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LIVRE II, CHAPITRE IL

qui devaient élire, mais ceux qui pouvaient ôtre élus; et, laissant à chaque citoyen le droit d'élection, il voulut (a) que dans chacune de ces quatre classes on pût élire des juges : mais que ce ne fût que dans les trois premières, où étaient les citoyens aisés, qu'on pût prendre les magistrats.

Comme la division de ceux qui ont droit de suffrage est, dans la république, une loi fondamentale, la manière de le donner est une autre loi fondamentale.

Le suffrage parle sort est de la nature de la démocratie ^'; y le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie.

Le sort est une façon d'élire qui n'afflige pecsonne, il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnajjle.

Mais comme il est défectueux par lui-même, c'est à le régler et à le corriger que les grands législateurs se sont surpassés.

Solon établit à Athènes que l'on nommerait par choix à tous les emplois militaires, et que les sénateurs et les juges seraient élus par le sort.

Il voulut que l'on donnât par choix les magistratures civiles qui exigeaient une grande dépense, et que les autres fussent données par le sort.

Mais pour corriger le sort, il régla qu'on ne pourrait élire que dans le nombre de ceux qui se présenteraient; que celui qui aurait été élu serait examiné par des juges (6), et que chacun pourrait l'accuser d'en être indigne (c) : cela tenait en môme temps du sort et du choix. Quand on avait fini le temps de sa magistrature, il fallait essuyer un autre jugement sur la manière dont on s'él,ait comporté. Les gens sans capacité devaient avoir bien de la répugnance à donner leur nom pour être tirés au sort.

La loi qui fixe la manière de donner les billets de suffrage est encore une loi fondamentale dans la démocratie. C'est

a. Denis oUALicinNiSSB, Eloge iVhocrate, p. 97, t. II, éditiou de Wechelisu. — PoLLDX, liv. VIII, cli. X, art. 13(1.

6. A'oyez l'oraison de D.'niDSlhèiie, de Falsa Légat, et l'oraison contre Tiinarque.

c. On tirait même pour chaque place deux billets : l'un, qui donnait la place; l'autre, qui numraail celui qui devait succéder, en cas que le premier fût rcjetû.

une grande question, si les suffrages doivent être publics ou secrets, Cicéron(a)écrltque leslois (6) qui lesrendireiitsecrets dans les derniers temps de la république romaine furent une das grandes causes de sa chute. Comme ceci se pratique diversement dans différentes républiques, voici, je crois, ce qu'il en faut penser.

Sc\ns doute que lorsque le peuple donne ses suffrages, ils doivent être publics (c) ; et ceci doit être regardé comme une loi fondamentale de la démocratie ^".11 faut que le petit peuple soit éclairé par les principaux, et conleiiu par la gravité de certains personnages. Ainsi, dans la.répuljlique romaine, en rendant les suffrages secrets, on détruisit tout ; il ne fut pas possible d'éclairer une populace qui se perdait. Mais lorsque dans une aristocratie le corps des nobles donne les suffrages (d), ou dans une démocratie le sénat (e), comme il n'est là question que de prévenir les brigues, les suffrages ne sauraient être trop secrets.

La brigue est dangereuse dans un sénat; elle est dangereuse dans un corps de nobles : elle ne l'est pas dans le peuple, dont la nature est d'agir par passion. Dans les États où il n'a point de part au gouvernement, il s'échauffera pour un acteur comme il aurait fait pour les affaires. Le malheur d'une république, c'est lorsqu'il n'y a plus de brigues; et cela arrive lorsqu'on a corrompu le peuplé à prix d'argent : il devient de sang-froid, il s'affectionne à l'argent; mais il ne s'affectionne plus aux affaires : sans souci du gouvernement, et de ce qu'on y propose, il attend tranquillement son salaire.

C'est encore une loi fondamentale de la démocratie, que le peuple seul fasse des lois 2'. Il y a pourtant mille occasions où il est nécessaire que le sénat puisse statuer; il est

a. Liv. 1" et UI des Lois.

b. Elles s'appelaient lois tabulaires. Ou donnait à chaque citoyen deux tables: la première, marquée d'un A, pour dire a«<iguo; l'autre, d'un U et d'un R, uti rogas.

c. A Athènes, on levait les mains.

d. Comme à Venise.

e. Les trente tyrans d'Athènes voulurent que les suffrages des aréopa^ites fussent publics, pour les dirigsr à leur fantaisie, (Lïsias, Orat. contra Agoiat., cap. viii.)

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