‹ Espagne (volume 3)Chapitre 49 sur 75 · OR ALFHORSE COMMERCE LE SIEGE DE GIBRALTAR. IL Y MEURT DE MALADIE · texte numérisé non relu

OR ALFHORSE COMMERCE LE SIEGE DE GIBRALTAR. IL Y MEURT DE MALADIE

Pendant que le roi de Castille triomphait des ennemis de la foi chrétienne, et augmentait ses domaines à leurs dépens, le roi d’Aragon faisait aussi des conquêtes ; niais celles-ci n'étaient motivées ni par la justice ni par la religion. Il travaillait à dépouiller son beau-frère, don Jayme, roi de Majorque. Si le caractère cruel , ambitieux

et perfide de don Pedro n’eût pas suffi pour le déterminer à cette usurpation, on pourrait attribuer sa conduite odieuse au ressentiment d’une offense qu’il avait reçue. Le roi de Majorque, après avoir différé pendant trois années de rendre à don Pedro l’Iiominage auquel ilétaitobligépourceuxdeses Etats qui relevaient de la couronne d’Aragon, vintenünremplirce devoirà Barcelone, le 17 juillet 1339. Quelque temps plus tard, le roi don Pedro partit pour Avignon, afin d’aller à son tour rendre en personne au pape son hommage, à raison de la possession des îles îde Corse et de Sardaigne qu’il tenait comme vassal du saint-siège. Il fut accompagné dans ce voyage par le roi de Majorque, et le jour où don Pedro, entouré d’un brillant cortège, s’avancait pour aller au palais du saint-père, ayant don Jayme à côté de lui , l’écuyer qui tenait par la bride le cheval de don Jayme ayant remarqué que le seigneur qui remplissait la même fonction auprès du roi d’Aragon marchait plus vite que lui , donna un coup au cheval du monarque aragonais pour l’arrêter. Il frappa même le seigneur qui le conduisait. Don Pedro fut d’autant plus offensé de cette audace, que, par son silence, le roi de Majorque sembla l’autoriser. Dans le premier moment de colère, il porta la main à son épée; mais son oncle, qui était <à côté de lui, l’arrêta et l'empêcha de tirer vengeance de cette injure. Don Pedro en conserva-t-il le ressentiment? C’est ce qu’il n’est pas possible de savoir; mais il se montra toujours animé d’un mauvais vouloir pour son frère, et l’occasion d’en donner la preuve ne tarda pas à se présenter.

En 1341, don Jayme ayant refusé de rendre hommage au roi de France pour le comté de Montpellier, le duc de Normandie assembla des troupes afin de s’emparer par les armes du fief dont on contestait la souveraineté. Don Jayme , à la nouvelle de ces armements, envoya prévenir don Pedro, et lui demanda de le secourir comme un seigneur doit secourir son vassal. Mais l’Aragonais , qui ne désirait rien tant

L’ÜNIVERS.

que de.voir son beau-frère atlainli, afin de pouvoir plus facilement s’emparer de ses dépouilles, répondit d’une manière évasive. Don Jayme s'imagina qu’il réussirait mieux par lui-meme que par .ses ambassadeurs. Il se rendit en Catalogne, et se fit accompagner par sa femme dona Constance , dans ('espoir qu’elle exercerait un peu d’influence sur l’esprit du roi d’Aragon.

Toutcelafut inutile. Don Pedro promit seulement d’envoyer un ambassadeur au roi de France ; mais déjà le duc de IVormandie s’était emparé des vicomtés d’Omelas et de Carladois. Don Jayme, qui s’était retiré dans le Roussillon à la tête de quelques troupes , lit encore savoir au roi d’Aragon combien sa position était dangereuse. Il lui demanda de nouveau des secours. Don Pedro en promit, mais il n’en envoya

fias. Loin de là, au commencement de 'année suivante (1342), il lit ajourner don Jayme à comparaître , dans le délai de vingt-six Jours, devant les cortès de Barcelone. Il l’accusait d’avoir voulu se rendre indépendant, d’avoir, de son chef, déclaré la guerre au roi de France, d’avoir souffert dans ses États une autre monnaie que celle de Barcelone, et d’en avoir fait battre une mauvaise. Don Jayme ne comparut pas sur l’assignation qui lui avait été donnée. Il fut déclaré rebelle , contumace , et , comme tel , déchu de tous les domaines qu’il tenait à foi et hommage de la couronne d’Aragon. Cependant le pape ayant intercédé pour lui , il obtint un sauf-conduit , et vint à Barcelone pour s’expliquer avec le roi don Pedro. D’abord celui-ci le reçut avec une apparente bonté ; mais liientôt , rétextant qu’il avait appris que don ayme avait formé le projet de l’enlever et de l’emmener a Majorque, il lui retira dona Constance, sa femme.

