L. m, c. VI et 1. IV, c. lu
force de la puissance, et il en laisse à un autre l'emploi. Ce représentant du prince est absolu comme lui, pour que celuici soit tranquille; mais tout absolu qu'il est, il n'en est pas moins toujours entre les mains du prince, qui peut abattre quand il veut et comme il lui plaît, ceux qu'il élève quand il veut et comme il lui plaît. Le principe d'un tel gouvernement ne peut être la vertu ni l'honneur, car l'un et l'autre s'opposent à un tel pouvoir et à une telle obéissance : le despotisme ne repose que sur la crainte. La crainte du souverain est à la fois le frein du peuple et sa protection; car le peuple étant trop faible pourque le prince le craigne, c'est surtoutcontre les grands que s'exerce sa puissance, et la crainte des grands fait seule la sécurité des petits.
Nous avons déjà remarqué dans les Lettres persanes et dans les Considérations l'énergique aversion de Montesquieu pour le despotisme; mais c'est surtout dans l'Esprit des lois qu'il rassemble et aiguise les traits les plus amers et les plus sanglants de son éloquence ironique pour peindre ces gouvernements monstrueux : « Quand les sauvages de la Louisiane, dit-il, veulent avoir des fruits, ils coupent l'arbre au pied et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement despotique ^» H Charles XII étant à Bender, trouvant quelque -résistance dans le sénat de Suède, écrivit qu'il leur enverrait une de ses boites pour commander. Cette botte aurait commandé comme un roi despotique ^ ». « Dans un gouvernement despotique, tout doit rouler sur deux ou trois idées ijil n'en faut donc pas de nouvelles. Quand vous instruisez une bête, vous vous donnez bien de garde de lui taire changer de maître, de leçons et d'allure : vous fi'appez son cerveau par deux ou trois mouvetnents et pas davantage^ ». « Connne le principe du gouvernen>ent despotique est la crainte, le but en est la tranquillité; mais ce n'est point une paix, c'est le silence de ces villes que l'ennemi est près d'occuper*. » Il n'est pas difficile