‹ Espagne (volume 2)Chapitre 34 sur 70 · LS RUI DS VALENCE EST OÉTRÔNRPAR ABU · texte numérisé non relu

LS RUI DS VALENCE EST OÉTRÔNRPAR ABU

GiOMAII.. .lUULSVPMENT DI «EN-aUD.

BEN'HUD s’empare DE MURClS BT DK URE-

NAOI. MORT d’aLMAMOUN. — FIN DS

la dynastie des ALMUBADKS.

En Aragon, les précautions prises pour assurer la tranquillité du pays n’avaient pas atteint le but qu’on se proposait. Don Ferdinand , oncle du roi, bien que moine profèset abbé du couvent de Moiitaragon, n’avait pas renoncé à l'espoir de s’emparer de la couronne. Il était aidé dans ses projets ar une foule d’esprits inquiets et turulents , par don Guillem de Monenda, par don Pedro de Ahonez. Sous prétexte d’écarter le roi des mauvais con-

seillers auxquels il prêtait l’oreille, i|s s’étaient emparés de sa personne , et, pour arracher de ce jeune prince, qui n’avait encore que dix-huit ans , une partie de ce qirils désiraient obtenir, ils l’avaient pendant quelque temps fait garder, sans le laisser communiquer avec qui que ce fût. Don Jayme avait hâte de s'affranchir de cette tyrannie. Pour y parvenir, il feignit de partager les idées des seigneurs qui l’opprimaient. Il se rendit avec eux aux cortès réunies à Tortose; mais, sans attendre que les délibérations de cette assemblée fussent terminées , il s’éidiappa , alla se réfugier dans une commanderie de chevaliers du Temple, et, de là, il écrivit à tous les seigneurs qu’ils eussent à se réunir en la ville deTéruel, afin de le suivre dans le royaume de Valenee, où il comptait faire la guerre aux Musulmans. Quelques Aragonais, et des Catalans en plus grand nombre, répondirent à cette convocation. Don Jayme , à la tête de cette armée, entra dans le royaume de Valence , et après avoir ravagé le pays, il alla mettre le siège devant une |dace très-forte, à laquelle sa situation au sommet d'un rocher en forme de pyramide a fait donner le nom dePeniscola (*). Elle est entourée de presque tous les côtés par la mer.

Les abords en sont escarpés et trèsdifficiles. La garnison qui y était renfermée se défendait courageusement.

Cependant le roi de Valence, en apprenant qu’elle était attaquée, envoya des ambassadeurs à don Jayme pour lui demander la paix. Il lui offrit de se recounaitre son va-sal , et de lui payerchaqiie année la cinquième partie des revenus de sa couronne. I.e jeune roi accepta cette proposition , et reprit le chemin de Téruel. En route on rencontra don Pedro de Ahonez. , qui venait, à la tê:e d’un corps de troupes levé, à ses frais, pour faire une incursion sur les terres de Valence. Le roi, désirant observer la paix qu'il venait de conclure , lui enjoignit île s’arrêter. Pedro Ahonez ne lit nul cas de cette

(*) 1a queue du rocher.

défense , et se mit à ravager le pays.

Alors don Jayme envoya des trounes pour l’arrêter : à leur approche , don Pedro prit la fuite. On le poursuivit avec célérité ; on l’atteignit, et comme il ne voulait pas se rendre, on le tua. Cette mort fut l’occasion de nouveaux embarras. Les partisans de Pedro de Ahonez et de Tinfant don Ferdinand présentèrent cette mort comme le résultat d’une atroce vengeance, et la plus grande partie de l’Aragon se souleva contre son souverain. Il fallut toute son adresse et toute son énergie pour apaiser ces troubles, mais enîin il y parvint , et son oncle Ferdinand lui-méme, forcé de lui rendre hommage , se trouva heureux d'étre reçu en grâce.

Il y avait trois ans que la paix avec Cidi-Mohammed était conclue , et comme Valence était le seul État des inûdèles qui se trouvât en contact avec les Aragonais et les Catalans , il semblait que la carrière des conquêtes leur lût désormais fermée.

Mais des corsaires de Mayorque ayant pris quelques vaisseaux de Barcelone, don Jayme les fit réclamer.

On ne répondit que par des insultes aux représentations de ses ambassadeurs. Dès ce moment, il résolut d'exterminer ces pirates et de s’emparer des Iles Baléares. Il passa une année à préparer cette expédition. Les cortès de Barcelone la regardèrent comme devant produire, en faveur de leur commerce, des résultats si avantageux, qu'elles ne balancèrent pas à accorder a don Jayme l’impôt appeléôouaffque; c’était une taxe qui se payait (>ar chaque couple de bœufs. Les Catalans n'accordaient à leurs souverains le droit de la percevoir que dans les circonstances les plu^graves. Don Jayme réunit sur la plage de Salaü une flotte de 13.5 voiles; il s’embarqua, dans le courant de septembre 1229, à la tête de 15,000 fantassins et de lâOO cavaliers, et il acheva en peu de mois la nonquéte de Mayorque (*).