Le roi de Majorque se plaignit vivement de cette violation du sauf-conduit ; mais don Pedro, satisfait d’avoir retiré sa sœur de ses mains , le laissa partir sans s’inquiéter de ses cris ou de ses menaces. Don Jayme , furieux, se rendit aussitôt à Majorque, où il déclara la guerre au roi d’Aragon.

Il saisit tous les biens que les Aragonais possédaient dans ses États. Il publia un manifeste par lequel il protesta que tout ce qui lui était imputé n’était ue calomnie et qu’imposture. Sans oute, ce prince avait pour lui la justice ; mais sa conduite n’en fut pas moins imprudente. Bon droit a besoin d’aide, et n’ayant pas le moyen de faire prévaloir sa cause, il ne fallait pas donner un prétexte à la spoliation que l’Aragonais voulait exercer.

Dès que la guerre fut ainsi déclarée, don Pedro rappela les galères qu’il avait envoyées au siège d’Algéciraz , sous le commandement de l’amiral de Moncada, et il commença les hostilités à la fi)is dans le Roussiflon et dans les Baléares. Le roi don Jayme voulut en vain s’opposer à la descente de don Pedro dans l’île de Majorque; abandonné par ses sujets, dont il n’avait pas su se faire aimer, il fut forcé de prendre la fuite et de se réfugier en France. Les Baléares prêtèrent serment de fidélité à don Pedro, et furent réunies à la couronne d’Aragon. Don Jayme ne fut pas plus heureux dans le Roussillon. L’armée aragonaise lui enleva plusieurs pl.ices , et dévasta les environs de Perpignan. Le roi don Jayme, qui n’avait ni troupes ni argent pour résister à un ennemi si puissant, résolut d’essayer de le fléchir par la soumission. Engagé d’ailleurs à cette démarche par don Pedro Exerica , seigneur aragonais, qui lui faisait espérer que le roi don Pedro agirait à son égard avec générosité, il accourut lui-même se livrer à son beau-frère, qui venait de s’emparer de la ville d’Elne. Don Pedro exigea qu’avant tout les portes de Perpignan lui fussent ouvertes; don Jayme, espérant toucher son vainqueur par cet acte d’obéissance, lui fit livrer la ville , et don Pedro y ayant reçu le serment de fidélité des habitants, rendit, le 22 juillet 1 344, un édit par lequel il déclarait le Roussillon réuni pour toujours a la couronne d’.4ragon. Apres avoir mis de bonnes garnisons dans toutes les villes, il retourna à Barcelone ; et comme les plaintes de don Jayme ne cessaient de

le poursuivre, il fit décider par les états d'Aragon qu’on payerait à don Jayme une pension anniielle, à condition qu’il cesserait de prendre le titre de roi. On lui laissait aussi les domaines qu’il possédait dans le Languedoc ; mais ils étaient de peu d'importance, car le roi de France lui en avait enlevé la meilleure partie. Quand on vint signifier à don Jayme la décision des cortès, il entra en fureur. Il accusa don Pedro de l’avoir trompé. Enfin la violence de ses reproches n’ayant pas de bornes , le roi d’Aragon envoya quelques troupes pour le saisir; et le malheureux prince, forcé de fuir, fut obligé, à la tête d’une poignée de monde, de traverser les Pyrénées, qui étaient couvertes de neige, et de gagner la France. Il se réfugia auprès du jeune Gaston Phoebus, comte de Foix, qui était son allié. Le roi d’Aragon voulut lui retirer cet asile. Il écrivit à la comtesse Eléonore de Comminges, qui pendant la minorité de son fils avait le gouvernement des pays de Foix et de Déarn , pour la sommer de refuser toute espèce de secours au roi fugitif, ülais cette généreuse princesse répondit avec courage : « Ni mon fils ni moi ne pouvons déférer à la sommation de don Pedro d’Aragon , Justice et alliance s’y opposent. »

Don Jayme fit plusieurs tentatives malheureuses pour recouvrer ses États.

Enfin, le 18 avril 1349, il vendit au roi de France le comté de Montpellier pour 120,000 écus d'or. Il employa cette somme à équiper 3,000 fantassins et 300 chevaux , et à la tête de cette petite armée, il alla tenter de reconquérir Majorque. Mais le vice-roi de l'ile lui opposa des forces six fois plus considérables. Don Jayme fut défait, et mourut en combattant.

