‹ Espagne (volume 3)Chapitre 43 sur 75 · ET SON PÈRE. MASSACRE DES HABITANTS · texte numérisé non relu

ET SON PÈRE. MASSACRE DES HABITANTS

DE TALAVERA. TESTAMENT d'aLPBONSE X.

— MORT d'aLPHONSE.

On a Vil que le foi Henri de Navarfe était mort le 27 août 1274, laissant

fiour héritière sa fille. Juana, âgée seuement de trois ans. Elle devait apporter en dot une couronne h celui qui serait son mari. Aussi les princes voisins recherchaient- ils avec empressement une alliance qui pouvait éonsidéra-

blement augmenter leurs États. Ils s’occupaient à se faire des partisans parmi les seigneurs navSrrais, qui se divisaient en deux pirtts. Les uns voulaient un prince aragonais; les autres préféraient un Castillan. Blanche, veuve de don Henri, tutrice de la jeune reine et régente du royaume, avait, du consentement des cortès, confié la direction des affaires à don Pedro Sanchez de MontaigU. Ce seigneur était favorable aux prétentions de l’infant d’Aragon, don Pedro, qui eût voulu marier son fils Svee la jeune reine de Navarre. Les seigneurs qiii préféraient une alliance castillane, avaient pour chef don Garnie Almoravides. Tout le pays était partagé entre ces deux factions. On en était venu aux armes ; on ravageait les récoltes ; on incendiait les maisons : c’était le commencement d’une guerre civile dont on ne pouvait prévoir les chances. Aussi Blanche résolut-elle de mettre en sûreté la couronne et la liberté de sa fille en la plaçant Sous la protection de Ediilippe le Hardi. EUe passa en France avec sa fille, se rendit à Paris où le roi lui assigna un hôtel et des revenus. Ensuite il envoya, pour gouverner le n^aiinte de Navarre, Eustache de Beaumarchais, ui, aprè.s avoir, suivant l'usage, juré e respecter et de faire respecter les ftieros tiavSrrais, prit la direction des affaires ; et par une conduite pleine de sagesse et de fermeté, il parvint à rétablir momemtanément la tranquillité en Navarre.

Dans la Castille , au contraire , les discordes civiles n'avaient pas encore éclaté. Mais c’était un incendie qui couvait. Il s’en fallait beaucoup que la décision des cortès de .Ségovie eût convaincu tout le monde de Ta justice des prétentions de Tinfant don Sancho.

Yolande, reine de Castille, était Aragonaise; et , jugeant d'après les principes admis par la constitution dé son pays, elle trouvait inique de priver du trône les fils de son premier-taé. Blaocbe, fille de saint Louis, élevée dans les idées françaises, se révoltait contre ùne décision qui dépouillait ses enfants

de ce ^ai, àtf* termes de tà Irf salique, edt été l’héritage de leur père. Yolande, ne trouvant pas, auprès d’Alphonse X, la justice et l’appui qu’elle eût désirés

fiour les infants de la Cerda , les eneva , et , avec leur mère , elle Se rendit auprès de son frère don Pedro d’Aragon.

Alphonse X, et surtout don Sancho, se montrèrent fort irrités de cette fuite. Ils firent redemander à don Pedro de leur renvoyer les fugitifs. Mais ce prince répondit qu’il n’avait jamais livré ceux qui étaient venus chercher un asile auprès de lui, et qu’il ne commencerait pas par trahir sa soeur et ses neveux. Cette réponse augmenta encore le mécontentement de don Sancho, qui, accusant l’infant don Fadrique , son oncle , d’être favorable au j^rti des infants de la Cerda, et d’avoir conseillé leur fuite, le fit étrangler à Burgos, lorsqu’il rentrait dans son palais (*). Il adressait les mêmes reproches à Simon Ruiz de Cameros. Il fit incendier la maison où ce seigneur s’était retiré, à 'Trevino, et le fit ainsi périr dans les flammes. Cependant le parti des infants de la Cerda avait trouvé plus d’un appui. Le frère de Blanche, Philippe le Hardi, envoya plusieurs fois des ambassadeurs au roi de Castille, pour lui adresser des réclamations; et, comme Alplionse n’y faisait pas droit, il lui déclara la guerre, et se disposa à passer les Pyrénées; mais le pape intervint. Il menaça le roi de France de l'anathème, s’il commençait les hostilités. Cette menace, jointe à la mauvaise saison qui rendait le passage des montagnes difficile, contribua à maintenir la paix.

