ENTRE LES MAURES ET LES CHRETIENS
Ferdinand l'IIonnête, en montant sur le trône d’Aragon, n’avait pas oublié qu’il avait promis à son frère de 'protéger et de défendre le jeune don Juan. Jusqu’à ce jour, il avait rempli
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fidèlement la tâche qu’il avait acceptée. Chargé par les cortès de Castille de faire la guerre aux Maures, il s'était montré digne de la confiance qu’on lui avait témoignée; mais, vainqueur d’Antequera, il ne croyait pas avoir fait assez, tant que les Musulmans seraient raattres de Grenade. Il s’était donc mis en marche pour passer en Castille, afin d’y préparer une expédition contre les Maures. Mais à peine avait- il commencé ce voyage C|u’il tomba malade, et qu’il fut force de s’arrêter à Igualada, où il expira, le 2 avril 14^6, avant d’avoir entièrement accompli la quatrième année de son règne. 11 laissa de son union avec dona Leonor d’Albuquerque une fille nommée dona Maria, qui épousa, en 1420, son cousin germain , le jeune roi de Castille don Juan II. Il eut aussi quatre fils: l’alné, qui monta après lui sur le trône d’Aragon , qui régna sous le uom d’Alphonse V, et qui était depuis l'année précédente marié avec dona Maria, sœur du jeune roi de Castille.
Le second de ses fils , né le 29 juin 1397, était don Juan, qui épousa, en 1419, dona Blanche, fille du roi don Carlos de Navarre et veuve du roi don Martin de Sicile. Le troisième, nommé don Enrique, n’avait pas encore atteint sa douzième année lorsqu’il avait été, en 1409, élu maître de Saint-Jacques.
Enfin , le dernier était l’infant don Pedro.
La mort de Ferdinand priva l’Aragon d’un prince sage et courageux; mais elle lut plus regrettable encore pour la Castille, où la régence fut confiée à la reine seule. Cette princesse, fille du duc de Lancastre, était pleine de vertus et surtout de bonnes intentions. Mais on lui reproche d'avoir apporté d’Angleterre un goût immodéré pour le vin. On attribue sa fin prématurée à l’abus qu’elle en fit. On la trouva morte dans son lit, le 1"' juin
Don Juan avait alors treize ans et près de trois mois. On le déclara majeur, et l’administration du royaume lui fut remise; mais il eût fallu pour gouverner l’État une volonté plus éner-
gique, une main plus ferme que celle du jeune roi. Il était entouré de seigneurs avides de pouvoir et de richesses, qui ne comptaient pour rien les désastres du pays , les révoltes et les séditions, s'ils pouvaient en tirer quelque avantage. Parmi ces factieux, les plus turbulents étaient ceux qui, à raison de leurs liens de parente avec le jeune roi, auraient dû se serrer autour de lui pour le pro^er et le défendre; c’étaient ses cousins germains, les infants d’Aragon don Juan, don Enrique et don Pedro. L’amirante de Castille, don Henriquez , le comte de Trastamare et le duc de Benavente, bien qu’ils fussent membres de la famille royale, prenaient part à toutes les intrtgues et à toutes les rébellions. De tous ces grands seigneurs qui s’étaient flattés de tirer parti de la faiblesse du roi , le premier qui laissa éclater ses projets ambitieux fut l’infant d’Aragon don Enrique.Plus âgé que don Juan de quelques années, il souffrait avec impatience que ce prince écoutât d’autres conseils que ceux qu’il donnait. Quoique maître de Saint-Jacques et voué par cette
firofession au célibat, il avait demandé a main de dona Catalina, seconde sœur du roi; mais sa demande n’avait
f)as été agréée. Il résolut donc d’enever par la force ce qu’il n’avait pu obtenir de bon gré. Sous le prétexte de rassembler une escorte pour se rendre en Navarre auprès de dona Blanca, sa belle-sœur , il leva en Aragon trois cents lances , et il dirigea sa marche de manière à s’approcher de Tordesillas, où se tenait la cour. 11 pénétra au point du jour dans la ville; il alla droit au palais. En ayant trouvé les portes fermées, il les ht enfoncer, et pénétra dans la chambre de don Juan. Au bruit que firent ces gens armés, le prince, réveillé en sursaut, s’emporta contre l’infant. Mais don Alvaro de Luna, qui couchait dans la même chambre que lui, et au pied même de .son lit, voyant combien les agresseurs étaient nombreux, jugea sur-le-champ que toute résistance était inutile, et parvint à apaiser la colère du roi. Don Alvaro de Luna était un jeune homme élevé
L’UNIVERS
avec don Juan. Il avait été le compagnon des jeux de son enfance. Doué d’une prudence et d’une finesse qui n’excluaient ni le courage ni la fermeté, il était prompt à concevoir une entreprise, hardi et persévérant pour la mener à fin. Par ces qualités, il avait acquis déjà beaucoup d’empire sur l’esprit indolent du roi, qui ne savait ni prendre de lui-méme une résolution, ni l’exécuter quand il l’avait prise.