n Les détails de cette eXpéililion se trouveut dans Muntaner, dans la chronique

3or

Le roi de Valence , vassal de don Jayme, n’avait mis aucun obstacle à cette entreprise; il n’avait donné aucun secours au roi de Mayorque , et n’avait pas essayé de prévenir, par quelque diversion , le coup dont ce prince était menacé. Cidi- Mohammed était resté Adèle au prince qu’il avait reconnu pour suzerain Cette fldélité fut regardée par les Musulmans les plus fervents comme un oubli de leur religion. Ils accusèrent leur roi d’étre chrétien au fond du cœur. Un chef, nommé Abu-Giomail ben - Zeyan- Mitdafe - Al -Giusami, se mit à la tête des mécontents. Cidi- Mohammed lui livra plusieurs combats , et se défendit avec plus de courage que de bonheur : enOn, abandonné de presque tous les siens, il fut, dans le courant de 627 de l’hégire (1230 de J. -G.), forcé de chercher un refuge auprès de don Jayme, et Zeyan resta roi de Valence.

Cette révolte n’est pas la seule qui à cette époque ait troublé en Espagne l’empire des Almohades. Yabya-ben-Al-Nassr , qui, vaincu par Al-Mamoun , avait été contraint de se réfugier dans les montagnes, venait de sortir de sa retraite pour ravager le pays. Un ennemi plus redoutable encore s'était levé contre leur puissance. C’était Abii'Abd-Allah-Mohammed-ben-Yousouf-ben-Hud. Il descendait, comme l’indique son nom Ben- Hud, de celte famille illustre qui avait donné des rois à l’Espagne orientale, et qui avait, dans le principe, combattu, non sans quelque gloire, contre les Almohades , pour leur disputer la souveraineté de l’Andalousie. Par son éloquence et par sa générosité, il avait assemblé un grand nombre de vaillants cavaliers, qui s’étalent dédarés en sa faveur, et avaient juré de mourir pour son service. Ils s’étaient réunis à Rseuriante, dans le gouvernement d’Uxixar, et l’avaient proclamé roi des Musulmans d’Espagne, le 1" de ramaatlribuée au roi Jayme et dans Gomesiiis Miedes. Mais il n'j a pas lien de s’en occuper ici, l'histoire spéciale des Baléares taisant partie d’un autre volume de l’Univers.

L’UNIVERS

dan de l’année 625 (4 août 1228). Pour détacher les populations de la domination des Almohades et pour les engager à suivre son parti, il allait répétant que sa mission était de rendre la liberté aux populations opprimées par d'injustes vexations ; il promettait de remplacer par des impôts et par des contributions légalement établies , les charges arbitraires dont les tyrans almohades les avaient accablées. Il prêchait que la doctrine de Mahomet avait été altérée par eux; qu'ils avaient profané les mosquées. Pour exciter le fanatisme populaire , il les bénissait de nouveau et les purifiait par des cérémonies publiques.

A la nouvelle de ces soulèvements , Al-Mamoun s'empressa de repasser en Espagne, et voulant consacrer toutes ses forces à réprimer les deux rebelles, Yahj’a-ben-AI-Nassr et Ben-Hud , il envoya demander la paix au roi de Castille, don Ferdinand. Dès que les conditiops en furent arrêtées, il rassembla autant de monde que cela lui fut possible, et il marcha a la recherche de Ben-Hud, qu’il rencontra dans les champs de Tarifa. Les deux armées combattirent avec un égal acharnement, et la nuit put seule les séparer sans que la victoire se fût déclarée pour aucun parti. Le lendemain, dès le point du jour, la bataille recommença. Mais les Almohades étaient inférieurs en nombre : ils ne purent résister bien longtemps. Al- Mamoun fut obligé de se retirer, laissant sur le champ de bataille ses principaux officiers. Son propre fils, Abu’I- Hasan, fut blessé à la tête de l’avantgarde qu'il commandait. Cette sanglante affaire eut lieu le 6 de ramadan 626(29 juillet 1229). Al-Mamoun fit sa retraite en bon ordre ; mais il ne put empêcher Ben-Hud de recueillir tous les avantages de la victoire. Celui-ci fut bientôt maître de Murcie, et entra sur les terres de Grenade. Cidi-Abu-Abd- Allah , frère du roi Al-Mamoun, sortit à sa rencontre. Il y eut entre eux de sanglantes escarmouches, mais prèsue toujours l'avantage resta du côté e Ben-Hud : la victoire suivait ses

