L. XV, CI
Montesquieu avait discuté par le raisonnement l'esclavage eu général; mais il fallait attaquer par des armes plus vives et plus perçantes une coutume qne soutenaient tant d'intérêts et dont l'éloignement adoucissait l'horreur à l'imaginiiiion. A la discussion il substitua l'ironie, norL lltonie-dLuice de Socrale, non pas l'ironie trop souvent glacée de Voltaire, mais une ironie sanglante et en môme temps touchanle, parce qu'elle part du cœur. « Le sucre ser.iit trop cher, dit Montesquieu, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves... Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir... Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez des nations policées, est d'une si graiide conséquence... De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux AIricains ; car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu à la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de lu miséricorde et de la pilié'? « Grandes et généreuses paroles, qui font honneur à la raison et au cœur dont elles sont sorties, au siècle où elles ont pu être prononcées, à la liberté qui les a inspirées, aux peuples enfin qui ont essayé à leurs risques et périls de réaliser ce noble vœu !
Enfui', Montesquieu, à qui rien d'humain n'était étranger, eut aussi, commetous les grands écrivains ses contemporains,, de fortes paroles contre l'intolôrance, reU^Leuse. Faire de la religion une arme de mort, forcer ce qu'il y a au monde de plus libre, la conscience; épouvanter pour convertir, et, par une fralernilé sanglante, faire le salut des hommes en les assassinant, telle était la violente politique (|ue lasuporstiiion et l'abus de la domination avaient substituée à la politique do douceur et à la morale de pardon qui resoire dans TÉvangile.