II. SAIT METTRE A MORT SES DEUX JEUNES
SRÈRES DOR PEDEO BT DOR JUAR.
Don Pedro , déb.irrasBé de la ligue qui avait si sérieusement compromis son autorité, ne tarda pas à trouver de nouveaux ennemis; cette fois ce ne fut pas avec quelques-uns de ses sujets que la lutte s’engagea. Il vivait depuis quelque temps en assez mauvaise intelligence avecdon Pedro le Cérémonieux.
Un motif de rupture ne tarda pas à se présenter. Don Pedro de Castille avait descendu le Guadalquivir jusqu'à San Lucar de Barrameda, pour aller voir la pèche des thons. Il trouva dans la baie dix galères aragonaises qui, sous le commandement de Mosen Francès Perellos, se dirigeaient vers la Manche aCn d'assister le roi de France dans la guerre que lui faisait l’Angleterre.
Mosen Francès Perellos trouva dans les eaux de San Lucar de Barrameda deux bâtiments sous pavillon pisan. Il prétendit que ces navires appartenaient aux Génois ; et comme depuis longtemps l’Aragon était en guerre avec la république de Gênes, qui lui disputait U possession de la Corse et de la Sardaigne, il s'en empara, les emmena malgré les réclamations de don Pedro , et les fit mettre en vente. Don Pedro, par représailles , fit saisir les biens des négociants catalans établis à Séville, puis il envoya un ambassadeur au roi d'Aragon, pour demander que Francès Perellos lui fût livré. Le roi d’Aragon répondit que Perellos n’était pas en ce moment dans ses États, et que par conséquent il ne pouvait le livrer; mais qu’aussitdt que cet officier serait de retour, sa conduite serait sévèrement examinée, qu’il serait puni suivant la gravité de sa faute, de manière à ce que le roi de Castille reçût une pleine satisfaction. Cette réponse ne contenta pas l’ambassadeur ; il déclara donc de la part de son roi la guerre à l’Aragon. Don Pedro le Cérémonieux répondit qu’il n’était pas juste de faire la guerre à un peuple
pour l’acte d’un particulier; qu’au re.ste, si on l’attaquait, il se défendrait, et qu’il prenait Dieu à témoin de la justice de sa cause.
Les hostilités commencèrent, et le roi d’Aragon appela à son aide tous les Castillans que les fureurs de leur roi avaient forcés de s’expatrier. Don Enrique, réfugié en France, répondit à son appel , et reçut des domaines , moyennant lesquels il s’engagea à entretenir au servicede l’Aragon un corps de 800 cavaliers. Les principaux capitaines du roi d’Aragon étaient don F.nrique de Trastamare , don Pedro de F.xerica , et le comte Lope Fernandez de Lima. Du côté du roi de Castille, les capitaines étaient Fadrique, maître de Saint-Jacques , les deux infants d’Aragon , don Juan et don Fernand, et enfin don Juan de la Cerda et AlvarPerezde Guzm.m; mais il faut dire que le roi d’Aragon était bien mieux servi par ses officiers que le roi de Castille ne l’était par les siens. Ces derniers, en effet, détestaient les cruautés de leur souverain et vivaient dans une continuelle appréhension de voir tomber sur leur tête son implacable colère; aussi beaucoup d’entre eux ne tardèrent-ils pas , à l’abandonner pour passer au service de l’Aragon. Don Fernand , marquis de Tortose, l’aîné des infants d’Aragon, fut celui qui donna l’exemple de cette défection ; il fut bientôt suivi par don Juan de la Cerda et par don Alvar Ferez de Guzman. Ces deux seigneurs étaient les gendres de don Alonzo Coronel, seigneur d’Aguilar, qui avait été une des premières victimes de la fureur de oon Pedro. Don Juan avait épousé dona Maria Coronel ; don Alvar Ferez de Guzman était mari de dona Aldonza. Cette dernière avait été remarquée par le roi , qui voulait l’enlever a son mari. Ce motif détermina les deux beaux-frères à déserter la cause d’un tyran qui , non content de verser le sang de ses sujets, cherchait à leur ravir leur honneur. Don Alvar Ferez de Guzman passa en Aragon; don Juan de la Cerda se retira dans ses domaines d’ Andalou-
L’UNIVERS
sie, où il rassembla des troupes et il commença à ravager le pays ; mais il fut attaqué et fait prisonnier par les milices de Séville. Le roi était à Tarazona qu'il venait d’enlever aux Aragonais lorsqu’il reçut cette nouvelle. Il manifesta une grandejoie en apprenant que don Juan de la Cerda était tombé entre ses mains, et il envoya aussitôt à Séville un de ses arbalétriers à masse , nommé Rodrigo Ferez de Castro, avec ordre de mettre , sans le moindre délai, don Juan de la Cerda à mort. Dès que Maria Coronel fut avertie de la captivité de son mari , elle alla se jeter aux genoux de don Pedro, et celui-ci , par un raffinement de cruauté dont lui seul était capable, lui donna un ordre écrit pour que son mari lui fût rendu sain et sauf. Il savait bien cependant que sa condamnation devait être déjà exécutée ; aussi lorsque dona Maria Coronel arriva à Séville pour faire rendre don Juan à la liberté, il y avait huit jours qu’il avait été mis à mort.
