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CHAPITRE XVII

Des présents.

Enfin, la loi étant la volonté momenianée du prince, il est nécessaire que ceux qui veulent pour lui veuillent subitement comme lui.

C'est un usage, dans les pays despotiques, que l'on n'aborde qui que ce soit au-dessus de soi sans lui faire un présent (o), pas même les rois. L'empereur du Mogol (6) ne reçoit point les requêtes de ses sujets qu'il n'en ait reçu quelque chose. Ces princes vont jusqu'à corrompre leurs propres grâces.

Cela doit être ainsi dans un gouvernement où personne n'est citoyen; dans un gouvernement où l'on est plein de 1 idée que le supérieur ne doit rien à l'inférieur; dans un gouvernement où les hommes ne se croient liés que par les chàtimeiUs que les uns exercent sur les autres ; dans un gouvernement où il y a peu d'affaires, et où il est rare que l'on ait

a. « En l'erse, dit Cliardin, on ne demande rien qu'un présent à la main. Les plus pauvres et les plus misérables ae paraissent devant les grands, et devant personne à qui ils demandent quelque grâce, qu'en leur offrant quelque chose ; et tout est reçu, même chez les premiers seigneurs du pays, du fruit, des poulets, un agneau. Chacun donne ce qui est le plus sous sa main et de sa profession; et ceux qui n'ont point de profession donnent de l'urgent. C'est un honneur que de reciivoir ces sortes de présents. On les fait en public, et même on prend le temps qu'il y a le plus de compagnie. Cette coutume est univer.-ellement pratiquée dans tout l'Orient, et c'est peut-être une des plus anciennes du monde. » (Description de la Perse, ch. xi.) — Je crois que cette coutume était établie chez les régules Lombards, Ostrogoths, Wisigoths, Bourguignons, Francs. .Mais comment faisiicnt les pauvres qui demandaient justice? Les rois de Pologne ont continué jusqu'à DOS jours à recevoir lies présents. Joinville convient que saint Louis en recevait quelquefois. Il lui dit un jour, avec sa naïveté ordinaire, au sortir d'une auiience particulière que le roi avait accordée à l'abbé de Cluny : « N'est-il pas vrai, sire, que les deux beaux chevaux que ce moine vous a donnés ont un peu prolongé la couversatiim? • (Note de Volt.)

b. Recueil des voijaycs qui otit s^rvi àVelaOlisi'^meiit delà CompoQinedesliidcs, t. 1, p. 80.

besoin de se présenter devant un grand, de lui faire des dennandes, et encore moins des plaintes.

Dans une république^ les présents sont une chose odieuse, parce que la vertu n'en a pas besoin. Dans une monarchie, l'honneur est un motif plus fort que les présents. Mais, dans l'Ëtatdespotique, où il n'y a ni honneurni vertu, onnepeutêtre déterminé à agir que par l'espérance des commodités de la vie.

C'est dans les idées de la république, que Platon (a) voulait que ceux qui reçoivent des présents pour faire leur devoir fussent punis de mort. « Il n'en faut prendre, disait-il, ni pour « les choses bonnes, ni pour les mauvaises. »

C'était une mauvaise loi que cette loi romaine (6) qui permettait aux magistrats de prendre de petits présents (c), pourvu qu'ils ne passassent pas cent écus dans toute l'année. Ceux à qui on ne donne rien ne désirent rien ; ceux à,qui on donne un peu désirent bientôt un peu plus, et ensuite beaucoup. D'ailleurs, il est plus aisé de convaincre celui qui, ne devant rien prendre, prend quelque chose, que celui qui prend plus lorsqu'il devrait prendre moins, et aui trouve toujours pour cela des prétextes, des excuses, ûes causes et des raisons plausibles.

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