Lois de
l'oUVEIER LIBEE. 103
décimée par la débauche, les combats de gladiateurs et les supplices, était considérable. De plus, à mesure que l'Évangile devint maître des coeurs, une des plaies les plus horribles de la civilisation païenne, l'abandon des enfants nouveau-nés, presque tous recueillis par des marchands d'esclaves, disparut peu à peu des mœurs publiques : ce fut une des plus touchantes victoires du christianisme restaurateur de la famille ; une des plus abondantes sources de l'esclavage fut ainsi tarie. Une seule demeura longtemps ouverte dans l'empire exposé aux incursions des barbares et aux dévastations de toute sorte : la misère ; mais là encore la charité chrétienne fit son œuvre, et, poussées par elle, les lois s'efforcèrent d'empêcher les parents pauvres de vendre leurs enfants.
Tout concourut donc à diminuer le nombre des esclaves. Quand nous regardons l'empire romain au quatrième et au cinquième siècle, nous y voyons beaucoup d'emplois, autrefois remplis par des esclaves, maintenant occupés par des hommes libres.
Il y a encore des esclaves dans les ateliers ; mais les hommes libres y sont entrés en gi^and nombre. Le joug de fer de la corporation s'appesantit avec une force inconnue jusque-là sur le patron, le chef d'industrie ; mais l'ouvrier libre existe. Le travail, au cinquième siècle, est devenu une soui^e de noblesse : une loi de 413 déclare que « l'exercice distingué
104 ESCLAVES, SEEFS, MAINMOETABLES.
d'un métier « peut conduire à la dignité de " comte du premier ordre. ??
Ce sont là les indices d'une grande révolution survenue dans les idées et dans les mœurs. Rome, au moment où naquit le Christ, professait pour le travail le même mépris que la Grèce : ses emperem'S, offrant un sacrifice expiatoire, faisaient écarter « les ouvriers et les esclaves, » dont les regards eussent souillé l'autel et l'holocauste. Cicéron, écho fidèle de la philosophie grecque, avait déclaré que « le travail des artisans est ignoble » et que " les ouvriers et les boutiquiers sont la lie de la cité. >5
Jésus-Christ vient au monde, il grandit dans la maison d'un charpentier, il est charpentier luimême, et l'on montrait au deuxième siècle de notre ère, selon le témoignage de saint Justin, des charrues que ses mains divines avaient fabriquées. Dès lors, le travail est réhabilité : « Que ceux qui vivent d'un art mécanique se consolent et se réjouissent, s'écrie Bossuet : Jésus-Christ est de leur corps (1). »
Les premiers chrétiens le sentent bien : il faut voir avec quelle fierté les Pères de l'Église acceptent les railleries des païens^ qui leur reprochent d'adorer le fils d'un charpentier, " le fils d'une pauvre ouvrière qui gagnait sa vie en fi-