dû pouvoir expliquer suivant les principes admis et préconisés. Or, voici ce fait tel que le rapporte M. Thenard dans son Traité de Chimie , tom. II, à la note de la page 349-
Texte, v Tous les oxides de fer ont la propriété » d'être décomposés par le gaz hydrogène, depuis » le rouge naissant jusqu'à la température la plus » élevée. Il semble d'après cela , qu'à ces divers » degrés de chaleur, le fer ne devrait point dé- )^ composer l'eau. Cependant l'expérience a prouvé * » le contraire à M. Gay-Lussac. C'est un fait qui )i ne s'explique que difficilement. »
OBSERVATION. M. Thenard a bien raison de dire qu'on n'explique ce fait que difficilement , mais dans les hypothèses préconisées ; et on peut ajouter qu'on ne l'expliquera jamais , tant qu'on s'obstinera à regarder l'eau comme composée d'oxigène et d'hydrogène, et les métaux ainsi que le gaz hydrogène , comme des corps simples , n'ayant absolument qu'une base ou le radical. En effet , si l'eau est un composé d'hydrogène et d'oxigène , que le fer à de certains degrés de chaleur sépjiràt l'un de l'autre en s'oxidant luimême, ces divers degrés de chaleur devraient toujours empêcher ces deux principes de se joindre pour revenir à l'état liquide; et par une conséquence naturelle, ou les oxides de fer ne devraient point être décomposés par le gaz hydrogène, ou le fer ne devrait point décomposer l'eau. Mais ce n'est plus de même quand l'eau n'est composée que d'une base avec une atmosphère oxigène , et que le fer a aussi, outre sa base, une atmosphère ignigène : car alors met on cette eau
en contact avec le fer à un certain degré de chaleur, celui-ci troque une partie plus ou moins grande de son atmosphère contre celle de ce liquide. Cette eau est devenue par-là gaz hydrogène ; mais la remet-on en contact avec l'oxide de fer à une température élevée qui les force encore à faire un nouveau troc , ces deux corps feront encore échange de leurs particules atmosphériques , et reprendront leur premier état. L'on voit donc qu'afin que le fer change l'eau en gaz inflammable , il faut qu'il ait lui-même l'ignigène , principe inflammable ; et qu'enfin devenu oxide, il reprenne l'ignigène à ce gaz pour reparaître sous la forme métallique, tandis qu'il restitue à ses bases l'oxigène qu'il leur avait enlevé. C'est ainsi que l'on reconnaît que le fer et tous les autres métaux ne sont pas des substances absolument simples comme on le prétend , et que la base de l'eau ou la molécule aqueuse , est contenue tout autant dans le gaz hydrogène, que la base du métal dans son oxide. (i)
Tous les métaux n'ont pas la même tendance à échanger plus ou moins de leurs particules
(i) Nota. Que les chimistes réfléchissent mûrement sur cette expérience de M. Gay-Lussac, et ils ne diront plus que l'eau est un composé d'oxigène et d'hydrogène. Car enfin a-t- on jamais pu changer en gaz hydrogène leau renfermée seule dans un vase non jnétallique ? Nullement; il faut qu'elle y soif avec du fer ou autre matière analogue. Mais soutiendrait-on que ce fer n'a point d'ignigène ou de principe inflammable? On ne le pourrait pas , puisque le fer brûle étant allumé dans un bocal rempli de gaz oxigéne. Or, une substance peut-elle brûler sans avoir le principe inflammable ou l'ignigène? Assurément non. Donc le fer en prenant l'oxigène à l'eau lui a cédé de son principe inflammable qu'elle abandonnera quand on lui restituera son principe naturel ou l'oxigène. Certes dans tous ces cas peut- on voir autre chose que de mutuels échanges de la matière atmosphérique qui dans le temps présent enveloppe les bases ?
ignigènes contre l'oxigène de divers corps. Celte tendance varie selon les différentes substances métalliques.
Les chimistes en avançant que l'eau était composée d'oxigéne et d'un principe inflammable , sans autre base , ont cru rendre leur opinion triomphante en faisant voir que dans leurs expériences , le poids du gaz hydrogène recueilli, et de l'oxigène fixé dans le fer égalait celui de l'eau décomposée ; et que l'eau produite dans la combustion du gaz hydrogène , était égale au poids de l'oxigène et de l'hydrogène consumés. Je n'attaque point ces faits, mais les conséquences qu'on en a tirées , et qui ne sont pas exactes. Car ne devait-on pas avoir égard à l'ignigéne qui s'accumulait autour des aqueuses et des ferrugineuses fortement échauffées , lorsqu'on voulait décomposer l'eau , et que ces aqueuses , en s'élevant à l'état de gaz , emportaient avec une partie de celui qui formait proprement l'atmosphère des molécules métalHques? Ne devait-on pas de même tenir compte du calorique qui s'échappait , lorsqu'on voulait recomposer l'eau , en brûlant le gaz hydrogène par le gaz oxigène ? Donc , dans ces expériences on n'a pas calculé tous les élémens employés; et si dans la combustion du gaz hydrogène, par exemple , le poids de l'eau recueillie égale celui des deux gaz consumés, quoiqu'il y ait une grande perte de calorique ; c'est qu'à cause de la dilatation de ces gaz, les parties vides existantes nécessairement entre des molécules arrondies réunies, telles que le sont les opaques et les lumineuses avec leurs atmosphères , doivent être beaucoup plus grandes dans ces mêmes gaz, que dans l'eau et tout autre liquide où ces atmosphères sont plus pressées les unes contre les autres. Ainsi ces vides qui , dans les gaz oxigène et hydrogène
diminuent leur pesanteur absolue , compensent abondamment la perte de l'ignigène de ce dernier , lorsque , en brûlant , il se réduit et se condense en eau. Or, c'est ce qui a trompé les chimistes qui cependant , en voyant que dans cette combustion il se perdait une grande quantité de calorique, auraient dû se douter que le principe inflammable n'était pas essentiel à la nature de l'eau puisqu'elle l'abandonnait.
Qu'on n'aille pas m'objecter que ce calorique dégagé provient seulement de celui qui s'était placé entre les molécules constituantes des deux gaz hydrogène et oxigène , pour les écarter et les faire passer à l'état gazeux ; car j'ai déjà prouvé que ce calorique ne saurait écarter les bases d'un gaz qu'autant que celles-ci ont une atmosphère quelconque beaucoup plus étendue que dans l'état solide ou liquide. Donc point de gaz si les opaques n'ont cette plus grande atmosphère ; et point aussi de combustion , si de deux corps en contact, l'un n'a l'ignigène pour l'atmosphère de ses bases, et l'autre l'oxigène. Or, c'est cet ignigène qui se dégage lors de l'ignition du gaz hydrogène.
Il est bien vrai cependant que le degré de chaleur résultant de cette ignition est élevé par l'ignigène formant aussi l'atmosphère des molécules de lumière qui sont dans les pores des deux gaz , et qu'elles abandonnent en très-grande partie quand ceux-ci passent à l'état solide ou liquide. Mais toujours est-il vrai qu'il n'y a point de combustion si les opaques n'ont une atmosphère ignigénée et tenant peu aux bases. De même les bases ne peuvent exister sans de particules atmosphériques. Ainsi l'on voit que les chimistes n'ont émis leur fausse hypothèse de la composition de l'eau , que parce qu'ils n'ont pas su dé-
couvrir ni le vrai mécanisme de la combustion , ni l'existence des atmosphères de toutes les molécules-bases des matières.
Enfin le gaz hydrogène n'est pas le seul qui brûle avec le gaz oxigène ; mais c'est l'unique qui, dans sa combustion , donne de l'eau , rien que de l'eau ; parce que c'est le seul qui ait pour bases les molécules aqueuses : phénomène sur lequel on aurait dû réfléchir, et qu'on aurait dû comparer avec celui que nous présente la combustion du gaz oxide de carbone.
La base aqueuse est donc le radical du gaz hydrogène. D'après cela ne doit on pas trouver étrange qu'on ait donné à l'eau le nom de son dérivé en l'appelant oxide d'hydrogène ? Ainsi dans la chimie moderne le tout prend le nom de la partie. Sublime effort de génie d'un siècle des lumières ! Siècle très riche , si l'on veut , en expériences chimiques et physiques, mais aussi, bien fécond en raisonnemens absurdes.
ISota. Le résultat de cet article doit être qu'il n'y a absolument de corps simple que le gaz oxigène , parce que sa base et l'atmosphère de celle-ci sont de la même espèce; que tous les autres corps ont une base particulière, environnée de particules atmosphériques , ou tout ignigènes comme dans les métaux et le gaz hydrogène , ou tout oxigènes comme dans l'eau; ou enfin plus ou moins mélangée de ces deux principes atmosphériques dans les autres divers corps solides, liquides ou gazeux du globe terrestre.
Encore un mot sur le calorique. — Opinion erronée de MM. Dulong et Petit.
Abandonnez le calorique latent comme une hypothèse inutile, nous ont dit deux physicienschimistes ; retranchez le calorique des parties
matérielles des corps , nous crient à leur tour deux autres chimistes-physiciens. Beaux préceptes qui , s'ils pouvaient être suivis dans toutes leurs conséquences , laisseraient l'univers sans chaleur ni lumière , et aussi aride et plus pulvérulent qu'un monceau de sable , où tout demeurerait dans un engourdissement total !
