‹ Espagne poetiqueChapitre 14 sur 112 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

GENRE NATIONAL

Fernand dormait près d’un sillon ; Il s’éveille, il s’arme, il s’élance :

Mais ce n’était que l’aiguillon , Quand il a cru brandir sa lance.

« N’importe, » dit-il, «un moment,

» Et je tiendrai le fer du brave. »

Quand, tiré par son vêtement,

Il cède à l’effort qui l’entrave.

Il lance un regard courroucé ,

Et rencontre les yeux d’Alfide :

— « Où vas-tu d’un pas si pressé ?

» Quel objet m’enlève un perfide ? .>

— « Mes amours , bannis cet effroi ;

» Je suivais un cerf hors d’haleine. »

— « Emmène-moi donc avec toi ;

» Je pourrai bien battre la plaine. »

— « Mais les ronces, pour t’arrêter,

» Blesseront tes pieds , si tu l’oses. »

— » Mais non : tu sais bien répéter

» Que mes pieds les changent en roses. »

— « Mais le soleil , t’apercevant ,

» Ternira 1 éclat qui le fâche. »

— « Mais non : tu m’assures souvent

» Que lorsqu’il me voit il se cache. »

— « Eh bien, amours, c’est aux combats » Qu’une voix puissante m’appelle. »

Eh bien , barbare , » répond-elle ,

« Vas-y donc, et n’en reviens pas 1 . »

1 Les beautés élégantes et douces qui développent leurs affections au milieu d un air tempéré 5 déjà surprises , sans doute , de la manière dont a débuté l’héroïne de ce romance, seront vraisemblablement choquées de celle dont elle finit. L’auteur n a pas toutefois peint d’imagination. Ces soupçons , que la passion exagère , ces imprécations , qui jurent dans une jolie bouche, ne sont pas sans exemple sous le soleil de l’Ibérie, et n’y tirent pas à conséquence. Cela peut même aller, sans inconvénient, jusqu’aux voies de fait.

fj ‘ 5

Page 1