TAG E IVAN
continues des berceaux sont concentrées en partie sur des contreforts et, pour le surplus, sont annihilées par la poussée contraire des demi-coupoles agissant a la manière des arcs-boutants. C'est mieux que la solution proto-romane de birouz- Abàd et d'Hatra ; c'est le germe de la solution gothique.
Les architectes perses ne s'arrêtèrent pas à mi-chemin. J ai en effet découvert au Nord-Ouest de Suse, sur le bord de la Kerkha, un autre palais sassanide, le Tag-è Ivan, composé d'une longue galerie dont la structure savante fut une révélation. La nef, que surmontait, au milieu, une coupole (fig. 31), est divisée en travées par des arcs doubleaux dont les reins portent des berceaux normaux à l'axe de la construction, tandis que des fenêtres sont ouvertes au sommet d'évidements pratiqués sous de véritables formerets (fig. 30, 31,32;
comp. fig. 26). Doubleaux et formerets rigides, remplissages légers entre les doubleaux, reunion en faisceau des poussées exercées par les voûtes et application de leur résultante en des points de résistance déterminés, évidement des murs entre les doubleaux et ouverture de fenêtres sous les formerets, dans les parties des murs de clôture qu interesse très peu la poussée de la couverture : n'est-ce pas, trait pour trait, le programme des nefs couvertes de voûtes nervées,
déformables, que les architectes Fig. 28. — Sarvistan. — Salltc A, • r\ ■ ^ . ^
inaugurèrent en Uccident et
Coupole sur trompks. =
(Cliché de rauieur.) amenèrent a un si haut degré
FiG. 29. — Tag-è Kesra.
Archivolte polyi.obke.
lUcs.-iin de l\iiiti'ur I
~ ESPAGNE ^
de perfection quelques huit ou neuf siècles plus tard ? il est intéressant d'ajouter que le Tag-è Ivan est bâti en grosses briques du modèle chaldeo-perse, que les voùtains transversaux sont construits par tranches minces et, par conséquent, sans cintrage préalable et que les doubleaux sont montés par assises horizontales jusqu'au joint de rupture, afin de réduire les dimensions de l'unique cintre employé pour les construire. Du palais de Ctésiphon, le Tag-è Kesra {Palais Voûté du Sassanide), bàti dans une boucle du Tigre, il ne restait en 1882 que la façade longue de 92 m., — la moitié s'est éboulée depuis, — une
nef géante couverte d'un berceau de section ovoïde, large de 26 m.,
longue de 48, haute de 34, et les vestiges de huit salles latérales qui
appuyaient le vaisseau central (fig. 34, 36, 37). La façade est raidie
par des nervures qui constituent six étages d'arcades sur colonne
reliées a une âme centrale dont l'épaisseur décroît a mesure que le
mur s'élève. Les colonnes n'ont
pas de chapiteaux, sont en gêné- ,,___ ,.-, [..,.. '
rai gemmées et engagées dans un
pilastre de section prismatique, ,
Les arcs, que portent les pilastres, ' :'
et les colonnes sont divisés en
autant de membres qu'il y a de \
supports. Les ogives et les arcs
outrepassés de certaines arcades,
ainsi que la décoration polylobée
de l'arc central, méritent aussi une
mention (fig. 29, 34). L'édifice
est en brique. Malgré ses grandes
dimensions, le berceau central,
fut tourné sans l'aide de cintres.
On le monta par assises horizontales jusqu'au joint de rupture, fig. 3o. — Tag-è Ivan.
puis on construisit des arceaux en Galerie restaurée.
briques maçonnées a plat et rete- , <''':<^tntypc de la nef de saint-Piuin^ert
., .. , "^ ^ . de Tounius (lis. ii)i) et des l'OtUes nervées.)
nues par 1 adhérence du mortier (Dessin de vauteur.)
PALAIS DR MCIIATTA
Fk;. 3i. — Tag-è Ivan. — Doubi.eaix.
FORMF.REIS. FKNi": 1 KKS. NAISSANCE DES VOlVlAINS.
(fig. 29, 34; comp. fig. 26).
Enfin, sur ce cintre permanent. Ion établit de nouveaux anneaux, dont les matériaux sont posés normalement aux tètes et imbriques les uns dans les autres.
Le palais de Mchatta (fig. 4, 46), situe a 60 k.
de l'embouchure du Jourdain, dans la mer Morte, présente la précieuse variante Iréflée '■>■ ".' des plans iraniens. La grande
salle carrée est appuyée sur trois faces par des hémicycles couverts en demi-coupoles et, sur la quatrième, par une nef et des bas-côtés
en berceau. A Kharâneh (fig. 1, 26), à Touba (fig. 38), dans la même région que Mchatta, existent des édifices plus ou moins ruinés ayant d'etroites ressemblances avec les palais voûtés du Fars.
Les uns et les autres paraissent remonter à l'époque où le pays dépendait de la Perse sassanide (/n/!,
Le château d'el Okhaïdher, non loin de Kerbela (rive droite de l'Euphrate), est compris dans une enceinte carrée de I 70 m. de côté qui rappelle comme dimensions les enceintes de Mchatta et de la Kaleh-è Khosrou. Il est lui-même a peu près carre — ■ 78 m. sur 90. — Au point de vue de la construction, cet édifice a de nombreux traits communs avec le Tag-e Kesra, le palais de Sarvistan et le Kasr Kharâneh : voûtes de brique, berceaux ovoïdes montés par assises horizontales
Fig. 32. — Château d'el Okhaïdher.
