CHAPITRE XI
Que si les enfants naissent quand même, cette erreur n'imposera pas un grand sacrifice aux parents. Une doctoresse écrivait dernièrement : « La maternité ne sera plus qu' u?i épisode dans Texistence de la femme, comme la paternité n'est qu'un épisode dans une existence masculine. » Cette phrase prophétique a faitle tour de la Presse, et chacun de s'en donner à cœur joie. Je ne vois là rien de drôle. La femme a l'esprit logique. Une fois qu'elle a accepté certains principes, elle en déduit les conséquences avecune rigueur farouche. Toutes les notions de contre bon sens qui ont pris possession de la société moderne, dégagent, dès qu'on les presse, un parfum d'absurdité violente. Eprise des maximes de Rousseau, la doctoresse en question met au service de leur défense une conviction résolue. Gela est fort bien.
La femme, déclare notre auteur, doit tout son temps il la science et à sa culture personnelle. J'y consens, encore que la science se passerait plus aisément de ses bons offices que les marmots, si elle en a. La famille, sans doute, c'est là une vieille rengaine bonne à endormir des esprits retardataires. Il faut aller de l'avant. Notre doctoresse parle d'or. Plus de foyer, plus de patrie. Et vive le progrès!
Plus qu'aucun, je suis partisan de l'élévation intellectuelle delà femme. A une condition seulement : sous prétexte de culture, que nous ne retournions pas aux formes ancestrales de la civilisation. Notre doctoresse m'arrête : « Les êtres primitifs, dit-elle, s'occupent de leurs enfants; ce soin est devenu pour nous un épisode. La marque de notre supériorité se révèle dans ce changement. » L'argument est irrésistible, et puisque mon aimable contradicteur me parle de supériorité, la règle que tout homme bien élevé s'assigne de ■ ne pas contrarier une femme, m'impose l'acquiescement le plus formel.
J'accepte sans réticences l'égalité fonctionnelle des sexes, du moment que cette égalité fait le rêve de quelques-unes de mes contemporaines. Assurément la science n'est point tout à fait d'accord; l'évolution accentue les différenciations sexuelles. Aux temps préhistoriques, les distances étaient moindres (Topinard). « A mesure, nous
assure Le Bon*, que nous avançons dans la civilisation, la femme s'éloigne de plus en plus de l'homme. » Chez les Iroquois, elle se mêle à la vie politique; les amazones du roi Behanzin et les femmes des Natchez partaient pour la guerre. Toutes les formes d'activité de l'homme, la femme y participe dans les peuplades primitives.
Cela fut, certes, un grand recul des civilisations, que la différenciation fonctionnelle qui suivait la différenciation physique, v La différence, dit encore Le Bon-, entre la moyenne des crânes des Parisiens contemporains et celle des Parisiennes est presque douhle de celle observée entre les crânes mascuhns et féminins de l'ancienne Egypte.» Il faut changer tout cela, la nature écarte les formes extérieures des sexes. Aux civiHsations de rapprocher leurs fonctions. La femme embrassera les carrières de l'homme; et cela, nous n'y voyons aucun inconvénient dans la mesure oii les devoirs d'épouse et de mère n'en éprouveront nul dommage. Mais que la maternité demeure un épisode sans importance, nous aurions quelque peine à souscrire à cette affirmation, si une femme elle-même ne l'énonçait avec une conviction tellement sûre de soi, que tout essai de contradiction de notre part serait immanquablement taxé d'inconvenance.
Aux femmes qui pensent de la sorte, comment