Cependant cette influence ne parut pas alors bien redoutable à don Enrique; car il ne crut pas nécessaire d’éloigner don Alvaro; cependant il fit emprisonner ou bannir de la cour toutes les personnes qu’il supposa contraires à ses projets. Il les remplaça par ses propres créatures. De cette manière, rien ne se fit plus que par sa volonté. Il contraignit le roi à lui donner la main de l’infante Catalina avec d’immenses domaines pour dot. Il conserva néanmoins le titre de maître de Saint- Jacques avec l’administration des biens de la maîtrise. Il lit même ordonner par le roi que désormais cette administration serait héréditaire, et que don Enrique transmettrait cette dignité à ses descendants.
L’action audacieuse de don Enrique avait soulevé contre lui une grande partie des seigneurs du royaume. Son propre frère, l’infant de don Juan, avait vivement blâmé sa conduite; il avait rassemblé des troupes, et de tous les côtés on avait pris les armes. Cependant la guerre civile n’éclata pas encore. Le roi semblait avoir oublié l’affront qu’il avait reçu. Il paraissait se résigner patiemment à n’étre plus u’un instrument docile de la volonté e son geôlier. Il ne réclamait pas contre l’esclavage dans lequel on l’avait réduit, lorsque tout à coup il s’échappa. Don Enrique avait transporté la cour à Talavera, où il venait de célébrer les fêtes de son mariage. Le 28 novembre 1420, tandis que le nouveau marié était encore au lit, le roi sortit de Talavera sous le prétexte d’aller à la chasse. Don Alva.'o de Luna avait tout préparé pour la fuite. Ils gagnèrent ensemble le château de Montal-
van , où don Enrique vint bientit inutilement les bloquer. Ils s’y maintinrent avec obstination, et comme ili manquaient de vivres , ils aimèrent mieux souffrir la famine et manger leurs chevaux que d’ouvrir les portes à ceux qui les attaquaient. Cependant l’infant don Juan et tout ce qu’il v avait en Castille de seigneurs fidèles \ leur roi avaient rassemblé des troupes. L’approche de cette armée suffit pour forcer les assiégeants à la retraita. Le premier usage que fit don Juan de sa liberté fut de révoquer toutes les donations qu’on lui avait arrachées. Il défendit de livrer le marquisat de Villena qui avait été assigné pour dot à la femme de l’infant don Enrique.
