CHAPITRE VI RENAISSANCE
l'I'RlODE PLATÉRESQUE. — ARCHITECTURE RELIGIEUSE. — ARCHITEC- TURE CIVILE ; ARCHITECTURE PLATÉRESQUE EN FLANDRE, EN ALLE- MAGNE ET EN FRANCE. — SCULPTURE ; INFLUENCES ITALIENNES. — l'EINTURE.
SIÈCLE DOR.— ARCHITECTURE RELIGIEUSE; L'ESCORIALET LE SÉMINAIRE DE SALAMANQUE. — ARCHITECTURE CIVILE : HOTELS DE VILLE. — SCULP- TURE NATIONALE POLYCHROME ; ÉCOLE DE VALLADOLID : ÉCOLES DE SEVILLE ET DE GRENADE. —.PEINTURE ; GRANDS MAITRES DE L'ÉCOLE DE SÉVILLE. — ARTS MINEURS ; FERS ET BRONZES ; MENUISERIE ; ORFÈ- VRERIE ; faïence : VITRAUX.
A PRÈS la mort de Calixte III (1458), un orfèvre catalan de Z\ grand renom, Pedro Diez, que le pape avait appelé a ^ ^ Rome, retourna en Espagne et vmt se fixer a Tolède. Il entra sur les chantiers de la cathédrale et y prit un tel ascendant que Enrique de Egas, fils du maitre-majeur de l'œuvre, en subit les effets. Bien que élevé par son père dans les pures traditions du gothique flamand, il n'en construisit pas moins a Valladolid le collège de Santa Cruz (1480-1492), où se décèle l'influence de la Renais-
FiG. 484. — V/.l.l.ADOLID.
Portail de San Pablo.
iCliclu' Lacoste I
— ESPAGNE
sance italienne. Voici donc un orfèvre, un platero, hé a lévolution de l'architecture ogivale. De la le nom de plateresco attribué en Espagne au style élégant et spécial qui repond aux règnes de Jeanne la Folle et de Charles-Quint (1504- 1558).
La transformation fut très lente. Si elle se manifeste à Valladolid dans la façade de San Pablo (fig. 434), a Ségovie dans le portail de l'église conventuelle de Santa Cruz (fîg. 435), à Baeza dans le séminaire archiépiscopal, les grandes cathédrales projetées au début du XVr s. appartiennent a la famille architectonique de leurs aînées. La longue survie du gothique s'explique par la résistance que le caractère espagnol a toujours offerte aux innovations (sup., p. 82, 126, 127, 142, 149). Elle tient aussi à la beauté des constructions ogivales et à leur appropriation au sentiment chrétien. La France,
elle-même, au XVl s., eléve peu d'églises dans le style de la Renaissance. Saint- Maclou a Rouen, Saint-Gervais à Pans sont gothiques. Saint- Michel à Dijon, Saint- Eustache à Pans présentent bien un décor emprunte aux ordres classiques, mais les voûtes sont à nervures ramifiées, et leur équilibre est obtenu a l'aide d'arcs-boutants.
Durant la période de transition, l'Espagne eut la bonne fortune de posséder de grands architectes, quelques-uns étrangers, flamands principalement, la plupart nationaux. Certains sont déjà con-
hlG. 435. — SÉGOVIE. — PORTAII, i i i .
^^ c . ^ , nus ; le nom des autres est attache
DE Santa Cruz. vr
iciichc Lacoste.) aux édmces qui vont être décrits.
FiG. 436. — Juan Gil de Honianon.
Catiii.drai.e de Sai.amanque.
iTransefH et cruccrn.)
C \ I lU.nKM.I'. 1)1- SALAMANQUE
La cathédrale neuve de Salamanque fut commencée en 1513. Les plans en avaient été dresses, en 1510, par Anton Egas et Alonso Rodriguez. Juan Gil de Hontanon fut choisi pour maître-majeur et Juan Clamperopour appareilleur. Des 1 558, les trois nefs et le transept étaient achevés. En 1 585, les fonds se trouvant épuises, les chantiers furent fermes. On reprit les travaux en 1 589 ; mais, auparavant, le chapitre provoqua une consultation.
Les architectes appelés, y compris l'architecte de l'Escorial, Juan de Herrera, opinèrent pour que l'église fût continuée en style gothique. La cathédrale, qui écrase la ville sous sa masse puissante (105 m. sur 50), a trois nefs et cinq travées, un transept noyé, un déambulatoire, des chapelles prises dans les contreforts et une haute lanterne a la croisée de la nef et du transept (fig. 436). Les voûtes nervees présentent une modification très élégante de la voûte angevine, qui, transportée en Angleterre par les Plantagenets, y fut diversifiée au point de devenir caractéristique de son architecture dès le milieu du XIV' s. (Cath. de Lichfield, ch^^p. de la Vierge à Ely, etc.). Il est à penser que l'Espagne et le Portugal, où la ramification des nervures fut au contraire d'un emploi discret, l'empruntèrent a la France vers l'époque de Louis XI
La vieille cathédrale de Ségovie avait été ^ , ^ „
,. . , tiG. 437. — Juan et Rodkigo Gii,
détruite parles C3muncro.S ^^ Hontanon. - Cathédrale de ségovie en 1520. Quand il s'agit iCUchc de Vauteur.)