bannières. Enfin, Cidi-Abu-Abd-Allali se vit contraint à se renfermer dans Grenade , où Ben-Hud l'assiégea bientôt. Les partisans de ce chef avaient des intelligences dans la place : les portes de la ville lui furent livrées, et il fut proclamé roi de Grenade dans le courant de l’année 628 (du 9 octobre 1230 au 29 octobre 1231). Cidi- Abu-Ahd-Allah se retira dans la citadelle; mais voyant les dispositions hostiles des habitants, et le peu de ressources qui lui restaient pour s’y maintenir, il l’abandonna, et vint apprendre à Al-Mamoun la perte de cette ville. Celui-ci , ne se sentant pas en état d’achever heureusement , avec les forces qu’il avait en Espagne, la guerre qu’il avait à soutenir, résolut de recruter en Afrique des troupes dont le nombre pût mettre un terme aux succès de Ben-Hud. Mais, comme il était en route pour se rendre à Maroc, il mourut, dans la dernière lune de l’année 629 (du 19 septembre au 17 octobre 1232). On peut dire que la mort de ce chef fut en Espagne le terme de la domination des Almohades; etsi leur dynastiediira encore enAfrique pendant trente-sept années , elle ne fit que s’y débattre dans une pénible et sanglante agonie. Dèsque la nouvellede la mort du roi Al-Mamoun arriva à Maroc, il s’y éleva plusieurs partis. Les uns proclamèrent Abu-Zacharia-Yahya, qui était fils de son frère Al-Nassr,'et qui soutenait en Espagne, avec peu de succès, ses prétentions au trône. D’autres, en plus grand nombre, élurent Raxid (*) Abu-Mohammed-Abd-el-Walid , son cousin. Yahya ne fut pas plus heureux en Afrique qu’il ne l*avait été en Andalousie, et, après de nombreux revers , il mourut près de la ville de Fez, dans la lune de sjawal de l’année 633 (du 9 juin au 7 juillet 1236). Sa mort ne mit pas fin aux troubles qui déchiraient l'Afrique et l'Andalousie. Abd-

(*) AI-Raxi(l. Mariana l’appelle jtrratio , et il en fait le stireeiseiir immédiat de Moliammed-el-Nasar. Il passe ainsi sous le si lence les règnes d’Abii'l-Melech, d’Ahii-Mobamnied et d’.tl-Mamonn.

el-Walid ne put parvenir à les apaiser.

Son règne ne fut qu’une suite non interromiiue d’inquiétudes et d’agitations. Enfin il se noya dans un marais où il fut jeté par sou cheval, qui avait pris le mors aux dents. Ce malheur arriva le 9 sjumada posterior de l’année 640 de l’hégire (4 décembre 1242).

Après la mort d’Abd-el-Walid , on proclama son frère , Abu'l-üasan , surnommé Saïd. C'est de son temps que commencèrent à s’élever contre lui , dans l’Afrique orientale, les Beni- Zeyanes et les Beni-Merines , familles nobles et puissantes de cette contrée.

Ils ne lui laissèrent pas un instant de repos. Abu’l Hasan rassembla une armée nombreuse pour punir la révolte d’Abu-Yuhya-Jagmerasin(*), qui se faisait appeler sultan de. Tlemcen. Il le rencontra , lui livra bataille le mardi 29 safar 641 (**) (18 août 1243); mais il fut vaincu et mourut au plus fort de la mêlée. Il eut pour successeur au trône un autre prince descendant d'Abd-el-lUoumen, nommé Omar-ben- Abu-lbrahiin-Isbac. C'était un prince sage et vertueux. 11 continua la guerre contre les Beni-Merines avec des fortunes diverses. Cet émir fit un pèlerinage à Tinmôl , pour visiter le tombeau de Mehedi, suivant l’usage des princes almobades ses prédécesseurs.

Pendant ce voyage , un de ses parents se souleva contre lui : c’était un nommé Abu’I-Ola Edris, auquel on avait donné le surnom d’Abu-üibus (***), le père de la masse, parce que, lorsqu'il était en Andalousie, il avait pour habitude de toujours porter une masse d’armes.

Avide d’autorité, il s’unit aux ennemis de sa race, et offrit aux Beni-Merines de les rendre maîtres de Maroc , s’ils voulaient partager l’empire avec lui.

Cette proposition ayant été acceptée , il livra Maroc aux Beni-Merines, et l’infortuné Omar fut obligé de fuir

(*) Cal probablemeat le Gomaiança de Mariaiia.

(**) Condé dit le mardi 39 safar 6.16. C’est une erreur évideute. Le 29 safar 646 correspond au 1 3 juin 1348, qui tombe un samedi.

(*'*) Suivant Mariana Budebusio.

avec quelques cavaliers seulement, jusqu’à la ville d’Azamor, qu’il croyait lui être dévouée. Mais quand les'habitants d’Azamor le virent accompagné de si peu de monde , ils se soulevèrent et le mirent en prison. Il parvint cependant, à force de promesses, à g.igner un des esclaves chargés de le garder ; ils s’évadèrent ensemble pendant la nuit, en se laissant glisser à l’aide d’une corde en bas de la muraille, et ils s’éloignèrent sur des chevaux qu’on leur tenait prêts; mais, dans sa route. Omar fut attaqué par l’esclave qui l’accompagnait. Il se défendit longtemps ; mais enfin il succomba. Ce fut le 2 de safar 663 (2 novembre 1266) que ce crime fut consommé.

Abu-Dibus, avec l’aide des Beni- Merines, s’empara de la souveraineté.

Il fit enfermer les enfants d’Omar, et les retint en prison tant que dura le pouvoir qu’il avait usurpé. Mais bientôt les Beni-Merines lui firent la guerre, pour ne pas exécuter les conditions (font ils étaient convenus. La fortune des armes fut changeante, mais le plus souvent elle se montra contraire à Abu-Dibus. La troisième année de son règne, le 2 niuharrem 668 (1*'' septembre 1269), il voulut jouer son royaume en une seule fuis.