Mais pourquoi refuse -t- on le calorique aux parties propres des corps , c'est-à-dire aux opaques ? M. Thenard va nous l'apprendre, Tom. I, p. 192. C'est parce qu'il est trop invraisemblable, selon MM. Dulong et Petit, de supposer» que la cha- » leur o« Vignigène existe dans les corps sous deux » états trés-différens ; et que celle qu'on regarde » comme unie aux parties matérielles, soit euiiè- » rement indépendante des chaleurs spécifiques, » puisque , assez souvent , les composés ont autant » de capacité pour le calorique que leurs princi- » pes constituans. »
Mais en vérité qu'est-ce que cela peut faire au calorique que possèdent les parties opaques des corps indépendamment de celui qui réside dans leurs pores , uni aux molécules de lumière ? Si les molécules d'un composé sont d'égale dimension, les vides qui existeront entre elles, pourront être semblables à ceux des molécules des corps simples qui le composent. Donc le calorique émis y trouvera pour se loger, le même espace que dans ces derniers. Donc aussi la capacité de ce composé pour le calorique devra y être égale , quoique les opaques aient de l'ignigène ou du calorique à leur atmosphère.
Ne semble-t-il pas que ces divers chimistes aient voulu , par le seul tact , se convaincre de l'existence du calorique ; et que n'ayant point trouvé de chaleur libre en maniant un métal , ou en plongeant leur main, soit dans un gaz, soit dans
un liquide non minéral, ils ont pensé, en réfléchissant chacun à sa manière , quoique dans un sens opposé , que le calorique n'existait point là où ils auraient cru devoir le palper , pour ainsi dire ? Ce que nous venons de remarquer dans l'article précédent touchant les atmosphères des opaques et des lumineuses des corps, nous prouve, contre le sentiment de ces chimistes, que le calorique ou l'ignigène existe réellement sous deux états différens dans un grand nombre de substances , et surtout dans celles qui sont combustibles. Enfin ces Messieurs pensent qu'il est probable que la majeure partie de la chaleur qui se développe, lors de la combinaison des corps, est due à l'électricité; opinion que semble partager M. Thenard f i ) , mais qui n'est pas moins fausse. Nous ne nous arrêterons point sur l'épithète de matérielles données à certaines parties des corps inorganiques. S'imaginerait-on qu'il y en a aussi d'immatérielles ? Ce serait certes quelque chose de fort singulier que cette immatérialité existât dans les substances brutes , lorsque nos prétendus esprits forts ne croient voir dans l'homme que des parties matérielles.
De la Flamme. Fausse opinion de M. Davy.
M. Thenard nous apprend, Tom. I, pag. 198, que M. Davy prétend que la flamme est une matière gazeuse chauffée au point d'être lumineuse. M. Davy se trompe, la flamme n'est point un gaz; c'est la réunion momentanée des molécules de lumière qui occupent les pores des corps. Mais comment a-t-elle lieu cette réunion? Le voici.
J'ai dit ailleurs que ces molécules de lumière , dans leur état naturel , se repoussaient muluelle-
(i) Voyez Traité de Chimie , Tome I. p. 193.
ment jusqu'à un certain point , parce que leurs petites atmosphères ignigènes, tendaient à se conserver dans presque toute leur expansibilité; mais que lorsque , par la décomposition des corps ou par quelque autre moyen, il affluait, sur ces atmosphères, de nouvel ignigène en plus grande quantité que ne comportait la grandeur des pores où elles se trouvaient , elles semblaient changer de nature en cessant de se repousser ; et se mêlant à la manière de celles des opaques d'une même espèce , elles étaient cause que ces molécules de lumière se réunissaient plusieurs ensemble pour former un globule , dont une de ces mêmes molécules formait le noyau, et dont la splendeur était d'autant plus vive que sa figure sphérique était plus parfaite. Quand ce noyau n'occupe pas précisément le centre , ou plutôt quand le centre de toutes ces lumineuses agglomérées ne correspond pas en droite ligne au point central de ce noyau , la flamme ne saurait briller de cet éclat de blancheur qui la rend étincelante ; mais suivant que ce globule est plus ou moins régulier , elle devient rose et rouge , et prend ies autres couleurs du prisme jusqu'au violet où cette agglomération est plus imparfaite.
Or cette régularité plus ou moins parfaite du globule lumineux dépend de ce que dans un instant donné il se dégage de la substance qui brûle, plus ou moins d'ignigène, dont une partie, s'accumulant rapidement autour des lumineuses , les réunit comme je viens de le dire , et leur compose-une atmosphère commune qui est aussi plus ou moins grande et plus ou moins adhérente au groupe lumineur.
On conçoit bien que de deux substances qui laisseront dégager leur ignigène avec une égale rapidité, celle qui sera dense donnera une flamme
plus vive que celle qui serait rare comme les gaz ; parce que dans le premier cas il y aura dans un même espace plus de ces groupes illuminés ; et c'est ainsi qu'en brûlant du gaz hydrogène dans le gaz oxigène , on n'obtient, selon M. Thenard, Tom. I, pag. J94 5 qu'une faible lumière; tandis que celle qui provient de la combustion du phosphore dans le même gaz est si vive, comme l'observe aussi le même chimiste, six lignes après.
Mais si la substance n'abandonnait que trèspartiellement son ignigêne , comme le soufre , par exemple , quoiqu'il s'allume facilement , la lumière qu'on obtiendrait différerait de celle du phosphore non-seulement en clarté, mais en couleur ; parce que cet ignigêne peu abondant ne serait pas suffisant pour donner à la fois aux lumineuses la quantité de particules atmosphériques qui leur serait nécessaire pour composer , plusieurs ensemble, des globules réguliers.
La flamme qui vient d'être formée serait permanente, si cet ignigêne, qui est accumulé autour de ses globules , demeurait fixe ; mais cela n'est pas ainsi; car les atmosphères de toutes les lumineuses tendant à l'équilibre, celles du fluide ambiant enlèvent promptement , à celles de la flamme , Fignigène qu'elles ont en excès , et se le distribuent uniformément. De là cette rapide désunion des globules illuminés, dont les molécules reprennent leur élasticité naturelle , et cessent d'être visibles , en se séparant : et si quelques flammes s'élèvent très-haut, comme dans un incendie, c'est que la quantité d'ignigène , qpi accompagne les globules illuminés, les dérobe quelque temps à l'action attractive des lummeuses extérieures.
C'est à cette dernière cause qu'est due , à ce que je crois , la facilité qu'a la flamme du gaz hy-
DES PHYSICIENS 3rODERXES. 38 1
drogène de passer au travers d'une toile métallique qui interceptera celle de plusieurs autres substances. Car l'aqueuse de ce gaz ayant une atmosphère beaucoup plus étendue que celle des opaques de tous les corps combustibles , l'ignigéne , qui compose cette atmosphère, fournit abondamment en se décomposant , ce principe atmosphérique aux lumineuses de la flamme, et les empêche de se désunir sitôt , en passant au travers de la toile, tandis que cela n'a plus lieu avec les autres substances combustibles dont les opaques , ayant moins de particules ignigenes , ne peuvent en fournir autant à leurs lumineuses que le gaz hydrogène.
Cette vaste atmosphère qu'a l'opaque du gaz hydrogène bien pur , produit un autre effet qui paraît singulier ; c'est qu'il peut brûler dans une atmosphère raréfiée qui éteindra la flamme d'un autre corps.
Effectivement , M. Thenard nous dit , Tom. I, pag. 197 , que « du gaz hydrogène qui se déga- )i geait lentement d'une fiole surmontée d'un tube w de verre, ayant été allumé à l'orifice élroit de )) ce tube, et l'appareil ayant été introduit sous le » récipient d'une machine pneumatique qui con- )) tenait 200 à 3oo pouces cubes d'air , l'on vit la » flamme dont la hauteur était d'un sixième de » pouce s'élargir d'abord à mesure que l'on fai- » sait le vide , puis diminuer, et enfin disparaître » lorsque la pression devint sept à huit fois plus » petite, ou que l'air fut sept à huit fois plus rare » qu'il n'était primitivement. »
Suivant M. Thenard, cette extinction proviendrait de ce que dans une atmosphère trop raréfiée il ne se produit pas assez de chaleur pour entretenir la combustion ; mais ce n'est pas là précisément la véritable cause. C'est que cette combus-
tion cesse nécessairement quand les molécules opaques du corps qui brûle ne peuvent plus échanger leur ignigène contre l'oxigène de l'air ; et c'est ce qui a lieu lorsque, par une trop grande raréfaction , leurs atmosphères réciproques sont arrivées au point où elles ne peuvent plus se toucher que faiblement. Or comme l'atmosphère des molécules du gaz hydrogène pur est beaucoup plus étendue que celle des autres substances combustibles , il est évident que ce gaz pourra être raréfié plusieurs fois avant que les atmosphères des opaques du gaz hydrogène cessent d'être tangentes de celles des aériennes. Donc aussi jusqu'à ce terme , l'échange des particules atmosphériques réciproques pourra avoir lieu et par conséquent l'ignition continuer.
Enfin c'est à cette raréfaction successive qu'il faut attribuer, comme on doit s'en douter, l'élargissement de la flamme du gaz hydrogène à mesure que l'on pompe l'air du récipient ; car alors les opaques et les lumineuses de cette flamme, moins gênées doivent nécessairement occuper plus d'espace et lui donner plus d'ampleur.
« L'expansion par la chaleur, loin de diminuer » la combustibilité des gaz, les rend, au contraire, » capables de faire explosion ou de s'enflammer » à une température plus basse, » suivant M. Thenard , Tora. I, pag. 199. Cet auteur n'en donne pas la véritable raison qui est celle-ci. En dilatant les gaz combustibles renfermés dans un vaisseau qui les empêche de parvenir à leur plus grande dilatation , la chaleur n'agrandit pas seulement l'atmosphère de leurs lumineuses, mais encore celle de leurs opaques , par l'addition de nouvel ignigène qui s'y concentre. Or, j'ai fait voir dans le cours de cet ouvrage, que plus les atmosphères des opaques , surtout celles des gaz , avaient d'é-
tendue , moins elles tenaient à leurs bases , et plus elles étaient susceptibles de se décomposer et par conséquent de s'enflammer et même de faire explosion, si cela appartenait à leur nature.