Cependant le terriie de la trêve conclue avec Yacob-Abu-Yousouf était arrivé. L’àrmée de don Alphonse avait été mettre le siège devant Algéciraz; elle serrait la ville par terre et par mer. Mais, comme le siège traînait en longueur, l’argent vint à manquer pour payer la solde et les vivres. Don Alphonse chargea un juif de Séville,

(*) Mariana dit qu’il fut décapité. Liv. xiv, ch. 3.

nomihé Cax de la Matea , de lui trouver des fonds.

Cependant Saneho souffrait avec iitipatience que sa mère fût retirée an-

ftrès du roi d’Aragon. Il avait envoyé Irifant don Manuel auprès d’elle pour obtenir son retour. Après une longue négociation , on convint cme la liberté serait laissée à Blanche de se retirer en France, si elle le jugeait convenable; que les infants de la Ceida seraient élevés dans le château de Xativa; et qu’Yolande reviendrait en Castille-, mais, quand cet accord eut été conclu, la reine différa de l’exécuter, sous prétexte qu’elle avait céntracté des dettes^ et qu’elle ne pouvait pas quitter l’A"ragon sans les avoir payées. Alors don Saneho se transporta chez le juif Cax de la Maloa; soit de bon gré, soit de force, il se fit reihettre l’argent ramassé pour l’armée nui assiégeait Algéciraz, et l’envoya à la reine Yolande. Cependant la flotté fet l’armée ne recevant ni vivres ni argent, les maladies et la désertion commencèrent à Se mettre dans le camp et dans les équipages. Abu-Yousouf, én ayant été averti par ses espions, vint, à la tête d’une escadre bien armée, attaquer les vaisseaux chrétiens qui manquaient de tout et qui étaient à peu prés déserts. 11 les détruisit presque tous. Il entra triomphant dans te port d’Algériraz , et les chrétiens furent forcés de lev'fir précipitamment le Siège (*). ,

En Navarre, le parti castillan, tfft moment comprimé par Eustache Beaumarchais, aval t pris de nouvelles forces. Une sédition éclata à Pampelune; Sanchez de Montaigu y fut massacré, et le gouverneur français, Eustache de Beaumarchais, force de se retirer dans la citadelle, y fut assiégé par les révoltés. Dès que Philippe le Hardi fut informé de cette rébellion , il envoya en Navarre une armée sous le commandement de Robert , comte d’Artois, et du connétable Imbert; et elle

(’) Condé place cel événement an i5 rabia i®' 678 (a6 juillet »a79); il y a probablement là une erreur d’une année , car les chrétiens }e mettent en 1378. Alors il faudrait lire, i5 rabia i"' 677 (d août n'é).

L’UNI, VERS

vint, la veille du jour de Noël 1272 , mettre le siège devant Pampelune. Alphonse avait envoyé des troupes au secours des révoltés ; mais, après s’étre avancées jusqu'à trois lieues de Pampelune, elles se retirèrent sans avoir osé attaquer les Français. Le connétable Imbert entra dans la ville, et les rebelles furent sévèrement châtiés.

En voyant une armée française si près de ses frontières, Alphonse manifesta le désir de terminer à l’amiable ses différends avec le roi Philippe. Il eut une entrevue avec le comte d’Artois ; mais, comme celui-ci n’avait aucun pouvoir pour traiter, on fixa d'autres conférences. Enfin, après bien des débats, on convint, à titre de transaction , que le roi de France reconnaîtrait don Sancho comme héritier de la couronne de Castille, mais qu'on donnerait à l'infant Alphonse de la Cerda le royaume de Murcie, à titre de fief relevant de la couronne de Castille. Ce n’était pas tout d'avoir conclu cet arrangement : il fallait encore le faire accepter par les cortès. Elles furent convoquées à Séville pour la fin de l’année 1281. Alphonse leur exposa que les guerres soutenues contre les âlaures de Grenade, dans les années précédentes , avaient épuisé le trésor; qu’il fallait frapper le peuple de nouveaux impôts, ou bien autoriser le roi à altérer la monnaie d’argent, en y alliant une plus grande quantité de cuivre. Bien qu’Alphonse eût déjà la triste expérience d’une opération de ce genre, il insista pour cette refonte des monnaies. Les cortès, de leur côté, tout en éprouvant le mécontentement le plus vif de cette mesure, ne surent en proposer aucune autre pour faire face aux besoins de l’État, et furent forcées de l’approuver. Alphonse leur rendit aussi compte de l’arrangement qu’il avait conclu avec le roi de France, et il demanda l’approbation des représentants de la nation. Don Sancho , qui avait été reconnu héritier présomptif de la couronne , manifesta tout son mécontentement de la proposition qui était faite de démembrer son héritage. Il refusa d’as-

