‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 73 sur 118 · LA COMTESSE, CHICANEAU · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, CHICANEAU

Chicaniav.

3\^abamï. , on n’entre plus.

La Comtkssï,

Eh ] bien, l’ai-je pas dit > Sans mentir, mes valets me font perdre l’esprit.

Pour les faire lever, c’est en vain que je gronde :

Il faut que, tous les jours, i’évcille tout mon monde. CHICANEAU.

Il faut absolument qu’il se fasse cdlcr. , i

U îj

,e LES PLAIDEURS;

La Comtesse.

Pour moi , depuis deux jouis , je ne lui puis parler,

Ma partie est puissante , et j’ai lieu de tout craindre.

La Comtesse.

Après ce qu’on m’a fait , il ne faut plusse plaindre.

ChigaNEaU, Viaierrompant,

Si pourtant , j’ai bon droit.

La Comtesse^

Ah! Monsieur, quel aitSt i CkiCANEAU, l'interrompant.

Je m’en rapporte à vous. ÉcouteT. , s’il vous plaît.

La Comtesse.

Il faut que vous sachiez , Monsieur, la perfidie. . , .

Chicaneau, l'interrompant.

Ce n’est rien dans le fonds

La Comtesse,

Monsieur, que je vous die...

Chicaneau, l'interrompant.

Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en çà ,

Au travers d’un mien pn5 certain Ânon passa ,

S’y vautra, non sans faire un notable dommage ,

Dont je formai ma plainte au Juge du village.

Je fais saisir l’ânon. Un expert est nommé ;

A deux bottes de foin le dégât estimé ;

Enfin, au bout d’un an , sentence par laquelle Nous sommes renvoyés hors de Cour. J’en appelé» Pendant qu’à l’Audience on poursuit un arrêt. Bemarquez bien ceci , Madame , s’il vous plaît,

Notre ami Drolichon , qui n’est pas une bëte »

COMÉDIE. rr

Obtient, pour quclqu’avgcnt , un arrêt sur requête ,

Et je gagne ma cause. A cela que fai^on î Mon chicaneur s’oppose à l’exécution.

Autre incident. Tandis qu’au procès on travaille »

Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille.

Ordonné qu’il sera fait rapport à la Cour

I)u foin que peut manger une poule en un jour.

Le tout joint au procès , enfin , et toute chose Demeurant en état , on appointe la cause.

Le cinquième ou sixième Avril, cinquante six.

J’écris sur nouveaux frais. Je produis , je fournis De dits-, de contredits , enquêtes, compulsoircs , Happons d’experts , transports, trois interlocutoires. Griefs et faits nouveaux , baux et procès-verbaux. ‘ J’obtiens lettres royaux , et je m’inscris en faux. Quatorze appointemens , trente exploits, six instances , Six-vingt productions, vingt arrêts de défenses ,

Arrêt enfin. Je perds ma cause, avec dépens ,

Estimés environ cinq à six mille francs.

Est-cc là faire droit? Est-ce là comme on juge,

. Après quinze ou vingt ans ? Il me reste un refuge :

La requête civile est ouverte pour moi î

Je ne suis pas rendu... Mais , vous , comme je voî ,

Vous plaidez ? '

La Comtesse,

Plût à Dieu !

CniCANEAU.

J’y brûlerai mes livres! , La Comtesse.

Je,...

B iij

it LES PLAIDEURS»

Chicaneav.

Deux bottes de foin cinq à six mille livres J La Comtesse.

Monsieur , tous mes procès alloicnt être finis :

Il ne m’en restoit plus que quatre ou cinq petits* L’un contre mon mari , l’autre contre mon perc Et contre mes enfans. Ah i Monsieur, la misère 1 Je ne sais quel biais ils ont imaginé ,

Ni tout ce qu’ils ont fait; maison leur a donné Un arrêt par lequel , moi vêtue et nourrie ,

On me défend , Monsieur , de plaider de ma vie i

De plaider !

Chicaneav.

La Comtesse,

De plaider.

Certes , le trait est noit !

J’en suis^ surpris,

La Comtesse.

Monsieur , j’en suis au désespoir,.

Chicaneav.

Comment! lier les mains aux gens de votre sorte Mais , cette pension , Madame, cst-cllc forte î

La Comtesse.

Je n'en vivrois. Monsieur , que trop honnêtement 5 Mais vivre , sans plaider , est-ce contentement J Chicaneav.

Des chicaneurs viendront nous manger jusqu’à l’ame »

COMÉDIE

Et nous ne dirons mot?.,. Mais > s’il vous plaît , Madame y

Depuis quand plaidez-vous ?

La Comtïsse.

II ne m’en souvient pas.

Depuis trente ans , au plus.

Ce n’est pas trop.

La C o m t 1 s s' b.

Hélas !

Chicaniau.

Et quel âge avez-vous? Vous avez bon visage.

La Comtesse.

Ih ! quelque soixante ans.

Chicaniau.,

Comment î c’est le bel

Pour plaider.

La Comtesse.

Laissez faire , ils ne sont pas au bouti ry vendrai ma chemise; et je veux rien , ou tout*

Madame , écoutez-moi : voici ce qu’il faut faire-.

La Comtesse.

Oui , Monsieur, je vous crois, comme mon propre pcrc* Chicaneav.

T’irois trouver mon Juge...

La Comtesse, l ' interrompant »

Oh ! oui , Monsicuj: , j’irai.

Chicaneav.

Me jeter à ses pieds....

ip LES PLAIDEURS,

L* COMTÏSSÏ, l’interrompant» ,,

Oui , je m’y jetterai •

fc l’ai bien résolu.

CnicAKEAtr.

Mais daignez donc m’entendre.

LaComtzsse. î

Oui , vous prenez la chose ainsi qu’il la faut prendre.

Chicaniau.

Avez-vous dit , Madame?

La Comtesse.

Oui.

Chicaneau.

J’irois , sans façon ,

Trouver mon luge....

La Comtessc, l'interrompant.

' ■ Hélas î que ce Monsieur est bon î

Si vous parlez toujours , il faut que je me taise. LaComtesse.

Ah I que vous m’obligez! je ne me sens pas d’aise. Chicaneau.

J’irois trouver mon Juge , et lui dirois....

La Comtesse, l'interrompant.

Oui.

Chicakeav.

Voü... ■ V

Lt lui dirois. Monsieur....

La Comtesse, l’interrompant.

Oui , Monsieur.

tl

COMÉDIE

e H I C AN E AU,

liez-mot...

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