Un mélange de gaz hydrogène et de gaz oxigène s'enflamme par l'étincelle électrique ; une compression très-rapide fait le même effet , comme M. Biot l'a observé le premier.
En effet lorsqu'on condense un gaz, on rétrécit les pores qu'occupent les molécules de lumière. Celles-ci ne pouvant alors conserver toutes leurs particules atmosphériques ignigènes , sont obligées d'en abandonner une partie. Si la pression est lente , le calorique ou l'ignigène qui forme l'atmosphère des lumineuses des deux gaz , s'échappera peu à peu dans l'air ambiant et ne produira aucune combustion ; mais si cette pression est forte et rapide , cet écoulement de calorique ne pouvant avoir lieu tout à la fois , au même instant , les particules de celui-ci se portent en partie sur les aqueuses bases du gaz hydrogène, et, amplifiant leur atmosphère, les obligent à troquer leur ignigène contre l'oxigène de l'autre gaz qui disparaît ; tandis que l'ignigène dégagé de l'hydrogène , se précipitant sur les lumineuses , agrandit de même leur atmosphère et les contraint ainsi à se réunir plusieurs ensemble pour former la flamme ou l'état lumineux , comme je l'ai déjà dit.
Carbone.
Les chimistes modernes , donnant le nom de carbone au charbon pur , le mettent au rang des corps simples ; et M. Thenard partage leur opinion. Mais nous avons vu qu'à l'exception du gaz oxigène , il n'y a aucun corps simple ; puisque tous ont leurs molécules-bases enveloppées d'une
atmosphère dont les particules sont d'une autre espèce que ces molécules. Mais de quelle espèce sera l'atmosphère du carbone ? Sera-t-elle de la même matière que le calorique ou l'ignigëne ? Non , suivant ces chimistes ; car ils pensent que le calorique impondérable n'existe pas comme substance. Cependant s'ils eussent réfléchi attentivement sur les phénomènes, n'auraient-ils pas pu reconnaître que la matière propre du carbone ou celle qui se manifeste dans sa combustion , était identique avec celle du calorique que donnent tous les autres corps combustibles en brûlant. En effet , par la combustion dans le gaz oxigène , le carbone émet de la chaleur , comme le gaz hydrogène , le fil de fer , etc. ; auxquels nous avons reconnu une atmosphère ignigène; et enfin i! désoxide les oxides métalliques : ce qu'il ne pourrait faire sans avoir la même enveloppe atmosphérique que le métal ou l'oxide réduit. S'il ne brûle pas quand on le manie, c'est que, comme tous les autres corps, il ne fait sentir sa vertu calorifique qu'autant que son ignigène est mis en liberté , et non quand il est condensé autour d'une base.
Lorsque le carbone brûle dans l'air ou le gaz oxigène , ses bases abandonnent une grande partie de leurs particules ignigènes , et les remplacent par les oxigènes que leur fournissent l'un ou l'autre de ces deux gaz. Alors le carbone se gazéifie en se changeant en acide carbonique non combustible. Si perdant moins d'ignigène , et prenant aussi moins d'oxigène , il se trouve avoir un excès de ce premier principe atmosphérique , on aura ce qu'on appelle gaz oxide de carbone qui brûlera avec lumière ; parce qu'il pourra échanger , contre de l'oxigène , cet ignigène excédant qui, se portant sur les lumineuses
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les plus ptoches , ou plutôt sur celles qui sont dans les pores de ce gaz oxide qui brûle , en élèvera la température et les fera devenir visibles en les excitant à se réunir , comme nous l'avons dit ; et ce dernier gaz redeviendra acide carbonique. On voit donc que dès que l'ignigène s'échappe en assez grande quantité, il y a chaleur et lumière , quoiqu'il ne soit pas toujours nécessaire que les bases se dépouillent de toute leur atmosphère comme celle du gaz hydrogène. Enfin. puisque l'ignigène qui forme la plus grande masse du carbone , se change en calorique , celui-ci n'est pas un simple mouvement , ainsi que le pensent certains chimistes ; mais une vraie substance qui ne produit son effet qu'en devenant libre.
De Vair atmosphérique et du gaz azote.
Les chimistes ne s'accordent point sur la quantité d'oxigène que contient l'air atmosphérique. D'après ses expériences , Lavoisier le croyait composé de 27 à 28 parties d'oxigène sur loo. Schéele y en admettait davantage , et M. Thenard , ainsi que les chimistes de nos jours pensent qu'il n'est formé que de 21 d'oxigène et 79 d'azote.
La différence assez grande entre ces quantités trouvées d'oxigène peut faire naître quelque doute sur l'infaillibilité des moyens employés pour parvenir à ces résultats. Nos chimistes soutiendront qu'ils ont opéré avec plus de précision que leurs prédécesseurs; cela est tout naturel : mais les uns et les autres pourraient-ils s'être flattés d'avoir dégagé , dans leurs expériences , tout l'oxigène que l'air peut contenir? Les matières décomposantes peuvent bien avoir enlevé ar , 27 ou 28 parties d'oxigène , mais si leur force absorbante ne va pas au-delà , le résidu de l'air ou l'azote ,
quoique conservant encore beaucoup de ce principe atmosphérique, sera pour nous, comme s'il en était totalement dépourvu.
Les chimistes qui sont venus après Lavoisier ont considéré avec lui le gaz azote comme un corps simple, et l'air comme un composé; mais si les petites atmosphères qui environnent chaque base devaient faire perdre à une substance la première de ces qualités , ces deux gaz seront chacun un composé ternaire, et nonbinaire comme on le dit de l'air ; parce qu'il y a dans l'un et dans l'autre la base aérienne avec une atmosphère mixte ou formée d'oxigéne et d'ignigèue, quoique dans des proportions qui ne sont pas les mêmes.
Cette atmosphère mixte se trouve aussi dans le gaz acide carbonique, par exemple. En vain voudrait-on dépouiller celui-ci de tout son oxigène , il en conserverait toujours une partie. De même l'air ne pourra se dessaisir que d'une quantité déterminée d'oxigéne remplacé aussitôt par une partie de l'ignigène qui afflue de la substance combustible pour se placer parmi les particules oxigènes atmosphériques que conservent encore les molécules-bases de cet air.
D'après ce que je viens de dire , on voit que dans le gaz azote il y a plus d'iguigène , mais moins d'oxigéne que dans l'air; et cet oxigène qu'a retenu l'azote produit les divers acides qu'on a observés dans certains mélanges où il entre comme élément.
L'air atmosphérique ne se comporte point comme le gaz oxigène dans l'acte de la respiration et de la combustion ordinaire ; car tandis que ce dernier gaz se décompose rapidement, parce que son atmosphère tient peu à sa base, l'oxigène de l'air, adhérant davantage à la sienne, exige plus d'effort pour l'en séparer; et de cette manière
DES PHYSICIKNS MODERTCFS. 387
son action énergique se trouve tempérée, ce qui est pour nous un grand avantage , lorsque nous respirons.
Quoique dans son état naturel la base aérienne ait abandonné de l'oxigène , elle en peut cependant recouvrer davantage par certaines manipulations , comme dans le protoxide d'azote; mais dans ce cas elle aura perdu à proportion de son ignigèue, qui sera alors moins abondant que dans l'air proprement dit.
L'union de l'oxigène et de l'ignigène autour des molécules aériennes donne lieu à bien d'autres combinaisons du gaz azote, où l'oxigène prédominera encore ; et tant que les bases de ce gaz auront une enveloppe étendue , ces combinaisons seront dans l'état de fluide élastique , comme dans le peroxide d'azote. Mais , dira-t-on , l'acide nitrique n'a-t-il pas plus d'oxigène que les gaz dont il vient d'être fait mention ? Pourquoi donc n'est-il pas comme eux fluide élastique ? Oui , il a plus d'oxigène , mais aussi il a moins d ignigène ; et si par divers procédés on lui rend cet ignigène dont il avait été dépouillé en partie , il reprendra son état de fluide élastique. C'est ainsi qu'en traitant un métal par l'acide nitrique, une partie de cet acide est changée en gaz azote , ou en gaz oxide d'azote ; parce que le métal lui cède alors une partie de l'ignigène qu'il possède , tandis qu'il lui enlève une grande partie de son oxigène : et d'ailleurs les bases, ayant, suivant les combinaisons , plus ou moins d'attraction pour les particules atmosphériques , cela les dispose à être moins ou plus fluides , c'est-à-dire à céder moins ou plus facilement à l'action répulsive des molécules de lumière qui sont dans leurs pores.
Veut-on que je cite un autre exemple du changement d'état qui a lieu par le troc des atmo-
sphères ? Le voici. Lorsque par le moyen d'un verre ardent on chauffe au rouge le charbon dans le peroxide d'azote , il se produit un demi-volume d'azote et un demi-volume d'acide carbonique. Qu'arrive-t-il dans ce cas? La base du charbon excitée par la chaleur s'empare d'une partie de l'oxigène du peroxide, et lui cède une portion de son ignigène. Par ce moyen, l'un devient gaz carbonique, et l'autre gaz azote, ayant chacun les deux principes atmosphériques, mais dans des proportions différentes.
Il est singulier que M. Thenard et les autres chimistes parlent toujours de la fixation de l'oxigène dans les métaux, et qu'ils ne fassent nulle mention de l'ignigène que ceux-ci abandonnent; omission si importante qu'elle a été pour ces chimistes la cause d'une foule d'erreurs.