sister aux séances des cortès; mais il employa toute son influence pour que cet arrangement ne filt pas sanctionné , et ses partisans parvinrent à empêcher qu’on terminât rien sur cette affaire. Bien que la proposition sur la refonte des monnaies eiU été adoptée , elle avait cependant indisposé contre le roi presque tous les représentants des vdles. Don Sancho profita de ce mécontentement général, et indiqua pour le mois d’avril suivant une nouvelle réunion des cortès.

Il choisit la ville de Valladolid pour tenir cette assemblée, où, disait-il, on remédierait à tout. Le remède qu’on y proposa fut de remettre le gouvernement entre les mains de don Sancho.

Cptte motion fut faite par l’infant don Manuel , et adoptée presque par l’iinanimité des membres. On alla plus loin : on demanda qu’Alphonse fût dépouillé du titre de roi , qui serait donne à don Sancho. Mais celui-ci, avec une hypocrite modestie, répondit que tantque son père vivrait, il fallait lui conserver le titre de roi et les honneurs de la souveraineté; qu’il était content, pour son compte, du titre d’héritier présomptif et de régent du royaume. En apprenant ce qui se passait à Valladolid, Alphonse fut rempli de colère. Il voulut châtier la rébellion de son fils; mais il était abandonné par pre.sque tout le monde. C’est à peine si quelques villes lui étaient restées fideles.

Il demanda contre son fils des secours en France, en Portugal; mais ce fut inutilement. Il fut réduit à implorer l'assistance du roi de Maroc. Ce prince lui envoya des troupes et de l’argent; maiscette aide fut insuffisante pour faire rentrer ses sujets dans le devoir. Il invoqua l’autorité du pape; mais le souverain pontife ne jugea pas à propos d’user des armes spirituelles contre un fils qui faisait à son père cette guerre impie. Chaque jour apportait au malheureux Alphonse quelque nouveau sujet de ressentiment. Aussi , les novembre de l’année 1282, il fit dresser publiquement, à Séville, une déclaration par laquelle il donnait sa malédiction à Sancho, après l’avoir

déshérité comme fils ingrat et comme sujet rebelle. Ces actes ne servirent , au reste , qu’à irriter encore les passions , et à donner une nouvelle activité à la guerre civile. Un faubourg de Talavéra ayant embrassé le parti d’Alphonse, don Saiicho vint à la tête de bonnes troupes. Il fit prendre et massacrer Quatre cents des principaux habitants. Il fit couper leurs corps par quartiers, et en fit attacher les débris a des pieux plantés près d’une porte de la ville, qui, depuis ce temps , a conservé le nom de porte des Quartiers, Puerta de Quartos.

Cependant, l’âge et les chagrins avaient épuisé les forces d’Alphonse.

Vers les premiers jours de novembre

1283, sentant qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre, il voulut confirmer le testament qu’il avait déjà fait.

Il maudit l’infant don Sancho pour cause d’ingratitude et de désotéissance , le déshérita et l’exclut du trône, lui et toute sa postérité. Il institua pour son héritier, Alphonse, fils aîné de Ferdinand de la Cerda, et, à défaut d’Alphonse, sonjeune frère Ferdinand.

A defaut de ceux-ci, ou de leurs descendants, il institua le roi de France.

Quelques jours plus tard , l’infant don Juan ayant abandonné le parti de son frère, Alphonse voulut lui laisser un témoignage de son contentement, et, par un codicille daté du 22 janvier

1284, il lui légua les royaumes de Séville et de Badajoz. Il légua aussi à son autre fils, l’infant don Diego, le royaume de IMurcie. Il languit encore quelque temps. Don Sancho fit quel-

ues démarches pour obtenir le pardon e son père. Alphonse commençait à se laisser fléchir quand il mourut à Séville, le mardi 4 avril 1284; avant de mourir, il pardonna , dit-on, à son fils, mais il ne révoqua aucune des dispositions qu'il avait consignées dans ses testaments.