Cependant le pape ne vo^'ait pas sans douleur la guerre qui divisait l’Aragon et la Castille ; il avait envoyé dans la Péninsule un légat qui, en 1357, parvint à faire conclure une trêve d’une année. Dona Aldonza Coronel profita de ce temps de paix pour venir a Séville, où se trouvait en ce moment le roi , afin de lui demander la grâce d’Alvar Ferez de Guzman. Le roi la fit enlever du couvent de Sainte- Claire où elle s’était réfugiée; mais s’il fallut dans le principe qu’il employât la violence, bientôt elle cessa d’être nécessaire, et dona Aldonza Coronel devint la maltresse avouée du bourreau de son père. Don Pedro ne pouvait lui donnerpour demeure l’AIcazar, qui était occupé par Maria de Fadilla ; il la logea dans un antique bâtiment de construction romaine, élevé sur le bord du Guadalquivir et appelé la Tour-de-l’Or qui avait sans doute été dans le principe destiné à protéger la navigation. Pendant longtemps , pour fermer le passage du fleuve, on y attachait le nout d’une chaîne, dont l’autre extrémité allait
s’accrocher sur la rive droite au faubourg de Triana (*).
Don Pedro donna des gardes à sa nouvelle maîtresse , et pour qu’elle n’eût pas à redouter la jalousie de Maria de Padilla, il lui laissa par écrit de pleins pouvoirs. Aldonza ne tarda pas à en abuser ; elle Ut arrêter Hinestrosa , l’oncle de sa rivale ; mais don Pedro désapprouva cet acte : il fit remettre Hinestrosa en liberté; puis, dégoûtédéjà de ces passagères amours, il Tes quitta pour retourner à Maria de Padilla.
Quand on s’occupe de ce règne, on rencontre à chaque pas le rapt et l'adultère, le meurtre et l’assassinat. Ainsi maintenant , s'il faut laisser de côté les concnhines de don Pedro, c’est pour raconter un fratricide. Le maître de Saint-Jacques venait de reprendre Jumilla. Cette ville du royaume de Murcie avait été enlevée pendant la trêve par un seigneur aragonais, qui, prétendant qu’elle était sa propriété privée, soutenait qu’elle n’avait pu être comprise dans les traités conclus entre les deux rois; mais don Fadrique l’avait reconquise, et pensant avoir mérité par ce service les bonnes grâces de son frère, il venait en toute bâte à Séville, où celui-ci l’avait fait appeler.
Le matin même du jour on don Fadrique devait arriver, le roi fit venir en ses appartements l’infant don Juan d’Aragon, son cousin, et Diego Ferez Sarmiento, qui était grand adelantade de Castille. Il leur fit faire serment sur la croix et sur les saints évangiles de garder le secret sur ce qu’il allait leur dire. Après qu’ils eurent juré, le roi parla ainsi à l’infant ; <1 Mon cousin , je sais fort bien , et vous savez comme moi que le maître de Saint-Jacques, don Fadrique, mon frère, vous veut beaucoup de mal. Je crois que vous le lui rendez. Et moi , comme je sais qu’en certaines choses il va contre mon service , je prétends le faire tuer aujourd’hui. Je vous prie que vous m’aidiez ; en le faisant vous me rendrez un grand service. Aussi-
(*) Voir la planche 37.
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tât'que le maître sera mort, je compte partir pour la Biscaye afin de faire tuer don Tello, et de vous donner les terres de la Biscaye et de Lara qui vous reviennent naturellement , puisque votre femme dona Isabelle est nlle de Juan Nunez de Lara et de dona Maria. » Alors l’infant répondit au roi : « Seigneur, je vous remercie d’avoir bien voulu me confier votre secret. Il est vrai que je veux beaucoup de ma! au maître de Saint-Jacques et au comte don Enrique son frère. Ils ne me veulent pas moins de mal parce que je suis à votre service. Je suis donc très-satisfait que vous ayez pris la détermination de faire tuer aujourd’hui le maître, et si tel est votre plaisir, je le tuerai moi - même. » Le roi fut très-satisfait de la réponse de l’infant , et loi repartit : « Infant , mon cousin, j’agrée ce que vous me dites, et je vous prie de faire ainsi que vous le proposez. » Mais Diego Ferez Sarmiento, qui était présent, dit à don Juan : <i Seigneur, laissez faire le roi , il ne manquera pas d’arbalétriers pour tuer le maître de Saint-Jacques.»