Il livra une bataille aux Beni-Merines sur les bords du Guadilgafir. Peudant toute la journée, on se disputa la victoire sans qu’elle penchât de part ni d’autre. Mais, vers le soir, les troupes d’Abu-Dibus furent enfoncées, et luimême reçut la mort en combattant comme un lion blessé. C’est ainsi que finit l'empire des Almohades et des descend.ints d’Abd-el-Moumen , sans qu’il restât d’eux ni trace ni rejetons. Leur domination avait duré lô2ans,*), et, ajoute l’auteur arabe en finissant

(') 133 années arabes el 107 jours, depuis le samedi 14 ramadan ii5, jour où El-Meliedi fut proclamé, jusqu'au a rouharrem 66S, jour de la mon d'Abu-Dibiis, c'est-à-dire depuis le samedi 3(i novembre 1131, jusqu’au ivr septembre 1269, cent quarante-sept années ebrétienues et 279 jours.

L’UNIVERS

ce chapitre : Louanges à Dieu , dont le pouvoir est inOni , éternel , et dont l’empire ne finit pas.

ORIGIITEOB ■Bir<ALHBKAR, ROI DE GREIVADE* ^BATAILLE DD OOADALBTB.^DOIV JATMI ERTRBPltBIfD LA CONQUBTK DU ROTAUUB

DB TALBRCB. LES CASTILLANS SDRPRElf*

VENT DIT BAUBODRQ DE COROOUE. SliOE

DE GORDOÜE, ■ — MORT DR BEH-HUD. — • FRISE DB COROOUB. FRISB DE VALENCE,

Quand, après la mort d’AI-Mamoun, Yahya-ben-AI-Nassr fut passé en Afrique pour soutenir ses prétentions au trône, Ben-Hud ne resta pas pour cela seul maître de l’Andalousie. Le parti qui lui était opposé choisit pour chef un jeune homme vertueux et prudent comme un vieillard , vaillant et bon capitaine comme le fameux Al-Manzor. Il était connu sous le nom de Mohammed-ben-Albamar (fils du rouge). Les écrivains ne sont pas d’accord sur son origine. Coudé en fait le neveu de Yahya-ben-AI-Nassr. Mais, pour établir cette parenté, dont les autres historiens ne parlent pas, il est obligé de se mettre en contradiction avec lui-même. Il fait mourir Yahyaben-Al-Nassràdeiix époques distinctes et dans deux endroits différents (*).

D’autres racontent que Ben-Aihamar était d’une des nobles familles arabes qui avaient pris part à la conquête de la Péninsule, et que sa race y avait constamment conservé, depuis l’invasion, le gouvernement d’Arjona.

Au moment où l’empire des Almobades s’écroulait, il avait rêvé qu’un essaim d’abeilles et une volée d’oiseaux étaient venus s’abriter sous son toit. Ayant demandé l’explication de ce songe à un ermite, celui-ci lui avait annoncé u'il serait roi. Le bruit de cette préiction s’étant répandu dans Arjona ,

(*) ,\près avoir raconlé dans sa troisième partie, ch. St, qu’en 6ag (iî3a de J. C.) , Tahva passa en Afrique et qu'il y mourut en 633 (n36) dans les environs de Fez, il écrit plus bas, dans la quatrième partie, chap. 1, que le même Taliya-Ben-Al-Nassr fut tué en 629 (taSi) à la prise de la ville de Jaèn , laissant à son neveu Al-Hamar son héritage et le soin de sa veugeaucc.

le peuple, toujours ami du merveilleux, avait voulu la réaliser, et Ben- Albamar avait été choisi pour chef.

D’autres prétendent que, comme Viriathes, il était originairement berger; qu’ennuyé de porter la houlette, il s’étuit joint à une troupe de bandits dont il était bientôt devenu le chef; que , s’étant signalé par d'heurenx exploits, il avait vu le nombre de ses partisans s’accroître, et que son armée avait fini par le proclamer roi. Peutêtre, pour bien comprendre l’ascendant qu’il a exercé, faut-il se rappeler encore une fois cette ancienne rivalité de races qui n’avait pas cessé d’exister entre les Arabes et les Berbères. Ben- Hud , descendant de ces anciens rois de Saragosse qui avaient successivement combattu les Almoravides et les Almobades , qui s'étaient montrés ennemis de tout ce qui venait d’Afrique, était le représentant de ce qui restait d’Arabes. Il avait aussi avec lui les populations mozarabes de l’Andalousie, qui ne s’étaient pas encore jetées dans les bras du roi de Castille. Autour de Ben-Alhamar, au contraire . étaient venus se grouper les Berbères, les Lamtounes, débris des partis d’AI- Mamoun et d’Yahyabenel-Nassr. C’est dans cette faction sans doute qu’il restait des éléments de force , puisqu’elle a fondé le dernier pouvoir musulman qui devait, pendant encore deux siècles et demi , se maintenir dans la Péninsule. Quelles qu’aient été les causes de l'élévation d’Alhamar, il s’empara d’Arjona, de Jaèn, de Guadix, de Baza , et il se déclara l’ennemi de Ben- Hiid et de ses partisans. Les entreprises des chrétiens étaient grandement favorisées par les guerres continuelles que se faisaient ces trois factions, de Giomail-ben-Zeyan de Valence, de Ben-Hud et d’Alhamar.

