‹ Espagne et PortugalChapitre 63 sur 181 · I.\)iuari. Inutitut d'Estudia catalans · texte numérisé non relu

I.\)iuari. Inutitut d'Estudia catalans

cerfs, des gazelles et un ours. Puis ce sont de grands chiens assis, des écus tangents avec, au centre, un aigle aux ailes eployees. Les sujets religieux sont empruntés a la vie du Sauveur — Adoration des Mages, Guérison de laveugle de naissance. Résurrection de Lazare, Noces de Cana, Cène, etc. — La décoration présente le même mélange de motifs orientaux et occidentaux. Considérées au point de vue de l'art, ces peintures sont supérieures à celles des Commentaires de l'Apocalypse et aux fresques de Léon. Elles seraient du Xll' s. et auraient été exécutées quelques années après la construction de l'édifice. De nouvelles preuves de cette attribution se trouvent dans leur comparaison avec les peintures des vieilles églises catalanes — Santa Maria de Tahull, Santa Maria de Bohi, Santa Maria d'Estern {sup., p. 128) — et avec les enluminures de la Bible dAvila et de la Bible de Noailles (fig. 269 à 271). Le premier de ces manuscrits renferme des miniatures où l'on trouve les mêmes éléments symboliques, la même manière de grouper les figures et de rendre l'expression et le m.ouvement des personnages que dans les fresques de San Baudelio ; le second offre des motifs de décoration identiques. Un mélange de styles aussi divers ne doit pas surprendre en Espagne. Les fresques de Celon comportent des personnages en habit musulman. Celles du Santo Cristo {sup., p. 90), des saints qui se détachent sur des fonds 1 3 1

ESPAGNE

FiG. i6g. — Le Triomphe d'Esther.

Bible de Noailles.

(Ilibliollii^que Xalidiialc de Paris.) (CUchc Ihuhcltcj

découpés en ogive outrepassée, analogue a celle de 'a Puerta del Sol.

Les unes et les autres caractérisent cette civilisation composite dont le second stage a reçu les noms aujourd'hui admis de mozarabe \mostarib ^^= arabise), quand elle se développe en pays musulman, et de mudéjare \mudeddjan =^ autorisé à demeurer), quand elle se constitue en terre chrétienne. L'on a vu (p. 67) l'influence considérable et insoupçonnée qu'elle avait eue sur l'élaboration des arts romans. Désormais, elle ne franchira plus guère les Pyrénées.

Dans

les manuscrits de la fin

du Xl"^^ s., la lettre visigothe le cède à la lettre gothique française, et les initiales, où l'enlumineur abuse du jaune éclatant, se rattachent à une tradition dérivée du style anglo-saxon. Cette transformation fut consécutive à l'arrivée des moines de Cluny et a l'influence des évéques français. Le jaune et le vermillon continuèrent à dominer dans la polychromie, mais le dessin progressa. On compte, parmi les plus beaux manuscrits, la Bible de la Bibliothèque Nationale de Madrid provenant d'Avila, la Bible du Musée archéologique de Madrid, la Bible de Dalmacio de Mur de la cathédrale de Gérone et le Psalterio y Libro del Paralipomenon de l'église d'Ausona (Vich), remontant au XII<^ s.

Les manuscrits catalans paraissent se différencier des manuscrits exécutés en

Fio. 270. — Judith

■ rlOLOPHERNE. BiBLE

DE Noailles.

•Bibl. Xat. de Paris.) (CUclié Hachelle.)

MA,\'USCRITS CATALANS A I IGURES

Vie. 271

. Lk charbon ardent aux l.LVRES

d'Isaïe. Bibi.k »(■; Noailles.

(liibliolhèqite Xalioiiale de Ihiris )

(C.lUhO ll.ulwtlc.)

