GOYA
1 absence de deux ans. Mengs, qui voulait vivifier la manufacture de tapis de Santa Barbara, rappelle auprès de lui le jeune peintre et le charge de composer une suite de cartons. Ce sont : le Déjeuner sur l'herbe, la Danse au bord du Manzanares, la Balançoire, la Dispute à l'auberge neuve, la Noce villageoise, le Colin-maillard, une collection de quarante sujets riants et gracieux. A partir de I 79 1 , Goya traite avec non moins de fraîcheur et d'entrain, mais avec une technique plus soignée, une série de vingt-deux petits tableaux commandés par le duc d'Ossuna et dont les sujets sont également populaires.
Le coloris en est clair et nacré ; les types sont étudies avec malice.
Dans l'Enterrement de la sardine, l'Inquisition, la Maison des
Fous, les Flagellants, apparaissent l'esprit frondeur et le sens du
tragique qui caractérisent les
dessins satiriques de l'artiste
connus sous le nom de capri-
chos, les eaux-fortes et les
compositions historiques. Les
portraits de \' Infant D. Luis
et de sa famille, du Comte de
Florida Blanca (1783), du
Général Urrutia (1798), du
Duc d'Albe (1799), de la
Famille de Charles IV {\ 800),
de la Marquise de Espega
(fîg. 589), d'Isabel Cobos de
Porcel (pi. IV), de la Belle
Libraire (fig. 590), les portraits
équestres de Charles IV et de
la Reine Maria Luisa en
colonel des Gardes (fig. 593)
Fir,. 600. — LopEz. — Portrait de Uoya. (Mtisie du l'rado.) (Cliché Lacoste.)
FiG Ooi — Porcelaine de
l'ancienne fabrique du
BuEN Retiro.
(Musée du l'rado.) ((.liché Lcicuste.)
ESPAGNE
du Corps font parfois songer à Rembrandt et a Velasquez, tandis que le Jeune homme en gris, le portrak du peintre Bayen (fig. 591) et même celui de Ferdinand Guillemardet, ambassadeur de France a Madrid en 1 798 (fig. 592), rappellent plutôt par la transparence et la légèreté de touche les œuvres de Reynolds et d Hogarth. Goya disait qu'il devait tout a Rembrandt, à Velasquez et a la nature. Cette dernière lui avait appris la sincérité, et il la pratiquait sans concessions, quoi qu il en pût coûter de désillusion à ses modèles et quel que fût leur rang social. Le portrait de la Sœur de Charles IV en témoigne
tout comme le visage tourmenté de Maria Luisa. Aussi bien, faut-il
croire l'artiste quand il incarne les séductions de l'Espagnole dans
ses jeunes femmes (fig. 594) et dans
ses majas (fig. 595, 596). La Maja
desnuda n'est peut-être pas belle
d une beauté classique ; du moins,
elle est mille fois dangereuse avec
sa peau de nacre, ses seins et ses
hanches menus, sa lourde chevelure
et ses yeux pleins de promesses.
Rien de plus vaillant, dans son
calme souriant, que la Jeune Tarera
(fig. 597), rien de plus charmant
aussi que les manolas sensuelles et
voluptueuses qui, sur le dôme de
la chapelle de la Florida, près de
Madrid, considèrent saint Antonin
ressuscitant un mort et que ces anges
au visage délicat, au teint fardé, qui
soutiennent le coupole et qu'il étudia
d après les comédiennes réputées pour
Fig. Go2. — ^'ASE en faïence
DE TaLAVERA.
(Musée du Prado.)
PEINTUKI-.S m.l.K.IEVSr.S DE COY A
Vu
6o3. — IlERCin.K DÉLIVRANT HÉSIONE. PORCKI.AINE DI-; I.A MoNCl.OA.
iMiliiée dti l'raAit.) iCliclic I ac'islt:)
leurs attraits.
L'on a reproché à Goya d'avoir ouvert le paradis à des célébrités bien profanes. La vérité est que nul artiste en Espagne n'eut moins que lui le sens du religieux. Le Triomphe Je la Vierge de Nuestra Senora del Pilar, le Saint Bernardin de
San Francisco el Grande, le Saint François Borgia de la cathédrale de Valence sont des compositions froides et pourtant païennes. Peut-être Goya ne parvint-il jamais à traduire l'état de béatitude et de pureté célestes parce que chez lui l'imagination ne se substituait jamais aux yeux. De même qu il ne déguisa lamais la venté, fût-ce devant des modèles princiers ; de mérne, il aperçut le paradis à
travers îe théâtre et le peupla des anges qu'il eût aimé y rencontrer ; de même, aussi, ses tableaux reflètent deux périodes bien opposées de l'existence politique du pays. Au début de sa carrière, il rend à miracle la douceur de vivre que connut l'Espagne sous les règnes de Charles III et de Charles IV. De cette époque datent la Promenade en Andalousie, le Jeu de paume, la Boutique de faïences, la Moisson, la Fleuriste, le Colin- Maillard, les Lavandières du Manzanares, la Balançoire. Mais soudain l'horizon s'obscurcit, l'orage gronde, éclate et tantôt avec le pinceau, tantôt avec la pointe, Goya se consacre à reproduire les tragédies qui, depuis
FiG. 604. — Vase.
(Cathédrale de Burgos.)
(Cliché Lacoste.)
ESPAGNE
l'émeute d'Aranjuez jusqu'à la fin de 1814, ensanglantèrent sa patrie et, soit qu'il peigne ou qu'il grave, il n'atténue ni la férocité sauvage, ni l'héroïsme sombre de l'àme épique de l'Espagne. Les tableaux dits du Dos de Mayo (2 Mai), tels que les Fusillades sur la montagne del Principe, la Charge des Mamelucks, témoignent que du paradis il est descendu aux enfers sans transition ni retour vers un passé évanoui.
Le dernier peintre que l'on puisse rattacher à cette période fut Vicente Lôpez y Portana (Valence, 1772 : Madrid, 1850), un portraitiste de grand talent devant qui posèrent le duc de l'infantado, la reine Christine et Goya (fig. 598 à 600).
En 1 720, Philippe V fondait a Madrid la manufacture de Santa Engracia, que Charles 1 1 1 favorisa plus tard et qui exécuta, d'après Goya, les tapisseries du palais de l'Escorial. Les installations des fabriques de porcelaine du Buen Retiro, d'Alcora de Talavera et de Moncloa (fig. 601 à 603), furent dues aux mêmes influences souveraines. Il en sortit des œuvres charmantes, qui font souvenir parfois de l'excellence de 1 Espagne dans la statuaire polychrome mais dont la technique resta française. Les sculpteurs et les peintres ornemanistes de toute classe atteignirent eux aussi à la perfection (fig. 604) et, comme les céramistes, suivirent de près les routes tracées par leurs confrères d'au delà des Pyrénées.
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FiG. 6o5. — Porte de Tolède, a Madrid. (Cliché Lacoste)