FiG. 438. — Ségovie.
Cai'hédhai i;. (^i.oiiHi:
iClichc de r.uileur )
ESPAGNE
de la reconstruire, le chapitre prit pour architectes Juan Gil de Hontanon et son fils Rodrigo Gil, qui venaient d'achever les projets de la cathédrale neuve de Salamanque. Les travaux entrepris en 1 522 furent terminés vers 1 580 (fig. 437). Le grand intérêt que présente la cathédrale ne réside ni dans son plan, ni dans ses dispcsitions où 1 on retrouve ceux de la cathédrale de Salamanque ; il tient à sa date et a la rapidité de l'exécution, qui ne permit pas de modifier le projet. Aussi bien, est-elle comme le sceau de l'art gothique en Espagne. Le cloître de l'ancienne cathédrale
fut remonte pierre par pierre dans la nouvelle (fig. 438).
Dans le domaine religieux, la première manifestation d'un style
franchement nouveau se produisit
a la cathédrale de Grenade, Santa
Maria delà Encarnaciôn. Le projet de Enrique de Egas fut dressé
en 1 520, et l'édifice commencé
le 25 Mars 1 523. L'architecte qui,
à Valladohd, avait construit le
collège de Santa Cruz dans le
style platéresque n'osa pas l'employer ICI. Il désirait harmoniser
la cathédrale avec la chapelle
royale deja bâtie. Puis il avait
été nommé maitre-majeur de la
cathédrale de Tolède des 1 494,
et il devait ressentir pour elle
une légitime admiration. Les
constructeurs chrétiens et musul- ^'û- 439- — E.nkiqle de Egas
mans usaient encore a cette epo- ' '^"=<;o "^^ S.loe. - Cathédhaie
d[ , ... DE Grhnade. Collatéraux.
e lormules géométriques ,aiché Lacoste.)
FiG. 440. — Jaen. — Cathédrale.
Cruckro et abside.
(Ciichc Lacoste.)
CATIIÉDKALES DE MALACA ET DE JAEN
rythmées pour mettre un projet en proportion. Le thème géométrique de la cathédrale de Tolède, du a Pedro Ferez (i;. Petrus [■"clri, ,s(/p., p. 144), adopté par les Honlanon et qu'avait traduit en épure un architecte de Salamanque, Simon Garcia, de qui nous le tenons, se développe dans le carré construit sur la longueur totale de l'église comme côté. Ce fut naturellement a ce thème que se rallia Enrique de Egas. Il se borna seulement a porter de trois à cinq le nombre des nefs. En 1 525, le chapitre, qui désapprouvait l'emploi du style gothique et que mécontentaient les longues absences de l'architecte, lui donna pour successeur Diego, fils de Gil de Siloé. Le plan ne pouvait plus être modifié — les changements ne portèrent que sur les dispositions de la chapelle axiale du déambulatoire ■ — mais, la construction fut continuée dans le style sévère de la Renaissance pseudo-classique (fig. 439). Les grâces du plateresque avaient même été condamnées.
Les chapitres de Malaga et de Jaen suivirent l'exemple donné par Grenade et, a leur tour, adoptèrent dans la reconstruction de leurs cathédrales respectives le style pseudo-classique, dit gréco-romain (fig. 440).
L'architecture religieuse ne s'attarda pas, on vient de le voir, au stage platéresque et passa généralement du gothique au gréco- romain somptueux inauguré à Grenade. A titre d'exception, on notera la délicieuse chapelle de l'Obispo à Madrid, l'eglise conventuelle de Santo Tomas d'Avila (1482-1493), le
Fig. 441. — Saragosse.
Portail de Sa.nia Engracia.
{(Auhij de l'auteur.)
riG. 44:
— Santiago. — Cathéduale.
Cloître.
(Cliché de l'auteur.)
