‹ Erreurs, superstitions, doctrines médicalesChapitre 1 sur 31 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce livre est sans prétention aucune. Son cadre n'a pas été tracé d'avance ; il a grandi au fur et à mesure que l'auteur s'est trouvé dans des circonstances qui l'ont incité à mettre en parallèle le présent et le passé. Il lui a paru curieux, après avoir glané quelques absurdités dans ses tournées médicales, de mettre en regard le fait actuel avec le fait jadis. L'historien a été heureux de constater que ses contemporains ne sont pas plus que leurs ancêtres, entichés de superstitions, mais c'est avec regret qu'il a cru s'apercevoir que la forme seule avait changé, et que le fond reste toujours le même.

A la ville comme à la campagne, et dans les pays les plus déshérités, la même monnaie a toujours cours ; tel citadin qui rit de la bonhommie du paysan, lequel garde soigneusement en poche son petit bout de corde de pendu, ne se doute guère que le bonhomme des champs hausse les épaules quand le monsieur vient à l'entretenir des tables tour-

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nantes, des granules d'Hahnemann et des escargots sympathiques.

Le XIX® siècle, avec ses légitimes prétentions à une supériorité intellectuelle dont il a droit d'être fier, laisse encore bien des sites dans la pénombre ; d'autres, même, sont plongés dans une obscurité telle, qu'il est douteux que le contact de la lumière les ait jamais fait tressaillir.

L'erreur, la sottise, le préjugé sont continuellement à rudoyer la raison et s'opposent à son expansion, comme les murailles d'une ville de guerre à son développement.

C'est en médecine surtout que Tobservateur rencontre cette dépression de l'intelligence et ce manque absolu de raisonnement.

Ab ! c'est que la santé et la vie sont des biens tellement précieux, qu'il est peu d'âmes assez fortement trempées pour se poser froidement la terrible énigme de la mort ! Chacun, ainsi que le bon Horace, regarde comme bien ennuyeuse la fatale terminaison de la vie et, malgré que tous les jours la faux moissonne indifféremment autour de nous, jeunes et vieux, grands et petits, chacun a la prétention et l'immense désir d'échapper à la vilaine atteinte.

Puis, tant qu'on foule le sol, on se sent, on vit, on pense; on a bien quelques misères, des ennuis, des déceptions, mais on est là ; tandis que, cloué dans le

cercueil c'est le vide, l'anéantissement pour

l'éternité. Le croyant s'élève sans doute vers une autre vie, vers un paradis que sa religion, quelle

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qu'elle soit, lui laisse entrevoir : toutefois, malgré cette perspective, il n'a pas trop hâte d'aller tâter les douceurs d'outre^tombe. Aussi l'homme cherdbtet'il per fas et nef as à reculer le moment fatal.

Des littérateurs, des philosophes ont pris à partie cette défaillance de l'esprit humain ; les uns en ont disserté sur un ton de résolution triste, en excusant de leur mieux l'orgueilleux qui ne peut se décider à mourir. D'autres, comme Pline, ont trouvé de vigoureuses indignations pour stigmatiser la lâcheté de leurs contemporains, qui se vautrent dans les fanges les plus sales, afin de conserver un bien aliénable à chaque instant et qu'il vaudrait mieux, disent-ils, ne pas avoir reçu. Ils proclament que rien n'est supérieur à une mort hâtive, si ce n'est la faculté de sortir volontairement de la vie.

D'autres enfin, sceptiques et gouailleurs, dignes fils de Rabelais, et faisant autant fi que d'un poil de leur barbe, du grand Diol de l'enfer que du Créateur qu'ils ont désappris, rient toujours et de tout, jusqu'au moment où la toile tombe.

Quel donc sentier prendre ?

Le premier rend morose, le second excite la bile, le troisième fait passer la vie sans trop se soucier de l'avenir.

