‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 150 sur 279 · De MonOu^ Oermanonnn · texte numérisé non relu

De MonOu^ Oermanonnn

Ainsi, pour que l'État monarchique se soutienne, le luxe doit aller en croissant, du laboureur à l'artisan, au négociant, aux nobles, aux magistrats, aux grands soigneurs, aux traitants principaux, aux princes; sans quoi tout serait perdu.

Dans le sénat do Rome, composé de graves magistrats, de jurisconsultps et d'iiommes pleins de l'idée des premiers temps, on proposa, sons Augnsle, la correciion des mœurs et du luxe des femmes. Il est curieux de voir dans Dion ' avec quel art il éluda les demandes importunes de ces sénateurs. C'est qu'il fondait une monarcliie, et dissolvait une répuijiique.

Sous Tibère, les édiles proposèrent, dans le sénat, le rétablissement des anciennes lois somptuaires 2. Ce prince, qui avait des lu niièrcs, s'y opposa. « L'État ne pourrait subsister, disait-il, dans la « situatiim où sont les choses. Comment Rome pourrait-elle vivre ? ( comment pourraient vivre les provinces? No'is avions de la fruga- « lité lorsque nous étions citoyens d'une seule ville : aujourd'hui « nous consommons les richesses de tout l'univers ; on fait travailler n pour nous les maîtres et les esclaves. » Il voyait bien qu'il ne fallait plus de lois somptuaires.

Lorsque, sous le môme empereur, on proposa au sénat de défendre aux eouvcrneurs de mener leurs femmes dans les provinces, à cause des dérèglements qu'elles y apportaient, cela fut rejeté. On dit « que les exemples de la dureté des anciens avaient été changés en « Une façon de vivre plus agréables». On sentit qu'il fallait d'autres mœurs.

Le luxe est donc nécessaire dans les États monarcliiciues, il l'est encore dans les États despoti'iues. Dans les premiers, c'est un usage que l'on fait de ce qu'on possède de liberté; dans les autres, c'est un abus qu'on fait des avantagt^s de sa servitude, lorsqu'un esclave, choisi par son maître pour tyranniser ses autres esclaves, incertain pour le lendemain de la fortune de chaque jour, n'a d'autre félicité que celle a'assouvir l'orgueil, les désirs et les voluptés de chaque jour.

Tout ceci mène à une réflexion : les républiques finissent par le luxe; les monarchies, par la pauvreté*.

Page 1