Alphonse ne fut marié qu’une fois, et eut de la reine Yolande don Fernand de la Cerda, mort en 1275; don Sancho , qui , malgré l’exhérédation prononcée contre lui , demeura son successeur; don Juan, don Pedro et

don Diego (*). Il avait eu d’une maîtresse , avant son mariage , une fille nommée Béatrix , qui fut mariée au roi de Portugal ; il eut aussi un fils bâtard nommé Alphonse le Jeune.

Son royaume fut agité par des troubles presque continuels, que causa d’abord la pénurie du trésor et que ses fautes perpétuèrent. Comme Alphonse le Grand, il fut avant le temps dé-

fiouillé par ses fils de l’autorité royae. Si Alphonse, au lieu d’étre roi, eût été un simple écrivain , personne ne lui contesterait le titre de sage. Son amour pour les lettres, l’étendue de ses connaissances , la protection qu'il accorda aux savants, de quelque secte u’ils fussent , sa tolérance religieuse oivent recommander sa mémoire à la postérité. Il a aboli en Espagne l’usage d’écrire les actes en ce latin barbare du moyen âge ; il a voulu que tous les contrats fussent rédigés en castillan ; enfin, ce qui suffirait à la gloire d'un siècle, il a rédigé ce rode si connu sous le nom de Siete partidas.

QDELQOU VOIS DU SUTS rXRTIDU.

Il est des époques dans la vie des nations où l’esprit public , saisi d’une fièvre insatiable de changement, court après des institutions nouvelles ; il s’agite sans règle et sans mesure : c’est alors un devoir pour les rois de modérer cette ardeur de progrès, de la contenir dans de justes limites.D’autres fois, au contraire, les peuples semblent sommeiller; il faut dans ces circonstances quelesprincesdonnentl’élan à leurs sujets. C’est à eux à deviner les besoins que la voix publique n’a pas encore tait connaître , à y pourvoir avant même qu’ils aient été compris du vulgaire :

c’est dans ce dernier état que se trouvait l’Espagne. Alphonse VIII avait en 1212 donne un corps de lois à la Castille, mais c’était pour la Castille seulement que ces lois avaient été rédi-

(*) Ce dernier est aussi souvent nommé Jayme. Il est bon de se rappeler que Diego, Yago, Jayme, ne sont que le même nom.

L’ÜW1¥BR8.

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gé«8 : elles n’avaient pas d'ailleuis toute l’étendue désirable ; elles étaient loin de prévoir tous les cas. Saint Ferdinand avait eu la pensée d’établir pour tous ses États une législation uniforme, et de combler les lacunes qui existaient dans le droit d’Alphonse le Noble. Mais le temps lui an'ait manqué pour accomplir cette tâche ; il l’avait léguée à son fils Alphonse le Savant , et dès les premières années de son règne , ce prince s'était mis à l’œuvre. C’est Alphonse lui-même qui prend la peine de nous apprendre ces détails. Voici quelques passages du prologue mis par ce roi en tête de son onvraae :

« Dieu est le commencement et la « source de toutes choses, et sans lui « nulle chose ne saurait exister. C’est

* sa puissance qui les a créées , sa sa- « gesse qui les gouverne, sa bonté qui « les maintient; aussi quiconque veut « entreprendre un bon travail doit s’a- « dresser à Dieu et lui demander en < grâce le savoir, la persévérance et la « force nécessaires pour le bien mener n à fin. C'est pourquoi nous don Al- « phonse, roi ae Castille, de Cordoue, n qe Murcie, de Jaën et de l’Algarve, « voyant lagrandeurdes États que Dieu « accorde aux rois dans ce monde , les « biens de toute sorte qu’ils reçoivent

• de lui, et particulièrement l’honneur <i qu’ils ont de porter le nom de rois ; B considérant que c’est une obligation B pour eux de rendre la justice aux B peuples qui leur sont soumis et qui B sont les créatures de Dieu ; connais- « sant quelle immense responsabilité « pèse sur eux lorsqu’ils n’accomplis-