Nota. Je ne crois pas qu'on pense que l'acide nitrique, quoique très-oxigéné , ne contient point d'ignigène ; puisque en le mêlant avec de l'eau , il s'en dégage beaucoup de chaleur, qui n'est autre chose que l'effet produit par l'ignigène mis en liberté , et que remplace l'oxigène de l'eau.
Le Chlore.
Les auteurs de la nouvelle nomenclature chimique donnèrent à cette substance gazeuse le nom d'acide muriatique oxigéné, ce qui indiquait que c'était une matière dont l'oxigène faisait partie. Mais MM. Thenard et Gay-Lussac crurent tirer de leurs expériences cette conséquence , qu'ils appellent importante, que cet acide pouvait être considéré comme corps simple : hypothèse que presque tous les chimistes préfèrent maintenant à l'ancienne, suivant M. Thenard. (i) Mais si celte
(i) Tome I, page 253.
DES PHYSICIENS MODERNES. SSq
opinion scientifique est évidemment fausse, cet assentiment presque général pourrait-il lui appliquer le sceau du vrai ? Non certainement. Que peuvent-ils entendre , ces chimistes , par corps simple ? Une substance réduite à ses propres bases , c'est-à-dire n'ayant que le même principe ou la même sorte de matière ? Mais toute base n'existe point sans son atmosphère. Je l'ai démontré. D'ailleurs si le chlore était dépourvu de particules atmosphériques, il ne pourrait paraître sous la forme de gaz, et il serait plus pulvérulent qu'un amas de poussière. Il faut donc que ses bases aient une atmosphère pour devenir fluide élastique. Mais enfin de quelle nature sera cette atmosphère? Toute ignigène, ou toute oxigène ? Non, elle sera mixte et formera une espèce de composé ternaire comme le gaz azote. On voit bien que MM. Thenard et Gay-Lussac n'ont jamais soupçonné cette composition du chlore , lorsqu'ils l'appellent corps simple ; c'est-à-dire formé d'un seul principe. Mais s'ils ont pu méconnaître dans cette substance l'ignigène ou le calorique , parce que , selon M. Thenard , sa qualité d'être impon^ dérable rend douteuse son existence aux yeux des chimistes(i) ; comment n'y ont-ils pas aperçu l'oxigène , lorsque les phénomènes l'indiquaient d'une manière évidente ? Ils n'y ont admis cet oxigène que dans ce qu'ils appellent protoxide et peroxide ; ce qui est une grande erreur.
Les phénomènes qui indiquent la présence de l'oxigène dans le chlore sont nombreux , et M. Thenard, sans le vouloir, va nous l'apprendre lui-même.
D'abord le chlore a une saveur et une odeur fortes, ce qui annonce toujours que l'atmosphère
(i) Tome I, page 35.
SqO TiRREURS DÉVOILÉES
des bases est mixte; il n'éteint pas tout-à-coup , comme d'autres gaz , la flamme des bougies qu'on y plonge (i) , d'où l'on peut conclure qu'il a de l'oxigéne , et qu'il en peut aba*ndonner quelques parcelles dans certaines circonstances; mais avançons.
Dissous dans l'eau et placé dans le courant du fluide de la pile voltaïque , le chlore se rend au pôle positif (2); ce qui n'est propre qu'aux substances qui possèdent un excès d'oxigène.
Si on expose à une chaleur rouge ou à l'action directe des rayons solaires , un mélange de chlore et d'hydrogène , il s'enflamme et détonne tout à coup (3) : mais si le mélange se fait à la température ordinaire dans un lieu parfaitement obscur, il n'y aura ni inflammation ni détonation; il en résultera seulement un nouveau gaz qui sera acide et qu'on appelle hydro-chlorique (4)- Or , l'hydrogène ne s'enflamme point et l'acide ne se forme point sans oxigéne. Donc celui ci se trouve dans le chlore , puisqu'il est certain que l'hydrogène ne le possède point.
Le chlore , quand on le respire , provoque la toux et cause un véritable rhume de cerveau (5). Un violent vent de nord ne produit-il pas le même effet par la présence de son oxigène ?
Le chlore décompose promptement au rouge obscur le gaz inflammable des marais (6); brûle rapidement le gaz hydrogène arséniqué (7); change les gaz hypo-phosphoreux et hypo-phosphorique en acide phosphorique (8) ; acidifie le gaz hydrogène bi-carboné et forme avec lui l'hydro-carbure fg); enflamme l'arsenic lorsqu'on le jette en poudre dans un flacon rempli de sa substance
(1) Tom. I, p 253. (4) Ihid. p. 267. (7) Ibid. p. 5o4.
(2) lùid. p. 25/,. (5) lùid. p. 264. (\S) II , p. 1 6g et i65. ;^3}/6.p.a56et257. (6) lùid. p. 441. (9)I,p- 4':J4.
DES PUYSICIEjNS MODERNES. SqI
gazeuse (i); de même le soufre en vive combustion continue de brûler avec flamme, lorsqu'au moyen d'une petite coupelle on le plonge dans un vase semblable (2) ; enfin le chlore met tout à coup en liberté, à la température ordinaire, l'iode des hydriodates neutres , ainsi que le font l'acide nitrique et l'acide sulfurique concentré (3) où domine 1 oxigène ; il charbonne certaines substances végétales et passe à l'état d'acide hydrochlorique(4); il désliydrogène en partie les huiles essentielles (5) ; enflamme l'éther (6) ; détruit les couleurs végétales et animales (7J ; fait passer à un état d'oxidation plus avancé les bases salines qui en sont susceptibles , et change les sels de protoxide d'étain , de fer, et de cuivre en sels de peroxide (8). Or , tous ces faits et bien d'autres cités par les chimistes , pourraient-ils avoir lieu sans le concours de l'oxigène? Certainement non. Donc le premier degré d'oxidation commence dans le chlore , et non dans son protoxide , comme ils le prétendent. Il ùnit raisonner de même à l'égard de l'azote, de l'iode, etc.
Le chlore ayant une atmosphère mixte doit se comporter différemment suivant les circonstances : tantôt il abandonnera une partie de son oxigène , comme cela a lieu dans les phénomènes dont nous venons de faire mention; et tantôt ce sera une partie de son ignigène qui se dégagera, quand ce gaz, en se chargeant d'une plus grande quantité d'oxigène , se changera en ces gaz qu'on désigne par le nom d'oxide; mais ensuite en reprenant î'ignigène abandonné , il redeviendra vrai chlore. En effet , c'est ce qui arrive lorsqu'on
(i)Tora.n[,p.^64. (4)Tom.IV,p.2. (7) //«^. p. 258. (ci)Toin. I,p.486. (5) 7è/^ p. 81 et 82. (8) Tom. III,p. Ao. (3)Tom.III,p.395. [ti] Ibid. ^. i4y.
3ç)2 ERREURS DÉVOILÉES
approche un fer rouge ou des charbons incandescens de Féprouvette qui contient ce qu'on nomme le chlore (i).
L'Iode.
M. Gay-Lusssac a prouvé le premier que l'iode avait une grande analogie avec le chlore (2) ; mais il n'a pas rencontré juste lorsqu'il a dit que ce corps pouvait être regardé comme simple. En effet, l'iode a, ainsi que le chlore, une atmosphère mixte , et l'oxigène , qui entre dans sa composition , ne pouvant se séparer de sa base dans les cas ordinaires , est pour les chimistes comme s'il n'y existait pas ; mais il fait bien connaître sa présence dans la combinaison acide qu'il forme avec l'hydrogène , désignée par le nom d'acide hydriodique (3).
Nota. Entre autres effets que produit l'iode, il déshydrogène en partie, comme le chlore, les huiles essentielles (^4)* Donc il a de l'oxigène.
Le Fluor.
Suivant M. Thenard , le fluor forme avec différens corps combustibles, de même que le chlore et Tiode , des genres d'acides , etc. (5) Mais si le fluor a tant d'analogie avec ces dernières substances , il doit avoir comme elles une atmosphère mixte , plus ou moins mélangée selon la nature de sa base ; car sans ce mélange point d'acide. C'est ce que je démontrerai bientôt plus amplement.
Nota. Puisque le chlore , Tiode , l'azote , le fluor ont l'oxigène , il s'ensuit que les combinaisons qu'ils formeront avec d'autres substances ,
(1) Tbenard , Tom. V , p. 14. (2) Tom. I , p. 2G5. (3)Tom. I,p. 266. (4) Tom. IV, p. 82. (5)Tora.I[,p.533.
DES PHYSICIENS MODERNES. SqS
auront aussi de Foxigène. Ainsi les chlorures, les iodures, les azotures , les fluures, etc., seront des composés à atmosphère mixte ; parce que dans leur union les différentes bases de ces composés confondent ensemble leurs particules atmosphériques.
Du changement des couleurs végétales par les acides et les alcalis.
Texte. « Les acides rougissent la couleur bleue » d'une substance appelée tournesol ; les alcalis » verdissent la couleur bleue de la violette, (r)
» Tous les acides ne contiennent pas de l'oxi- » gène , il en est quelques-uns qui sont formés » seulement de deux corps combustibles. (2) »
Observation. D'après celte dernière partie du texte , il est évident que M. Thenard et les chimistes ne connaissent point la vraie nature des acides et des alcalis ; et qu'ils ignorent absolument par quel mécanisme ces changemens de couleur arrivent.