Alors celui-ci , furieux, s’en empara de vive force; mais le roi et don Alvaro de Luna ayant rassemblé une année , lui enlevèrent en quelques jours toutes les villes qu’il avait prises. Don Juan révoqua aussi l’ordonnance par laquelle il avait déclaré les rentes de la maîtrise transmissibles par droit d’hérédité. L’infant, irrité par ces rigueurs, et prétendant qu’on ne pouvait légitimement le dépouiller de la dot de sa femme, voulut d’abord faire la guerre au roi. Il se mit en marche à la tête de 1 ,500 chevaux pour aller l’attaquer. Mais on lui représenta combien cette agression était criminelle et périlleuse. Il se détermina donc à suivre des voies plus pacifiques pour faire valoir les droits u’il croyait avoir. Il se rendit à Marid; mais le lendemain de son arrivée, le 14 juin 1422, il fut arrêté par ordre de don Juan. On l’accusa d’avoir entretenu des intelligences avec le roi de Grenade. On produisit des lettres écrites en son nom par le connétableLopez Davalos, et par lesquelles il engageait les Maures à faire une invasion en Andalousie, tandis que luimême ferait la guerre en Castille. Don Enrique eut beau protester de son innocence , et répéter que les lettres étaient fausses, on le déclara coupable de trahison, ainsi que le coniietable don Lopez Davalos. On emprisonna don Enrique dans le château de Mora,
et radrtninistrâtion de la maîtrise dé Saint-Jacques fui remise à Gonçalo de Mexia, qui était un des commandeurs de cet ordre. Quant au connétable , il fut assez heureux pour se soustraire par la fuite au sort qui l’attendait. Il se réfugia dans le royaume de Valence.
Maison confisqua ses biens; on le dépouilla de ses charges et de ses dignités, et le tout fut distribué entre les seigneurs que le roi voulait favoriser.
Don Alvaro de Luna eut pour sa part la dignité de connétable.
Il est rare que les proscrits conservent des amis. Cependant le connétable Davalos, fugitif et réduit à la misère, reçut la preuve d’un de ces dévouements qui honorent à la fois celui qui en est l’objet et celui qui en est capable. Son majordome était un nommé Alvar Nunez de Herrera, natif de la ville deCordoue. Ce généreux serviteur, voyant l’état malheureux où son seigneur était réduit, vendit tous les biens (^u’il avait reçus de lui. Il réunit ains i huit mille florins d'or et les lui envoya par un de ses fils déguisé en tisserand, qui les porta cachés dans des navettes qu’on avait creusées exprès.
Pendant que don Juan II taisait ainsi punir l’infant don Enrique, lé roi d’Aragon Alphonse V n’était pas en Espagne. Déjà maître de la .Sicile, il disputait aux Génois la possession de la Sardaigne et de la Corse. L’expédition qu’il fit dans cette dernière île, vers la fin de 1420 , mérite une mention particulière. Le courage avec lequel les habitants de Bonifazio repoussèrent les attaques d’Alphonse, est digne d’être cité. Mais il est un fait surtout qui rentre plus spécialement dans le cadre de cet ouvrage; car il prouve les progrès que les Aragonais avaient faits dans l’art de la guerre. Ils furent les premiers à se servir d'arme.s à feu portatives, ou du moins c’est dans la relation du siège de Bonifazio, écrite par Pietro Cirneo, qu’il en est pour la première fois question (*).
(*) Peü-us Cirnœus, de Rebus corsicis, lib. III.
