‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 240 sur 279 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Combien, pour les meilleures lois, il est nécessaire que les esprits soieiit préparés.

Riiîn ne parut plus insupportable aux Germains 2 que le tribunal

1. Nous ajoutons ce livre aux précédents, comme un de ceux qui ont le plus d'intéi-ct au p.iint de vue littéraire. [Note de l'éditeur. P. J.)

2. Ils Coupaient la lanfçue aux avocats, et disaient : Vipère, cesse de siffler. (Tacite.) — Ce n'est pas Tacite, mais Florus qui rapporte cette coutume. (Lib. IV. ch. ïii.) (Note de Ciuiv.)

de Varus. Celui que Justinien érigea * chez les Laziens pour faire le procès au meurtrier de leur roi leur parut une chose liorrible et barbare. Mithridate 2, haranguant contre les Romains, leur reproche surtout les formalités ^ de leur justice. Les Parihes ne purent supporter ce roi qui, ayant été élevé à Rome, se rendit affable * et accessible atout le monde. La liberté même a paru insupportable à des peuples qui n'étaient pas accoutumés à en jouir, d st ainsi qu'un air pur est quelquefois nuisible à ceux qui ont vécu dans des pays marécageux.

Un Vénitien, nommé Balbi, étant au Pégu s, fut iniroduir chez le roi. Quand celui-ci apprit qu'il n'y avait point de roi à Venise, il fit un si grand éclat de rire qu'une toux le prit, ef qu'il eut beaucoup de peine à parler à ses courtisans. Quel est le législateur qui pourrait proposer le gouvernement populaire à des peuples pareils ?

Page 1