« sent pas bien ce devoir, nous

B avons fait ce livre pour être en aide

B à ceux qui viendront après nous

B Mais comme nous ne pouvions trou- B ver dans nos facultés et dans notre B esprit toutes les bonnes raisons né- B cessai res à cette grande entreprise, B afin d^e l’achever avec succès, nous B avons eu recours à la grâce de Dieu B et à celle de son fils bien-aimé « Îfotre-Seigneur Jésus-Christ, avec B raide de qui nous l’avons commen- « cëé , à" celle de la Vierge sainte sa

B mère, qui sert d’inteçtnqdiairc ei^s a nous et lui, et à celle de toute la cour B céleste; nous nous sommes aussi B prévalus de leurs paroles. Clous avons. B encore tiré parti des préceptes deg B sages qui ont expliqué la nature des B chôses; nous nous sommes servis de| B édits , des lois et des bons fuerpg « qu’ont établis dans les terres soumir <1 ses à leurs juridictions les sei^eurg B et les hommes versés dans la science «du droit. Nous avons classé leurg « raisons chacune en la place qui lui B convient.

B Trois motifs nous ont principale- « ment déterminés à commencer ce B travail. Le premier est que le très- « noble et bienheureux roi Ferdinand, « notre père , qui était rempli de jus- B tice et d’équité, avait l’intention de B l’entreprendre , s’il eût vécu plus « longtemps , et qu’il nous a recom- B mandé de le faire à sa place. Le se- B cond est l’espoir de venir en aide et « assistance à ceux qui régneront après « nous, et de leur épargner une partie B de la fotigue et des peines qu'ont à B supporter dans l’administration des « royaumes ceux qui veulent bien « faire.

B La rédaction et la mise en ordre de « ce livre ont été commencées la veille B de la Saint-Jean -Baptiste, quatre B ans et vingt-trois jours après notre B avènement au trône, arrivé quand B on comptait de l'àre d’Adam 6031

B années hébraïques et 387 jours ,

B et de l’ère de l'incarnation 1361 an-

« nées romaines et 152 jours Il a

« fallu sept ans entiers pour l’ache- B ver. •

Ainsi toutes ces dates sont bien précises. Alphonse est monté sur le trône le 163' jour de l’année 1263.

Celte année étant bissextile, le 152' jour est le 31 mai. Il a commencé les partidas le 3.3 juin 1356, et les a achevées le 23 juin 1263.

Ces lois, au reste, ne furent pas reçues sans opposition , et les cortès de fa Castille demandèrent que le vieux fuero, celui qui avait été promulgué par Alphonse VIII et par Léonora, son épouse, fût maintenu , et qu’il fût

Di.

permis aux juges d’y puiser les motifs de leurs décisions. Alphonse X enjoignit donc aux tribunaux d’appliquer concurremment le fuero real et les sjete partidas. L’emploi simultané de eesdeux eprps de lois pourrait sembler étrapge ; mais, en les comparant, on cessera de s’étonner, car, presque la totalité (jes textes du fuero real n été reproduite par Alphonse X. Les antictomies entfe les deux législations sont excessivement rares, et toutes les deux sont encore en vigueur en Espagne.

Le nom de Sage a été contesté au roi dpn Alphonse X; nous ne l'avons plus appelé que le Savant. Cependant il y a autre chose que de b science dans le cotie énorme qu'il a promulgué. Au miljeu de cette lourde et ridicule érudition , dont il a , suivant l'usage de cotte époque, surchargé quelques passages des siete partidas. on ne peut s’empêcher d’y reconnaître autant dç sagesse quon peuvent avoir les ouvrages des hommes.