• In caveis vero malonim , et turribus
Don Alphonse était sous les murs de Bonifazio quand les envoyés de Jeanne II de Naples vinrent implorer son assistance. Ils lui promirent que, s’il voulait défendre cette reine contre les ennemis qui la pressaient de toute parÇ elle l’adopterait et lui assurerait après^ elle la couronne de Naples. Le roi d’Aragon , ayant accepté ces conditions, pa.ssa en Italie avec la plus grande partie de ses forces. Il délivra Jeanne de ceux qui l’attaquaient; mais la bonne intelligence ne dura pas longtemps entre cette princesse et son fils adontif. Suivant les historiens espagnols, elle fut effrayée en voyant la puissance du protecteur qu’elle avait appelé; elle craignit de s’être donné un maître plutôt qu’un appui, et voulut le faire empoisonner. Suivant les auteurs napolitains, Alphonse, reconnaissant combien la reine était d’un caractère léger et versatile, craignit qu’elle ne voulût choisir un autre héritier; il prit donc la résolution de s’assurer de sa succession en la faisant arrêter et conduire en Catalogne, et en s’emparant par la force de tout le royaume de Naples. Quelle que soit, au reste, la cause de la mésintelligence qui éclata entre les deux souverains, on en vint aux mains. Jeanne révoqua l’adoption qu’elle avait faite d’Alphoiise V, et adopta Louis d’Anjou. Alors Alphonse V, rappelé en Espagne par la nécessité de rassembler de nouvelles forces, laissa à son frère don Pedro le
navium erant continue hosles jacienles Ida, qtiibiis item inimixtæ erant perforatæ in cannœ speciem fusilis æneee maiiiiales bombards ; snlopelum vocant. Gestatorea , arniatum homiiiem, emisaa , impellente igni, glande plumbea transfigebant >
(Dans les hunes et sur les tours des vaisseaux se tenaient coutimiellement des enne- Diis qui jetaient des traits; il y en avait aussi parmi eux qui se servaient de bombardes à main , faites d’airain fondu et semblables pour l’apparence à une canne que l'on aurait forée; on les appelait escopelles. Ceux qui les portaient lançaient par l'explosion du feu, un gland de plomb avec une telle violence, qu’il pouvait transpercer un guerrier couvert de son armure.)
L’UNIVERS
soin de diriger les affaires d’Italie. En revenant, il surprit et il pilla la ville de Marseille, qui appartenait au duc Louis d’Anjou. Enfin, il débarqua en Catalogne vers la fin de l’année 142.3.
Alphonse V réclama aussitôt avec instance la liberté de son frère. Il menaça de porter la guerre en Castille, si don Enrique n’était pas relâché. Déjà même ses troupes s’approchaient des frontières, et don Juan, pour épargner à son peuple les horreurs d’une guerre, consentit à regret à délivrer le turbulent don Enrique. On voulait aussi qu’avec la liberté il lui remît les domaines et les honneurs dont il l’avait privé. Mais don Juan refusa toujours de lés rendre. Ce refus servit de prétexte h l’infant don Enrique pour remplir de nouveau la Castille de troubles. Trois partis principaux divisaient le pays : celui de don Alvaro de Luna, celui de l’infant don Juan , et celui de (Ion Enrique; mais, ainsi que cela ne manque jamais d’arriver, ces factions ennemies entre elles s’unissaient toujours contre celle qui se trouvait au pouvoir. L’infant don Juan avait combattu don Enrique lorsqu’il l’avait vu s’emparer seul du gouvernement de l’État. Maintenant, c’était entre les mains du connétable don Alvaro que reposait l’autorité; c’était aussi contre don Alvaro de Luna que toutes les factions se liguaient. Ce qui rendait cette coalition encore plus redoutable, c’est que l’infant don Juan venait de succéder sur le trône de Navarre à son beau-père don Carlos le Noble, mort à Olite , le samedi 8 septembre 1425; et qu’au lieu de s’occuper du bonheur de ses sujets, il apportait, dans la ligue formée contre don Alvaro, tout ce que sa couronne lui donnait de force et d’inOuence. On attribuait au connétable tous les maux du pays et tous les troubles dont il était agité.
Les clameurs des mécontents finirent par ébranler le roi de Castille. Dans l’espoir de ramener le calme dans les esprits , il éloigna don Alvaro de la cour ; mais il s’en fallut de beaucoup que (;et exil rendît la tranquillité au royaume ; chacun voulait remplacer
don Alvaro, et s'efforçait d’hériter de la part du pouvoir dont on l’avait dépouillé. Hernand Alonzo de Robles, ui eut, après don Alvaro , la direction es affaires , était un homme pétri de petite vanité. Souvent il feignait d’étre malade, pour forcer le roi et les infants à venir s’entretenir chez lui des affaires les plus urgentes. Alors il allait répétant qu’on avait tenu le conseil dans sa demeure. Son orgueil le rendit bientôt si odieux , que ses ennemis lui imputèrent une foule de crimes. On l’accusa d’avoir parlé avec peu de respect de la personne du roi.