Ce ne fut pas seulement pour dépouiller l’infortuné don Jayme que don Pedro eut recours à la perfidie, et qu'il se montra cruel et impitoyable.

Trois ans avant la dernière tentative du malheureux souverain de Majorque, les troubles les plus graves avaient agité l’Aragon. Une question sur le droit desuccessibilité au trône, impru-

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demment soulevée, avait gravement compromis l’autorité royale. Don Pedro n’avait pas de fils. La reine dona Maria de Navarre lui avait donné trois infantes, dona Costanza , dona Jiiana et dona Maria. Voulant assurer d’avance le trône à ses enfants, don Pedro faisait promulguer des édits au nom de dona Costanza, comme si elle efit dô naturellement lui succéder. A la vérité, la constitution aragonaise n’exclut pas les femmes du trône. La fille de don Ramire le Moine, mariée ,à Ramon Berenguer, a régné sur l’Aragi n; mais elle était le seul rejeton qui restât de la race des Abarca, et ce n'était qu’à défaut de prince du sang royal que les femmes pouvaient hériter du trône. Don Jayme , comte d'Urgel , frère du roi , et lieutenant général du royaume, se plaignit de ce que ces dispositions étaient prises pou.' le dépouiller des droits qu’il avait à la couronne. Don Pedro s'irrita en entendant ces protestations ; il ôta à don Jayme la lieutenance générale du royaume.

Mais celui-ci , sachant bien que le roi ne négligerait aucun moyen pour faire réussir ses projets, s’était depuis longtemps fait un parti. Tous les seigneurs u'avait indignés la manière odieuse ont le roi de Majorque avait été dépouillé , tous les mécontents , favorisaient le comte d’Urgel. Ils s'assem- blèrent à Saragosse, et profitant de ce que la constitution de l'État les y autorisait, ils formèrent l’Union, en exécution de ce fuero qui permet aux seigneurs , lorsque leurs privilèges ou leurs libertés sont violés, de faire choix d’un autre roi, fôt-il païen (*). Les infants don Fernand et don Juan , qui avaient des intérêts conformes à ceux de don Jayme, embrassèrent son parti, et tous se plaignirent de ce que le roi voulait troubler l'État eu changeant l’ordre de succession au trône.

L’accouchement de la reine faillit terminer ces troubles en en faisant disparaître le motif. Elle mit un fils au monde ; mais cet enfant vécut seulement un jour, et la reine elle -même

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L’UNIVERS

mourut cinq jours plus tard. L’Union ne fut donc pas forcée d’abandonner ses réclamations. Elle continua à miner l’autorité ro;^ale, tout en protestant de son profond respect pour la couronne. Ainsi le sceau que cette assemblée avait fait graver pour donner rauthenticité aux actes émanés d’elle, représentait don Pedro entouré de ses sujets agenouillés, qui lui présentaient humblement leurs suppliques. Don Jayme avait été choisi pour président.

Don Juan Ximenès de Urrea, seigneur de Biota; don Pedro Coronel, Blasco de Alagon , et Lope de Luna , principaux chefs de l’Union, avaient été nommés conservateurs de la liberté.

Au reste , ce n’était pas contre le roi que l’on dirigeait des reproches, mais contre ses ministres, Bernard de Cabrera et Berenguer de Arbella. Elle suppliait le roi de venir prendre part à ses travaux. Don Pedro refusa pendant longtemps ; mais il fut force par les circonstances de s’éloigner de Valence, où il résidait ; alors la révolte éclata dans cette ville; une seconde Union s’y forma. Elle prit l’infant don Ferdinand pour président, et les deux Unions tirent entre elles une étroite alliance. Presque toutes les villes des royaumes d’Aragon et de Valence embrassèrent leur parti ; et le roi , a près avoir em ployé tous les moyens qu’il put imaginer pour dissiper cette assemblée, se rendit à Saragosse. Là , il fit usage d’une recette qui n’est certainement pas nouvelle, mais qui ne manque jamais de réussir. Il eut recours à la corruption. Il acheta des suffrages, et parvint à gagner à son . parti don Lope de Luna, un de ceux-là même qui avaient été nommés conservateurs de la liberté. Cependant il voulut trop se presser de profiter de l’influence de ses nouveaux alliés. Dans une séance , il s’emporta contre don Jayme , et l’invectiva avec véhémence; celui-ci répondait avec la plus grande modération; mais un des gentilshommes de sa maison ouvrit lès portes de l’assemblée , et cria au peuple que le roi insultait tout le monde; qu’il voulait dissoudre l’Union. Alors la popu-

lace furieuse se précipita datls l’église où se tenait l’assemblée, et les seigneurs eurent bien de la peine à défendre lé roi contre les fureurs de l’émeute.