En effet , se sont-ils jamais douté que l'ignigène ou la matière du calorique se trouve avec les bases des acides, comme avec les bases des alcalis ? Cependant les phénomènes les plus simples auraient dû le leur faire pressentir; puisque lorsqu'on mêle de Teau à de l'acide sulfurique, nitrique, etc. , il s'en dégage une grande quantité de chaleur. Dans l'acide, l'oxigène est prédominant; et dans l'alcali, c'est l'ignigène. Lorsque le tournesol est en contact avec un acide , celui-ci lui abandonne quelques particules de l'oxigène qui entre dans l'atmosphère de ses bases, et lui enlève tout autant de particules ignigènes. L'alcali , au contraire , cède à la teinture de violette de son
(i) Thenard, Tom. I. p. 14, (2) îhid. p.
ignlgène qu'il remplace par Toxigène de cette couleur végétale. Cela est si vrai « que Ton peut » faire reparaître par un alcali , ainsi que le dit » M. Thenard , Tom. IV , pag. 179, les couleurs » altérées par les acides, et par un acide les cou- » leurs altérées par les alcalis. » Qu'arrive-t-il donc dans ces derniers cas? L'alcali enlève à la matière colorée l'oxigène cédé par l'acide , et il lui restitue l'ignigène que celui-ci lui avait soustrait; et réciproquement à l'égard de l'acide succédant à l'alcali.
Ces changemens de couleur proviennent de ce que les particules d'oxigène ou d'ignigène fournies ou enlevées par un acide ou un alcali, changent la contexture primitive des atmosphères de ces matières colorées , lesquelles ne réfléchissent plus comme auparavant les rayons de la lumière; car j'ai fait voir, à l'article des couleurs, que les particules atmosphériques , dont chaque base est environnée, sont comme des prismes qui, interceptant de différentes manières le rayon primitif, donnent lieu aux diverses couleurs des corps.
En examinant comment se comporte le caméléon minéral, qui est un composé de potasse et d'oxide noir de manganèse qu'on obtient par la fusion , il est facile d'apercevoir que , dans ces changemens , c'est à l'oxigène qu'est due la couleur rouge , et à l'ignigène la couleur verte des substances végétales qui sont affectées par le contact des acides et des alcalis. En effet suivant M. ïhenard , (i) « le caméléon qui contient le moins j) de manganèse et le plus de potasse, et par con- » séquent le moins d'oxigène et le plus d'ignigène y » donne à l'eau une teinte de vert pur. Celui qui, » au contraire , contient le plus d'oxide de man- » ganèse , et par conséquent aussi le plus d'oxi-
(i) Thenard, Tome II, page 524.
DES PHYSICIENS MODERNES. SgS
» gène et le moins de potasse et d'ignigène , » colore tout de suite l'eau en pourpre ou en » rouge ».
Lorsqu'un alcali fait revenir au bleu la couleur changée en rouge par un acide , c'est qu'il rend à la matière colorée la porlion d'ignigène que l'acide lui avait ravie ; tandis qu'il s'empare de l'oxigène qu'elle avait reçu de ce dernier; et réciproquement à l'égard d'un acide qui , donnant à cette matière colorée l'oxigène qu'elle avait perdu, en échange de l'ignigène acquis qu'elle lui cède, la fait passer du bleu au rouge.
Cette manière de se comporter des acides et des alcalis démontre qu'ils peuvent avoir plus ou moins d'ignigène et d'oxigène ; c'est ainsi , par exemple , que l'acide molybdique dissous dans l'eau devient acide molybdeux avec le zinc , l'étain, etc. (i) ; parce que ceux-ci lui donnent de l'ignigène et en reçoivent de l'oxigène par compensation. Il en est de même des autres acides en ique qui peuvent , avec plus d'ignigène et moins d'oxigène , être changés en des acides de la terminaison en eux , et réciproquement.
Suivant l'auteur, en combinant ensemble dans de certaines proportions un alcali avec un acide, il en résulte un composé qui ne change ni la couleur du tournesol m celle de la violette; alors on dit que ces deux corps se sont neutralisés réciproquement. (2)
Observation. Si l'on a bien conçu ce que j'ai dit , on doit voir que l'acide et l'alcali en s'unissant font un troc mutuel du principe atmosphérique qu'ils ont en excès; et qu'ainsi chacune de leurs molécules-bases , se trouvant saturée égale-
(1) Voyez Thenard, Tom. II. p. 671 et suivantes.
(2) Ibid. Tom. I, note de la page ll^.
ment d'oxigène et d'ignigène , ne prendra plus rien à la matière colorée du tournesol ou de la violette, et par conséquent la laissera dans son état naturel.
S'il y a des acides sans oxigène. — M. Berthollet auteur de cette opinion erronée.
C'est pour n'avoir pas entrevu l'oxigène dans l'azote, le chlore, l'iode, le fluor, etc. , que les chimistes de nos jours ont cru qu'il existait des acides sans oxigène; tels sont , suivant eux, l'acide hydriodique , l'acide hydro - chlorique , l'acide fluorique , etc. etc. Ce n'était point là l'opinion de Lavoisier qui faisait dépendre de l'oxigène l'acidité d'une substance ou d'un composé. Il se trompait seulement en ce qu'il n'admettait pas dans les bases des acides l'ignigène ou la matière du calorique.
Quand on mêle l'hydrogène avec le chlore, par exemple, ces deux gaz confondent ensemble leurs atmosphères ; le chlore cédant à l'hydrogène une portion de son oxigène et lui enlevant en même temps une partie de son ignigène. Lorsque ce composé se trouve en contact avec le tournesol , l'hydrogène qui n'a cédé que forcément de son ignigène , fait un nouveau troc avec la matière végétale en lui abandonnant une portion de cet oxigène acquis et s'appropriant tout autant de son ignigène. De là , modification dans la contexture de l'atmosphère de cette matière, et enfin changement de couleur , comme il est dit dans l'article précédent. Si l'hydrogène uni au chlore trouvait ime substance qui lui fournît tout l'ignigène soustrait par ce dernier corps, alors il s'échapperait des liens du chlore, et laisserait celui-ci dans son état naturel. Or c'est ce qui arrive dans plusieurs cas.
DES PHYSICIENS MODERNES. Sq^
Veut-on se convaincre que ces gaz acides qu'on prétend dépourvus d'oxigène en contiennent réellement , on n'a qu'à voir ce que deviennent le potassium et le sodium dans le gaz fluo-borique rangé dans la classe de ces acides. Suivant M. Thenard , ces deux corps métalliques , à l'aide de la chaleur , s'embrasent dans ce gaz comme dans le gaz oxigène (i). Or, la combustion peutelle avoir lieu sans oxigène ? En bonne physique, non. Donc le gaz fluo-borique contient beaucoup d'oxigène ; d'autant que le même auteur nous assure que , dans ce gaz, le fluor joue le même rôle que le chlore, l'iode, dans les acides hydro-chlorique , et hydriodique (2). Aussi rougit-il fortement la teinture de tournesol (3). Ainsi l'on peut être certain que tous les corps qui exercent une telle action sur cette matière végétale, contiennent véritablement de l'oxigène qui se déplace dans ce cas; quoiqu'il échappe à l'analyse des chimistes, dont les moyens ne sont pas toujours assez puissans pour isoler les deux espèces de particules atmosphériques qui accompagnent les molécules - bases de ces sortes de corps.
C'est à M. Berthollet que l'on doit l'opinion qu'il existe des acides sans oxigène. L'hydrogène sulfuré qu'il croyait formé seulement de soufre et d'hydrogène fut la cause de son erreur. Quelques chimistes adoptèrent d'abord cette opinion, mais plusieurs autres et M. Davy surtout la rejetèrent et admirent de l'oxigène dans l'hydrogène sulfuré ('4)- Ils avaient raison , car le soufre ne saurait se changer en gaz sans le secours de l'oxigène. Je ne sais si M. Davy a persisté dans son
(i) Thenard, Tom. II. p. 534. (2) Ibid. p. 533. (3) Ibid, \J\) Ibid. p. xhl\. et suivantes.
sentiment ; mais il me paraîl qu'en général on regarde maintenant comme une vérité incontestable, et M. Thenard n'en doute pas , que deux corps combustibles peuvent former un acide sans oxigène. Tant il est vrai que les erreurs introduites par des hommes célèbres se propagent et s'affermissent rapidement. Si ÏM. Berthollet avait réfléchi sur la manière dont se comporte le soufre , lorsqu'il brûle ou qu'il se change en gaz, il aurait reconnu sans peine loxigène dans 1 hydrogène sulfuré. En effet , on sait quelle est l'odeur suffocante et insupportable que répand le soufre dans son ignition.(3r,sicetteodeurprovientderoxigène qui s est uni à l'ignigène que ce corps combustible à conservé , il n'y a pas de doute que l'odeur pénétrante et analogue à celle des œufs pourris qu'exhale l hydro-sulfurique ou l'hydrogène sulfuré , ne provienne encore d'une atmosphère mixte et facilement décomposable ; car tout ce qui a une odeur et une saveur fortes, possède une semblable atmosphère , quoique dans des proportions différentes suivant la nature des substances.