Il fut arrêté, renfermé à Ségovie, et ensuite à Ucéda, où il mourut en prison. Cependant les troubles, loin de s’apaiser, allaient toujours en augmentant , et les choses en vinrent au point que les mécontents eux-mêmes réclamèrent le rappel de don Alvaro.
Le roi de Navarre, craignant que l’infant don Enrique ne prît trop d’empire sur l’esprit du roi , fut le premier, à demander que le connétable revînt à la cour. Don Juan s’empressa donc de rappeler son favori; et, voulant que ce retour fût pour tout le monde un gage de paix et de réconciliation , il accorda pour le passé un pardon général. L’État de Villena, qui avait été assigné pour dot à la femme de don Enrique, se trouvant placé sur la frontière, formait en quelque sorte une des portes du royaume. Il ne pouvait, sans danger, être mis entre les mains du frère d’uii prince voisin. Mais en échange, le roi donna à don Enrique les villes deXruxillo, d’Alcaraz, et quelques autres d’une moindre importance, auxquelles il ajouta 200,000 florins. La clémence du roi n’eut pas le résultat qu'on devait en attendre; elle ne fit pas taire les clameurs des mécontents. Les rois d’Aragon et de Navarre , ainsi que l’infant don Enrique, recommencèrent leurs menées. Le connétable voulut se défendre avec les mêmes armes qu’on employait contre lui. Il chercha à soulever en Aragon des résistances contre la volonté de don Alphonse; mais ce prince n'avait pas la mansuétude du
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roi de Castille. L’archevêque de Saraosse, ayant été soupçonné de prenre part aux intriques de don Alvaro de Luna , fut arrêté, et ne reparut jamais. Les uns disent qu’il fut étranglé ; les autres prétendent qu'il fut noyé dans l’Ébre.
Les rois de Navarre et d’Aragon firent approcher des troupes des frontières de la Castille, pensant qu'ils pourraient la surprendre , et peut-être agrandir leurs Etats aux dépens d'un royaume déchire par tant de factions.
Mais le connétable surveillait tous les mouvements de ses ennemis. Quand ils s’avancèrent pour envahir le pays , ils trouvèrent les Castillans sous les armes , et ils eurent à se repentir de leur injuste agresssion ; car don Titan II porta en Aragon et en Navarre la mort, le pillage, l'incendie et la dévastation. Il prononça aussi la confiscation de tous les domaines que le roi de Navarre et les infants possédaient en Castille, et il pressa scs ennemis avec tant de vigueur, qu’ils furent obligés de lui demander la paix.
Cependant on ne put tomber d'accord d’un arrangement définitif, et l’on conclut seulement, en 1430, avecla Navarre et l’Aragon, une trêve de cinq années.
Quant aux infants don Pedro et don Enrique, comme ils étaientien possession d’Albuquerque et de quelques villes voisines, ils continuèrent à faire la guerre en Estrémadure. Leurs forces étaient encore redoutables , et ils comptaient au nombre de leurs partisans, le maître d’Alcantara , don Jfuan de Sotomayor, qui leur livra le chef-lieu de l’ordre; mais un des commandeurs , propre neveu du maître, profita de l’absence de celui-ci pour arrêter l’infant don Pedro , qui était resté à Alcantara , et pour le remettre entre les mains du roi de Castille.
L’infant don Enrique eut alors recours à la médiation diKioi de Portugal. Il fit demander, par ce prince, la liberté de son frère ; et, pour l’obtenir, il fut obligé de restituer, en 1432 , toutes les places qu’il occupait, et de laisser en paix la Castille.