L’imprudence de la conduite de dâii Pedro excita les passions ; et le rUi , forcé de céder à l’irritation qu'èllé avait produite, accorda tous les privilègèé qu’on réclamait. Don Jayme fut rétabli dans la lieutenance générale ail royaume , et fut déclaré l’héritier présomptif de la couronne. Mais il ne jouit pas longtemps de ce triomphe, Don Pedro, peu de mois après la mo^ de la reine dona Maria, avait envoyé demander la main de dona Leono'r, fille du roi de Portugal. Le vaisseau gui portait cette princesse était attendu a Barcelone, et le roi s’y rendit pour recevoir sa nouvelle épouse. Il fut acfcompagné par don Jayme, qui mourut le jour même où cette princesse débarqua. Tout le monde pensa qu’il avait été empoisonné, et cette croyancè jeta une nouvelle irritation dans leS esprits. On pensa qu’il n’y avait plus de ménagements à garder, èt runibb se détermina à réduire par les artnes les villes qui tiendraient pour le roi. Les royalistes, de leur côté, réunirent des troupes. Ils marchèrent au-devant de l'armée de Valence ; mais ils furent deux fois mis en déroute. Aussitôt que don Pedro fut instruit de ces défaites, il partit avec quelques troupes pour le royaume de Valence , afin d’aller y réparer les échecs que son parti avait éjirouvés. L’Union de Saragosse, de son côté, envoya au secours des 'Valenciens 15,000 hommes, sous la conduite du seigneur de Biota et de don Lope de Luna. Ce dernier était depuis quelque temps dans les intérêts du roi. Il trouva donc bientôt un prétexte pour se séparer de son collègue, et pour se retirer à Carmone et à Daroca , sans cependant se déclarer ouvertement pour don Pedro.

Cette défection laissait encore l’armée des Valenciens forte de près de 50,000 hommes; et don Pedro, qui était bien loin de réunir un nombre de troupes aussi considérable , s’était arrêté à Murviedro pour attendre les

forces que devaient lui amener les seigneurs de son parti. Craignant d’étre attaqué dans cette ville, il s’occupa d’en faire réparer les fortiflcatiODS. Les habitants s'en inquiétèrent; et, pensant que cela se faisait par le conseil de Bernard de Cabrera et de Berenguer de Arbella , ils coururent à la demeure de ces deux ministres pour les massacrer. Alais ceux-ci parvinrent às’éctiapper, laissant le roi exposé à la fureur de la populace mutinée. Les séditieux, pour empêcher que don Pedro ne s’évadât et n’allât rejoindre ses ministres, le saisirent avec la reine et les infantes, et les conduisirent à Valence dans les premiers jours de l’année 1348. Une sédition ne tarda pas à éclater parmi les citoyens de cette ville, qui coururent aux armes et se précipitèrent vers le logis du roi , pour égorger Bernard de Cabrera et Berenguer de Arbella. Le roi ne savait comment apaiser le tumulte. Don Pedro de Jloncada lui conseilla de sortir avec une masse à la main, et de reprocher aux Valenciens leur témérité. Il lui dit que la population de Valence est la plus légère et la plus mobile du monde , et qu’en le voyant , elle changerait aussitêt d’opinion. Il en arriva comme Pedro de Moncada l’avait prévu. Nonseulement la présence du roi apaisa le tumulte , mais la direction des esprits fut tellement modifiée , que le peuple reconduisit le roi avec des acclamations de joie; en sorte que l’infant don Fernand jugea prudent de sortir de Valence avec sa cavalerie et avec les principaux chefs de l’Union. Le roi, pour achever de calmer les Valenciens , leur accorda les privilèges que réclamait l’Union. 11 donna une complète amnistie pour tous ceux qui s’étaient révoltés à cette occasion ; mais il se promettait bien de révoquer toutes ces concessions, quand il en aurait fini avec l’Union de Saragosse.

