‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 152 sur 279 · Vovez liv. XX · texte numérisé non relu

Vovez liv. XX

ture des terres. Dans ces États le luxe est dangereux, et les lois sonipuiaires y doivent être rigoureuses. Ainsi, pour savoir s'il faut encourager le luxe ou le proscrire, on doit d'abord jeter les yeux sur le rapport qu'il y a entre le nombre du peuple et la facilité de le faire vivre. En Angleterre le sol produit beaucoup plus de grain qu'il ne faut pour nourrir ceux qui cultivent les terres et ceux qui procurent \e% vêtements : il peut donc y avoir dés arts frivoles, et par conséquent du luxe. En France il croît as^ez de blé pour la nourriture des laboureurs et de ceux qui sont emploj^és aux manufactures: de plus, le commerce avec les étrangers' peut rendre pour des choses frivoles tant de choses nécessaires, qu'on n'y doit guère craindre le 'uxe.

A la Chine, au contraire, les femmes sont si fécondes, et l'espèce humaine s'y multiplie à un tel point, que les terres, quelque cultivées qu'elles soient, suffisent à peine pour la nourriture des habitants. Le luxe y est donc pernicieux, et l'esprit de travail et d'économie y est aussi requis que dans quelques républiques que ce soit*. Il faut qu'on s'attache aux arts nécessaires, et qu'on fuie ceux de la volupté.

Voilà l'esprit des belles ordonnances des empereurs chinois : u. Nos anciens, dit uu empereur de la famille des Tang ^, tenaient « pour maxime que s'il y avait un homme qui-ne labourât point, une « femme qui ne s'occupât point à filer, quelqu'un souffrait le froid « ou la faim dans l'empire.... » Et, sur ce principe, il fit détruire une infinité de monastères de bonzes.

Le troisième empereur de la vingt et unième dynastie 3, à qui on apporta des pierres précieuses trouvées dans une mine, la fit fermer, ne voulant pas fatiguer son peuple à travailler pour une chose qui ne pouvait ni le nourrir ni le vêtir.

« Notre luxe est si grand, dit Kiayventi *, que le peuple orne de « broderies les souliers des jeunes garçons (-t des filles qu'il est « obligé de vendre. » Tant d'hommes étant occupés à faire des habits pour un seul : le moyen qu'il n'y ait bien des gens qui manquent d'habits? Il y a dix hommes qui mangent le revenu des terres, contre un laboureur ; le moyen qu'il n'y ait bien des gens qui manquent d'aliments?

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