Ces paroles déplurent grandement au roi, car il eût vu avec plaisir que l’infant tuât don Fadrique.
Le mardi 39 mai 1358, le maître de Saint-Jacques, don Fadrique , arriva à l’Alcazar de Séville, à l'heure de tierce ; aussitôt il alla faire sa révérence au roi, et le trouva occupé à jouer. En entrant il lui baisa la main, et celuici le reçut en apparence de fort bon visage. Il lui demanda de quel lieu il était parti ce même jour, et s’il avait un bon logement. Le maître répondit qu’il venait de Santillane, qui est à cinq lieues de Séville; et que, quant au logement, il ne le connaissait pas encore, mais qu’il espérait bien qu’il serait bon. Alors le roi lui dit d’aller arrêter son quartier, et de revenir ensuite; le roi disait cela, parce que le maître était venu accompagné de beaucoup de chevaliers. Le maître se sépara alors de don Pedro. Il alla voir dona Maria dePadilla, ainsi que les filles du roi , qui se tenaient dans un autre appartement. Dona Maria savait tout ce qui
avait été résolu contre le maître, et quand elle vit don Fadrique, elle lui fit si triste visage que tout le monde aurait pu la comprendre, car elle voulait du bien au maître, et c’était contre son gré que la mort de celui-ci avait été ordonnée. Dès que le maître eut vu dona Maria, ainsi que les filles du roi, ses nièces, il s’en fut et descendit dans la cour de l’Alcazar, où l’on avait laissé les mules. Il voulait aller à son logement pour disposer son monde ; mais quand il fut dans la cour, les mules ne se trouvèrent plus, car les por- ^ tiers du roi avaient fait sortir tout le monde de la cour; ils avaient mis les mules dehors, puis ils avaient fermé toutes les portes. Le maître en voyant que ses mules n’étaient pas là , ne savait pas s’il devait retourner vers le roi, ni ce qu’il devait faire; et un chevalier natif des Asturies, qui se trouvait avec lui , et que l’on nommait Suer Gulierrez de Navalez, comprit qu’il y avait quelque mal là-dessous; il voyait en l’Alcazar un grand mouvement, et dit au maître : « Seigneur, la porte de derrière de la cour est encore ouverte; sortez; les mules ne manqueront pas. » Il lui répéta plusieurs fois ce conseil , car il pensait que si le maître sortait de i'Alcazar, il serait sauvé, ou du moins qu’on ne pourrait le prendre sans qu’un grand nombre des siens mourussent avant lui. Sur ces entrefaites , deux chevaliers de Saint-Jacques, appelés l'un Ferrand Sanchez deTovar, l’autre Juan Ferrandez, qui ne savaient rien de ce qui se préparait, vinrent dire au maître ue le roi le demandait. Le maître se isposa donc à retourner vers le roi :
il était fort inquiet, et se doutait déjà du mal qui allait advenir. Comme il passait par les portes du palais, à mesure qu’il pénétrait dans les salles il trouvait moins de monde, car il avait été ordonné aux portiers de ne laisser entrer personne. Le maître arriva jusqu’à l’endroit où était le roi , et on laissa entrer avec don Fadrique le maître de Calatrava, qui l’accompagnait sans se douter en aucune maniéré de ce qui allait se passer. Lorsqu'ils
L’UNIVERS
arrivèrent au salon où se tenait le roi, ils le trouvèrent fermé. Le§ portes ne s’ouvrirent pas sur-le-champ, et Pero Lopez de Padilla , le chef des arbalétriers, était dehors avec eux. Eniin ils furent introduits, et le roi dit à Lopez de Padilla, son grand arbalétrier:
« Prenez le maître. — Lequel des deux faut-il prendre? repartit Padilla. — Prenez le maître de Saint Jacques, »
