LIVRE V, CHAPITRE VIII
bouche de pierre (a) s'ouvre à tout délateur à Venise : vous diriez que c'est celle de la tyrannie.
Ces magistratures tyranniques, dans l'aristocratie, ont du rapport à la censure de la démocratie 'O'^, qui, par sa nature, n'est pas moins indépendante. En effet, les censeurs ne doivent point être recherchés sur les choses qu'ils ont faites pendant leur censure : il faut leur donner de la confiance, jamais du découragement. Les Romains étaient admirables; on pouvait faire rendre à tous les magistrats [b) raison da leur conduite, excepté aux censeurs (c).
Deux choses sont pernicieuses dans l'aristocratie : la pauvreté extrême des nobles, et leurs richesses exorbitantes. Pour prévenir leur pauvreté il faut surtout les obliger de bonne heure à payer leurs dettes. Pour modérer leurs lichesses, il faut des dispositions sages et insensibles ; non pas des confiscations, des lois agraires, des abolitions de dettes, qui font des maux infinis.
Les lois doivent ôler le droit d'aînesse '"' entre les nobles (d), alin que, par le partage coniinuel des successions, les fortunes se remettent toujours dans l'égalité.
Il ne faut point de substitutions, de retraits lignagers, de majorais, d'adoptions. Tous les moyens inventés pour perpétuer la grandeur des familles dans les États monarchiques ne sauraient être d'u'^age dans l'aristocratie (e).
Quand les lois ont égalisé les familles, il leur reste à maintenir l'union entre elles. Les différends des nobles doivent être promptement décidés : sans cela, les contestations entre les personnes deviennent contestations entre les familles. Des arbitres peuvent terminer les procès, ou les empêcher de naître.
a. Les (lélaleiirs y jettent leurs l)illets.
6. Voyez Tite-Live, liv. XLIX. Un censeur ne pouvait pas même être troublé par 1111 lenscui- : chacun faisait sa note, sans prendie l'avis de sou collègue ; et quand on lit aiitieuicnl, la censure fut, pour ainsi dire, renversée.
c. A Atlièiies, les logistes, qui faisaient rendre compte à tous les magistrats, ue r'Midaient puint compte cux-inènies.
ci. Cela est ainsi établi à Veuisi.-. (Amelot de la Houssatb, p. 30 et 3i .)
e. Il semble iiue l'objet île quelques aristocraties soit moins de maintenir l'Eta ' (juc ce qu'elles a|ipellcnt leur noblesse.
Enfin il ne faut poinl"'^que les lois favorisent les distinctions que la vanité met entre les familles, sous prétexte qu'elles sont plus nobles ou plus anciennes : cela doit être mis au rang des petitesses des particuliers.
On n'a qu'à jeter les yeux sur Lacédémone, on verra comment les éphores surent mortifier les faiblesses des rois, celles des grands et celles du peuple.