‹ Espagne poetiqueChapitre 47 sur 112 · LE CONTE INTERROMPU · texte numérisé non relu

LE CONTE INTERROMPU

En ville couche aujourd’hui Don Isidore Manrique :

Je vais te conter de lui,

Inès, une histoire, unique.

Ce gentilhomme eut le tort ,

Si F on en croit notre histoire ,

D’un jour .... Mais soupons d’abord , Inès, si tu veux m’en croire.

La nappe est mise , et dessus Je vois la salade prête ,

Le vin; il ne manque plus Que de commencer la fête.

Goûtons du nouveau cuvé :

Mais , qu’avant je le bénisse :

C’est un moyen éprouvé Pour empêcher la jaunisse.

GENRE NATIONAL

Prends toujours chez le voisin ; Je le tiens une ame sainte :

Lui seul en vend d’aussi fin ,

A cinq sols la demi-pinte.

De plus, je n’ai qu’à vouloir.

Et de suite on m’en apporte :

C’est un charme que d’avoir Le cabaret à sa porte.

Ancien ou non , ( il paraît Qu’un de nos savans le nie ) L’inventeur du cabaret Fut un homme de génie.

Avez-vous soif? C’est fort bien :

Vous entrez, on vous en tire; Vous buvez, sans dire rien;

Yous payez : rien à vous dire.

Ce ragoût, ma chère, vaut Le plat du plus grand mérite :

Je n’y trouve qu’un défaut.

C’est de s’en aller trop vite.

Qui va nous mettre en humeur De vider un autre verre ?

Le boudin ? grave seigneur,

Queje chéris et révère!

COMPOSITIONS DIVERSES

Qu’il est rond! Quel suc il a!

Garni d’e'pices de l’Inde !

Farci par cette main-là ,

Qui bourre si bien un dinde !

Or buvons : je ne connais Nul jus qui mieux assaisonne :

Point d’ eau dans le vin , Inès ;

Ne scandalisons personne.

Verse-toi du plus vermeil :

Sa couleur te dit son âce :

tj

J’aime à voir qu’au bon conseil Tu cèdes , en fille sage.

Es-tu bien ? moi je suis beau ;

Mais voici de l’incroyable :

Tu n’as porté qu’un flambeau ,

Et j’en vois deux sur la table.

Quelques olives : merci.

Tu peux augmenter la dose.

Tu crois qu’elles vont aussi Demander qu’on les arrose.

Eli bien ! ma sœur , pourquoi pas ?

Verse deux coups, puis un autre.

C’est un fort joli repas,

Qu’un souper comme le nôtre.

GENRE NATIONAL

Maintenant que nous avons Fini de manger et boire ,

Je pense que nous pouvons Reprendre, Inès, notre histoire.

Vers le coucher du soleil, Manrique ayant fait sa sieste . . .

Mais j’ai moi-mème sommeil,

Ma chère : à demain le reste.

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