PL E X I PE
On tenoit des discours et sans ordre et sans suite....
Soit qu’ on eût de la haine ou qu’on fût en courroux.
Je sais confusément qu’on médisoit de vous.
Je ne sais tien de plus dont je vous puisse instruire.
Ésope.
Si vous ne savez rien que me venez -vous dire ?
Pourquoi de mes amis me donner du soupçon ?
Croyez-vous ne manquer que de mémoire ?
Eh ! non.
Je suis fait comme un autre , et je ne puis comprendre Ce qui me peut manquer.
Esope.
Jcm’cn vais vous l’apprendre* LA MARCHANDISE DE MAUVAIS DÉBIT.
Fable.
Apollon et Mercure , étant brouillés U-haut ,
Kc savoient ici bas où donner de la tête;
Ils n’avoient point d’argent, et c’est un grand défauts Jamais de l’indigence on n’a chômé la fete.
Que deviendrons nous,, dic.cm-ils ,
COMÉDIE Héroïque. 17
»> Si Jupiter ne nous r’appdlc î »
ïaire des tours de main , aussi prompts que subtil* , Est un art où Me/cure excelle;
Mais il craignoit les Algoüazils ,
Et s’il se rencomroit sous leur patte cruelle »
De mettre en oeuvre les outila De la justice criminelle.
L’ingenicuse pauvreté ,
Qui pour vivre de tien , rêve , invente , s'exerce •
Leur fit voir plus de sûreté A faire un louable commerce;
‘ Mais comment ? ils n’ont rien , argent , fonds • ni crédil» Pendant cet embarras il arrive une Foire.
Apollon s’avisa de vendre de l’esprit ,
Et Mercure de la Mémoire.
Après s’être postés dans l’endroit le plus beau ,
Pour attirer du Peuple et de la Chalandise ,
Chacun dans un Ecriteau Etala sa Marchandise.
Mais à peine Mercure a-t-il planté le sien Que de toute la Foire il attire la foule :
Le Monde vient , s’en va , puis revient , et s’écoule» . Sans diminuer en rien.
Le Marchand de Mémoire en fournit la Contrée •
Mais le Marchand d’Espric à peine fut-il vû;
Il vendoit une Denrée Dont le plus idiot croit être assez pourvû.
Il s’écrie , il s’emporte , il sc rompt la' cervelle *
«( M.cssieurs , dit-il , Messieurs, tournez ici vos p*»î a De quoi la Mémoire sert-elle y
Cij
x8 ÉSOPE A LA COUR.
» Quand l’Esprit, par malheur, ne l’accompagne pas > « Il eut beau faire et beau dire ,
Beau se plaindre et fulminer ,
Apollon , avec sa lyre ,
S’en alla sans étrêner.
Il n’est pas mal aisd de croire Que de sa Marchandise il n’eût point de ddbit ;
On dit à tout moment qu’on n’a point de Mémoire >
It l’on ne dit jamais que l’on n’a point d’Esprit,
Si l’on tenoit encore une pareille Foire Vous iriez à grands pas vous fournir de Mémoire i Et quelque bon marché qu’ApolIon vous offrît Vous n’en feriez pas un pour avoir de l’Esprit.
Est-ce en avoir une once et le mettre en usage'
Que de faire à la Cour un si bas personnage )
Ceux dont vous observez les discours et les pas Ou sont vos ennemis , ou bien ne le sont pas.
S’ils sont vos ennemis , la passion vous guide ;
Si ce sont vos amis , c’est leur être perfide ;
Et de tous les emplois le plus lâche aujourd’hui Est d’être l’espion des paroles d’autrui.
Plus sincere que vous je dis ce que je pense.
rattendois de mon zelc une autre récompense.
Quand j’aurois un trésor à mettre en votre main ,
Vous manquez de Mémoire , et l’oubliricz demain» C’est perdre ses bienfaits que de les mal répaudtc*
COMÉDIE Héroïque,