Les villes étaient désunies ; les gouverneurs ne savai'‘nt à qui obéir.

Beaucoup d’entre eux, plus ambitieux que prudents , se déclaraient indépendants. C’était, disaient-ils, pour que les villes ou les forteresses qui leur avaient été confiées , ne se mêlant à aucun parti , demeurassent tranquilles

et ne fussent pas dévastées par les maux de la guerre. Les habitants se félicitaient de ce système d'isolement et de neutralité, sans penser qu'il les laissait à la merci du premier parti un peu puissant qui viendrait les attauer. Saint Ferdinand, voulant protêt de ces discordes, avait commandé à son frère don Alphonse et a don Alvar Parez de faire une incursion dans le pays ennemi. Ces deux capitaines étaient donc entrés, à la tête d’un petit nombre de cavaliers , sur le territoire de Cordoue; ils avaient pillé tous les environs de la ville; ensuite, ils avaient été ravager ceux de Séville, et s’étaient avancés, sans rencontrer de résistance, jusqu’à Xérès, sur les bords du Guadaleté. Ben-Hud , que les succès obtenus par Ben-Alhamar dans les environs de Grenade tenaient dans une continuelle appréhension , avait longtemps hésité à sortir de Séville pour combattre les chrétiens.

Cependant les ravages qu'ils exerçaient l’y déterminèrent. Il rassembla' une armée nombreuse et se mit n leur poursuite. Lors<iu’il les rejoignit, ils étaient campés près du Guadniété.

Pour lui , il établit son camp en face du leur, dans un champ d’oliviers, et il envoya mille cavaliers pour attirer les chrétiens au combat. Mais ceux-ci ne sortirent pas de leur camp. 'Voyant combien l’année musulmane était nombreuse, ils ne voulurent pas s'épuiser en escarmouches inutiles; ils comprirent qu’un effort desespéré lüpuvait seul les tirer du danger où ils s'étaient placés. La retraite leur était interdite: ils avaient la mer derrière eux ; devant eux ils avaient une armée dix fois plus nombreuse que la leur. Pour se débarrasser du butin , qui aurait gêné leurs mouvements, ils commencèrent par massacrer les prisonniers u’ils traînaient à leur suite. Aux cris e ces malheureux qu’on égorgeait, l’armée des Musulmans accourut, altérée de vengeance; mais les Oistillans étaient tous des guerriers éprouvés. Ils s’avancèrent en bon ordre , formant une masse compacte. Don Alvar marchait à leur tète. L’arrière-

garde était commandée par l'infant don Alphonse. Ils chargèrent la cavalerie musulmane avec tant d'ensemble qu’ils la culbutèrent, lui passèrent sur le corps. Ils s’ouvrirent ensuite un chemin au milieu de l’infanterie, qui, rompue et en désordre, fut obligée de fuir et de chercher un abri au milieu des oliviers. Les Castillans évitèrent ainsi, par leur courage et leur bonne discipline, une déroute que le nombre de leurs ennemis devait taire regarder comme certaine. A cette simple relation des auteurs arabes, les chroniqueurs chrétiens ajoutent un miracle. A la

fiointe du jour, disent-ils, les Cnstilans, après avoir massacré leurs prisonniers, se formèrent en un escadron serré et se précipitèrent sur les .Maures en invoquant saint Jacques. D’abord, ils furent accablés par la multitude de leurs ennemis; mais il vint à leur secours des saints dont les ligures et les tuniques blanches jetaient un éclat surnaturel. En les voyant, les infidèles, frappés de fr.iveur, prirent la fuite et furent vivement poursuivis par les chrétiens qui en tuèrent un grand nombre. On ajoute même, dit Mariana, qu’à Zamora il ne manqua pas de personnes pour attester une des circonstances de ce mir.icle inconnue des combattants. Elles affirinèrent que dans la nuit qui avait précédé la bataille, elles avaient vu passer saint Isidore, saint Jacques et d’autres saints qui marchaient avec précipitation, dans la crainte de manquer l’heure du combat. La vérité, dit-il, qui la pourra Savoir.’

Cette bataille fut livrée sur la fin de l’année 630 de l’hégire, c’est-à-dire, vers le 'mois de septembre 1233 de J. C.

Du côté de l’orient, Abu-Giomailben-Zeyan, qui n’avait renversé Cidi- Abii-.Mohammed que parce que celui-ci ne s’était pas montré ennemi assez acharné des chrétiens, était par sa position forcé de leur faire la guerre. Il entra donc sur les terres de l’Aragon ; il pénétra jusqu’aux environs d’Amposta et de Tortose, et il

L’UNIVERS

revint de celte expédition avec beaucoup de prisonniers et beaucoup de butin. Les chrétiens ne tardèrent pas à tirer vengeance de celte agression.

