LES CHOÉPHORES
Oreste, à l'époque où nous reporte la tragédie d'Agamenmon, est encore un entant, élevé en Phocide chez Strophios. Les Choéphores nous le montrent arrivé à l'âge d'honnne, et rentrant à Argos, sur l'ordre d'Apollon, pour venger son père. La pièce tire son nom du chœur de jeunes iilles qui accompa<;ne Electre, allant répandre des libations sur 1»* toud)eau jl'Agamenmon. Le sujet est aussi tragique que celui de la précédente tragédie, l'action est déjà assez conq)liquée; le principal élément est en la double reconnaissance d'Oreste, d'abord par sa sœur, ensuite par sa mère.
Dans la première scène, Oreste, qu'acconqiagne Pylade, vient déposer une boucle de cheveux sur le tond)eau de son père. A j)eine l'a-t-il fait, qu'il entend venir tout un cortège, et il se cache, tandis (ju'Klectre, suivie dos Choéj)hores (esclaves porteuses de libations), api)araît. ¥A\o est envoyée par Clytemnestre, qui, ellrayée par un songe, a chargé sa fille d'apaiser l'ombre d'Agamenmon par des ollVandes, qu'elle n'oserait porter elle-même. Electre offre les libations, mais en invoquant, dans une prière solennelle, la protection de son père, en
demandant le retour d'Oreste et le châtiment des coupables. A ce moment, elle aperçoit la boucle de cheveux déposée par Oreste.
Electre*. — Maintenant, mon père a reçu ces libations, qu'a bues la terre. Mais voici quelque chose de nouveau : écoutez.
Le Chœur. — Parle, mon cœur tressaille de crainte.
Electre. — Je vois là, sur le tombeau, une boucle de cheveux coupés.
Le Chœur. — De quel homme peuvent-ils être? ou bien sont-ils ceux d'une vierge à la large ceinture?
Electre. — Il n'est pas difficile, certes, de le deviner.
Le Chœur. — 11 faut donc que moi qui suis vieille je jne laisse instruire par toi, qui es plus jeune.
Electre. — Assurément ce n'est pas un de ceux du palais qui a pu déposer ici cette boucle !
Le Chœur. — Oui, ceux qui devraient déposer ici de telles offrandes sont les ennemis du mort qui repose ici.
Electre. — Ah! cette boucle, voyez, ressemble fort....
Le Chœur. — A quels cheveux resserable-t-elle? C'est là ce que je veux savoir.
Electre. — Aux miens mêmes. Oui, elle est toutepareille.
Le Chœur. — Veux-tu donc que ce soit une offrande furtive d'Oreste?
Electre. — Oui, ces cheveux ressemblent parfaitement aux siens.
Le Chœur. — Mais comment donc a-t-il osé venir ici?
Electre. — Sans doute il a envoyé ces cheveux, qu'il a coupés en l'honneur de son père.
1. Comparez à ce morceau la scène analogue de V Electre d'Euripide, traduite plus bas, où Euripide a critique sans pitié la reconnaissance imaginée par Eschyle. Comparez aussi, dans VÉleclrc de Sophocle, la reconnaissance d'Electre et d'Oreste, également traduite plus bas; c'est Iïj, plus pathétique des trois.