Vestibule vu de l'intérieur (yari. ■;'
(Cliché Massignon.)
FiG. 33.
Tailloir de deux des chapiteaux CI-DESSOUS (Jig. 35).
ESPAGNE
jusqu'au joint de rupture et tournés sans cintre dans la partie supérieure, arcades sur colonnes, chapiteaux réduits au tailloir, archivoltes profilées, demi-coupoles sur trompes. Puis, dans le grand vestibule d'entrée — 21 m. de large — les reins d'un berceau ovoïde reposent par l'intermédiaire d'arcades sur les chapiteauxtailloirs de lourdes colonnes maçonnées (fig. 32). La coquille cannelée du genre peclen qui surmonte la porte centrale et, — ce détail est important, — les contreforts extérieurs qui flanquent les murs contre lesquels s'exercent des poussées sont encore à signaler. Concurremment avec les berceaux et les coupoles, ainsi que les voussures plein cintre, elliptique et ogivale outrepassée, le château d'el Okhaïdher présente une voûte d'arête et des arcades où apparaît le prototype de l'ogive persane a quatre centres (r'n/., p. 25). Néanmoins, comme un édifice de cette importance fut assurément entrepris durant une période de grande prospérité et comme des liens nombreux le rattachent directement aux monuments sassanides, on ne saurait lui assigner
une date postérieure à la fin du VU siècle. 11 fut sans doute construit pour un souverain de Hirah, tributaire de la Perse, ou pour l'un des gouverneurs perses que reçut le
Fig. 35. — Chapiteaux du Tag-è Bostan. royaume à dater de 605,
Fig. 34. — Tag-è Kesra.
DÉTAIL de la façade.
(Cliché de l'auteur.)
TAG-E BOSTAN
FiG. 36. — Tag-i': Kksra.
(Clichc de l\ii(tcitr.)
à l'époque où le Yémen. l'Hadramant, le Mahra et l'Oman obéissaient a Khosroès II (591-628).
Le Tag-èBostàn (sur la route d'Hamadan à Kermancha) est une salle voûtée, taillée dans le rocher. L'archivolte lauree de l'arceau de tête et les victoires ailées des tympans sont de style occidental. D'autre part, les chapiteaux affectent la forme inusitée d'un tronc de pyramide (fig. 35). Sur leurs quatre faces, sont sculptés les ornements caractéristiques du style sassanide et le buste de personnages divins ou royaux. En outre, le tailloir (fig. 33) porte des arcades sur colonnes couplées avec base et chapiteau réduits a une dalle carrée, tandis que le fond des arcades est décoré de ces coquilles cannelées signalées a Sarvistan et a el Okhaidher (sup., p. 6, 10; inf., p.] S, 40).
Fig. Sy. — Tag-è Kesra. — Vue latérale du berce.a.u (Cliché de l'auteur.)
__'__ ' " li|iiiiiliiilliiililliiilllMiilllWi i^'i'llii
FiG. 38. — Kasr ToiiBA. — Encadrement
DE PORTE. Au CENTKi:. l'OI.YI.OBE DÉVELOPPÉ
AU'IOTR d'i'.NK KIOII.F A Hl'IT POINTES.
(Cliché du licinrend l'ère Scivifrnac.)
ESPAGNE
Les monuments sassanides qui restent à décrire appartiennent aux mêmes types que les précédents. Ils n en sont pas moins instructifs, les uns par leur étendue, tous par les motifs de décoration. Tels sont la Kaleh-e Khosrou, le Kasr-e Chirin et les ruines de Haouch Kouri, de Chirvàn et de De'rre-e Chahr, situés au Nord de la Susiane, dans les provinces occidentales de la Perse moderne.
Les ruines de Chirvàn et de Dérre-e Chahr sont des amoncellements de matériaux, d'où émergent quelques vestiges curieux. Ici, une fenêtre, la, quelques marches d'escalier, quelques fragments de moulures, un fût de colonne enduit et couvert d'ornements aident à reconstituer la modenature et la décoration architectonique. A Dérrè-è Chahr et a Haouch Kouri, on trouve de véritables cloîtres avec leurs arcades voûtées. Sous les arcades de Derre-e Chahr, s ouvrent des chambres également voûtées comme dans les cours de la plupart des mosquées et des caravansérails persans.
A quelques myriamètres au Nord de Mchatta, s'eleve le palais de Rabbath-Ammân, qui est à ranger parmi les édifices sassanides de la dernière période. La cour centrale est précédée d'un vestibule et comprise entre trois de ces salles ouvertes, connues en Perse sous le nom de talar. Les talars portent des demicoupoles sur trompes.
Les façades ornées d'arcades aveugles (comp.
fig. 1 , 17) sur colonnes
couplées, leurs colonnes
j' • i Fig. 3q. — Pont sassanide de Chouster
couronnées d un simple • , .