Dès que don Juan II fut débarrassé de cette guerre, il dirigea ses armes contre les Maures; mais bien des révolutions s’étaient accomplies dans le royaume de Grenade depuis la prise d’Antequera.Le roi Yuzuf, après avoir vu tomber les remparts de cette ville sous les coups de Ferdinand l’Honnête, avait, au commencement de l’année 1417, conclu une trêve avec les chrétiens ; et il avait apporté tous ses soins à ce qu’elle ne fût pas violée. Il resta donc en paix avec la Castille pendant tout le reste de sa vie. On fixe l’époque de sa mort à l’année 820 de l’hégire (du la décembre 1422 au 5 décembre 1423). Mais aucun auteur , soit chrétien , soit musulman , n’en détermin ^ la date d’une manière plus précise (*). Il eut pour successeur son fils Muley- Mohammed-Nassr-ben-Yuzuf , eonnu sous le surnom de el-Hayzari, le Gaucher, à ce que disent quelques auteurs, parce qu’eifeclivemcnt il se servait de fa main gauche; suivant d’autres, à cause de son mauvais jugement, qui , dans toutes les circonstances, lui fit choisir l’expédient le plus désavantageux. El-Hayzari s’apuliqua , comme son père, à entretenir la bonne intelligence avec les chrétiens , et à conserver l’amitié du roi de Tunis; mais il ne sut pas, comme sou père, gagner l’affection du peuple. Une insurrection éclata , et l’on proclama pour son successeur un de ses cousins, Mohammedel-Zaquir, c’est-à-dire le Petit. El-Hayzari fut assez heureux pour échapper aux révoltés. Il gagna le bord de la mer, déguisé en pêcheur; il monta sur une petite barque, et passa en Afrique, auprès du roi de Tunis. Ce prince lui oflrit un asile dans son palais , et lui
(*) Ferreras ne parle en aucune manière de la mort de ce roi : c’est une impardonnable négligence. M. d'Hermilly, dans les notes qu’il a ajoutées à la traduction de cet auteur, dit que Yusef mourut dans l'année 8a6 de l'hégire, qui a commencé au mois d'août i4ï3. C’est une erreur manifeste. L’année 8a6 de l’hégire a commencé le i5 décembre i4ia. L’Essai de l’Histoire des Arabes de M. Viardot dit que le roi Yusef mourut en i4a5. C'est encore une erreur.
L’ÜNIVERS.
fit la promesse de l’aider à recouvrer son royaume, si quelque jour la fortune se montrait plus favorable à sa cause.
Mobammed-el-Zaquir, qui s'était élevé par la sédition , ne pouvait se maintenir que par la violence. Il persécuta de la manière la plus cruelle tous ceux qu'il soupçonna de favoriser el- Hayzari. Un des principaux personnages parmi les Maures, nommé Yuzef-ben-Zeradj , fut obligé de quitter Grenade. Il vint, accompagné de quarante cavaliers de sa famille ou de ses amis, chercher un refuge à Lorca. Il se rendit ensuite auprès du roi de Castille; il l’implora en faveur du roi el - Hayzari , et le supplia d'aider ce prince à reconquérir sa couronne. Don Juan adressa aussitôt une ambassade au roi de Tunis , pour le prier de renvoyer el- Hayzari en Espagne, promettant que, de sou côté, il l’appuierait de tous ses efforts pour le rétablir sur le trône. £I-Hayzari revint donc à la tête d'un corps de 1,500 hommes, que le roi de Tunis lui avait donné.
Au bruit de son arrivée, Mohammedel-Zaquir envoya, pour le combattre, un corps de 700 chevaux. Mais à peine les deux troupes furent-elles en présence , que plus de 400 cavaliers abandonnèrent Mohammed-el-Zaqiiir, pour
f tasser du côté de l'ancien roi. Toutes es vities lui ouvrirent leurs portes, et il entra dans Grenade au commencement de l’année 1429. L'usurpateur, abandonné de tout le monde, se fortifia dans l’Âlhambra ; mais il y fut attaqué si vigoureusement , que ses soldats effrayes le livrèrent aux assaillants. Il fut aussitôt décapité, après avoir régné deux ans et quelques mois.
