‹ Esclaves, serfs et mainmortables (volume 2)Chapitre 5 sur 87 · Hérodote, Histoires, II · texte numérisé non relu

Hérodote, Histoires, II

l’esclavage en orient et en GRÈCE. 13

de se soustraire à la réprobation qui pesait sur quiconque maniait un outil. Le travail manuel était devenu le lot presque exclusif des esclaves.

L’esclavage, dans l’antiquité, s’alimentait par deux sources principales : le commerce et la guerre. Celle-ci était la plus abondante : c’était le plus souvent de captifs que se remplissaient les marchés. Les sculptures et les peintures qui ornaient les palais, les temples et les tombeaux des bords du Nil, les bas-reliefs qui décoraient les immenses demeures royales des rives du Tigre et de l’Euphrate, les ruines de Ninive comme celles de Médinet-Abou, d’Ipsamboul, de Karnac, de Louqsor, nous montrent des peuples entiers emmenés en servitude par leurs vainqueurs. En Egypte, on ne se contentait même pas des esclaves que fournissait la gnierre proprement dite : “ La chasse à l’homme, dans les infortunées populations nègres du Soudan, s’organisait sur un pied monstrueux. Presque chaque année, de grandes razzias partaient de la province d’Éthiopie et revenaient traînant avec elles des milliers de captifs noirs de tout âge et de tout sexe, chargés de chaînes. Et les principaux épisodes de ces expéditions de négriers étaient sculptés sur les murailles des temples comme des exploits glorieux (1). » — Hélas ! rien n’est changé

1. François Lenormant, Histoire ancienne de V Orient jusqu’aux geurres médiques, Paris, 1882, t. II, p. 269-271.

ESCLAVES, SEKES, MAINMOKTABLES.

dans ces malheureux pays : seulement les expéditions de négriers s’organisent maintenant en secret, et l’on n’en sculpte pas les navrants épisodes sur les murailles des mosquées !

Nous connaissons, par des documents positifs, la condition des esclaves dans l’antique Égypte. Celle des esclaves domestiques paraît n’avoir point été très dure : Joseph ne fut point maltraité, et, quand son maître crut avoir à lui reprocher un crime, il se contenta de le jeter en prison. Mais les esclaves de l’État, les captifs employés aux corvées, condamnés aux travaux publics, obligés de creuser ces innombrables canaux qui répandaient Infertilité en Égypte, forcés à remuer ces montagnes de pierres qui, façonnées en pyramides, en colosses, en temples, en tombeaux, frappent de stupeur le voyageur moderne, contraints à cuire des briques et à construire des villes sous le bâton des gardes-chiourme, sentaient la servitude peser sur eux de tout son poids. On connaît les plaintes éloquentes de V Exode sur le sort que les Égyptiens avaient fait aux enfants d’Israël (1) : d’autres populations transplantées en Égypte eurent à souffrir des mêmes maux. « Dans les monuments du règne de Eâmes-sou (Ramsès), dit M. Lenormant, il n’y a pas une pierre, pour ainsi dire^ qui n’ait

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