Voltaire, Comment, sur l'Esprit des lois, iv
vivre jusqu'à ce que, s'iisant lui-môme, il enlraîae l'État avec lui*? Cette recherche philosophique du principe des gouvernements est donc une des innovations heureuses de Montesquieu dans la science politique; et quoiqu'elle soit souvent paradoxale et arbitraire, peut-ôtre même insuffisante, elle est cependant digne d'admiration.
Parmi les trois, ou plutôt les quatre principes reconnus par Montesquieu, il y en a deux qui sont vrais : c'est le principe de la vertu et le principe de la crainte. Nous y reviendrons tout à l'heure. Il y en a deux autres qui paraissent vagues et mal détinis : c'est le principe de l'honneur et celui de la modération.
Ce dernier surtout est certainement ce qu'il y a de plus faible dans la théorie de Montesquieu. La modération n'est qu'une limite, elle n'est pas un principe d'action; elle eni- ( pêche de se perdre, mais elle ne donne ni la vie ni le mouvement. Elle n'est d'ailleurs pas plus propre au gouvernement aristocratique qu'à tout autre. Il est évident qu'elle est nécessaire à tout gouvernement qui veut vivre. La monarchie sans modération tombe dans le despolisme, et la démocratie sans modération tombe dans la démagogie ou dans la tyrannie. La modération est le principe conservateur de tous les états et de toutes les formes de gouvernement; elle n'est pas le principe particulier d'aucune d'elles. . L'honneur est un principe ingénieusement trouvé pour expli(juer la différence de la monarchie et du despotisme"^., Mais c'est un principe vague el mal expliqué. «C'est, dit Mon-\ tesquieu, le préjugé de chaque personne et de chaque condition. » Mais en quoi consiste ce préjugé? « La nature de l'honneur est de demander des préférences et des distitictions. » L'honneur semble donc être la môme chose que la vanité. « L'ambition, continue Montesquieu, a de bons effets dans la