D. Jayme pouvait disposer de toutes ses forces. Non -seulement il avait achevé la conquête des Baléares, mais il n’était pas même embarrassé du soin de garder sa conquête. II en avait confié le gouvernement à l’infant don Pedro de Portugal, en échange du comté d’Urgel que celui-ci possédait comme héritier de sa femme Aurembiasse. Il résolut de faire la con- ,iuête du royaume de Valence. Il exposa donc son projet, qui fiitapprouvédans les cortès tenues à Monçon en 1232.

Il est vrai que plusieurs seigneurs aragonais et catalans refusèrent de prendre part à cette expédition, en disant qu’elle n’était pas nécessaire à la sécurité du royaume; mais le pape Grégoire IX permit de faire prêcher en France une croisade pour mettre fin à cette guerre sainte.

Sans attendre que les préparatifs fussent achevés , les habitants de Téruel enlevèrent aux Musulmans la ville d’Ares. où ils mirent une bonne garnison. Blasco de Alagon leur prit Morella. L’annee suivante, don Jayme entra dans le royaume de Valence , à la tête d’une armée composée en partie de soldats reirrutés dans le Languedoc et dans l’Auvergne. Il alla mettre le siège devant Burriana, dont la prise lui semblait importante, afin d’assurer ses communications par mer, et d'approvisionner par cette voie son armée de vivres, d^armes, et de toutes les munitions dont elle pouvait avoir besoin. Après un long siège, cette place se rendit le 5 sjawal G30 (I5juillet 1233). On prit ensuite Chivert, Pulpis, Peniscola , Castellon et Cuevas.

L'année suivante, on conquit Moncada, Mazeros, et d'autres positions moins importantes.

Pendant (jue les Aragonais gagnaient ainsi pied a pied le royaume de Valence, les Castillans, de leur côté, avaient porté la guerre au cœur de l’Andalousie. Ils avaient pris Ubeda.

Après avoir confié cette conquête à

de hardis défenseurs, saint Ferdinand était retourné à Léon. Les garnisons u’il avait laissées dans les villes d’Anujar et d’Ubeda, n’étaient pas d’humeur à se tenir sans cesse renfermées derrière leurs murailles. Elles poussèrent leurs courses Jusque sous les remparts de Cordoue. Parmi les prisonniers qu'elles ramenèrent de leurs expéditions, se trouvèrent quelquesuns de ces vieux soldats que les Musulmans appelaient des almogavares.

Ceux-ci, pour se concilier la bienveillance de leurs vainqueurs, leur contèrent que le roi Ben-Hud était en ce moment à Écija, où il faisait des préparatifs afin d’aller au printemps suivant attaquer la ville d’Ubeda, qu’il voulait essayer de reprendre ; ils ajoutèrent qu’il avait laissé Cordoue presque sans défenseurs, et qu’il serait facile de s’emparer par surprise du faubourg d’Axarquia (*). Domingo- Munos-Adalid , gouverneur d’Andujar, fit savoir aux commandants chrétiens des places voisines l’intention où il était de profiter des renseignements u’il avait obtenus. Il les pria de l’aier dans cette entreprise, et se mit en campagne avec un petit corps d'infanterie et de cavalerie. Pendant la nuit du 8 Janvier 1236, à la faveur de la pluie qui tombait à torrents, il s’approcha des remparts. N’y entendant aucun bruit de sentinelles, il fit escalader la muraille par quelques solilats, qui, aj)rès avoir surpris et égorgé plusieurs postes, s’emparèrent die la porte de Martos et l’ouvrirent au reste de sa troupe. Une fois dans le faubourg, les chrétiens commencèrent à forcer les maisons et à massacrer les mahométans. Ceux-ci, étourdis d’un événement aussi inattendu, songèrent à peine à se défendre et tâchèrent de se réfugier dans la ville; mais il en périt un grand nombre sous les coups des Castillans , qui restèrent maîtres du faubourg malgré tous les efforts que tentèrent les habitants de Cordoue pour les en déloger. Néanmoins, pour se maintenir longtemps dans ce poste,

(*) Axarquia, du levant.

ilsavaieiit besoin de renforts. Don Alvar-Perez et tous les gouverneurs des frontières s’empressèrent d’envoyer ce qu’ils avaient de troupes disponibles.

On adressa aussi un courrier à saint Ferdinand pour lui donner avis de ce qui se passait, et cet homme lit si grande diligence qu’il ne s’arrêta ni jour ni nuit. Il arriva lorsque le roi allait se mettre à table. Ce prince se donna à peine le temps de prendre quelques aliments, puis il monta à cheval, suivi seulement d’une trentaine de seigneurs. En partant, il laissa l’ordre a toute la noblesse de le suivre au plus vite à Cordoue. Partout, sur son passage, il ramassait les troupes qui pouvaient se mettre en marche. Il recommandait aux gouverneurs des villes de lui envoyer promptement leurs bandes. Il faisait avertir les ordres militaires de se rendre sans delai à son camp, en sorte que, lorsqu'il arriva devant Cordoue, il avait déjà une petite armee. Pour s’assurer un passage sur les deux rives du Guadalquivir, il alla camper près du pont d’Alcolea, qui est sur ce fleuve a une lieua environ au-dessus de la ville, entre le Guadamellato et le Rio-Cuzna. Son année était encore très-faible, car la mauvaise saison mettait un obstacle à la marche des troupes; néanmoins son arrivée remplit de Joie et d'espérance les chrétiens; elle répandit la terreur parmi les défenseurs de Cordoue. Ils firent demander des secours à Ben- Uud. Ce prince, qui était à Ecija occupé à faire des préparatifs pour la campagne suivante, rassembla beaucoup de troupes. Mais, se souvenant encore de la défaite qu’il avait éprouvée sur les bords du Guadalété, il voulut connaître d'une manière certaine quelles étaient les forces de l’armée chrétienne. A cet effet, il envoya don Lorenço Suarez, avec mission d’examiner ce qui se passait dans le camp de don Ferdinand. Ce seigneur était Galicien. Il avait été banni pour avoir pris part aux troubles qui, a la mort d’Alphonse IX, avaient agité son pays. 11 s’était réfugié chez les Musulmans et servait dans leur armée: mais il dé-