ESPAGNE
chœur et l'abside platéresques de la cathédrale de Cordoue, le portail de Santa Engracia de Saragosse (fig. 441), celui de Santa Maria Mayor de Calatayud (1528). le porche de la cathédrale d'Astorga (fig. 443), San Esteban de Salamanque commencé en 1 524 sur les plans de Juan de Alava et, du même architecte, le magnifique cloitre de la cathédrale de Santiago (fig. 442), le plus grand de l'Espagne, — 39 m. de cote, — dont la construction dura près de soixante ans (1 521-1 580). Enfin, il faut également classer dans le platéresque les dômes de la Seo de Saragosse et de la cathédrale de Burgos (fig. 298, 297). Il s'agit de la décoration, car la suspension sur trompes et le tracé étoile des nervures ne seraient pas de style persan plus pur, si les coupoles avaient ete construites a Ispahan ou a Bidjapour pour le tombeau de Mahmoud. En vérité, le platéresque ne se généralisa que dans les édifices civils ou il régna pour la gloire de l'Espagne. Sa vie fut courte ; du moins, il ne connut pas la décadence. Il pent de mort violente, condamné par Philippe II, qui voulait une architecture conforme à ses sombres pensées.
Architecture civile. — D'une manière générale, les caractéristiques du platéresque sont les courbes et contre-courbes brisées et les accolades introduites par les architectes musulmans, l'anse de panier et la plate-bande qui accusent une réaction violente contre les vous-
I 11 ■ • J I-'l(i. AA'i. — AsiORIjA, — POKCIIE
sures surhaussées de la période
. • 1 r- 1 1 '"■• ' '^ CATHEDRALE.
ogivale, puis les fûts de colonne iciuhé de i\iuieur.i
ARCHITECTURE Pl.A TE R ESQUE
FiG. ^44 — Maiiomat de
Skgovia. — Casa del Cordon.
(burgos, plaza
DK LA LiBERTAD.)
iCliclic de l'auteur.)
tournés en balustre, cannelés et salomoniques (torses), tantôt lisses, tantôt ornés de sculptures, les médaillons androcephales et les balustrades ajourées. Ce dernier motif rappelle les couronnements crételés des combles gothiques ou, mieux encore, la traduction ornementale des cours de nierions qu'offrent certains édifices musulmans, tels que les tombeaux de la nécropole de Kaiit Bey (Le Caire, milieu du XV s.). Ce sont aussi les arcades de tout style, les tourelles Qorrejônes) et les grands écus héraldiques des anciennes demeures seigneuriales, les fenêtres d'angle et les belles grilles scellées devant les baies des étages inférieurs qui donnent une saveur si caractéristique aux façades platéresques. Comme le style présente des variétés locales très accusées, les monuments vont être groupées par province et peu" ville.
Santiago. — L'hôpital de los Reyes fut construit sur l'ordre d'Isabelle la Catholique par Enrique de Egas (début du XVP s.).
Sa belle porte, ses élégantes galeries, ses jolis cloîtres prouvent la souplesse de ces artistes qui alliaient avec une grâce sans égale le style gothique à celui de la Renaissance {sup., p. 219).
Burgos. — La vieille capitale de la Castille offre de magnifiques exemples d'édifices platéresques.
Le plus ancien, la casa del Cordon, est l'œuvre d'un architecte musulman, Mahomat de Segovia. Il fut construit par dona Mencia de Mendoza, en même temps que la
FiG. 445. — Burgos.
Porte armoriée.
(Cliché de l'auteur.)
FiG. 446. — BUROOS. — (jASA DE MiRANDA. pATIO.
(Cliché de l\utlciir.)
ESPAGNE
chapelle du Condestable (fig. 286, chapelle axiale du déambulatoire), pendant que son mari, don Pedro Hernandez de Velasco, connétable de Castille, guerroyait contre les Mores de Grenade. Le palais doit son nom à la corde {cordon) des franciscains qui encadre l'énorme plate-bande de la porte centrale (fig. 444).
Aux numéros 27 et 57 de la rue Fernan Gonzalez correspondent deux maisons, dont l'une (n ' 27) est connue sous le nom de la casa de los Cubos (maison des Tours rondes). Les portes et les fenêtres, où les chimères, les dragons et les grotesques se jouent parmi des fleurs et des rinceaux, la corniche, les pilastres, les colonnes en balustres, les écus posés de biais sont d'un art élégant et d'un goût parfait (fig. 445).
Dans le barrio (quartier) de la Vega, il existe une demeure d'un caractère charmant, désignée sous le nom de casa de Miranda (fig. 446). La porte extérieure, la fenêtre qui la surmonte, le patio, la porte intérieure et l'escalier encore debout laissent deviner ce qu'était, au XVI'' s., la demeure d'un riche gentilhomme.
L'ornementation extérieure rappelle celle des maisons de la rue Fernan Gonzalez. Toutefois, le style en est moins capricieux. Les écus se sont redressés ; aux tympans apparaissent les têtes en médaillons qui vont s'introduire dans la décoration architectonique. Salamanque. — Parmi les anciennes demeures seigneuriales, trois
4 I7. — Avii.A. — Maison dite DE Maria la Brava.
(CUcIk' de VdiitenrJ