L. V, c. XI. t
qu'on les ait rétablis depuis lui. Or une monarchie où les ordres sont avilis incline au despotisme. La monarchie françai-^e inclinait donc au despotisme. Remarquez que Montesquieu ne dit pas un mot de Louis XIV. Ce silence sur un règne si grand, qu'il avait déjà jugé dans ses Lettres persanes avec une si perçante sévérité, n'est-il pas aussi le signe d'une pensée qui ne se montre pas tout entière, mais qui se laisse deviner ? IN'esl-ce pas une description amère de la monarchie française que celte peinture* ? « Les monarchies se corrompent lorsqu'on ôle peu à "peu les prérogatives des corps ou les privilèges des villes... Ce qui perdit les dynasties de Tsin et des Soiii, dit un auteur chinois,... c'est que les princes voulurent gouverner tout immédialement par eux-mêmes. » Que nous fonlTsin et Soiii? Ces nomschinoisne sont-ils paslààla place d'autres noms qu'on ne veut pas prononcer? « La monarchie se perd lorsque le prince, rapportant tout uniquement à lui, appelle l'État à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à sa seule personne. » N'est-ce pas là une allusion directe et Irappanle? Versailles n'ctait-il pas devenu toute la France et le roi tout l'Élat? « La monarchie se corrompt lorsque l'honneur a été mis en contradiction avec les honneurs, et que l'on peut élre à la fois couvert d'infamie et de dignités. » Pouvait-on lire ces lignes sans songer au cardinal Dubois? Enfin Montesquieu nous donne so!i secret dans les lignes qui suivent: « L'inconvénient, dit-il, n'est pas lorsque l'État jiasse d'un gouvernement modéré à un gouvernement modéré... mais quand il tombe et se précipite du gouvernement modéré au despotisme -. >; Et si l'on pouvait croire que c'est encore là une proposition générale et sans application, le passage suivant nous détromperait d'une manière décisive. « La plupart des peuples d'Europe sont encore gouvernés par les mœurs; mais si par un long abus du pouvoir, si par une conquête, le despotisme s'établissait à certain point, il n'y aurait pas de mœurs ni de climats qui tinssent; et, dans cette belle partie du monde, la nature humaine souffrirait, au