Voyez Kempfer
2. liei'ueil des voyages qui ont servi à L'élabLisstiment de la Compagnie des Indes, t. UI, part, u, p. 428.
Un législateur sage aurait cherché à ramener les esprits par un Juste tempérament des peines et des récompenses ; par des maximes de philosophie, de morale et de religion, assorties à ces caractères; par la juste application des règles de l'honneur: par le supplice de la honte ; par la jouissam^e d'un bonheur constant et d'une douce tranquillité ; et s'il avait craint que les esprits, accoutumés à n'être arrêtés que par une peine cruelle, ne pussent plus l'être par une plus douce, il aurait flgii d'une manière sourde et insensible: il aurait, dans' les cas particuliers les plus graciables, modéré la peine du crime, jusqu'à ce qu'il eût pu parvenir à la modifier dans tous les cas.
Mais le despotisme ne connaît point ces ressorts ; il ne mène pas par ces voies. Il peut al. user de lui ; mais c'est tout, ce qu'il peut faire. Au Japon, il a f:iit un effort : il est devenu plus cruel que luimême.
Des âmes partout • fTaroiicliéps et n-ndues plus atroces n'ont pu êtie conduites que par une atrocité plus grande. Voilà l'origine, voilà l'e-^prit des lois dn Japon. Mais elles ont eu plus de fureur que de rorco. Elles ont réussi à détruire le christianisme; mais des efforts si inouïs sont une preuve de leur impuissance. Elles ont voulu établr une bonne police, et leur faiblesse a paru encore mieu.x.
Il faut lire la relation de l'entrsvue de l'empereur et du deyro à Méaco^. Le nombre de ceux qui y furent étouffés ou tués par des garnements fut incroyable : on enleva les jeunes filles et les garçons; on les retrouvait tous les jours exposés dans des lieux publics, h des heures indues, tout nus, cousus dans des sacs de toile, afin qu'ils ne connussent pas les lieux par où ils avaient passé ; on vola tout ce qu'on voulut; on fendit le ventre à des chevaux pour faire tomber ceux qui les montaient; on renversa des voitures pour dépouiller les dames. Les Hollandais, à qui l'on dit qu'ils ne pouvaient passer la nuit sur des échafauds sans être assassinés, en descendirent, etc.
Je passerai vite sur un autre trait. L'empereur, adonné à ses plaisirs, ne se mariait point : il courait risque de mourir sans successeur. Le deyro lui envoya deux filles tiès belles : il en épousa une par respect, mais il n'eut aucun commerce avec elle. Sa nourrice fit chercher les plus belles femmes de l'empire : tout était inutile. La
1. Remarquez bien ceci comme une maxime de pratique dans les cas oii les esprits (.nt été gâtés par dos peines trop rigoureuses.
t!. Recueil des voyages qui ont servi à rélabliisement de la Compagnie des Indes, t. V, p. 2.