\oyons maintenant ce que devient le gaz hydrosulfurique quand on le met en contact avec l'étain à une température élevée. Son volume ne change pas , mais seulement sa nature ; aussi estil entièrement converti en gaz hydrogène , d'où le soufre est exclus. Dans cette expérience Tétain a donné de son ignigène à l'aqueuse de ce gaz , laquelle ayant abandonné au métal loxigène qu'elle possédait dans son mélange avec la molécule du soufre , s'est séparée de celle-ci en reprenant son élasticité ordinaire. Mais pourquoi le soufre n'a-t-il pas continué à former un fluide élastique? C'est que les molécules de l'élain, en fournissant aux aqueuses l'ignigène qui leur était nécessaire pour devenir gaz hydrogène , n'ont pu
DES PHYSICIENS MODERNES. SqQ
recevoir de leur part assez d'oxigène pour compenser la perte de leur ignigène. Le métal a donc été obligé de prendre l'oxigéne à la molécule de soufre. Or celle-ci , s'en trouvant ainsi dépourvue en partie, a cessé d'être fluide élastique, et s'est jointe à celle du métal pour former un sulfure. Si les molécules sulfureuses du gaz hydrogène sulfuré avaient été tellement dépouillées d'oxigène , qu'elles n'eussent plus que l'ignigène primitif, elles auraient repris leur état ordinaire ou de véritable soufre ; et c'est ce qui leur arrivera toutes les fois qu'on leur ôtera l'oxigéne qu'elles auraient pris en se combinant avec d'autres corps.
Ce que je viens de dire de l'hydrogène sulfuré ou de Thydro - sulfurique , a lieu également en plus ou en moins, pour tous les acides composés de deux corps combustibles qui , quoiqu'on en dise , ne sauraient manifester de l'acidité sans oxigéne uni à l'ignigène.
^'ota hene. Si l'hydrogène sulfuré pouvait être formé sans le contact de l'air ou de l'oxigéne ^ c'est-à-dire si du soufre, mis dans l'hydrogène pur, se changeait , avec ou sans le concours du calorique , en cet hydrogêne sulfuré ; alors point de doute que le soufre ne contînt réellement un peu d'oxigène ; quoique celui ci ne pût en être communément extrait. Il en serait de même du phosphore , etc. ; car, ainsi que nous l'avons vu, certaines substances retiennent si fortement le principe oxigénique , qu'il est impossible de le leur enlever totalement par les moyens ordinaires.
Ammoniaque.
L'a^i^io^'iaque est un composé de gaz azote et de gaz hydrogène qui ont confondu ensemble leurs
/JOO ERREURS DEVOILEES
particules atmosphériques ; et comme l'azote a une atmosphère mixte , ainsi que je l'ai démontré , ce composé aura aussi une atmosphère mélangée où Tignigène dominera, parce que l'hydrogène y ahonde : et voila pourquoi ce composé verdit le sirop de violette.
M. Davy le premier et M. Berzélius ensuite ont bien vu que l'oxigëne devait être un des principes du gaz ammoniac , mais sans savoir de quelle manière il y existait ; car ils n'ont aucune idée des petites atmosphères. M. Thenard n'adopte pas l'opinion de ces chimistes, et il pense que quoique l'ammoniaque joue souvent le rôle d'un oxide, elle est cependant dépourvue d'oxigène (i). Ce dernier sentiment n'est pas recevable , et M. Davy a mieux rencontré ; mais il se trompe en croyant que l'hydrogène et l'azote pourraient bien n'être que des oxides d'un même métal qu'il appelle ammonium^ et qu'en conséquence l'ammoniaque ne serait que l'oxide A'ammonium. M. Berzélius a adopté cette dernière opinion avec trop de confiance et a tâché de la faire prévaloir (2) ; mais l'ammoniaque n'est pas un oxide comme il l'entend : c'est un composé d'azote à atmosphère mixte, et d'hydrogène à atmosphère ignigène qui, se mêlant ensemble , modifient la nature des aériennes et des aqueuses qui sont ses deux principes constituans , indépendamment des particules qui forment leur enveloppe atmosphérique.
Une substance, qui céderait de son ignigène au gaz ammoniac , le décomposerait en ses deux vrais principes, c'est-à-dire en gaz azote et en gaz hydrogène. Or, c'est cette décomposition qu'on opère lorsqu'on soumet le gaz ammoniac , en
(0 Voyez Thenard , tom. II, p. 4 '9- (2) Ibidem.
DES PHYSICIE^TS MOHERNES. 4^1
jjfetile quantité , à l'action d'un grand nombre d'étincelles électriques. En effet , j'ai fait voir ailleurs que le fluide électrique a ses bases environnées d'oxigène et d'ignigène ; mais une partie de l'une ou de l'autre de ces deux sortes de particules atmosphériques les abandonne lors de la formation de l'étincelle électrique , selon que l'une ou l'autre a plus de tendance à se porter sur la subsîance soumise à cette étincelle , ou à en être attirée. L'ignigène de la base électrique se joignant donc de préférence à l'aqueuse de l'ammoniaque, lui donne ce qui lui est nécessaire pour redevenir gaz hydrogène , en laissant les aériennes bases du gaz azote (i).
Lorsqu'on expose le gaz ammoniac à l'action du calorique et d'un des cinq métaux suivans , fer, cuivre, argent, platine , et or, il se transforme aussi en gaz azote et en gaz hydrogène. Et pourquoi ? C'est que, par la chaleur, les aqueuses qui entrent dans la composition du gaz ammoniac , se trouvant avoir plus de force pour s'emparer d'une portion de l'ignigène de ces métaux, que ceux-ci n'en ont pour le conserver en entier, l'absorbent peu à peu en partie afin d'étendre leur atmosphère , et se débarrasser des liens de l'azote en s'échappant en gaz hydrogène ; mais alors ces aqueuses ont abandonné à l'azote l'oxigène qu'elles en avaient reçu.
Ce qui se passe dans ce cas est une vraie calcination plus ou moins forte selon la faculté qu'ont ces métaux à se dessaisir d'une portion de leur
(i) Nota. L'oxigène et l'ignigène réunis, composant l'atmosphère d'une base quelconque, ne peuvent point, en se dégageant même à la fois , former un fluide particulier, lorsqu'ils sont en présence d'une matière qui les attire , parce qu'avant de s'unir à un noyau-base comme dans l'acide carbonique , ils se portent ou ensemble ou séparément vers la substance qui en est avide.
402 ERRET3RS DÉVOILÉES
ignigène ; car j'ai dit ailleurs que dans la caïcinatioii les bases étaient dépouillées d'une partie de leur atmosphère. Voilà pourquoi ceux de ces métaux qui abandonnent le plus aisément l'ignigène, tels que le fer et le cuivre , deviennent cassans , et non l'argent , l'or et le platine qui le retiennent plus fortement. Aussi une quantité de fil de platine , par exemple, triple de celle des fils de fer, ne produit point le même effet que ces derniers à une température élevée. Donc ce n'est pas comme conducteurs delà chaleur que ces métaux agissent sur la décomposition du gaz ammoniac, ainsi que l'ont cru quelques chimistes; et si, dans cette circonstance , ces corps n'augmentent ni ne diminuent de poids (i), c'est que dans le premier cas ils ne remplacent point par l'oxigène , l'ignigène qu'ils abandonnent ; puisque cet oxigène , délaissé par l'hydrogène , est soustrait par razote('2 ); et que dans le second leur pesanteur spécifique est augmentée à cause d'une légère condensation qu'ils éprouvent : ce qui compense la perte qu'ils ont faite. Mais c'est par cette propriété d'être conducteurs de la chaleur , que les métaux plus ou moins échauffés facilitent la combustion de certains gaz mêlés avec l'air ou l'oxigène , et qu'en même temps l'ignigène dégagé de ces gaz en se portant en partie sur les molécules de lumière qui sont dans les pores de ces métaux , les illumine et élève leur température.
(i) Voyez dans Thenard , ces divers phénomènes, tome I, pages A33, 434 et 435.
(2) Nota. Dans le cas dont il s'agit ici .l'attraction que l'aérienne ou l'azote exerce sur l'oxigène est plus forte que celle des molécules métalliques; voilà pourquoi celles-ci ne s'oxideut pas.
Grandes masses de fer qu'on prétend être tombées du haut des airs.
M. Thenard , en parlant des grandes masses de fer natif qu'on trouve en divers lieux dans les deux lîémisplières , et dont quelques-unes pèsent; 60, 800, et I 5()0 myriagrammes , tandis qu'une autre masse a 28 pieds cubes , nous dit positivement, Tom. I, p. 369, que « aujourd'hui l'on w est porté à croire que ces lourdes masses sont » tombées de l'atmosphère, et que cette opinion » est fondée sur la certitude acquise dans ces » derniers temps, qu'il tombe des pierres de l'atmo-
» sphère, qui paraissent être de même nature
» que ces masses elles-mêmes. »
M. Thenard n'assure pas que ces masses de fer et ces pierres nous sont venues de la lune , comme le prétendent sérieusement , à l'égard de ces dernières, quelques géomètres français, même des plus célèbres (i); mais n'a t-il pas été trop crédule en paraissant adopter l'opinion que ces grandes masses de fer natif sont tombées du haut des airs ? Car quel volume <le gaz ferrugineux n'aurait-il pas fallu pour confectionner ces sortes de corps ? Et ce cas supposé , toutes les molécules de matière gazeuse n'ont-elles pas dû nécessairement tendre vers un noyau ? IMais croirait -on qu'avant que celle des extrémités s'y fussent accolées, ce noyau formé déjà par celles du centre eût pu se soutenir en l'air malgré sa très-grande pesanteur ; tandis que dans les dissolutions chimiques où il se forme des précipités , ceux-ci
(i) Nota. Les astronomes allemands se sont moqués avec raison de ces prétendus présens de pierre que nous envoie de temps en temps la lune , selon ces géomètres qui ont sans doute cru voir ces belles choses avec leurs lunettes algébriques et leurs calculs rigoureux.