La division de ce code embrasse toutes les parties du droit. Nous avons des docteurs qui disent que tout se trouve dans la Bible. Les KIspagnols prétendent que tout se trouve dans les siete partidas. Alphonse , dans un préambule qu’il nomme Septénaire, e.xplique pourquoi il a partagé son ouvrage en sept. La seule explication raisonnable était que cette division lui Sembbit claire et appropriée aux besoins de la nvitière qu’il traitait ; mais cela çdt été trop simple pour l'époque où il vivait. «Le Septénaire, dit-il, «est un compte trè.s-noble; il a été « en g^aqdl honneur chez les sages de « l’antiquité. », Alors le législateur se met à prouver par des citations d’Aristote, de I Ancien et du Nouveau Testament , que la’div'ision par sept est la nieilleurp. Il faut parler de ces puérilités, de pes jeux d'érudition, indignes du code où ils sont renfermés, comme d’un précieuij spécimen du pédantisme et du mauvais goût de l’époque. Mais,

3uand le législateur rentre dans le fond e squ sujet, s.a parolç redevient claire, nette, pt d’une grande simplicité. Voici

l'analyse qq’ll donne lui-mdme de son ouvrage :

«Dans la première partie, nous « parlons de toutes les choses qui ont « trait à la religion catholique , qui ap- « prend à l’homme à connaître Dieu « par b foi.

• Dans b seconde , nous parlons de « ce qui est dû aux empereurs , aux « rois et atix autres grands seigneurs,

« et aussi de ça qu’ils doivent faire « pour devenir meilleurs ; pour que « leurs domaines et leurs royaunaes « soient prospères et bien détendus ; « pour quç leurs volontés, qui doivent « toujours rester dans les limites du « droit, soient d’accord gvec celles de « leurs sujets.

« Dans b troisième , nous parlons « de b justice qui fait vivre les hhmmes « en paix les uns avec le$ autres, et de « ce qui est nécessaire pour atteindre « ce but : des .juges, des huissiers, deq « témoins, des enquêtes , de toutes les R écritures, des Jugements, des appels, « des servitudes.

« Dans b quatrième , nous nous oc- « cupons des Gançailles, des mariages « et des choses qui s’y rapporteut ; des « enfants qui naissent en légitiipe ma- «riage, ej des autres enfanfs, quels « qu’lis soient. Nous parlons aussi de « la piiissqncn ppternelle , dé rpbéis- « sance que les enfants doivent à leurs « parents, dq vassebge et dés fiefs.

« Dans la cinquième, nous parlons « des différents contrats que les hom- « mes font entre ei« , commç le prêt, « la donation , rachat et b vçnte , l’é- « change, Iç, louage, Iç contrat de « rente , les cpmmerçanfs et les mar- « chés, les foires , les droits de péage , « les obi igations, les gages, b garantie, « le payemeqf , et de tous les actes et « conventions que les hommes font « entre eux dun commun accord ; « quelles sont celles qui sont valables; « quelles sont celles qui ne le sont pas.

« Dans la sixième partie, nous par- « Ions des testaments , des codicilles, « des successions , de la garde des or- « phelins, et de toutes les choses qui y « ont trait.

« pans la çeptièiqe pgrMè.i “Pos pai|-

L’ÜNIVERS.

« Ions des accusations, des trêves, des «sûretés, des gages de bataille, des « trahisons, des faux, des larcins, des « vols, des incendies , des homicides , « des adultères, et de tous les méfaits « dont les hommes sont capables ; des « peines et des châtiments qu'ils mé- « ritent pour leurs fautes , et c’est de « cette manière que se complète ce livre « de justice ; car, de même que les bons « méritent bien et récompense pour le « bien qu’ils font , de même les mé- « chants doivent recevoir la peine de « leur méchanceté. Aussi , quiconque « voudra appliquer son esprit à la lec- « ture des sept parties de notre livre , « y trouvera tout ce qui est nécessaire « pour arriver à l’amour de Dieu par « la croyance et par la foi , et aussi à « l’amour des hommes entre eux par « la justice et par la vérité. ■

L’élasticité de ce cadre permettait de l’étendre à tous les sujets ; et il faut avouer qu’Alphonse a étrangement abusé de cette faculté , car on trouve dans sa compilation une foule de passages qui n’ont aucun des caractères de la loi. Ils n’ont pas de sanction. Ils n’ordonnent ni ne défendent , ne permettent ni ne punissent. Ainsi, plusieurs titres de la seconde partida sont employés à prescrire la manière dont le roi doit vivre. Voici la loi V du titre iv :

« Quel doit être le roi dans son lan- « gage.

