‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 47 sur 279 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

raie, parce qu'elle n'a pas à arrêter les maux que l'on connaît, mais à prévenir même ceux qu'on ne connaît pas. Enfin cette dernière est établie pour venger les crimes qu'elle soupçonne; et la première employait plus les menaces que les punitions pour les crimes, même avoués par leurs auteurs.

Dans toute magistrature il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée. Un an est le temps que la plupart des législateurs ont fixé : un temps plus long serait dangereux, un plus court serait contre la nature de la chose. Qui est-ce qui voudrait gouverner ainsi ses afTaires domestiques? A Raguse (a), le chef de la r 'publique change tous les mois ; les autres officiers, toutes les semaines ; le gouverneur du château, tous les jours. Ceci ne peut avoir lieu que dans une petite république [b) environnée de puissances formidables qui corrompent aisément de petits magistrats.

La meilleure aristocratie est celle où la partie du peuple qui n'a point de part à la puissance est si petite et si pauvre que la partie dominante n'a aucun intérêt à l'opprimer. Ainsi, quand Ântipater(c) établit à Athènes que ceux qui n'auraient pas deux mille drachmes seraient exclus du droit de suffrage, il forma la meilleure aristocratie qui fût possible ; parce que ce cens était si petit, qu'il n'excluait que peu de gens, et personne qui eût quelque considération dans la cité.

Les familles aristocratiques doivent donc être peuple autant qu'il est possible. Plus une arislocralie approchera de la démocratie, plus elle sera parfaite ^S et elle le deviendra moins à mesure qu'elle approchera de la monarchie.

La plus imparfaite de toutes est celles où la partie du peuple qui obéit est dans l'esclavage civil de celle qui commande, comme l'arislocralie de Pologne, où les paysans sont esclaves de la noblesse.

a. Voyages de Toimicfort.

b. A Liicqiies, les magistrats ne sont établis quopour deu^ mois. C. DioDonB, llv. XVIU, p. 691, édition de Rliudumaii.

lie DE L'ESPRIT DES LOIS.

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