SCÈNE DEUXIEME
CRÉSUS, RHODOPE, puis SOPHION
CRÉSUS
Ah ! c'est toi! Je te vois enfin, rose fleurie, Et je sens aussitôt ma tristesse guérie. Ma Rhodope, j'ai cru que tu me fuyais !
RHODOPE
Moi!
Non pas. Mais je pleurais sur ton esclave.
{Entre Sophion.)
sophion, à Crésus.
Roi, Nous venons d'arrêter un espion, un Perse, Fomentant parmi nous la trahison perverse. Il semble que sa main puise dans un trésor ; Moi-même, je l'ai vu distribuer de l'or. Tout d'abord, il avait dessiné de fidèles Images de nos monts et de nos citadelles, Car il errait sous nos murailles, dès hier. Et d'ailleurs, il n'a rien nié, car il est lier
Et ne désire pas que le Roi lui pardonne.
{Tirant des tablettes de son sein).
On a trouvé sur lui ces tablettes.
CRÉSUS
Ah ! donne- Les.
{Sophion donne les tablettes au Roi qui les lit avec une violente émotion).
(A Rhodope.) Oh ! je vois cela de mes yeux ! Oui, mes deux Ministres, Cydias, Orétès ! — cœurs hideux ! Cœurs vils ! Oui, comme des marchands font leur commerce Ils ont vendu ma chair et mon sang à la Perse, Et pour m'avoir livré, moi ! ces bouchers sanglants, Vont recevoir chacun — c'est écrit — dix talents !
(Montrant de nouveau les tablettes).
C'est là! — Mais je ferai dévorer leurs mains viles Par les chiens vagabonds qui passent dans mes villes !
RHODOPE
Ainsi, les voilà pris dans leurs complots honteux. Qui donc calomniait Ésope ? Ce sont eux, Ces tigres affublés d'une figure humaine ! Mais, Roi, tu vois bien qu'il est innocent 1
crésus, à Sophion.
Amène L'homme.
{Sophion sort).
0 destin farouche 1 0 douloureux ennuis!
(Sopliion rentre, amenant Saroulkha. D'un geste, Crésus ordonne à Sophion de sortir).