4o4 ERREURS DÉVOILÉES
tombent au fond du menstrue, à proportion qu'il se forme des globules ; quoique la pesanteur spécifique de ce menstrue soit un grand nombre de fois plus grande que celle de Tair ? 11 en est de même de la neige et de la grêle qui ne peuvent plus se soutenir dans l'atmosphère terrestre , quand les molécules qui les composent se sont réunies en globules d'une petite pesanteur. 11 est donc évident que ces lourdes masses de fer ne se sont pas formées au haut des airs comme la neige et la grêle ; mais qu'elles datent du moment de la création. Il est incontestable aussi que l'Ecriture sainte ne nous a pas abusés , ainsi que l'ont prétendu les esprits forts et très-faux du XVIlïe siècle, lorsqu'elle nous a dit que Dieu a fait tomber des pluies de pierres sur les ennemis de son Peuple ; puisque maintenant les savans ont reconnu , par leurs observations , que ces sortes de concrétions peuvent se former dans notre atmosphère. C'est ainsi que parfois la science de nos jours, sans s'en douter, rend hommage à la vérité de nos Livres divins ; et que par-là elle confond , quoique à regret cependant , les sophismes et les mensonges de la moderne philosophie.
Eau oxigénée.
M. Thenard a montré sa science et sa dextérité dans la composition de l'eau oxigénée ; mais il me semble qu'il n'aurait pas dû l'appeler peroxide d'hydrogène , parce que l'eau est l'espèce , et l'hydrogène une variété. D'ailleurs cet hydrogène n'est pas en grandes masses, n'existe pas naturellement comme l'eau , nest produit que par la décomposition de celle-ci, dont les bases, dans certains cas , et par certaines manipulations , perdent leur atmosphère naturelle pour en prendre une accidentelle , ou tout ignigène comme
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dans le gaz hydrogène ; ou plus ou moins mélangée comme cela arrive dans les produits de la végétation. Donc le dérivé ne devrait pas donner son nom à l'espèce.
M. Thenard n'a pas cherché , je crois , à rendre raison des phénomènes que nous présente l'eau oxigénée. J'imiterai sa réserve; car , quoique j'aie trouvé plusieurs explications très-spécieuses , j'ai pensé qu'il valait mieux les supprimer , parce qu'elles ne m'ont point paru assez concluantes. Cependant je ne puis pas m'empécher de dire que , dans l'eau oxigénée, les opaques des aqueuses n'ont pas leur atmosphère toute oxigène; mais mélangée d'oxigène et d'ignigène dans des proportions qu'on ne pourra jamais déterminer , et qui en forment une espèce d'acide : que si elle pèse beaucoup plus que l'eau ordinaire , c'est que les molécules de lumière qui sont dans ses pores , ayant perdu beaucoup de leurs particules atmosphériques, (ce qui diminue leur tension ou leur vertu répulsive,) ces particules ont été remplacées par les oxigènes qui se sont groupées en grand nombre avec quelques particules ignigènes autour des aqueuses (i) , auxquelles les unes et les autres ont été fournies par les acides et les autres matières dont on s'est servi pour les suroxigéner ; enfin que si ces aqueuses , dont l'atmo-
(l) Nota. Il en est de même des acides et surtout des acides forts. Leurs lumineuses ayant perdu beaucoup de leur tension par l'abandon de plusieurs particules ignigènes , selon la qualité des acides, les opaques de ceux-ci les remplacent abondamment paj les parhcules atmosphériques qui leur conviennent , et qu'elles s'approprient; et par cette accumulation les atmosphères de ces acides, se trouvant toujours très-près de ces lumineuses contre lesquelles elles ont conservé leur vertu répulsive, continuent à se repousser mutuellement ; répulsion d'où dérive la liquidité de la substance acide.
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sphère est alors fort étendue , s'évaporent entièrement sans éprouver de décomposition , lorsqu'on les soustrait au grand froid , qui les tenait condensées , cela prouve, comme je l'ai dit, que les molécules de l'eau , pour s'exhaler en vapeur , ont besoin de beaucoup de particules atmosphériques, qu'elles doivent ensuite abandonner quand elles reviennent à leur état ordinaire de liquidité , comme le fait dans certains cas l'eau suroxigénée.
Eau dans l'acte de la végétation. — Providence divine. — Une fausse science égare certains savans et les porte à méconnaître Dieu. — Réflexions sur Vahus qu on fait du mot nature.
Quel est le physicien qui ne s'imagine que l'huile, le vin, l'alcohol, les fruits, les gommes, les résines, le sucre, les éjjices , les blés , les légumes , les fleurs , les bois , etc. , etc. , ne soient autant de produits de divers principes? Cependant c'est là une grande erreur, puisqu'il est certain que tous ces produits proviennent uniquement de l'eau et se réduisent en eau en dernière analyse.
Mais avant de revenir à ce dernier état , les produits de la végétation peuvent passer par plusieurs intermédiaires , ainsi que l'ont observé divers chimistes habiles et particulièrement M. Braconnot ; car ils ont vu que les bois , les écorces , la paille, le chanvre, le linge, etc. qui paraissent tous d'une nature fort opposée , peuvent être cependant transformés à volonté par l'acide sulfurique en une sorte de matière gommeuse et en un sucre semblable à celui du raisin (i). La gomme devient acide raucique , etc. , par l'acide
(i) Tbenardjtom. lY,p. 5a.
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nitrique ; et d'autres acides végétaux se changent en des acides d'une autre espèce. Le sucre naît de l'amidon , et l'esprit-de-vin du sucre , dit M. Tiienaid(i), et suivant le même chimiste, «le M sucre de lait traité aussi par l'acide nitrique » donne absolument les mêmes produits que la » gomme, c'est-à-dire , des acides acétique, mali- » que, mucique, oxalique, etc. Il peut comme » l'amidon être transformé en sucre analogue à » celui du raisin (2) » ; et enfin tous ces produits donnent de l'eau en dernier lieu. Or, si la base aqueuse se retrouve la même après tant de métamorphoses, c'est qu'elle existait dans ces divers produits , qui prennent des propriétés toutes particulières par le seul changement de leur enveloppe atmosphérique; car ja forme des bases ne change jamais.
D'ailleurs, ce qui doit décider la question, c'est que plus d'une fois on a vu des plantes lever dans des milieux insolubles , autres que des sols , pourvu qu'elles eussent de l'eau pour leur nutrition ; et après avoir parcouru tous les degrés de la végétation , elles n'ont fourni à l'analyse chimique que les matériaux propres à chaque espèce particulière ; et dans la même proportion que si elles eussent été cultivées dans un sol naturel (3\ C'est ce que M. Braconnot a aussi reconnu par diverses expériences qui prouvent l'habileté de ce chimiste ; mais ne se trompe-t-il pas lorsqu'il prétend que « l'oxigène et l'hydrogène, aidés de » la chaleur du soleil , paraissent être les seules » substances élémentaires qui aient servi à la con- » stitution de l'univers »?Car en parlant ainsi, ce
(1) Thenard , Tom. IV , page 334.
(a) Ibid. page 400.
(3) Manuel de chitnie amusante, page igS, i"^' édit.
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chimiste prouve qu'il ne connaît ni la nature de riiydrogène , ni quel rôle joue l'oxigène dans son union avec les différens corps. Mais que penser lorsqu'il ajoute que « la nature dans sa marche » simple , opère les effets les plus indéfiniment i) diversifiés , par les plus légères modifications » dans les moyens qu'elle emploie (i) »? Ce chimiste ferait-il de la nature une divinité qui régirait toute chose ? Certainement je lui crois assez de science et de bon sens , pour me faire penser qu'il ne saurait vouloir préconiser une erreur si grossière ; car la nature qui est la réunion de tout ce qui a été créé , bois , terres , rochers, fleuves, astres, air, animaux , etc. , ne peut qu'être régie, et non régir; parce que pour gouverner il faut penser et commander. Or , je défie que l'on me montre qu'un rocher ait jamais pensé , et qu'un caillou, un animal, l'homme même, isolés ou réunis aient jamais ordonné à un astre, par exemple , de prendre telle ou telle route, et à toute autre matière de jaillir du néant. Cela n'appartient qu'à Dieu seul qui a tout créé, qui conduit tout, qui conserve tout par sa Providence et sa volonté. On a une preuve convaincante de l'œuvre admirable de la Providence divine dans les produits de la végétation , dont les seuls matériaux sont les molécules aqueuses avec l'oxigène et l'ignigène qui leur servent d'enveloppe ; l'azote ou les molécules de l'air , ne se trouvant que dans quelques plantes assez rares. Cependant que de métamorphoses ne subissent pas ces aqueuses ! Que de milliers de combinaisons ne forment-elles pas avec les particules atmosphériques , dans cette multitude de plantes de toute espèce, qui ornent si agréablement la surface de la terre, et qui après
(i) Annales de Chim.jTom.LXIi et la Chini. amusante, p i():\.
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avoir fourni différens sucs et divers solides , finissent par se réduire , dans les analyses , en carbone, oxigène, et hydrogène, et enfin celui-ci en eau qui est son vrai élément î Or, cet état de choses, qui revient toujours le même, démontre que ces modifications si variées n'ont été établies et ne sont perpétuées que par une intelligence suprême , et non par le hasard qui n'est pas deux fois le même, ni par une nature passive qui n'ordonne rien , mais qui exécute seulement avec précision tout ce que son Créateur lui a commandé.
