LA COMTESSE, CHICANEAU
Chicaniav.
3\^abamï. , on n’entre plus.
La Comtkssï,
Eh ] bien, l’ai-je pas dit > Sans mentir, mes valets me font perdre l’esprit.
Pour les faire lever, c’est en vain que je gronde :
Il faut que, tous les jours, i’évcille tout mon monde. CHICANEAU.
Il faut absolument qu’il se fasse cdlcr. , i
U îj
,e LES PLAIDEURS;
La Comtesse.
Pour moi , depuis deux jouis , je ne lui puis parler,
Ma partie est puissante , et j’ai lieu de tout craindre.
La Comtesse.
Après ce qu’on m’a fait , il ne faut plusse plaindre.
ChigaNEaU, Viaierrompant,
Si pourtant , j’ai bon droit.
La Comtesse^
Ah! Monsieur, quel aitSt i CkiCANEAU, l'interrompant.
Je m’en rapporte à vous. ÉcouteT. , s’il vous plaît.
La Comtesse.
Il faut que vous sachiez , Monsieur, la perfidie. . , .
Chicaneau, l'interrompant.
Ce n’est rien dans le fonds
La Comtesse,
Monsieur, que je vous die...
Chicaneau, l'interrompant.
Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en çà ,
Au travers d’un mien pn5 certain Ânon passa ,
S’y vautra, non sans faire un notable dommage ,
Dont je formai ma plainte au Juge du village.
Je fais saisir l’ânon. Un expert est nommé ;
A deux bottes de foin le dégât estimé ;
Enfin, au bout d’un an , sentence par laquelle Nous sommes renvoyés hors de Cour. J’en appelé» Pendant qu’à l’Audience on poursuit un arrêt. Bemarquez bien ceci , Madame , s’il vous plaît,
Notre ami Drolichon , qui n’est pas une bëte »
COMÉDIE. rr
Obtient, pour quclqu’avgcnt , un arrêt sur requête ,
Et je gagne ma cause. A cela que fai^on î Mon chicaneur s’oppose à l’exécution.
Autre incident. Tandis qu’au procès on travaille »
Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille.
Ordonné qu’il sera fait rapport à la Cour
I)u foin que peut manger une poule en un jour.
Le tout joint au procès , enfin , et toute chose Demeurant en état , on appointe la cause.
Le cinquième ou sixième Avril, cinquante six.
J’écris sur nouveaux frais. Je produis , je fournis De dits-, de contredits , enquêtes, compulsoircs , Happons d’experts , transports, trois interlocutoires. Griefs et faits nouveaux , baux et procès-verbaux. ‘ J’obtiens lettres royaux , et je m’inscris en faux. Quatorze appointemens , trente exploits, six instances , Six-vingt productions, vingt arrêts de défenses ,
Arrêt enfin. Je perds ma cause, avec dépens ,
Estimés environ cinq à six mille francs.
Est-cc là faire droit? Est-ce là comme on juge,
. Après quinze ou vingt ans ? Il me reste un refuge :
La requête civile est ouverte pour moi î
Je ne suis pas rendu... Mais , vous , comme je voî ,
Vous plaidez ? '
La Comtesse,
Plût à Dieu !
CniCANEAU.
J’y brûlerai mes livres! , La Comtesse.
Je,...
B iij
it LES PLAIDEURS»
Chicaneav.
Deux bottes de foin cinq à six mille livres J La Comtesse.
Monsieur , tous mes procès alloicnt être finis :
Il ne m’en restoit plus que quatre ou cinq petits* L’un contre mon mari , l’autre contre mon perc Et contre mes enfans. Ah i Monsieur, la misère 1 Je ne sais quel biais ils ont imaginé ,
Ni tout ce qu’ils ont fait; maison leur a donné Un arrêt par lequel , moi vêtue et nourrie ,
On me défend , Monsieur , de plaider de ma vie i
De plaider !
Chicaneav.
La Comtesse,
De plaider.
Certes , le trait est noit !
J’en suis^ surpris,
La Comtesse.
Monsieur , j’en suis au désespoir,.
Chicaneav.
Comment! lier les mains aux gens de votre sorte Mais , cette pension , Madame, cst-cllc forte î
La Comtesse.
Je n'en vivrois. Monsieur , que trop honnêtement 5 Mais vivre , sans plaider , est-ce contentement J Chicaneav.
Des chicaneurs viendront nous manger jusqu’à l’ame »
COMÉDIE
Et nous ne dirons mot?.,. Mais > s’il vous plaît , Madame y
Depuis quand plaidez-vous ?
La Comtïsse.
II ne m’en souvient pas.
Depuis trente ans , au plus.
Ce n’est pas trop.
La C o m t 1 s s' b.
Hélas !
Chicaniau.
Et quel âge avez-vous? Vous avez bon visage.
La Comtesse.
Ih ! quelque soixante ans.
Chicaniau.,
Comment î c’est le bel
Pour plaider.
La Comtesse.
Laissez faire , ils ne sont pas au bouti ry vendrai ma chemise; et je veux rien , ou tout*
Madame , écoutez-moi : voici ce qu’il faut faire-.
La Comtesse.
Oui , Monsieur, je vous crois, comme mon propre pcrc* Chicaneav.
T’irois trouver mon Juge...
La Comtesse, l ' interrompant »
Oh ! oui , Monsicuj: , j’irai.
Chicaneav.
Me jeter à ses pieds....
ip LES PLAIDEURS,
L* COMTÏSSÏ, l’interrompant» ,,
Oui , je m’y jetterai •
fc l’ai bien résolu.
CnicAKEAtr.
Mais daignez donc m’entendre.
LaComtzsse. î
Oui , vous prenez la chose ainsi qu’il la faut prendre.
Chicaniau.
Avez-vous dit , Madame?
La Comtesse.
Oui.
Chicaneau.
J’irois , sans façon ,
Trouver mon luge....
La Comtessc, l'interrompant.
' ■ Hélas î que ce Monsieur est bon î
Si vous parlez toujours , il faut que je me taise. LaComtesse.
Ah I que vous m’obligez! je ne me sens pas d’aise. Chicaneau.
J’irois trouver mon Juge , et lui dirois....
La Comtesse, l'interrompant.
Oui.
Chicakeav.
Voü... ■ V
Lt lui dirois. Monsieur....
La Comtesse, l’interrompant.
Oui , Monsieur.
tl
COMÉDIE
e H I C AN E AU,
liez-mot...