Les troupes royales se dirigèrent vers l’ Aragon, et l'armée de l’Union vint à sa rencontre. Mais on n’était plus aux premiers jours de la révolution. Une partie des principaux chefs avait été gagnée. Don Lope de I.una ,

Blasco de Alagon, qui d’abord avaient été nommés les conservateurs de la liberté, étaient passés du côté de don Pedro. Les chefs des insurgés, effrayés par tant de défections, se méfiaient les uns des autres; néanmoins ils combattirent avec courage, mais ils furent défaits. L’infant don Ferdinand fut blessé , et tomba entre les mains des chevaliers castillans , qui avaient embrassé le parti de don Pedro. Gil de Albornoz,qui les commandait, pour soustraire le prisonnier au ressentiment de son frere, le fit aussitôt conduire en Castille. Les deux autres principaux chefs de l’Union, don Pedro Fernandez de Ixar et le seigneur de Biota, furent aussi faits prisonniers, et ils furent mis à mort.

Le roi , qui était parti de Téruel avec un corps de troupes pour venir renforcer son armée, arriva lorsqu’elle avait déjà remporté la victoire, il marcha aussitôt vers Saragosse, qui le reçut humblement , et se livra a sa discrétion. Non-seulement le roi révoqua tous les privilèges qui lui avaient été arrachés , il abolit encore le fuero qui autorisait l’Union. Il s’en fit rapporter le titre original, et voulut le lacérer en public. Comme cette charte était écrite sur un parchemin très-épais, et qu’il ne pouvait In déchirer assez vite à son gré, il tira le poignard qu’il portait a sa ceinture , et se mit a la déchiqueter. En la coupant, il se blessa un doigt , en sorte qu’il rougissait les lambeaux du parchemin. Quelqu’un le lui ayant fait observer, il répondit; « Cela devait être. Pour effacer un • semblable privilège, il fallait du sang « de roi. » Soit à raison de cette anecdote , soit à raison de sa cruauté , don Pedro le Cérémonieux reçut aussi le surnom de don Pedro du Poignard. Il punit de mort treize des habitants de Saragosse les plus influents. Il en fit mourir plusieurs dans d’autres villes.

Ensuite il marcha vers le royaume de Valence, dont l’Union ne s’ètait pas laissé effrayer par la déroute des Aragonais. U remporta sur l’armée des Valenciens une victoire comptète. B entra dans Valence en vainqueur ir-

rité; il abolit tous les privilèges qu'il avait accordés; et, au mépris de l’amnistie qu’il avait donnée, il tira, par de sanglantes exécutions , vengeance de l’offense qui avait été faite à la majesté royale.

La guerre civile ne fut pas, cette année, le seul fléau qui dévasta l’Aragon. Une affreuse épidémie vint y porter ses ravages. La reine elle-même tomba malade , et mourut dans le courant du mois de novembre 1348.

Pendant tous ces troubles. In Castille était restée tranquille. Cinq années de paix avaient suffi à don Alphonse pour remettre l’ordre dans ses finances et pour réparer les forces de son royaume. Bien que la trêve avec les Maures ne fût pas expirée, le roi, voyant, en 1349, qii’Abu’l-Hasan était occupé en Afrique par la révolte d’un de ses fils, crut l’occasion favorable pour enlever aux Africains la dernière ville qu’ils possédassent en Espagne.

Il commença le siège de Gibraltar; mais les maladies se mirent dans son armée. Alphonse lui-même en fut atteint, et il mourut dans son camp le vendredi saint, 26 mars 1350(16 miiharrem 751)(*). Cette mort prématurée fut une perte immense pour l’Espagne; elle retarda de bien des années l’entière expulsion des Maures. Alphonse le Vengeur Joignait aux talents du grand capitaine les qualités d'un grand roi. Il avait su rétablir le calme dans son royaume, qui , depuis la mort de saint Ferdinand, n’avait pas cessé d'être déchiré par les factions; aussi fut-il vivement regretté par tous ses sujets, et leurs regrets devinrent bientôt plus amers, quand on put appr^ cier son successeur.

KRGIfR DE DOIT rZDEO DE CRDÉD. CBEO-

NIQUES DE LOFEZ DE ATALE ET DE GRACIA. DRI. LA REINE DONA MARIA FAIT MET-

TRE A MORT DONA LÉONOR DE GUZMAN.— ASSASSINAT DE GARCILASO DR LA VEGA.— SUFPLICE DE PLUSIEURS HABITANTS DE

(*) Condé dit le jeudi lo muharrem.

Cette date est évidemment fausse, le lo muharrem 75i toro!)€ un samedi.

BDRGOS. CORTÈS DE VALLADOtlD. — AFFAIRE DSS BBHETRISS. — MORT DE DOS

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