dit le roi. Et à l’instant Pero Lopez mit la main sur don Fadrique, et lui dit : O Je vous arrête. » Le maître en fut tout épouvanté, et aussitôt le roi dit aux arbalétriers de masse qui étaient là : « Tuez le maître de Saint- Jacques. » Et comme les arbalétriers n’osaient le faire, un homme de la chambre du roi , que l’on appelait Kuy Gonçalez de Atiença, dit a haute voix : <> Traîtres, comment vous comportezvous ? N’entendez-vous pas que le roi vous ordonne de tuer le maître ? » Et comme les arbalétriers virent que le roi le commandait, ils levèrent leurs masses uourfrapperdon Fadrique. L’un d’eux s'appelait Nuno Fernandez de Roa, l’antre Juan Dicnte, et un autre Gard Dias d’Albarracin ; et le quatrième Rodrigo Perez de Castro. Quand le maître vit ce qui en était, il se dégagea des mains de Pero Lopez de Padilla, il sauta dans la cour, et portant la main à son épée, il voulut la tirer ; mais il ne put y parvenir, parce que la garde était engagée dans le baudrier. Les arbalétriers arrivèrent sur le maître pour le frapper; toutefois ils ne le purent d’abord atteindre, parce ue don Fadrique courait rapidement ’un côté et d’autre. Eniin Nuno F>rnandez, qui le suivait de pins près, l'atteignit et lui donna de sa masse sur la télé , de manière qu’il tomba à terre ; et alors arrivèrent les autres gardes, et tous le frappèrent. Dès que le roi eut vu le maître à terre , il se mit à chercher dans les autres salles de TAIcazar, pensant y trouver quelquesuns de ceux qui avaient accompagné don Fadrique , car il prétendait aussi les tuer ; mais il ne trouva personne : les uns n’avaient pu entrer avec le maître ; les autres s’étaient enfuis ou
cachés. Cependant il trouva un écuyer appelé Sancho Ruiz de Villegas , qui s^était réfugié dans l’appartement où se tenait Maria de Paailla : il s’était emparé de Bcatriz, la lille aînée du roi ; il la tenait entre ses bras, pensant ainsi échapper à la mort ; mais le roi la lui Ut arracher , et il le frappa luimême avec la dague qu’il portait à sa ceinture. Quand Sancho Ruiz de Villegas fut étendu mort, le roi retourna au lieu où gisait le maître ; et trouvant que celui-ci respirait encore , il tira la dague qu’il portait à sa ceinture, la remit à l’un des nages de sa chambre , et le lui fit .ncliever. Puis quand cela fut fait, le roi lit dresser la table , et prit son repas dans la salle où le cadavre du maître de Saint-Jacques était étendu.
Le roi fit ensuite appeler l’infant don Juan, et lui dit qu'il allait partir pour la Biscaye , afin de faire mettre don Tello à mort, et qu’alors ce serait à lui que reviendrait la seigneurie de la Biscaye, puisque sa femme s’en trouvait légitime héritière. L’infant baisa la main du roi , et le remercia de la grâce qu’il lui promettait. Us se mirent en route pour la Biscaye; mais don Tello, prévenu de son arrivée, s’embarqua et gagna les côtes de France. Don Juan voyant que don Tello était parti, réclama la seigneurie qui lui avait été promise ; le roi répondit que cela était Juste. La junte générale des habitants de la seigneurie fut convoquée et se réunit suivant l’usage sous le chêne de Guernica. Don Pedro présenta don Juan à l’assemblée, en rappelant les droits que donnait à cet infant son mariage avec Isab'elle de Lara; mais il avait eu soin de voir en secret les membres influents de la junte, et d’après les instructions que le roi leur avait données, ils répondirent qu’ils ne voulaient pas d’autre seigneur que le roi de Castille. L’infant don Juan comprit bientôt qu’il avait été joué , et peut-être ne mit-il pas assez de prudence dans l’expression de son mécontentement.
Peu de jours après la junte, le roi , qui se trouvait a Bilbao, envoya dire à
don Jiian qu'il vint au palais. L'infant s'y fendit sur-le-champ : il entra dans la chambre du roi ; il n’était accoiic pagiié que par trois écuyers , qui restèrent à la porte. Pour toute arme l’infant portait un petit poignard. Quelques-uns de ceux qui se trouvaient avec le roi , et qui connaissaient son projet, se mirent à jouer avec l’infant de manière à lui enlever son poignard.
