‹ Esprit du p. FaberChapitre 211 sur 435 · LIVRE DIXIÈME. — LA VIE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. — LA VIE CHRÉTIENNE

même et la Beauté absolue. C'est désirer de souffrir le martyre pour la foi, d'éteindre l'enfer, ou de faire évacuer le purgatoire. C'est désirer, —jusqu'à ce que des larmes de componction jaillissent denotrecœur,— de voir anéantir le péché, disparaître les scandales, et la tiédeur s'évanouir de la terre. C'est désirer surtout de servir l'aimable et terrible Majesté de Dieu autrement que rions ne le faisons, et d'attendrir ces cœurs de pierre qui ne battent point pour Dieu C'est désirer que chaque grain de sable du rivase, chaque feuille de la forêt, possèdent l'intelligence et la voix d'un Séraphin pour grossir le Chœur qui chante les louanges de Dieu. Là encore nous trouvons une différence entre cet esprit et celui qui consiste à désirer seulement de .ne pas tomber dans les flammes de l'enfer, pour ne faire qu'un court séjour dans le purgatoire ou l'éviter entièrement ; à prier pour obtenir une vie tranquille et une mort douce ; à implorer des biens temporels ; à demander des guérisons aux reliques des saints ,• enfin à soupirer après la paix, la joie et la stabilité du ciel, purement et simplement, parce que le contraire nous rend malheureux eu ce monde. Cependant qu'on ne se méprenne pas sur le sens de mes paroles. Je ne dis pas que ce dernier esprit soit mauvais. Nullement. Je souhaiterais que tous les enfants des hommes en fussent animés. Mais il est évidemment différent de l'esprit de désir. Ce dernier est aussi plus facile et plus doux. D'ailleurs, comme l'esprit de louange, il fait naître un genre dé spiritualité tout différent et conduit au service d'amour.

( Tout pour Jésus, pp. 285-286.)

Quelle créature raisonnable pourrait ne pas désirer Dieu avec une ardeur infinie et irrésistible? Quelle intelligence créée n'éprouve pas le besoin d'être inondée de sa douce lumière? Quelle volonté créée ne languit pas après le moment où. elle sera embrasée du feu de son amour extatique ? Daniel est appelé dans l'Écriture « l'iiomme de désirs, » titre magnifique qui rappellera jusqu'à la fin des temps l'ardeur avec laquelle le Prophète cherchait Dieu. Qu'il serait beau de voir, avec les yeux de quelque sublime intelligence, comment ce désir de Dieu fait la beauté et l'ordre de toute la création, entraînant vers Dieu, — soit dans les empires spirituels de la sainteté angélique, soit à travers la terre et les mers, les montagnes et les vallées de notre globe, — des intelligences et des volontés sans nombre, chacune se traçant sa voie propre dans le mouvement général ! C'est ce désir qui sauve et justifie, qui donne la couronne et la gloire. C'est cet amour que les tremblements d'une sainte frayeur rendent plus élevé et plus exquis. 0 glorieuses contraintes de cette cèles . • concupiscence! C'est un amour qui non-seulement nous fait désirer Dieu, mais nous le fait désirer par-dessus toutes choses, uniquement, toujours, avec intensité. Sans nous tyranniser, il nous attire à chercher exclusivement Dieu dans toutes choses ici-bas, et à soupirer après lui comme étant lui-même et lui seul le magnifique avenir qui comblera nos vœux dans la vie future. Par cet amour, et les grands et les petits sont sauvés : sans qutlque teinture de lui, nul ne l'a jamais été. Un Saint (s'il en pouvait être un tel), digne d'ailleurs en tout d'être canonisé, s'il manquait de cet amour, serait éternellement perdu ; et le pénitent, au lit de mort, qui n"a jamais connu un amour plus élevé que celui-là, lui devra ton salut. Pouvons-nous désirer réellement autre chose que Dieu? Ou du moins pouvons-nous désirer quoi que ce soit, si ce n'est d'une manière subordonnée et toute difft rente des saintes ardeurs avec lesquelles nous soupirons après Celui qui est notre ineffable récompense ? Non : rien ne peut nous satisfaire que Dieu

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