PARTIE MONTAGNEUSE DU JARDIN D'ESSAI
plantes exotiques du Jardin inférieur offrent de si nombreux et de si frappants exemples. Moins encore que dans ce dernier, la répartition des plantes est assujettie ici à un ordre systématique quelconque; les diverses formes végétales s'y trouvent disséminées de manière à rappeler, non la main de l'homme, mais plutôt Faction indépendante, souvent capricieuse, de la nature. Au reste, ce cachet de spontanéité particulier à l'ensemble du Jardin d'essai, est parfaitement d'accord avec le mode de culture des plantes qui, malgré les provenances les plus diverses, se développent toutes en pleine terre avec la même vigueur. Aussi, lorsque, habitué à la symétrie artificielle de nos jardins, le visiteur européen, tout en pouvant quelquefois être choqué de l'état d'abandon où se trouvent plusieurs allées et sentiers du Jardin inférieur, envahis par les mauvaises herbes (dont quelques-unes ne seraient pas considérées comme telles en Europe), se réconciliera cependant aisément avec ces petites négligences, en considérant que, jusqu'à un certain point, elles contribuent à rehausser la physionomie de spontanéité, si caractéristique pour l'établissement algérien, où la nature seule parait dominer avec ses désordres et ses inégalités apparentes.
Parmi les arbres qui jouent un rôle saillant dans le Jardin supérieur \ figurent en premier lieu le Grevillia robusta et les espèces diverses d'Eucalyptus. Le premier borde l'allée par laquelle on commence à gravir les terrasses. Cette Protéacée a été plantée il y a dix ou douze années et forme aujourd'hui des arbres magnifiques (de 9 mètres de hauteur), dont les feuilles, élégamment découpées, laissent briller leurs surfaces argentées. À la fin de janvier, je vis le sol jonché de ses follicules noires parfaitement mûres, associées aux cupules de X Eucalyptus globulus, à disques hérissés de longues étamiues blanches.
Parmi les autres arbres se font remarquer : de beaux Araucaria, dont l'A. Cunninghamii a lm,5 de circonférence et 18 mètres de hauteur; de nombreux représentants de Protéacées, ainsi que plusieurs espèces d'Acacia (une douzaine au
moins), dont une australienne, Acacia retinoides, se reproduit spontanément.
De même que la partie basse, la partie montagneuse du Jardin d'essai est partout envahie par XOxalis cernua, plante originaire du Cap, et dont l'acclimatation en Algérie ajoute un fait de plus au curieux phénomène qui s'est reproduit sur plusieurs points de l'Europe, où des plantes étrangères au pays ont été involontairement transportées par mer ou par terre et à la suite de causes les plus diverses â.
L'introduction de XOxalis cernua a probablement été occasionnée par l'envoi du Cap au Jardin d'essai de diverses plantes de cette région que possède ce dernier. Ce qui semblerait le prouver, c'est que celte Oxalidée est particulièrement abondante dans le Jardin, d'où elle se sera répandue sur d'autres points des environs d'Alger; aussi pullule-t-elle surtout dans les parages limitrophes du Jardin, tels que les hauteurs du Moustapha supérieur; mais, autant que j'ai pu l'observer, elle ne s'étend guère au delà d'El-Biar, et je ne me rappelle pas l'avoir vue nulle part sur le mont Bouzaréa.
En dehors de YOxalis cernua, plusieurs plantes réellement indigènes, dont quelques-unes fort intéressantes, croissent en grand nombre sur les coteaux du Jardin supérieur. Je mentionnerai les suivantes, que j'ai pu y observer en fleur à la fin de mars et au commencement d'avril : Salvia hormininm, cultivée en Europe comme plante ornementale; Lithospermum apulum, Vicia peregrina, Serapias lingua et cordigera, une variété de YOrckis fusca et un grand nombre ftOphrys antropophora; cette dernière Orchidée, remarquable par sa forme originale, l'est encore plus par les propriétés aromatiques qu'acquièrent ses feuilles à la suite d'un procédé de dessiccation et de la fermentation qui en résulte. M. le professeur Durando, qui décrit ce procédé très simple f, nous apprend que les feuilles
1 . Dans mon édition française de la Végétation du Globe par A. Grisebach j'ai signalé (vol. I, p. 304-305) les plus importantes florules adventivcs connues en Europe.