Quand cela fut fait, Martin Lopez de Cbfdoba, valet de chambre du roi, saisit don Juan à bras-le-corps, et Juan Sienle, l’un des arbalétriers, donna à l’infant un coup de masse sur la tête ; d’autres arbalétriers arrivèrent, et le frappèrent aussi. Malgré ces coups, l’infant ne tombait pas : tout étourdi, il lit quelques pas vers l’endroit où était Juan Fernandez de Uinestrosa , qui , le voyant venir ainsi , tira l’épée, la porta en avant, en lui criant : « Oh là '. oh là ! » Un des arbalétriers, appelé Gonzalo Recio, donna |in coup de masse sur la tête de l’infant, qui tomba mort. Alors le roi le fit jeter par une fenêtre de son logement ui donnait sur la place publique, et il it aux Basques qui s’y étaient rassemblés : « ifenez, voilà, voilà le seigneur de Biscaye, celui qui voulait vous gouverner. » Le roi fit porter lé corps de l’infant à Burgos : on le garda pendant quelque temps dans le château , ensuite on le jeta dans i’Arlanzon, en sorte qu’on ne le revit plus. Don Juan fut assassiné le mardi 12 juin, quinze jours après que le maître de Saint-Jacques eut éprouvé le même sort.
C'est ainsi que don Pedro le Cruel se vengeait, par la mort de don Juan, de la défection de son frère afné le marquis de Tortose, qui avait été un des premiers à quitter son parti pour passer au service de l’Aragon. Mais cette vengeance ne lui sufSsait pas encore : il ut arrêter la reine Leonor sa tante, mère des infants d’Aragon, et Isabelle de Lara, veuve de don Juan, et les fit emprisonner à Castro Xeriz.
Cependant la guerre entre l’Aragon et la Castille continuait. Le légat du pape faisait , à la vérité , tous ses ef-
âfis
forts pour déterminer les deux rois à faire fa paix ; mais les prétentions de don Pedro de Castille étaient si follement exagérées, qu’il n’était pas possible de les accepter ; aussi ce prince, furieux de ne pas obtenir tout ce qu’il demandait , attribua ce refus aux principaux chefs de l’armée aragonaise ; citaient don Enrique de ïrastamare, don TellO , et don Fernand , marquis deTortose. La haine inventive de don Pedro le Cruel chercha par quel crime il pourrait faire retomber sur eux sa vengeance. Il tenait prisonnière à Castro Xeriz la reine Leonor, sa tante, mère de l’infant don Fernand : il la fit mettre à mort ; il fit aussi renfermer dans Almodovar del Rio dona Juana de Lara , épouse de don Tello. 11 l’avait prise lorsque celui-ci s’était sauvé en France après la mort de don Fadrique. Quelques jours plus tard il la fit ramener à Séville , où elle fut tuée par ses ordres. Enfin Isabelle de Lara, veuve de don Juan, vivait encore. Il l’avait fait enfermer à Castro Xeriz avec dona Leonor ; il l’envoya, après la mort de celle-ci, à Xérès de la Frontera. Il fit aussi transférer dans cette dernière ville Blanche de Bourbon, sa femme, qui était depuis déjà longtemps dans le château de Siguenza. Ces deux infortunées furent mises dans la niéme prison, mais Isabelle de Lara souffrit moins longtemps : elle mourut la première, et l’on croit qu’elle fut empoisonnée.
La guerre cependant continuait avec acharnement entre l’Aragon et la Castille, et don Pedro le Cruel eut |ilus d’un échec à subir; il en fut un surtout dont il é{)rouva un vif ressentiment. Dans le mois de septembre de l’année 1359, un corps d’armée commandé par don Juan Fernandez de Hinestrosa et par don Fernand de Castro fut battu par don Enrique et par don Tello. Don Fernand de Castro arvint à s’échapper en fuyant à toute ride; mais Uinestrosa fut tué. Le roi de Castille en fut vivement affecté , car Hinestrosa était l’oncle maternel de dona de Padilla. Ne pouvant se ven-
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ger sur les ennemis, il fit retomber sa colère sur ses plus jeunes frères , don Juan, qui n’avait alors que dix-neuf ans, et don Pedro, qui n’était âgé que de quatorze. Us furent mis à mort par ses ordres. Ni leur jeunesse, ni leur innocence, ne purent les protéger contre ce tyran qui , souillé déjà du sang de don Fadrique, n’hésita pas à commettre encore deux fratricides.
Fin ȟ KKOIfl DI DO!f PEDRO LE CROEL.
PRtDICT105 DR 8AIKT DOMINIQüE DE LA CHAOSSÉR« — MORT DE SflIOEL LEVI, mort de TOSOP-ABU’l-HEOIAO. — MOHAM- MED-BRH-TDSDF LUI SUCCEDE. — IL EST DBTRÔlfS PAR ISMAÎL, QUI A SOW TOOR EST DBTRÔRÉ par ABU-SAID, SURHOMME AT.HAMAR OU LE ROURE. — PAIX EHTRE l'aRAOOH et la CASTILLE. — MORT DE LA
REIHE BLAHCBE DE BOURBOH. MORT DE