sirait vivement rentrer en grâce auprès de Ferdinand. 11 profita de cette occasion pour lui rendre un important service. Il alla le trouver, lui fit part de la perplexité de Ben-Hud, et lui conseilla ne faire augmenter pendant la nuit le nombre de ses feux , afin de faire croire que son armée était beaucoup plus considérable. Il s’en retourna ensuite au camp des Musulmans, avec un visage consterné. Il dit que l’armée chrétienne était très-forte |et qu’il y aurait de l’imprudence à l’attaquer, retranchée comme elle l’était entre trois rivières. Cependant, Ben- Hud hésitait encore sur le parti qu’il devait prendre lorsqu’il reçut une lettre d’Abu-Giomail-Ben-Zeÿan. Le roi de Valence lui demandait des secours, et offrait de se reconnaître son vassal s’il parvenait a le délivrer des attaques de don Jayme qui menaçait d’assieger sa capitale. Ben-Hud ne voulut pas laisser échapper cette occasion d'étendre son autorité. Il pensait d’ailleurs que la ville de Cordoue était assez forte pour faire une longue résistance; qu'il aurait le temps d’aller combattre et vaincre les Aragonais , et de revenir ensuite chasser les Castillans. Il se mit donc en marche et arriva à Alméria, où il voulait s’embarquer pour Valence. Il y fut reçu par le gouverneur Abd-el-Rahman, qui lui offrit une fête brillante et un banquet splendide, auquel assistèrent les principaux chefs de Vannée. Dans la nuit qui suivit ce repas, Aben-Hud mourut subitement.

Quelques auteurs prétendent que ce roi ayant dans cette même soirée voulu se mettre au bain, Abd-el-Rahraan l’y fit étouffer. Mais ce crime, dont ils n’allèguent ni preuves ni motifs, n’est pas même vraisemblable. Si le roi de Cordoue , après avoir pris sa part d’un abondant repas, se plongea dans un bain , il n'i st pas besoin d’expliquer sa fin p.ir un crime, et la nature a pu se charger seule de lui faire expier son imprudence. Aussi personne dans le camp ne soupçonna cette trahison ; et les uns attribuèrent la mort de Ben- Hud à une apoplexie, d’autres à l’ivresse. Elle arriva le jeudi 27 sjumada

L’UNIVERS

de l’année 633 (7 février 1236). En apprenant cette catastrophe, toute son armée se débanda sans que personne cherchât à la retenir ni à succéder au prince qui venait de succomber. Don Lorenço Suarez , à la tête de tous les chrétiens qui servaient dans le camp de Ben-Hud, vint grossir l arinée castillane qui, s’augmentant chaque jour par de nouveaux renforts , fut bientôt en état d’investir Cordoue. Au bout de quatre mois , les habitants n’ayant aucun espoir d'étre secourus , et commençant à sentir les atteintes de la famine, demandèrent à capituler. On convint qu’ils sortiraient libres, avec seulement ce qu’ils pourraient emporter sur eux. En exécution de cette capitulation, ils remirent la place aux assiégeants, le dimanche 22 sjawal 633 (2!) juin 1236). Dés que les chrétiens y furent entrés, ils arborèrent la croix sur le sommet de la grande mosquée d’Abd-el-Rahman, et l’étendard du roi Ferdinand sur l’Alcazar.

On retrouva dans la mosquée les cloches de Saint-Jacques de Conipostelle, qu’Almanznr avait fait apporter, comme un trophée, sur les épaules des prisonniers chrétiens, depuis le fona de la Qalice Jusqu’à Cordoue. Par de justes représailles, saint Ferdinand les Gt reporter, sur les épaules des mahométans, jusqu’à l'endroit d’où elles avaient été enlevées.

