‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 257 sur 279 · LIVRE XIX, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XIX, CHAPITRE XVI

les peines; il y en a pour faire changer les manières : ce sont les exemples.

I.a facilité et la promptitude avec laquelle cette nation s'est policée a bien montré que ce prince avait trop mauvaise opinion d'elle, et que ces peuples n'étaient pas des bêtes, comme il le disait. Les moyens violents qu'il employa étaient inutiles, il serait arrivé tout de même à son but par la douceur.

Il éprouva lui-même la facilite de ces changements. Les femmes étaient renfermées, et en quelque façon esclaves; il les appela à la cour, il les fit habiller à l'allemande, il leur envoyait des étoffes. Ce sexe goûta d'abord une façon de vivre qui flattait si fort son goût, sa vanité et ses passions, et la fit goiiter aux hommes.

Ce qui rendit le changement plus aisé, c'est que les mœurs d'alors éiaient étrangères au climat, et y avaient été apportées par le mélange des nations et par les conquêtes. Pierre ler^ donnant les mœurs et les manières de l'Europe à une nation d Europe, trouva des facilités qu'il n'attendait pas lui-même. L'empiie du climat est le premier de tous les empires. Il n'avait donc pas besoin de lois pour changer les mœurs et les manières de sa nation : il lui eût suffi d'inspirer d'autres mœurs et d'autres manières.

En général, les peuples sont très attachés à leurs coutumes; les leur ôter violemment, c'est les rendre malheureux : il ne faut donc pas les changer, mais les engager à les changer eux-mêmes.

Toute peine qui ne dérive pas de la nécessité est tyrannique. La loi n'est pas un pur acte de puissance; les choses indifférentes parleur Tiaiure ne sont pas de son ressort.

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