« Il résulte toujours un grand pré- • judice pour le roi comme pour les « autres nommes, quand ils font usage « de paroles mauvaises et malsonnantes « qu’ils ne devraient pas prononcer ; « car ils ne les ont pas plutôt lâchées, « qu'ils ne les peuvent reprendre. Aussi, « un philosophe a-t-il dit qu’il valait « mieux pour l’homme se taire que « parler ; qu’on devait se garder de dé- « lier sa langue devant les autres , et « surtout devant ses ennemis, dans la « crainte qu’ils ne prissent occasion de « vos paroles pour vous desservir et « pour vous faire du tort. Car il est « impossible que celui qui parle beau- « coup ne commette pas quelques er- « reurs. L’abus de la parole rabaisse le

« prix de ce que vous dites, et fait con- « naître vos faiblesses. Si vous n’êtes « pas homme d’un grand mérite, tout « le monde le reconnaîtra à votre lan- « gage ; car , de même qu’on entend « au son quand un vase est fêlé , de « même le bon sens de l’homme se juge < d’après ses paroles. »

Ce n’est certainement pas là une loi ; c'est tout au plus un conseil. Il serait facile de citer une grande quantité de dispositions semblables. Les titres 21, 22, 23 de la même partida, contiennent quelques lois sur les obligations des seigneurs en temps de guerre; mais ils exposent surtout fort au long la théorie de la guerre, telle que les Espagnols et les Maures se la faisaient depuis plusieurs siècles. Il dit quels étaient les devoirs des ofBciers , des cavaliers et des fantassins. Il dit comment on doit placer les vedettes, comment on doit éclairer sa marche, comment on doit dresser les embuscades, comment on doit conduire les algarades (al-garas) , ces courses rapides par lesquelles on va surprendre l’ennemi , piller les grains enfouis dans ses masmorras, et enlever les bestiaux.

Ce sont ces expéditions que, dans nos guerres avec les Arabes de l’Algérie, nous appelons encore al-ghazias ou razias.

Tous ces détails forment un véritable traité de tactique à l’usage de cette époque. Au temps d’Alphonse , il a pu être d’une grande utilité. Il est maintenant excessivement curieux ; car il nous apprend la manière de combattre des Espagnols aux douzième et treizième siècles ; mais ce ne sont pas là des lois. Cependant , à côté de ces enseignements, se trouvent des règles sur le partage du butin ; et le titre 28 de la même partida contient le code pénal militaire. Il y est dit: « com- « ment sedoiventchâtiertousies hom- « mes qui , étant venus à la guerre , y « commettent des fautes. »

Si on voulait retirer des siete partidas tout ce qui n’est que discussion ou conseil , on en réduirait considérablement l’étendue. Mais il resterait toujours un corps de lois merveilleu-

sement appropriées au génie du peuple pour lequel elles sont faites. Cette aptitude du législateur à se plier aux mœurs et aux coutumes du pays est la première sagesse qu’il doit ambitionner; et , sous ce point de vue, les lois d’Alphonse X ne lai.sseiit rien à désirer. Je n’en citerai plus qu’une, parce qu’elle reproduit d*une manière h-appante un des traits du caractère espagnol. On a déjà vu des exemples de cet héroïsme de la défense poussé jusqu’à la férocité. On a vu les sièges de Sagunte, de Numance, celui de Calahorra , pendant lequel les assiégés avaient soutiert une famine si affreuse, qu’à Rome elle était devenue proverbiale. On y disait endurer une faim cttlagur rit aine. Eh bien ! tout cela se trouve résumé dans une seule loi. C’est la 8*, an titre 17 de la 4' partida.

• Seyendo el padre cercado en al- « gun castillo que tovie.sse de senor si « fuesse tan cuytado de fambre que « non oviesse al que corner, puede co- « nwr al lijo, sin mal estança ante que « diesse el castillo sin manijado de su « senor. »

Le père qui se trouve assiégé dans un château qu’il tient de son seigneur, s’il est pressé par la faim et n’à plus de quoi manger, peut, sans mériter de reproche, manger son fils plutôt que de rendre le château sans ordre de son seigneur.

Cette loi n’a pas besoin de longues explications , et il suffit de la glose qu’en faisait le commentateur des partidas, Lopez'deTovar : Mira vatde Utam legem quæpermittit potius homicidium fUii ut comedafur, urgente famé, quam traditionem castelU. Faites bien attention à cette loi qui , en cas de famine, permet de tuer son fils et de le manger plutôt que de rendre le château.

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