Les hommes et malheureusement ceux qui se sont élancés dans la carrière des sciences , courent , pour la plupart , les yeux fermés dans ce monde de merveilles ; et au lieu d'exalter , avec un cœur pur et soumis , Texcellence de l'être infini qui les y a semées avec profusion, l'outragent et le méconnaissent , en attribuant à la nature brute une toute-puissance qui n'appartient qu'à lui seul : phénomène moral qu'a très-bien expliqué l'illustre et savant Bacon, quand il a dit qu'il est prouvé « qu'une légère teinture de philo- » Sophie peut conduire à méconnaître l'essence w première , mais qu'un savoir plus plein mène » l'homme à Dieu(i); » c'est-à-dire que peu de science ou un faux savoir peut rendre incrédule, mais qu'une science pleine et vraie nous rend adorateurs sincères de la Divinité. Or, puisque dans ce siècle qu'on appelle des lumières , il y a tant d'incrédules, il en faut conclure, qu'il y a aussi un grand nombre de faux et de demi-savans, une foule de gens qui n'ont que le vernis grossier de la philosophie. Ainsi quand un homme vous soutiendra qu'il n'y a point de Dieu , vous pouvez
(i) Voyez le Génie du Christianisme, III* Partie.
penser, sans vous tromper, qu'un tel homme n'est très-certainement quun faux ou demi-savant , qu'un faux philosophe ; quand même il s'enorgueillirait d'être habile artiste , profond mathématicien , sublime géomètre , grand physicien , excellent chimiste, géologue, minéralogiste, érudit , littérateur , poète , et tout ce qu'on voudra.
Il faut rendre cette justice à M. Thenard , qu'il n'a pas employé une seule fois , ce me semble , dans son Traité de Chimie , le mot nature dans l'absurde signification que lui donnent nos prétendus esprits forts , dans le dessein pervers d'abuser de la crédulité des sots, et d'égarer une jeunesse imprévoyante qui ne résiste qu'avec peine au torrent des passions , et qui dans ce siècle paraît suivre de préférence ceux qui lui donnent les plus mauvais conseils.
Les hommes probes et de bon sens devraient désormais bien prendre garde de n'employer jamais , dans leurs ouvrages et discours , le mot nature dans des acceptions qui en feraient le synonyme de divinité; ce qui induit en erreur les faibles et les ignorans , surtout dans des écrits religieux. Les uns le font sans y penser , les autres par une mauvaise honte qui les empêche de se montrer chrétiens et raisonnables, et plusieurs enfin pour orner leurs productions. jNIais que gagne-t-on à substituer la créature au Créateur, un être passif à un être tout-puissant , le mensonge à la vérité. Les mots Dieu , Religion , et Providence j ont-ils jamais déparé un beau discours? Non assurément.
Observations sur la Théorie atomique. — Idée juste de M. Bellani de Monza.
MM. Dalton et Berzélius ont cherché à connaître le poids des atomes des différens corps , le premier par le poids de l'atome de l'hydrogène , et le second par celui de l'atome de Foxigène ; mais il ne peut être résulté de leur travail qu'un faux résultat, parce que, comme l'observe avec raison M. Thenard , Tom. I , p. ii3, « les poids relatifs » des atomes se déduisant des quantités pondéra- » blés des substances élémentaires qui s'unissent M ensemble, il doit y avoir toujours quelque chose » d'arbitraire dans la fixation de ces poids, parce » qu'il n'y a aucun moyen certain de découvrir » le nombre réel d'atomes de chaque espèce qui » entrent dans une combinaison. »
Les chimistes qui ont voulu perfectionner la théorie atomique qu'ils trouvaient défectueuse , ont cru qu'il fallait supposer « que tous les gaz » élémentaires sous le même volume , sous la » même pression et à la même température , » contiennent le même nombre d'atomes (i). » Mais ce n'est là que substituer une erreur à une autre erreur. Et pourquoi ? Parce que le gaz qui aura l'atmosphère de ses bases plus étendue, sera plus dilaté , et ayant par conséquent plus de vides , aura aussi sous le même volume, moins d'atomes ou de molécules -bases qu'un autre plus condensé. Tel est le gaz hydrogène comparé au gaz oxigène.
Il est bon d'observer que les chimistes n'ayant aucune idée de l'ignigène ou calorique, comme matière des atmosphères , le confondent dans leurs calculs avec les bases ou noyaux qu'il en-
(i) Thenard, Tom. I, pag. 172.
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veloppe. Cependant il devrait en être distingué pour rendre leurs résultats exacts dans la fixation du poids des atomes. Mais cette distinction serat-elle possible ? Non : parce que Tignigène ne pouvant être recueilli comme l'oxigène , échappera sans cesse à leurs investigations. Donc ce sera bien en vain qu'on voudra fixer le poids réel des atomes.
Voyons maintenant quel est le poids de l'atome ou de la base de l'hydrogène, et celui de la base de l'eau , tels que les a fixés M. Dalton. Ce chimiste ou ceux qui ont fait valoir sa doctrine , prétendent que le poids de l'atome de l'eau est à celui de l'atome de l'hydrogène comme 9 à i. La fausseté de ce rapport est évidente , puisque de deux bases semblables ils font deux bases de nature diverse. En effet , l'atome noyau ou base du gaz hydrogène est le même que celui de l'eau. La seule différence qui existe dans ce cas , provient de leur atmosphère qui est tout oxigène dans l'eau , et tout ignigène dans le gaz hydrogène. Or, l'atome de l'eau , considéré dans un état isolé, ne peut pas avoir changé de dimension et de poids en devenant gaz hydrogêne.
D'après ce que je viens de dire, on voit manifestement que les chimistes , ne distinguant point la base d'avec son atmosphère, agglomèrent les particules atmosphériques avec la base aqueuse dans la fixation du poids de cette dernière; parce qu'ils croient faussement que l'eau est composée d'oxigène et d'un principe inflammable, sans une base particulière.
Voici une autre erreur encore plus grande dans le rapport qu'on croit exister entre le poids de l'atome de l'hydrogène et celui de l'atome de l'oxigène dont le poids serait pour celui-ci 8, et pour l'autre seulement 1. Car la particule oxigène étant
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l<e plus petit de tous les corpuscules après celui de l'ignigène , ne peut pas avoir plus de poids que la molécule-base de l'eau qui, relativement à elle, a une très-grande dimension.
La cause de ces erreurs , c'est qu'on a cru que la plus grande légèreté d'un gaz provenait de ce que ses molécules-bases avaient moins de poids réel , tandis qu'elle n'est produite que par l'étendue des atmosphères de ces bases ; étendue qui , dilatant considérablement ces gaz, diminue leur pesanteur spécifique. Il faut conclure de là que le poids des atomes n'est pas toujours proportionnel à la densité de ces gaz , comme on le croit , et comme l'admet peut-être M. Thenard.
Quand on veut supputer le nombre des atomes d'oxigène unis à ceux d'un métal dans les oxides, que fait-on ? Sachant que ces oxides , ceux de cuivre , par exemple, sont au nombre de trois, et que les quantités d'oxigène qu'ils renferment sont comme les nombres i , i et 4 ? on suppose que ces oxides sont composés d'un atome de cuivre avec I , 2 ou 4 atomes d'oxigène, sans faire mention de l'ignigène qu'on ne voit pas , quoiqu'il existe dans tous les oxides. Mais croirait-on que l'atome de cuivre n'est accompagné que de i , 2 ou 4 atomes d'oxigène, et que c'est à ces quantités que se borne son atmosphère ? On se tromperait étrangement. Cette atmosphère en exige et en contient bien davantage. Ainsi ce qu'on prend pour un atome d'oxigène dans l'oxide , est composé de plusieurs atomes dont le nombre, qu'on ne pourra jamais connaître , croît à proportion que le métal est plus oxidé ; mais ces particules oxigènes n'ont pas chassé tout l'ignigène qui entrait dans l'atmosphère des bases du métal : car il en reste toujours; d'autant moins cependant que l'oxidation est plus complète.
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M. Bellani de Monza , d'après des observations qui lui sont particulières, a conclu que les atomes d'un même gaz avaient encore une certaine force attractive (i). M. Thenard semble n'être pas de cette opinion qui est cependant très-vraie ; car les molécules des gaz ont encore un peu d'adhérence entre elles par leurs propres atmosphères ; mais cette adhérence est d'autant plus faible que le gaz est plus dilaté , tel est le gaz hydrogène dans sa plus grande expansibilité. Ainsi Newton , l'Auteur de la Mécanique céleste , et les physiciens et chimistes qui suivent les doctrines de ces deux savans illustres , sont tombés dans une grande erreur , quand ils ont cru que la distance, qui séparait entre elles les particules des corps , était incomparablement plus grande que leur diamètre. Cela n'ayant pas lieu pour les gaz, comme je viens de le dire , existera encore moins à Tégard des corps solides ou liquides dont les molécules-bases sont dans un contact réel, et se touchent toutes par un point, par l'effet coércitif de leurs particules atmosphériques.
Que de choses n'aurais-je pas encore à dire si je voulais contrôler en détail toutes les explications des phénomènes physiques et chimiques , communément admises î Cependant ce que j'en ai dit peut démontrer que ce n'était pas sans fondement que Bernardin de Saint-Pierre avait avancé dans ses Etudes de la nature, que toutes les sciences étaient encore dans V enfance.
Conclusion.
Presque toutes les erreurs que je viens de signaler sont , au moment que j'écris , inculquées dans l'esprit des jeunes gens qu'on veut initier
(i) Thenard, Tome I. page 235.
aux hautes sciences , comme si c'étaient des vérités incontestables. Que doivent donc faire maintenant Messieurs les Professeurs? Le voici: comme l'œuvre de l'homme est toujours faible par quelque endroit , il faut qu'ils se mettent en état de prendre ce qu'ils trouveront de bon dans mon ouvrage , d'éclaircir ce qu'ils y trouveront d'obscur , de rejeter , en attendant , ce qui ne leur paraîtra pas assez démontré, et de s'efforcer enfin de faire mieux; ce qui, d'après mon travail, leur deviendra , je crois , assez facile ; afin que leurs élèves, en quittant leurs bancs, ne leur reprochent point un jour, qu'ils ne leur ont enseigné que des choses absurdes dans l'explication des phénomènes.
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