Les chrétiens ne proQtèrent pas seuls de la prise de Cordoue et de la mort de Ben-üud. Alhamar, déjà roi d’Arjona, de Jaën, de Baza, acheva de s’emparer de cette partie de l’Andalousie qui forma par la suite le royaume de Grenade. A Murcie, dès que là mort de Ben-Hud fut connue, on proclama son frère Aly-Ben-Yousouf-Iîen-Hud , surnommé Adid-Dawla ; mais ce prince ne put longtemps conserver le pouvoir, On se révolta contre lui. il fut pris et décapité. Les auteurs chrétiens font aussi mention d'un chef du nom de Ben-lludiel, dont ne parlent pas les auteurs arabes cités par Condé. Les habitants de Séville s’érigèrent en république. Mais partout l’autorité était contestée. C’était l’anarchie comme à

la chute des Ommiades, comme à la chute des Almoravides: seulement elle était moins active, moins énergique, moins sanglante, parce que les dominateurs de la Péninsule étaient énervés, et que tant de révolutions avaient

firoduit chez eux l’affaissement etdari es sources de la vitalité, royaume de Valence s’écroulait comme ceux de l’Andalousie. Don Jayme avait fait vœu de ne pas repasser l’Èbre qu’il n’eût repris cette ancienne conquête du Cid.

Abii-Giomail-Ben-Zeyan, comprenant qu’il ne pourrait résister aux attaques du roi d’Aragon, lui avait fait offrir de se reconnaître .son vassal. Il lui avait proposé de lui donner beaucoup de villes et de lui payer un tribut; mais don Jayme avait répondu qu’il était trop tard. C’était la ville de Valence qu’il voulait, et telle était son impatience, que, sans attendre son armée qui n’était pas encore réunie, et n’ayant encore avec lui que mille fantassins et trois cent soixante cavaliers, il traversa le Guadalaviaret alla asseoir son camp entre la ville et le Grao.

C’est ainsi qu'on appelle la plage de Valence, parce qu’elle est taillée en fome de degrés. Successivement des corps nombreux arrivèrent de toutes les parties de l’Aragon. Il vint aussi de France une, troupe de chevaliers d’élite, sous les ordres de l’archevêque de Narbonne. L’armée fut bientôt assez forte pour fermer toutes les avenues de la ville. Ben-Zeyan, qui ne pouvait espérer aucun secours du côté de l’Andalousie, avait fait réclamer l'assistance des Beni-Zeyanes ses parents qui commandaient à Tunis.

Ceux-ci envoyèrent à son aide une flotte de dix-huit voiles. Mais leé Musulmans qui la montaient, en voyant sur le rivage l’armée de don Jayme qui ne s’élevait pas alors à moins de soixante mille fantassins et mille cavaliers, n’osèrent pas aborder au Grao. Il.s suivirent la côte et allèrent débarquer auprès de Peniscola, dans l’espoir d’enlever cette place. Mais la garnison, aidée par un détachement que le roi avait envoyé pour la secourir, chargea vigoureusement les Musulmans et les

contraignit à regagner leurs vaisseaux.

Les Beni-Zeyanes s’éloignèrent aussitôt et flrent voile en toute hôte pour retourner en Afrique, afin d'tchapper à la flotte catalane qui était sortie de l'Èbre et qui apportait des vivres au camp. La retraite des Africains jeta le découragement parmi les assiégés.

Les Aragonais, au contraire, poussaient cltaque Jour leurs attaques avec plus de vUueur. Le roi faisait luiméine les fonctions d’un chef habile , et quelquefois celles d’un imprudent soldat. Un Jour, qu'il s’était beaucoup trop avancé des murailles, il fut atteint d’une flèche au front (*). Cependant cette blessure fut promptement guérie, et ne le contraignit à se tenir renfermé que pendant cinq jours seulement.

Après quatre mois de siège, les Valenciens qui manquaient de vivres, qui ne pouvaient attendre de secours de nulle part, et dont les remparts étaient ruinés en plusieurs endroits, demandèrent à capituler. Le vainqueur consentit à laisser sortir les assiégés avec tout ce qu’ils pourraient emporter sur eux, à condition que la bannière royale d’Aragon serait immédiatement arborée à Valence, et que la ville lui serait remise cinq Jours plus tard. A l’instant convenu, le 28 septembre 1238 (16 sapliar 63(i), le roi Ben-Zeyan sortit de la ville avec 50,000 de ses sujets. Il eut une entrevue avec don Jayme, auquel il promit de remettre toutes les villes, châteaux ou furtere.sses que les Musulmans occupaient Jusqu’à la rive gauche du Rio-Jucar. Au moyen de cet abandon, on convint d’une trêve de sept années.

Don Jayme entra en triomphe dans Valence, avec les seigneurs et les prélats qui avaient pris part au siège. II partagea , entre eux et les ordres reli-

(•) On a conservé le casque de don Jayme, la selle de son cheval et plusieurs pièces de son armure. En regardant ce casque dont la fnrnie quoique biaarre ne manque pas d’éléganre (voir la planche 43), un comprend aiséiueiil que dqn Jayme ait été hiessé au front; car son casque ne portait pas de vistere.

gieux et militaires, les propriétés de la ville, les métairies qui reiivtronnaient, et il accorda des fueros à ceux qui voudraient venir repeupler sa conquête.

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MEURT. TUrBAULT LUI SUCCEDE. MC*

RACr.E DES CORPURAUX DE DAROCA. -~ FRISE DE XATIVA PAR LES ARAGOIfAIS ET LES CATALANS. ~ LE ROYAUME DE MURCIE 8E DONNE A. FERDINAND DI CASTILLE. ^ SIEGE DE GRENADE. — fttéOR ET PRISE DS

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