‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 13 sur 118 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ARSINOÉ, LAYS, ÈSOPl.

! le Seigneur Esope en croit donc Stre quitte Pour m’avoir en passant daigné rendre visite ?

Et son zele se borne à me voir une fois ,

Après s’être éclipsé pendant cinq ou six mois !

Quoique pour lui parler tout le monde l’assiège.

Mon sexe et ma naissance ont quelque privilège. Quand j’estime quelqu’un je le vois plus souvent.

Vos bienfaits dans mon cœur sont gravés trop avant Pour ne pas avouer si je suis quelque chose Que vous seule aujourd’hui vous en êtes la cause.

Le poste où je me vois , n’est-il pas votre don ?

Et cependant , Madame , à quoi vous suis-je bon ?

Ke puis-je i votre gloire être d’aucun usage ?

A quoi m’éticz-vous bon avant votre voyage?

J’écoutois voÿ avis, estimés de chacun.

Ésope.

Vous les écoutiez tous , et n’en suiviez aucun.

Il a raison , Madame , et je no puis m’en taire.

Vous n’avez pas au monde un ami plus slnccre>

COMÉDIE héroïque, if

Il ne donne jamais que d’utiles avis ;

Et TOUS auriez i»en fait de les avoir suivis.

Il me prenoît, peut-6trc , en de méchantes heures,

OÙ mes raisons , La'û , me s’emblolem les meiliettres.

I L Aïs-

Je ne sais ; mais enfin vous avez des appas Çu’on auroit mis en œuvre , au lieu qu’il n*y sont pas. Vous seriez mariée , et contente.

AR s I N OÉ.

Peut-ctre.

Lorsque je le voudrai , ne le puis-je pas être ?

Oui , sans doute:, et choisit dans le rang le plut haut , Mais vous l’auriez été deux ou trois ans plutôt.

La jeunesse est , Madame , une saison bien chere ;

£t les momens qu’on perd ne se recouvrent gucre. Quelque beau petit Prince, au trône destiné ,

Four aller à la gloire , auroit l’heur d’5trc né

£t c’est pour un Etat un bien si nécessaire

Qu’on l’aimerok mieux fait que d’être encore â fairCt

Ces plausibles raisons pour le bien des Etats Souvent avec le coeur ne s’accommodent pas.

J’aime mieux un époux qui m’aime et qui me plaisfr. Que le trône d’Argos et que celui d’Ephèse.

Sans en savoir la cause , un mouvement secret Me fait de ma Patrie éloigner d regret:

U me semble qu’ ailleurs je sciois transplantée*.

t9 ÉSOPE A LA COUR,

Vous , Madame ? par -tout vous serez respectée.

En quelque lieu du monde où l’on vous puisse voir , Vous aurez sur les cœurs un absolu pouvoir.

Argos pour le mérite a de l’idolâtrie ;

Et de tous vos pareils le trône est la Patrie.

Vous seriez étrangère en un dégré plus bas.

l’amour seul du pays ne vous arrête pas :

Pour monter sur un trône il n’est rien qu’on ne quitte» Parions juste , Ciésus est d’un si haut mérite....

laïs

Seroit-ce un mal qu’un si grand Roi vous plût ? C’est un Prince accompli , si jamais il en fut ,

Que dans tous ses projets accompagne la Gloire >

Et qui semble à sa suite enchaîner la Victoire.

Le Roi d’ Argos est laid ; celui d’Ephese est vieux ;

Ne dissimulons point , Crésus vous siéroit mieux. Comme il est jeune et beau , vous êtes jeune et belle ,

Et TOUS seriez un couple à servir de modèle.

Vous voyez que je songe à vous fixer ici.

Eh 1 qui t’a commande de t'expliquer ainsi ?

Quand je puis obliger , ma joie est assez grande Pour n’attendre jamais que l’on me le commande.

Lui , comblé de vertus , tous , brillante d’appas ,

COMÉDIE Héroïque, «i

Cet hymen i tous deux ne vous ddplahoit pas.

Qui pourrez-vous trouver , vous et lui qui vous vaille ?

Ésope.

Je réponds du succès pour peu que j’y travaille , Madame; obligez-morde rr>c le commander.

Votre gloire est d’un prix à ne point hasarder ;

Et je vous dois assez pour oser vous promettre Que me la confier ce n’est point la commettre.

Est-il un sort plus beau que d’asservir trois Rois î Croyez-moi , hâtez-vous de choisir un des trois. L’ordinaire destin des Beautés difiîciles Est d’avoir des retours de chagrins inutiles :

Qui ne veut point d’un bien quand il le peut avoir.

Ne l’a pas quand il veut > comme vous allez voir.

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