LIVRE III, CHAPITRE VIL
des courtisans : ce ne sont point des choses de spéculation, mais d'une triste expérience.
L'ambition dans l'oisiveté **, la bassesse dans l'orgueil, le désir de s'enrichir sans travail, l'aversion pour la vérité, la flatterie, la trahison, la perfidie, l'abandon de tous ses engagements, le mépris des devoirs du citoyen, la crainte de la vertu du prince, l'espérance de ses faiblesses, et, plus que tout cela, le ridicule perpétuel jeté sur la vertu, forment, je crois, le caractère du plus grand nombre des courtisans, marqué dans tous les lieux et dans tous les temps. Or, il est très malaisé que la plupart des principaux d'un Etat soient gens de bien ; que ceux-là soient trompeurs, et que ceux-ci consentent à n'être que dupes.
Que si dans le peuple il se trouve quelque malheureux honnête homme (a), le cardinal de Richelieu, dans son testament politique^', insinue qu'un monarque doit se garder de s'en servir"^". Tant il est vrai que la vertu n'est pas le ressort de ce gouvernement. Certainement elle n'en est point exclue ; mais elle n'en est pas le ressort.