Celui qui a crayonné ces soirées s'est engagé par caractère dans le troisième chemin, mais sans toutefois s'aventurer dans l'insondable ; il estime que le croyant est heureux et que le sceptique a du courage. Sans trop se préoccuper de ce que réserve

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l'avenir par delà le tombeau, il a laissé trotter sa plume sous l'impression du moment ; tantôt sérieux tantôt gaulois, selon que le fait observé a fait vibrer la note gaie ou sévère.

L'étude des erreurs et des superstitions de l'âge passé et des temps modernes a naturellement éveillé chez l'auteur le désir de connaître l'état de la médecine pendant ce long période; il a voulu savoir ce que disait la science dans ses défaillances et ses splendeurs.

La science, quoique assez indifférente du tumulte et du bruit qui l'entourent, quoique ne se préoccupant que peu des sottises qu'elle coudoie, s'est fatalement ressentie du milieu dans lequel elle a vécu ; les œuvres de nos pères le démontrent assez clairement.

Science, art, littérature, religion, tout à de certaines époques est tombé dans un désarroi que n'explique que trop bien la vie matérielle et batailleuse des peuples.

La médecine, plus que toute autre branche des connaissances humaines, a subi ces vicissitudes, puisqu'elle est toujours à la recherche d'un inconnu qui toujours la fuit.

Le livre a donc été naturellement divisé en deux parties :

La première partie relate nombre de superstitions de l'antiquité, du moyen âge et des temps actuels.

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La seconde est un coup d*œil rapide sur l'histoire de la médecine, tel que cela convenait à Tensemble de l'ouvrage.

Le lecteur voudra bien ne pas chercher de méthode dans la première partie du livre, les faits ont été relatés au fur et à mesure qu'un incident leiï a rappelés.

On y retrace les jongleries des prêtres dans les temples, la scène de la guérison de Plutus par le vieil Aristophane ; l'état de la médecine romaine du temps de Caton ; il y est parlé des charmes, des amulettes ; puis vient l'empirisme, la cosmétique, le rôle des sages femmes, les précautions pour l'accouchement, les superstitions touchant les nouveaux-nés, etc.

Parfois l'auteur a fait l'école buissonnière et s'est permis quelques fugues, afin de rompre un peu le cercle des sottises inventées par les intéressés ; il a fureté les poètes latins, en tant que cela a rapport aux superstitions. Puis il est rentré dans son domaine pour toucher quelques mots des hermaphrodites, de la magie, des procès de sorcellerie et enfin de la théurgie actuelle.

Les sources sont nombreuses où les documents ont été puisés: Aristophane, Suétone, Galien, Pline, Plante, Térence et les autres poètes latins.

Arnoud de Ronsil nous a donné de précieux renseignements sur la condition des hermaphrodites. Eliphas Lévi et le regretté professeur Axenfeld, parmi les principaux, nous ont décrit la magie ; enfin le

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docteur Finot et le docteur Grellety nous ont édifié sur La médecine sacrée.

La seconde partie du livre, celle qui effleure les doctrines médicales, a et devait avoir une marche plus régulière ; c'est l'histoire à vol d'oiseau. Partant de la médecine sacrée et des philosophes, la chaîne se continue par Hippocrate, l'école d'Alexandrie, Aristote, Galien, les derniers médecins grecs, l'école de Salerne, l'ancienne Faculté de Paris ; puis, entrent en scène les théosophes, les chimistes, les mécaniques et enfin les deux grands agitateurs du siècle, Brown et Broussais.

Enfin l'auteur a indiqué les points de lutte entre Broussais et Laennec, entre l'infaillible, le pontife et le véritable observateur qui suivit avec tant de succès le chemin tracé par le Collège de France, dont la chaire médicale était, il y a quelques mois encore, illustrée par notre savant maître à tous, Claude Bernard.

Tel est le livre. Au lecteur de l'apprécier et de choisir quel sentier il doit suivre, pour se traiter et se guérir.

Février 1879.

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