El-Hayzari, ainsi remonté sur son trône , ne témoigna pas au roi de Castille toute la reconnaissance qu’il lui devait , et le voyant occupé par les troubles de son royaume et par les révoltes des infants d’Aragon, il refusa d’acquitter le tribut que ses ancêtres avaient payé. Le roi de Castille commença donc à lui faire la guerre , et ses troupes enlevèrent la ville de Ximeua. Il s’ayançait vei'S Grenade,
lor^ue Yuzuf-ben-Alharaar (*), qui était de la famille royale, et dit-on petit-fils de ce Mohammed-Albainar, massacré par don Pedro le Cruel , au champ de la Tablada, fit demander au roi son assistance pour s’emparer du trône de Grenade. Il offrit de se reconnaître vassal de la Castille, d’acquitter le tribut que les anciens rois deOrenade avaient payé. Don Juan acc.epta ces offres , et il’ s’avança à la tête de son armée jusque dans la campagne de Grenade. Les Maures sortirent de la ville pour le combattre. Une sanglante bataille s’engagea entre les deux armées le 29 juin 1431 ( ISsjawal 834). Les Maures furent vaincus , et laissèrent sur le terrain un nombre immense des leurs. Un figuier, planté à l’endroit où eut lieu le plus fort de l’action, fit donner à ce combat le nom de journée du figuier. Don Juan resta quelques jours campé dans la sierra d’Klvire. Enfin, voyant que les vaincus ne se décidaient pas à lui ouvrir les portes de Grenade, il se retira à Cordoue, emportant un butin considérable, et, bien qu’il n’eût pu chasser Moiiammedel-IIavzari , il n’en proclama pas moins Yuzef-ben-Alhamar , roi de Grenade.
Celui-ci , de son côté , se reconnut vassal de don Juan; il s’obligea à lui payer tribut, et, en cas de guerre, à fournir à la Castille un corps de 150 cavaliers. Il prit aussi l’engagement de se rendre aux cortès, toutes les fois qu’elles se réuniraient au delà des mout'igues de Tolède. Quand on sut que don Juan avait reconnu publiquement Yuzuf-ben-Alhamar pour roi de Grenade , et qu’il avait promis de le placer sur le troène, beaucoup de villes se déterminèrent à embrasser son parti. Ce chef se trouva ainsi bientôt a la tête d’une armée nombreuse. Il se dirigea vers Grenade, et remporta sur les troupes envoyées contre lui une victoire signalée , en sorte que el-Hayzari, ne croyant pas qu’i I fû t possi ble de se défendre’ dans Grenade , car les esprits y étaientdisposés à la révolte, abandonna
(*) Fenera» l’appelle Yusef-bea-Mid^.
Mariana le nomnie Tusef-ben-Ahnao.
cette ville, et se retira à Malaga , où il comptait un grand nombre de ses partisans. Yuzut-ben-Alhamar entra a l'Alhambra, et il y fut proclamé roi le 1'' janvier 1433 (36 rabia posterior SS5 ) ; mais il était déjà vieux , et sa santé était délabrée. Il ne régna que six mois, et mourut le 24 juin 1438 (18 sjaval 835). Sa mort laissait le trdne vacant. Mohammed-el-Hayzari fut, pour la troisième fois, proclamé roi de Grenade. Il fit demander une trêve au roi de Castille, qui ne consentit qu’à lui accorder un répit de quelques mois. C’est à cette époque, en 1432 , ainsi qu’on l’a vu , que le roi don Juan se trouva débarrassé des inquiétudes que lui avitient causées les infants d’Aragon. Il put donner tous ses soins à la guerre (tes Musulmans; néanmoins elle ne fut pas poussée avec une grande vigueur. On prit Benamaurel et Ben-Çalema , et les hostilités continuèrent pendant plusieurs années sans donner lieu à aucun événement qui mérite d’être rapporté.
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CORHéTABLE EST PCOR LA SECORDE FOIS