Castille. Ainsi, la Bible de Noailles (B. N. de Paris, lat. 6), provenant de San Pedro de Rosas (Catalogne), offre des modifications marquées non seulement dans l'écriture, mais dans la forme artistique. Les illustrations du tome 111 exécutées au trait se signalent par la pureté et la correction de la ligne, la science et la variété de la composition (fig. 269 à 271). Des lions, des chameaux, des mammifères ailés, des éléphants de guerre portant des tours avec leurs défenseurs se mêlent aux personnages. L'architecture comporte des entrelacs de pleins cintres et d'arcs de cercle outrepassés sur colonnes (fig. 271), tels qu'on les trouve a Mérida et, plus tard (vers 1220), dans la partie mudéjare du cloître de San Juan de Duero. C'est une preuve de l'antiquité, en Catalogne, des arcades entrelacées de style musulman et de la persistance, dans les royaumes chrétiens, du style mudéjar du khalifat {siip., p. 69). L'exemplaire des A'/oro/cs de saint G" rcgo/rc (Cathédrale de Saragosse) est, lui aussi, une œuvre mudéjare. Ainsi, dans la page où le

miniaturiste a représenté l'auteur, il l'assied sous un portique en arc de cercle outrepassé et le place dans le voisinage d'un grand màt qui repose sur deux lions rouges, accroupis et de style oriental aussi accuse que les voussures du portique.

Outre la Vierge de la Ke^a (fig. 2 5 5). on trouve en Espagne des pièces

rii. — Rki.uri: n'K\AN(.i;i.iAiiii;. j' £v • - -ii • 1

,<:oitc^iaic de uoncerauxj ^ orfevrerie emaillees du

(Cliché 11,1 Kner y MejielJ XII' S. QuelqueS-UUCS

Fl(i.

FlG. 27!^. — DkVANT DArTEI. DE SiLOS.

(Musée Proi'iiicial de Bui\i,''us.) (Cliché Lévy.)

ESPAGNE

sont d'une beauté incomparable : le devant d'autel de Santo Domingo de Silos (fig. 273) transporté au musée de Burgos, le retable conservé au monastère et le devant d'autel de San Miguel in Excelsis, le reliquaire de Huesca, la reliure de l'évangéliaire de Roncevaux (fig. 272). Ces émaux sont cloisonnés à la taille d'épargne et offrent tous les caractères des travaux limousins. Parfois, des cabochons encastrés dans une fine sertissure participent a l'ornementation. Le cas s'observe dans le devant d'autel de Silos et dans une exquise cassette du trésor de la cathédrale d'Astorga (fig. 274).

Entre l'époque qui répond a l'achèvement des mosquées et des palais des émirs omeiyades de Cordoue et celle de la construction par les Almoades de la grande mosquée et des palais de Séville (fin du XII' s.), les monarques musulmans de Tolède élevèrent l'Aljaferia (fig. 1 96 à 1 98), mais les autres princes musulmans eurent des règnes trop agités pour entreprendre de grands travaux. Les constructions qu'ils exécutèrent eurent un caractère militaire. Ce furent des châteaux analogues a la forteresse d'Alcalà de los Panaderos (fig. 275) et d'Almeria (port du Sud-Est). Ils restaurèrent également les enceintes de Séville, de Cordoue, de Jaen, et en général des villes menacées par leurs rivaux ou par les chrétiens. Ces forteresses sont du type ordinaire des ouvrages persans ou syriens. Comme eux, elles ont une double enceinte défendue par des ouvrages de flanquement puissants et disposés de telle sorte que les tours de la muraille intérieure répondent a peu près au milieu de la courtine correspondante de l'avant-mur. Comme dans les ouvrages asiatiques, les courtines présentent des chaînages de bois noyés dans les maçonneries, des mâchicoulis et des bretèches de pierre, des chemins de ronde intérieurs et des talus de ricochet. Souvent aussi, la terre mélee à des débris de paille et moulée en brique ou simplement pilonnée entre dans la composition des ouvrages

Fk;. 274. (vASSEIlK K.MAlLI.Ki-; OKNKE

DK CABOCHONS. (( \UlKKiralc d'Aulnrf^a .)

Page 1