‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 29 sur 58 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

JtvÉPONSEy Repartie. ( Belles-Lettres, ) Laréponse» en général, s'applique à une interrogation faite ; la repartie se dit indifféremment de toute réplique. Quoique une repartie vive et prompte fasse honneur à Tesprit , il est encore plus convenable de se retrancher à une réponse judicieuse ^ et dans les questions qu'on a droit de nous Élire y il faut s'attacher à y répondre nettement.

U y a des occasions où il vaut mieux garder le silence que défaire une repartie offensante, et l'on n'est pas obligé de répondre à toutes sortes de questions.

Une repartie se fait toujours de vive voix, une réponse se fait quelquefois par écrit.

Les réponses et les reparties doivent être justes, promptes, judicieuses, convenables aux personnes, aux tems, aux lieux et aux conjonctures. Il y a des réponses et des reparties de toute espèce , qui laissent plus ou moins à penser à l'esprit. Il y en a de sentencieuses , de jolies , de satiriques , de galantes, de flatteuses, de nobles, de belles, de bonnes , d'heureuses, d'héroïques , etc. Donnoni quelques exemples des unes et des autres.

On demandait à Âristarque pourquoi il n'écrivait points « Je ne puis pas écrire ce que je voudrais , répondit-il, et je ne veux pas écrire ce que je pourrais. » Tacite a encore mieux dit : Rara temporum félicitas ^ ubi sentire qi^œ velis ^ et quœ sentias scribere licet.

DB l'eNTCYCLOPÉDIK. 23$

La repartie de la reine Christine , à ceux qui se plai* gnaient de ce qu'elle avait nomme Salvius sénateur de Suède , quoiqu'il ne fût pas d'une maison assez noble, devrait être connue de tous les rois. » Quand il est qnes« tion d'avis et de sages conseils, répondit-elle , on ne demande point seize quartiers , mais ce qu'il faut faire. Les nobles avec de la capacité ne seront jamais exclus du sénat, et n'excluront jamais les autres. » [Mélangea de Ikt.f par d'Alenibert. )

On peut mettre dans l'ordre des jolies reparties toutes les saillies quand elles ont du sel. Telle est , par exemple, la réponse d'un mauvais peintre devenu médecin^ qui dit vivement à ceux qui lui demandaient la raison de son changement d'état , « qu'il avait voulu choisir un art dont la terre couvrît les fautes qu'il y ferait. »

Telle est encore la réponse plaisante d'Henri IV à Catherine de Médicis , lors de la conférence de Saint Bris , près de Coignac, en i586. Cette princesse, qui employait ses filles d'honneur à amuser les grands et à découvrir leurs secrets , se tournant vers Henri IV , lui demanda qu'est-ce qu'il voulait : « Madame^ lui répondit-il en regardant les fiUes qu elle avait amenées , il n'y a rien là que je veuille.)» Il ne lui avait pas toujours fait une aussi bonne réponse.

Un satirique spirituel , interrogé de ce qu'il pensait d'un tableau du cardinal de Richelieu , dans lequel ce ministre s'hait fait peindre tenant un globe à la main, avec eesmots latins, hic stante cuncta mopentur^ en subsis-* tant il donne le mouvement au monde , répondit vivement, ergo cadente omnia quiescent^ lorsqull ne sub-sistera plus, le monde sera donc en repos*

Entre les reparties où règne Tesprit d^une noble galj terie , on peut citer celle de M. de Bossj : « Vous me gardez aussi , » lui dit une belle femme : « Madame , lui repartit- il, on sait si bien qu'il faut vous regarder, que qui ne le fait dans une compagnie , y entend sûrement Gnesse. »

JTai parlé des reparties flatteuses.. Une femme vint le matin se plaindre à Soliman U, que la nuit, pendant qu'elle dormait , ses janissaires avaient tout emporté cbez elle. Soliman sourit et répondit qu elle avait donc dormi d'un sommeil bien profond , si elle n'avait rien entendu du bruit qu'on avait dû faire en pillant sa maison. U est vrai, seigneur, répliqua cette femme, que je dormais profondément, parce que je croyais que ta baulesse veil— lait pour moi. » Le sultan admira la repartie et la récompensa.

On a fait souvent de nobles réponses ; celle-ci mérite d'être citée. Dans le procès de François de Montmorency ^ comte de Luze et de Bouteville, M. du Châtelet, fit pour sa défense un mémoire également éloquent et bardi. Le cardinal de Richelieu lui reprocha fortement d'avoir mis au jour ce mémoire pour condamner la justice du prince. 4C Pardonnez-moi, lui répondit-il, c'est pour justifier sa clémence , s'il a la bonté d'en user envers un des plus honnêtes et des plus vaillans hommes de son royaume. »

Je place au rang des belles réponses de l'antiquité celle de Marins à l'officier de Sextilius , qui , après lui avoir défendu de la part de son maître de mettre le pied en Afrique , lui demanda sa réponse : « Mon ami , répliqua-t-il , . dis à ton maître que tu as vu Marins fugitif, assis sur les ruines de Carthage. » Quelle noblesse, quelle grandeur ,

Dïî: L'ENCYCLOPKDIiî. !4iS

xtX Truelle force cie sens dans ce peu de paroles ! tl n'y avait

point d'image plus capable de faire impression sur l'esprit

de Sextilius cpie celle-ci ^ qui lui remettait devant les

yeux la vicissitude tles choses humaines ^ en lui présent

tant Marius six fois consul, Marius qui avait été appelé

le troisième fondateur de Home , Marius à qui les Ro-^

mains dans leurs maisons avaient fait des libations comme

à un dieu sauveur, en le lui présentant;» dis- je, fugitif,

sans pouvoir trouver d'asile , et assis sur les ruines de

Carthage , de cette ville si puissante , si célèbre , et qui

avait été si long-tems la rivale de Rome. ( Plutarque. )

Je mets au rang des belles réponses modernes celles de

Louis Xn y au sujet de ceux qui en avaient mal agi à son

égard avant qu'il montât sur le trône , et celle de madame

de Barnevelt à Maurice de Nassau, sur les démarches

qu'elle faisait auprès de lui pour sauver la vie à son fils

atué, qui avait eu connaissance de la conspiration de son

frère sans la découvrir. •

Louis XII réplique à ses courtisans , qui cherchaient à le flatter du côté de la vengeance , <( qu'il ne convenait pas au roi de France de venger les injures faites au duc d'Or* léans. » Cette réponse de Louis XII est d'autant plus hé-^ roïque qu'on l'avait indignement outragé , qu'il était alors tout - puissant , et qu'il n'y avait personne dans son royaume qui l'égalât en courage.

Madame de Barnevelt , interrogée avec une espèce de

reproche par le prince d'Orange , pourquoi elle demandait

la grâce de son fils , et n'avait pas demandé celle de son

mari, lui répond : « que c'est parce que son fils était

coupable, et que son mari était innocent. »

Une autre belle réponse est celle de la maréchale d'An-,

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