Lit. IX
3. Je ferai voir dans la suite que la Chine, à cet égard, est dans le cas d'une république ou d'une nionarcliie.
Dans les pays despotiques, on est si malheureux que l'on y craint plus la mort qu'on ne regrette la vie : les supplices y doivent donc être plus rigoureux. Dans les États modérés, on craint plus du perdre la vie qu'on ne redoute la mort en elle-même ; les supplices qui ôtent simplement la vie y sont donc suffisants.
Les hommes extrêmement heureux et les hommes extrêmement malheureux sont également por.és à la dureté: témoin les moines et les conquérants. Il n'y a que la médiocrité et le mélange de la bonne et ds la mauvaise fortune qui donnent de la douceur et de la pitié.
Ce que l'on vot dans les hommes en particulier se trouve dans les diverses nations. Chez les peuples sauvaçHS, qui mènent une vie très dure, et chez les peuples des gouvernements despotiques, où il n'y a qu'un homme exorbitammcnt favorisé de la fortune, tandis que tout le reste en est outragé, on est également cruel. La douceur règne dans les gouvernements modérés.
Lorsque nous lisons dans les histoires les exemples de la justice atroce des sultans, nous sentons avec une espèce de douleur les maux de !a nature humaine.
Dans les gouvernements modérés, tout, pour un bon législateur, peut servir à former des peines. N'est-il pas bien extraordinaire qu'à Sparte une des principales fût de ne pouvoir prêter sa femme à un autre, ni recevoir celle d'un autre; de n'être jamais dans sa maison qu'avec des vierges? En un mot, tout ce que la loi appelle une peine est effectivement une peine.
CHAIITRE X
Des anciennes lois frauçaiscs.
C'est bien dans les anciennes lois françaises que l'on trouve l'esprit de la monarchie. Dans les cas où il s'agit de peines pécuniaires, les non-nobles sont moins punis que les nobles*. C'est tout le contraire dans les crimes 2; le noble perd l'honneur et réponse en cour, pendant que le vilain, qui n'a point d'honneur, est puni en son corps.
1. Si, womme pour briser un arrêt, les non-nobles doivent une amende de quarante sous, et les nobles de soixunle livres. (Somme rurale, liv. Il, p. 19S, édit, goth. de l'an lalii; et Beauhunuir, ch. lxi, p. 309.)
i. Voyez le conseil de Fierre Uesfontaines, ch. xni, surtout l'article ii.