SCENE VII
CRÉSUS, ARSINOÉ, ESOPE, RODOPE, TIRRENE, TRASIBULE, GARDES.
C R és V s.
E H ! bien , Ésope, à quoi les as-tu condamnés ? Dans mes premiers transports me trouvant trop ^ craindre ,
Te me suis retiré pour ne pas te contraindre.
As-tu vengé sur eux ton honneur otfensé ?
Parle.
ÉSOPE
Je n’ai , Seigneur , encor rien prononcé.
Peut-être que mon cœur pénétré de l’ofFensc, Sous le nom de justice useroit de vengeance ;
Et que de ma rigueur , bien loin de me louer » Vous n’hésiteriez pas à me désavouer.
C R É s ti s.
Te désavouer ! moi , qui t’estime , qui t’aime Et qui prends à ton sort plus de part que toi même i Je suis en ta faveur prêt i souscrire à tout«
COMÉDIE HÉUOIQUe!
Ésope.
Ils n*ont rien épargné pour me pousser à bout. Permettci qu’à mon tour , Seigneur , je îcs y pousse î Un outrage est sensible , et la vengeance est douces C R é s U s.
La tienne est toute juste, ou l’on n’en vit jamais.
Ésope.
Me la permettcz<vous ?
Oui, je te la permets.
Venge-toi , tu le peux , tu le dois ; je l’ordonne.
Ésope.
Puisque je puis user du pouvoir qu’on me donne :
Je les condamne donc , dussé-je 6tre trahi ,
A ticher à m’aimer autant qu’ils m’ont bai.
A l’égard de leur bien , loin d’y vouloir prétendre.
Je les condamne aussi , Seigneur , à le reprendre :
Si votre ordre contre eux avoir tout son effet,
Leurs cnfanssouffrlroient d’un mal qu’ils n’ont pas fait; ■Enfin , je les condamne à n’avoir de leur \’ie De l’emploi que j’occupe une imprudente envie.
Un ministre honnête homme , et qui fait son devoir. Est lui-même accablé sous un si grand pouvoir. Quoiqu’avant le soleil tous les jours il se leve ,
Jusqu’à ce qu’il se couche il n’a ni paix , ni trêve;
Et durant la nuit même , attentif à prévoir.
Le repos de l’État l’empêche d’en avoir.
Du plus foibic parti souffrez que je me range ,
Et que ce soit ainsi , Seigneur , que je me venge.
Ils avolcntde la joie à causer mon' malheur,
Et j’aurois du chagrin si je causois le leur.
ii8, ÉSOPE A’ LA COUR,'
Non , je prétensk au moins , que leurs biens t’appar^ tiennent.
Que voulez-vous, Seigneur, que sans biens ils deviennent ?
Etre de qualité , sans du bien , c’est un sort.
Pour peu qu’on ait de coeur, plus cruel que la mort. - Il suffit qu’à vos yeux je ne sois point coupable :
La vengeance facile est honteuse et blâmable.
C’est un honneur pour moi préférable à leur bien, f De pouvoir me venger et de n’en faite rien.
Tandis que la balance est encor suspendue ,
Donnez à vos bontés toute leur étendue.
Les Rois , comme les Dieux » sont faits pour pardonner.
Ah c’en esc trop , Seigneur \ quoi qu’on puisse ordonner , .
Quelque punition qui suive notre crime,
La plus dure à souffrir esc 1 a plus légitime.
De la bonté d’Ésope étonnés et confus Nous ne pouvons tenir contre tant de vertus.
Trasibulx.
Oui , Seigneur , de son bien avides l’un et l’autre»
C’est à lui justement qu’appartient tout le nôtre.
Vous avez fait la loi , nous y sommes soumis.
É s OPE.
Non , laissez-mo.i , Seigneur , acquérir deux amis 1 Si jamais mon service eut le bien de vous plaire , Accordez-moi , Seigneur , leur grâce pour salaire t C’est une rc'compense un peu forte pour moi i
COMÉDIE héroïque, ii;^
Mais un Roi doit toujours récompenser en Roi.
Par leur confusion , leurs remords > leurs alannes y Leur crime n’est-il pas expié ?
Tu me charmes i
A remplir tes désirs je n’ai tant hésité Que pour voir jusqu’au bout ta générosité,...
( Aux deux Courtisans, )
Trasîbule , Tirrene , Ésope vous pardonne .
ït j’aime à profiter des exemples qu’il donne.
Quel sujet fut jamais plus utile i son Roi ?...
( A Arsinoé. )
Mais de tous scs conseils le plus charmant pour moi » Madame , c’est celui que son xele me donne De vous sacrifier Argie et sa couronne ,
Plus heureux d’etre esclave en de si beaux liens Que de me voir un jour maître des Phrygiens 1
Arsinoé.
Quelle faveur pour moi qu’un pareil sacrifice î D’Ésope , à qui je dois cet important service ,
Paires que la fortune arrive au plus haut point.
Eh 1 quel bien puis- je faire à qui n’en cherche point ?
Je ne sais qu’un plaisir que je lui puisse faire :
Comme à toute ma cour , Rodope a su lui plaire ,
Et je veux que demain , au meme autel que nous....
ETous avons y elle et moi , trop de respect pour vous>
Et le ciel entre nous , Seigneur , met trop d’espace
Iio ÉSOPE A LA COUR, &ej
Pour oser accepter une pareille grâce, t Ce seroit un org\ieil inexcusable à moi De joindre mon hymen à celui de mon Roi ÿ Quelque mois de délai, loin de fâcher Rodopc....