‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 190 sur 279 · Voyez entre autres la Bel/itlon de Lange · texte numérisé non relu

Voyez entre autres la Bel/itlon de Lange

3. De la famille de Soumiama, Lettres édifiantes, recueil XVIII. — Nous ne pouvons connaître la Chine que parles pièces authentiques fournies sur les lieni, rassemblées par Duhalde, et qui ne sont point contredites. Les écrits moraux de Confucius, publiés six cents ans avant notre ère, lorsque presque toute notre Europe vivait de gbinds dans ses forêts; les ordonnances de tant d'empereurs, qui sont des exhortations à la vertu; des pièces de théâtre même qui l'enseifjnent, et dont les héros se dévouent à !a mort pour sauver la vie à un orphelin, tant dp chefsd'œuvre de morale : tout cela n'a point été f;iit à coups de bâton. L'auteur s'imagine ou veut faire croire qu'il n'y a, dans la Chine qu'un despote et cent cinquante millions d'esclaves qu'on gouverne comme des animaux de basse-cour. 11 oublie ce grand nombre de tribunaux subordonnés les uns aux autres; il oublie que quand l'empereur Cam-hi voulut faire obtenir aux jésuites la permission d'euse gner le christianisme, il adressa lui-même leur requête à un tribunal.

Je crois bien qu'il y a dans un pays si singulier des préjugés ridicules, des jalousies de courtisans, des jalousies de corps, des jalousies de marchands, des jalousies d'autours, des cabales, des friponneries, des méchancetés de toute espèce, comme ailleurs ' mais nous ne pouvons en connaître les détails. Il est à croire que

injures faites à la nature humaine, avec règle, c'est-à-dire de sangfroid .

Nous avons encore les lettres de M. de Mairan et du même P. Parennin, sur le gouvernement de la Chine. Après des questions et des réponses très sensées, le merveilleux s'est évanoui.

Ne pourrait-il pas se faire que les missionnaires auraient été trompés par une apparence d'ordre; qu'ils auraient été frappés de c<;i exercice continuel de la volonté d'un seul, par lequel ils sont gouvernés eux-mêmes, et qu'ils aiment tant à trouver dans les cours des rois des Indes ; parce que, n'y allant que pour y faire de grands changements, il lear est plus aisé de convaincre les princes qu'ils peuvent tout faire que de persuader aux peuples qu'ils peuvent tout souffrir i ?

Enfin il y a souvent quelque chose de vrai dans les erreurs mêmes. Des circonstances parliculières, et peut-ôire uniques, peuvent faire que le gouvernement de la Chine ne soit pas aussi corrompu qu'il devrait l'être. Des causes, tirées la plupart du physique du climat, ont pu forcer les causes morales dans ce pays, et faire des espèces f)p prodiges.

Le climat de la Chine est tel, qu'il favorise i)rodigieusement la pTopagation de l'espèce humaine. Les femmes y sont d'une fécondité si grande que l'on ne voit rien de pareil sur la terre. La tyrannie la plus cruelle n'y arrête point le progrès de la propagation 2. Le prince n'y peut pas dire, comme Piiaraon : « Opprimonsles avec sagesse ». Il serait plutôt réduit à former le souhait de Néron, que le genre humain n'eût qu'une tête. Malgré la tyrannie, la Chine, par la force du climat, se peuplera toujours, et triomphera de la tyrannie.

La Chine, comme tous les pays où croît le riz, est sujette à des famines fréquentes. Lorsque le peuple meurt de faim, il se disperse pour chercher de quoi vivre. Il se forme de toutes parts des bandes de trois, quatre ou cinq voleurs : la plupart sont d'abord exterminées; d'autres se grossissent, et sont exterminées encore.

les lois des Chinois sont assez bonnes, puisqu'elles ont été toujours adoptées par leurs vainqueur?, et qu'elles ont duré si lonjjtenips. Si Montesquieu ■veut nous persuader que les monarchies de l'Europe, établies par des Goths, des Gépides et lies Alains, sont fondées sur l'honneur, pourquoi veut-il ôter l'honneur à la Chine? (Note de Volt.)

i. Voyez dans le P. Duhalde comment les missionnaires se servirent de l'autorité de Cam-hi pour faire taire les mandarins, qui disaient toujours que, par Jes lois du pays, un culte étranger ne pouvait être établi dans l'empire.

Page 1