‹ Esprit du p. FaberChapitre 146 sur 435 · LE COURONNEMENT D'ÉPINES · texte numérisé non relu

LE COURONNEMENT D'ÉPINES

La quatrième eiFusion du sang de Jésus, c'est le couronnement d'épines. C'est la tendre souveraineté de l'Homme- Dieu qui déplaît à leurs cœurs. Ils ne peuvent supporter qu'il s'appelle roi. Ils voudraient bien tourner sa royauté en dérision; mais ils la sentent toujours et ils la craignent. S'il n'avait jamais été roi jusqu'à ce jour, ne l'était-il pas devenu maintenant par le caractère vraiment royal de la douceur qu'il avait manifestée au milieu des ignominies de la nuit dernière et des outrages de cette matinée ? Il n'y a qu'une figure de roi qui puisse paraître aussi véritable dans un état aussi défiguré . Mais sa douceur aigrissait ses bourreaux. Elle les abaissait eux-mêmes dans leur propre estime. La mansuétude de son silence était pour eux un reproche. Il y avait quelque chose de si adorable dans ses souffrances que leur fanfaronnade vulgaire s'en trouvait écrasée. Son regard les humiliait : il était si beau! Ainsi, dans l'aveuglement de leur malice, ils ont opéré un mystère divin. Ils l'ont couronné roi. Quand même le Dieu éternel ne serait d'aucune autre utilité aux soldats romains, il servira au moins à distraire l'ennui d'un corps de garde syrien. Ils ont assez de peine avec ces criminels juifs : il faut bien qu'il aient aussi avec eux quelques instants d'agrément. Le soleil et la pluie étaient tombés alternativement sur les ronces verdoyantes que la terre, sans le savoir, avait fait croître pour son créateur. Ces ronces s'étaient étendues sur le gazon. Elles avaient entrelacé de nombreux et vigoureux rejetons. Elles avaient poussé en buissons épais ; leurs pointes flexibles s'étaient durcies sous les rayons du soleil de l'automne, et elles étaient devenues de longues et grosses épines.

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Peut-être l'abeille s'était-elle posée sur leur fleur pour en extraire leur suc délicieux ; peut-être le papillon avait-il été attiré un instant par leur parfum aromatique, ou l'oiseau avait-il emporté dans son bec leurs baies dorées. Mais qui aurait jamais imagitié qu'elles dussent encore être teintes du sang de leur créateur ? Les soldats ont garni leurs mains calleuses de leur gantelet de cuir, et ils tressent une couronne de ces épines dures et rebelles. Qu'importe si elle n'est pas parfaitement ronde ! Qu'importe si elle ne s'adapte pas exactement à la tête de leur César de théâtre ! Au milieu des plaisanteries, des jeux de mots et des blasphèmes païens, l'ouvrage informe est bientôt accompli. Alors ils se lèvent et ils s'approchent de leur Roi. Oh! ce n'est pas de la même manière que nous nous approchons maintenant du Saint Sacrement, ou que les Anges s'approchent du trône de l'Éternel ! Jésus est assis sur un banc: nous osons à peine le regarder, tant il est divin dans son abjection. Comme l'amour force nos cœurs d'adorer, et puis comme le respect de la vénération encourage nos cœurs à l'aimer ! Avec quelle patience il atlend,couvert de sang, déshonoré, pâle, blême, et cependant si beau à voir, si gracieux à contempler! Ils s'approchent de l'Éternel. Ils exhalent une odeur de péché, et leur indifférence est pleine de fanfaronnade. Le corps de garde se remplit silencieusement de la splendeur de sa divinité. Est-ce qu'ils ne la voient pas ? Non. Sans crainte et d'une voix haute et impérieuse, ils portent la main sur sa longue chevelure. S'ils attendaient seulement un instant, ils pourraient sentir battre dans sa tète les pulsations de cette vie bénie. Ils jurent par leurs dieux, et ils se livrent à de vulgaires plaisanteries dans leur langue romaine, comme s'ils se trouvaient en face d'un étranger. Mais ils s'aperçoivent, à la ligure d Juif, qu'il comprend le latin. Ce n'est qu'un amusement de plus. Ils enfoncent la couronne sur sa tête avec une violence brutale ; elle n'est pas ronde elle : ne va pas : ils font entrer de

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